Un crime incalculable, aussi incalculable que la puissance des chevaliers d'or, vient d'être commis au Sanctuaire. Quelqu'un s'est introduit la nuit dans le temple du bélier, et a coupé les longs cheveux de son gardien. Mais quel malade a bien pu faire ça ?

Genre : fic honteuse/délire/yaoi/pause café

Disclaimer : les personnages et l'univers de Saint Seiya sont la propriété juridique et artistique de Masami Kurumada, la Shueisha, Toei Animation, Shingo Araki, Michi Himeno et Seiji Yokoyama. Et pardon à Aphrodite et à Mû pour l'horrible traitement que je leur inflige aussi.


« Vive le Tibet libre »

De Gaulle


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Chapitre 2 : La jalousie d'Aphrodite

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La veille du crime

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Depuis combien de temps étaient-ils consignés sur l'acropole, avec interdiction de franchir le seuil de la maison du bélier ? Oh, cela faisait bien une semaine. Une semaine que lui, Deathmask, devait demeurer à faire les cent pas dans sa lugubre demeure, à ressasser l'humiliation qu'il avait subi devant la cascade de Rozan.

Si seulement cet imbécile de Mû n'était pas intervenu, il ne resterait plus rien du Vieux Maître et de ce sale gosse à l'heure qu'il est…

Non, il avait envie de tabac.

Il sortit sous le portique. Le ciel était sans tache, à peine d'épisodiques traînées laissées par les avions qu'appelaient la capitale, derrière les montagnes. Des cris assourdis d'enfants qui s'entraînaient en contrebas. Un parfum d'herbes fort, et un calme tel qu'il croyait presque sentir l'odeur de la mer. Pff, on entendait jusqu'aux cigales crisser dans le maquis. Mais quand allaient-ils venir, ces idiots, qu'on s'amuse un peu, et que lui prenne sa revanche ?

Il cracha les feuilles qu'il avait mâchées. Chiquer lui faisait du bien, ça le détendait, mais ce n'était pas suffisant. D'habitude, quand son corps réclamait une femme, il n'avait qu'à aller la prendre. Oui, la force d'un chevalier d'or est telle qu'elle lui donne la même impunité que Gygès, le fameux quidam capable de devenir invisible. Mais il ne pouvait désobéir aux ordres du pope et sortir de l'acropole. Il n'avait donc pas le choix et devait faire ceinture. Mais quelle stupidité, leur machisme à tous les perdait, parfois. Si seulement il y avait une femme parmi les chevaliers d'or… Les périodes de siège seraient moins pénibles. Oui, Deathmask était sûr qu'il aurait su se montrer convaincant, et lui et la jouvencelle auraient mutuellement étouffé le feu de leurs ardeurs… Oh, il devenait presque poète, l'heure était grave. Mais il avait besoin d'un corps à posséder, à vaincre. C'était une faim et non un souhait. Tout son être demandait la chaleur d'un autre plus délicat, le contact d'une peau douce et parfumée, aussi claire que la sienne était sombre, une chevelure abondante et soyeuse à dévider…

Et soudain son visage fut comme traversé par une image démoniaque.

Il descendit les volées de marches qui menaient au temple vide des Gémeaux.

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Quelques instants auparavant, revêtu d'un costume que n'aurait pas renié Louis XV, le chevalier des Poissons était assis sur un fût de colonne décapité, à l'extrême bord de la terrasse de son temple qui surplombait tous les autres. Il tenait dans sa main une longue jumelle qui lui permettait d'espionner ses voisins. Connaître les petits secrets de ses collègues n'était pas seulement d'un voyeurisme délicieux… Ce loisir fort instructif pouvait également à l'occasion lui fournir des armes, aussi douces et mortelles que les roses… Et ce n'était pas une précaution inutile, en ces temps de guerre civile larvée.

Le pope l'avait déjà surpris, et s'était étonné de cela, qu'il sacrifie autant de temps à observer des êtres humains, lui qui n'aimait rien tant que la beauté des fleurs et des ornements. C'était que leur chef le connaissait bien mal au fond. Car si pour Aphrodite des Poissons, rien n'est plus beau qu'un beau combat où l'on remporte la victoire… Est tout aussi beau le combattant qui la remporte. Oui, le combattant fier et hardi, altier, à la musculature harmonieusement développée, à la peau tannée par le soleil, oh, bellissimo diavolo !

