2.

Ethan Shield, le médecin qui avait été appelé, était revenu voir son client.

- Monsieur Hall, je ne peux que vous assurer que votre Albator s'est pratiquement remis de sa blessure. Il va pouvoir quitter sa chambre.

Arthur leva la main.

- Ethan nous sommes amis depuis que j'ai abandonné l'Ecole de Médecine dès les premières dissections d'animaux ! Je n'aurais pas pu faire appel à un autre que toi ! Il va bien ?

- Il sera en pleine possession physique de ses moyens sous peu. Et je te déconseille de le garder sous ton toi !

- Je sais. Mais Edwina et moi avons toujours aidé…

Arthur fronça les sourcils.

- Y a-t-il autre chose, Ethan ? Asseyez-vous, je vous prie.

Le médecin prit place.

- Arthur, en tant que proches de ceux qui autopsient les victimes de Jack, j'ai accès à certaines informations.

- Mais encore… ?

- La blessure au côté de votre Albator, c'est une plaie ouverte par un couteau identique à celui de ce Jack l'Eventreur ! Dès lors soit il a été blessé par lui, soit sa dernière victime s'est retournée contre lui !

Arthur secoua la tête en un signe négatif.

- Il n'a qu'une blessure, et sa tenue, il était presque nu. Le tueur des filles de WhiteChapel ne se serait pas enfui ainsi ! Mais je ne lui ferai jamais aucune confiance, ma femme et ma fille sont sous ce toit !

- Edwina et vous êtes deux âmes charitables, peut-être trop… J'espère que vous ne vous en repentirez pas. Moi, je finis juste les soins à cet homme.

- Merci, Ethan.

- Sois prudent !

- Promis !


Debout sur un petit balcon de la demeure des Hall, Albator avait longuement considéré Londres, ses maisons, ses quartiers, sa brume parfois, son humidité ambiante surtout, le charme de cette ville qui ne cessait de se construire.

- Puis-je enfin m'entretenir avec vous, Albator ?

Le grand brun borgne et balafré, en parfaite tenue victorienne, rentra dans le salon, s'asseyant dans le fauteuil désigné et ayant juste un regard pour la tasse de thé servie.

- A vos ordres, Monsieur Hall.

- Pas de telle expression, vous êtes mon invité. Et bien que je sois le maître de cette maison vous ne me devez pas une telle déférence.

- Parce que je suis un étranger ?

- Aussi, j'avoue. Je ne sais si je dois considérer votre politesse comme réelle ou d'opportunité. Dès lors, m'apprendrez-vous comment vous avez déboulé dans mon cellier ?

Albator acquiesça.

- J'étais marin sur un bateau en approche. Il y a eu querelle à bord, j'ai été blessé, je suis tombé à l'eau. J'ai rejoint ce port. J'ai volé ces deux vêtements et j'ai couru jusqu'au lieu qui me semblait le plus proche et loin de la mer… Je ne me souviens plus du reste…

- Aucun papier, rien du tout ?

- Tout est resté à bord de ce bateau…

- Et comment s'appelait ce navire ?

- L'Arcadia !

- Jamais entendu parler.

- Je suis désolé. Vous aller me mettre dehors, maintenant que je vais mieux ?

- Ce n'est pas le credo de ma femme et de moi. Nous n'abandonnons jamais quelqu'un de perdu !

- Merci, Monsieur Hall.

- J'espère ne pas le regretter…

- Moi aussi…


Haut dans le ciel, la pleine lune baignait Londres de sa pâle lueur.

Dans son lit, Albator ne trouvait pas le sommeil.

« Vous m'avez aidé, Monsieur Hall, mais j'ai dû vous mentir. Vous n'auriez jamais pu entendre la vérité ! ».

Repoussant le drap, le grand brun balafré soupira.

« Mes souvenirs… ».

Mais sa blessure au flanc le lançant encore, la fièvre au front et aux tempes, Albator renonça à se torturer les méninges.

- Nausicaa a peur…

La voix était plus petite encore et le grand borgne releva la paupière.

- Elisabeth.

- J'ai peur… Ca gronde dehors.

- Non, l'orage est loin. Et tes parents me feraient pendre sans procès s'ils te trouvaient dans cette chambre, dans mon lit.

- Mais Nausicaa a peur, insista Elisabeth.

- Les Nausicaa n'ont jamais peur. Et je te ramène à ta chambre, petite fille !

- Non…

Bougeoir à la main, Arthur avait ouvert la porte.

- Monsieur Arthur, votre fille s'angoisse de l'orage en approche. Je vous la ramène.

- Elle s'était réfugiée chez vous… Merci, Albator. Je vais sonner Nounou Emily pour qu'elle l'a recouche à nouveau !

- Bien.

- Oui, mais… ?

- Pourquoi ne pas la chérir dans votre chambre ?

- Ce ne sont pas nos traditions, marin ! Allez dormir !

- Oui, Monsieur.

Congédié, Albator retourna de fait dans sa chambre et replongea dans le sommeil.