Yo !

Voici donc le second OS pour ce couple, sur l'odorat, cette fois. J'espère que ça vous plaira, bonne lecture !

5 Sens OS 2 : Odorat

Huit heures du matin

Tu te réveilles et il est déjà là, comme gravé dans l'éternel. Tu le sais, tu ne l'as pas encore vu mais ça se sent dans l'air, ça sent le pain grillé, et le café. Tu étires tout ton dos et t'effondres à nouveau entre les draps. Ils sont propres, l'odeur de la lessive entre chaque fil.

C'est dingue, cela, quand tu y penses un peu.

Ce paysage quotidien qui serait le même même aveugle, cette déferlante de parfums qui ne te correspond pas tout à fait, et à lui non plus. Tu enfiles ton bas de pyjama qui gît au pied du lit, et puis un gilet dont tu ne te souviens plus si tu lui as offert ou s'il te l'a offert. Ce qui est sûr c'est que quand tu l'enfiles, ça sent ton parfum et son lait pour le corps. Si tu portes la manche droite à ton nez, l'odeur âcre du brûlé te tiraille les narines – en souvenir d'une cigarette – et si tu tires sur le tissus s'en échappe par endroit la senteur de l'acrylique – pour ses peintures d'hiver. Ce paysage quotidien, dans lequel tu te lèves depuis des années que tu te refuses à compter – depuis quand le temps est un chiffre ? – c'est un savant mélange de vous deux. Tout est envahi par votre vie commune, et même tes cendriers servent parfois d'encensoir, citronnelle, ambre, papier d'Arménie.

Quand on va dans le détail, il y a ton odeur, et son odeur, mais pour qui vous connaît, qui vous côtoie et vous touche par moments, il s'agit sans conteste de votre odeur. Le café, c'est la première chose que tu sens, il l'a fait couler pour toi, alors ça devrait lui appartenir, n'est-ce pas ? Mais il n'en boit pas, et c'est ton haleine qui a cette âpreté singulière, alors c'est à toi. Et comme c'est autant à l'un qu'à l'autre c'est aux deux. Tout se partage, alors.

Tu te lèves et quand tu entres dans le salon il y a ce parfum étrange, qu'il t'a fait découvrir, ce parfum que tu n'aurais jamais deviné existé s'il ne t'avait pas plongé dedans, ce parfum qui sera ce qui te manquera le plus si un jour il se barre loin de toi. Les effluves du soleil à travers la fenêtre, c'est indéfinissable, mais c'est là, et quand c'est là ça se sait. En te voyant il relève la tête de son ordinateur et te fait un sourire fatigué. Il y a une tasse de thé à côté de lui, presque finie, tu ne la sentais pas d'en haut, c'est froid, presque glacé. Tu viens juste t'asseoir sur la table à côté de lui, tu le vois enregistrer son document et puis se redresser à peine pour poser son front contre la jonction entre ton épaule et ton cou, cette peau si sensible qu'il réchauffe sans faire exprès.

« Bonjour.

—Bon jour. »

Ça voix est claire mais fatiguée, la tienne embrumée et rauque, il se retire pour te regarder de face, mais tu sais que si tu te penches vers ton épaule tu y trouveras l'odeur de son shampoing.

« Tu t'es levé quand ?

—Vers trois heures.

—Tu aurais pu me réveiller.

—Tu dormais si bien … et puis à quoi bon ?

—J'aurais pu te tenir compagnie. Te serrer dans mes bras. Te lire une histoire. Te faire l'amour. J'aurais pu te regarder, être là.

—Axel …

—Oui ?

—Ta bouche à mieux à faire que parler. »

Quand tu l'embrasses il s'attaque à tous tes sens, le son de ses gémissements légers, la couleur de sa peau, la douceur de ses lèvres, la saveur de sa bouche, son odeur, et plus grisant encore, ton odeur sur lui, comme une marque que tu aurais posée là, plus subtile et plus parlante qu'un suçon, parce que ça se fait avec le temps et l'amour, ça se fond doucement en lui jusqu'à ce qu'on sache que ça ne partira plus. C'est une chose que vous acceptez tous les deux, de faire tomber cette mince barrière qui un jour avait existé entre vous deux, disparaître presque pour laisser plus de place à l'autre.

Il t'attendait sûrement puisqu'il referme son ordinateur et se lève pour s'étirer comme toi-même l'as fait plus tôt. Il met l'objet sur le côté et monte à son tour sur la table, quand il bouge tu notes l'odeur de sa sueur, par-dessous celle de la lessive.

« Tu es allé courir ?

—Vers six heures. »

Tu hésites à lui dire d'aller prendre une douche, parce que cette senteur est tellement intime, c'est celle de vos ébats, un peu, et par pur possessivité tu n'as pas envie qu'il la porte au-dehors. À la place, tu enfonces à ton tour la tête dans son cou, brièvement, avant d'aller te servir une tasse de café. Une fois, sans faire exprès, tu en as renversé une sur son écharpe noire, en mailles très fines, et il l'a portée quand même, et il a passé des journées entières à sentir le café alors qu'il n'en boit même pas, et quand tu le voyais, de loin, enfoncer la tête dans le tissus et inspirer fortement tu savais qu'il pensait à toi, et tout à coup tu as envie de renverser ta tasse sur son haut, mais il est blanc, ça se verrait et ne partirait peut-être pas. Alors tu te contentes de boire le liquide chaud, et puis tu l'embrasses, pour lui transmettre ce goût qu'il a appris à aimer dans ta bouche.

Il inspire par le nez pour ne pas s'étouffer sur tes lèvres, et passe les mains dans ton cou. Il est épuisé, il devrait dormir plus que ça, et toi, tu devrais le raccompagner au lit et le forcer à se recoucher, parce qu'il sent la sueur et le thé qu'on a trop bu, les cigarettes qu'il t'a piquées pour rester éveillé et ton parfum qu'il garde d'hier soir. Mais tout cela te donne juste envie. Incroyablement envie. Tu as envie de le faire transpirer plus que son jogging, pour sentir sa sueur contre ta sueur, tu as envie de lui faire l'amour plus fort qu'hier pour sentir encore l'odeur éphémère de vos deux sexes satisfaits, tu as envie d'embrasser chaque parcelle de ta peau pour que l'odeur de clopes soit celle de ton haleine et de ta salive cancérigène, tu as envie de le tenir fort dans tes bras pour que le café remplace le thé sur sa peau, pour qu'il sente aujourd'hui et pas hier.

Tu as envie, il triture tes cheveux les plus longs comme une excuse pour descendre le long de ton dos, il a envie.

Il est huit heures du matin, et il te donne son parfum de thé et de sueur et de lessive, pour juste montrer que tu es (à) lui autant qu'il est (à) toi.

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Je voulais écrire un truc plus long, mais en fait non. Voilà.

J'essaierai de faire une vraie histoire pour la prochaine fois, mais en fait j'aime bien les textes comme ça, c'est agréable à écrire, et assez libre.

Enfin, dites-moi ce que vous en avez pensé !