Le chevalier d'or abaissa sa lunette, l'œil brillant. Deathmask stationnait sous le portique de son temple, le regard braqué sur l'horizon.

« Il a l'air préoccupé », songea Aphrodite. « Tiens. Il part faire un tour… »

A travers la lentille grossissante, il vit le Cancer courir jusqu'à la maison des Gémeaux, en ressortir, s'engouffrer dans le temple d'Aldébaran, en ressortir, puis descendre la dernière volée de marches qui menait…

« Chez Mû ?! Il entre dans la maison du Bélier ! Mais que peut-il aller faire chez cet homme… Son armure est déjà rutilante ! Il ne peut rien avoir à faire avec cet homme… Ce tibétain n'est qu'un rustre ! »

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Sous le portique de son temple, le chevalier d'or du bélier était assis à même le sol, les yeux baissés, l'air réflexif. Une nappe d'ombre liquide le recouvrait entièrement, et à voir son visage paisible et souriant, on aurait du mal à imaginer qu'une bataille se préparait.

Il sentit pourtant arriver son visiteur de loin, du fond de son temple. Un homme en civil, une cosmo énergie impatiente mais prudente, une marche volontaire, le bruit de ses pas de plus en plus proches… Et bientôt un regard, braqué sur son dos, ses cheveux, la ficelle rouge qui en retenait la masse… Enfin, une voix âcre et grasse qu'il avait déjà entendue il y a peu.

« Mû, mon cher collègue… Ainsi, tu as donc retrouvé la raison suite à notre petite entrevue... Toi aussi, tu en viens à te soumettre aux ordres du pope. »

Le chevalier du Cancer s'était arrêté à deux mètres du tibétain. Ce dernier se leva et lui fit face… Mais Deathmask n'était pas en armure et ne semblait pas venir dans l'optique d'exécuter une nouvelle mission. Il ne portait qu'un pantalon noir usé qui devait avoir été un jean il y a longtemps, ainsi qu'un maillot aux manches arrachées. Il était le même que dans son souvenir : grand, bronzé, cet air perpétuellement railleur et cynique, visage si crispé qu'il en semblait presque un masque de comédie. « Comédie italienne », pensa Mû. Et pourtant Deathmask était un vrai tueur et il ne jouait pas.

« Tu penses peut-être que l'assassinat du Vieux Maître était un acte à la gloire du Sanctuaire ? »

« Non, mais s'il refuse de se plier à sa loi, et que le Grand Pope l'ordonne… Ainsi tu n'as pas changé d'avis. »

Un sourire mystérieux se dessina sur le visage du chevalier du bélier.

« Je suis ici pour défendre ma maison. Nous verrons bien si cette jeune japonaise est ce qu'elle prétend être. N'est-ce pas ce que tu préconises après tout, Deathmask ? Si elle est la véritable réincarnation d'Athéna, elle triomphera aisément d'un imposteur. »

« Voilà des propos qui me conviennent tout à fait », répondit le Sicilien, le regard empli d'une avidité curieuse. « Que dirais-tu si nous allions poursuivre cette conversation dans mon temple ? Après tout, nous ne nous sommes vus qu'en un éclair, la dernière fois en Chine… Avant ça, ça faisait bien dix ans que tu n'étais pas sorti de ton tr… ton Himalaya. Tu vois, j'enterre la hache de guerre. Je tends la main de la courtoisie. Un petit café chez moi, ça te dit ? »

Mû fit la grimace. La perspective d'aller prendre un café dans un cimetière ne l'enthousiasmait guère.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? Oui c'est de la poudre, mais c'est les vaches maigres en ce moment au cas où tu ne serais pas au courant. Et Sa Majesté ne m'a pas offert de percolateur. »

« Ce n'est pas ça Deathmask… En fait je préférerais que l'on reste ici, si ça ne te dérange pas. Si tu aimes le thé, bien sûr. »

« Là ? Sous le portique ? »

« Non, à l'intérieur. Dans notre chambre. »

L'air moqueur de Deathmask s'amplifia d'un coup pour devenir franchement salace, mais Mû ne parut pas le noter. Il lui montra le chemin qui menait à la pièce, située dans une des ailes de la vaste maison. Elle ne se distinguait du reste du temple que par son ameublement, néanmoins réduit : des tapis de laine et des nattes de bambou, un grand coffre de bois, de l'encens et quelques statues de boddhis posées sur une frêle étagère remplies d'ustensiles divers.

« Ça sent le riz ici », murmura Deathmask. « Pas étonnant que ton avorton soit si chétif. Un gamin ça a besoin de manger de la viande. »

« Kiki se porte très bien. Assied-toi. »

Le chevalier du Cancer s'adoucit brusquement, comme s'il se souvenait du but réel de sa visite, et s'installa sur le bord du grand tapis. Mû prit une petite casserole et une bouteille d'eau sur l'étagère. Il sortit ensuite le réchaud et l'alluma.

« Tu aimes le thé noir ? »

« Tu plaisantes ! J'adore. »

Le bélier entreprit de faire bouillir l'eau, prit une vieille boîte remplie de thé et deux bols. Deathmask l'observait attentivement, détaillant chaque point de sa silhouette comme un client qui évalue une marchandise avant de décider de son achat.

« Et… ça va toi, sinon ? », lança-t-il, le regard lourd. « Je veux dire… La vie, les femmes, la famille… »

« Je n'ai plus de famille en fait », répondit Mû en s'asseyant face au Cancer. « Quant aux femmes, il n'y en a pas vraiment à Jamir. »

« Et… ça ne te pose pas de problème ? »

« Non. »

Mû baissa les yeux à ces mots et s'aperçut que l'eau était déjà bouillante ; il éteignit le réchaud et remplit les deux bols avec précaution.

« Alors, que devons-nous dire », entama Deathmask en levant son bol. « A la santé d'Athéna, non ? »

« A la santé d'Athéna. »

Ils commencèrent à boire à petites gorgées le thé brûlant, puis Deathmask relança la conversation sur le sujet qui le préocuppait.

« Donc si j'ai bien compris Mû… Les femmes ne t'intéressent pas ? »

« Je n'ai pas dit cela. Simplement, je peux m'en passer. »

« Je vois… »

L'Italien bougea un peu comme pour se désengourdir, mais ce faisant il se rapprocha un peu de son collègue, et de ses cheveux si attirants. On avait une furieuse envie de les prendre dans ses mains pour en tâter la texture, puis d'examiner si le reste de la personne était du même acabit.

« La raison en est peut-être que ce n'est pas ce qui te convient mieux, les femmes… », glissa-t-il.

Plus proche de sa proie, le Cancer semblait aussi plus nerveux. Un thermomètre agité près de son oreille aurait indiqué une température élevée. Les pupilles de son regard d'un bleu profond s'étaient élargies, faisant paraître ses yeux plus sombres qu'ils ne l'étaient déjà. Des gouttes de sueur dévalaient la peau incandescente de son cou bronzé. On aurait dit le noir sommet de l'Etna avant une éruption.

Lorsque Mû releva la tête et posa sur lui ses grands yeux angéliques, Deathmask ne put plus se retenir davantage, envoya voler la dînette tibétaine qui les séparait, et en un seul mouvement, tel le fauve agile… il fut sur lui.

« Mais… que… »

« Arh, tu te ne rends pas compte, Mû, à quel point c'est dur pour moi », souffla le Sicilien dans son cou, tout en le maintenant plaqué contre le tapis. « Cela fait plus d'une semaine et demi… Et tu es là, aussi calme et doux qu'une parfaite dame de compagnie ! »

« Quoi… »

« Ces grands yeux… Cette peau rose, et polie… »

« Que… »

« Et cette longue chevelure de soie… Oui, tu ressembles vraiment à une femme ! »

« Deathmask, tu ne penses pas ce que tu dis. C'est une plaisanterie n'est-ce pas ? »

« Je suis tout à fait sérieux, chérie », lui répondit le Cancer en rapprochant son visage du sien.

« Mais je n'ai pas envie d'abîmer ce temple. »

« Ne t'inquiète pas, je saurai retenir mon cosmos au moment fatid… ARGH »

Deathmask plongea en arrière : le plus sensible de ses points étoilés venait d'être frappé violemment par un gold genoux. Mû en profita pour se relever et épousseta son pantalon afghan.

« Ouah trop fort maître !! En plein dans les roubignolles ! »

Kiki venait d'apparaître et tournoyait dans les airs, hilare.

« Je t'ai déjà dit de ne pas dire de gros mots », lui fit remarquer son professeur. Puis il se tourna vers le chevalier du Cancer, souriant. « Hé bien, je crois que ton problème est réglé maintenant, non ? »

« Tu me le paieras espèce de sale… »

« Hi hi hi hihi hi ! »

« Kiki ! »

« Et toi le gnome, tu ne perds rien pour attendre !! »

« C'est ce que disent tous les méchants d'abord ! Ils parlent beaucoup, et ils en oublient d'a aaahh ! »

Mais Mû le rattrapa par le pied et jeta à Deathmask un regard de bélier furieux qui s'apprête à charger.

« Sors de ma maison tout de suite. Et ne t'avise pas de toucher un seul cheveu de mon disciple. »

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C'est ainsi que l'expédition érotique du malchanceux Masque de Mort se trouva tourner court... Aphrodite le vit sortir du temple de Mû en marchant en canard…

« Mais qu'est ce qu'ils ont fait ensemble ??? »

Il abaissa sa lunette, le poing serré.

« Arf, pourquoi te poses-tu la question, Aphrodite ? Depuis que Mû est revenu au Sanctuaire, il n'y en a plus que pour lui. Vas-y que je te baisse les yeux chastement pour attiser le loubard, que je te fais de grands mouvements théâtraux avec mes cheveux de trois mètres ! Pff ! Je suis certain que c'est à cause de lui que le beau Milo ne s'intéresse pas à moi lui non plus… Ce plouc n'arrête pas de leur faire de l'œil, sous ses dehors de sainte-nitouche ! Mais je me vengerai , oh oui ! Je dois trouver un moyen… »

Le Suédois rentra en sa demeure, à la recherche d'ombre et de silence pour stimuler ses neurones.

« Ses cheveux… Ce sont ses cheveux la cause de tout. Sans ses cheveux, qu'est-ce que Mû serait, honnêtement ? Rien de plus qu'un type bizarre qui n'a même pas de sourcils. Hum… Mais comment parvenir à lui raser la tête sans qu'il me tue ? Il faudrait que je les lui coupe pendant son sommeil. Sans le réveiller… Ce ne sera pas facile. A moins que… Mais oui ! J'ai besoin de quelqu'un qui n'ait pas un cosmos puissant, quelqu'un en qui je peux avoir une confiance absolue. »

Le visage rayonnant de machiavélisme, il emprunta le passage qui menait dans son jardin.

« Coco ! », appela-t-il.

« Oui maître ? »

Sa réplique miniature, un enfant de l'âge de Kiki, sortit d'un buisson de roses qu'il était occupé à tailler. Ses cheveux blonds auréolaient son visage de boucles étudiées, il portait une mouche sur le menton (elle avait dégringolé à cause de la chaleur), et ses vêtements de paysan grec étaient couverts d'un tablier de jardinage. Il demeura immobile quelques instants, dardant ses yeux verts sur son professeur, en attente d'une directive.

« Mais dis-moi… Tu peux m'expliquer pourquoi tu ne portes pas ta rose ? »

« Les épines m'entament la bouche. »

« Imbécile, c'est pour cela que tu dois mettre ton baume gloss ! »

L'apprenti sortit de sa poche une petite boîte ronde et en quelques secondes il eut bientôt une bouche aussi brillante que celle de son maître. Aphrodite lui tendit une rose. « Suis-moi. »

Il l'amena au bord de la terrasse, puis fit mine de scruter l'horizon, les dentelles de ses manches flottant dans la légère brise qui venait de se lever.

« Pare ta beauté naissante de cette rose, Colibri. Tu vois cette maison, celle du bélier ? Je veux que tu t'y introduises cette nuit sans te faire remarquer, et que tu coupes les cheveux du jeune homme qui y habite. »

L'enfant s'avança aux côtés du chevalier d'or et fit mine lui aussi de scruter l'horizon.

« Il en sera fait selon votre volonté, maître », déclara-t-il.

Et à la pensée de leur futur forfait ils éclatèrent d'un grand rire aigu et maléfique.

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à suivre