Je vous poste celui que j'ai écris aujourd'hui dans la foulée, un peu plus Angst cette fois-ci. Bonne lecture :)


×Genre : Angst et Hurt/Comfort

×Personnages : Loki, surtout.

×Pairing : Léger Loki/Cana

×Chronologie : Avant l'entrée de Lucy à Fairy Tail.

×Chanson : Demons, de Imagine Dragons.

×Disclaimer : Les personnages de Fairy Tail ainsi que son univers appartiennent à Hiro Mashima.


Demons —


Ils avaient tous un secret.

Une blessure, une cicatrice ; quelque chose qui faisait qu'ils étaient arrivés ici, à Fairy Tail. Quelque chose qui les avait rendu plus forts, plus grands, plus déterminés et solides ; un souvenir, un passé.

Loki n'était pas tout à fait comme eux ; pourtant, lui aussi avait un passé douloureux. Des milliers d'années derrière lui qui s'étaient écoulé en un clin d'œil, et puis celles qu'il vivait actuellement, longues et douloureuses en comparaison. Il n'avait même pas besoin d'y penser, de faire comme les autres et s'isoler pour rassembler ses souvenirs et se rappeler de qui il était ; il le ressentait. Constamment, comme quelque chose qui le rongeait en silence, lui rappelait ce qu'il était, ce qu'il avait fait et le temps qu'il lui restait.

Leo du Lion, le leader des esprits du zodiaque ; banni, déchu. Un meurtrier ; celui qui avait refusé d'accéder à la requête de celle dont il portait désormais le poids de sa mort, simplement par désir de lui montrer sa volonté et de protéger les siens qu'il n'en pouvait plus de voir souffrir.

Les semblables qu'il ne reverra plus jamais ; parce que le Roi était tombé, couvert de honte et de culpabilité, banni dans un monde qui n'était pas le sien et contraint à vivre avec des êtres qui n'étaient pas comme lui.

Loki aimait le monde des humains. Parce qu'il était différent, parce que le temps s'y écoulait plus lentement et parce que leur univers à eux était bien plus palpitant que le sien ; pourtant, le monde des humains ne semblait pas aimer Loki, lui.

Parce qu'il le rejetait aussi, à sa manière ; dévorait doucement ses forces, absorbait sa vie et rallongeait le temps comme pour le faire souffrir un peu plus. À force, il avait fini par ne plus rien sentir ; on s'y habituait. Ce n'était qu'une douleur diffuse, une piqûre qu'il ressentait à peine. Qu'il acceptait, au fond.

Loki avait accepté sa sentence sans jamais broncher.

Les autres, ils avaient aussi ce genre de douleur, une blessure dans le regard et le cœur ; elles étaient plus visibles chez certains que d'autres, plus ou moins profondes — mais elle les avait tous forgé de la même manière.

Que ça ait été dans le feu ou la glace, ça avait été douloureux pour tout le monde.

Lui, il avait appris à garder son cœur pour soi ; à le fermer aux autres, à cacher la douleur dans ses yeux derrière le verre fumé de ses lunettes, à sourire à ceux qu'il côtoyait sans réfléchir. Oh, les filles qu'il fréquentait étaient gentilles ; il le savait, leur offrait de jolis mots et acceptait leurs cœurs comme il le fallait. Au fond, il n'avait jamais voulu en blesser une seule.

Il n'avait juste jamais appris à les aimer. Parce qu'elles faisaient partie d'un monde qui n'était pas le sien et qu'il le savait, parce qu'il se raccrochait à de petits moments de répit pour faire passer la douleur tout en sachant que la fin de sa chute était omniprésente, prête à l'engloutir à tout moment.

Les filles de sa guilde étaient différentes, elle. Il les respectait, les traitaient mieux qu'il ne l'aurait fait pour lui-même et savait se contenter d'être une présence sans forcément s'attaquer à leurs cœurs. Ces filles là étaient solides, guerrières dans l'âme depuis toujours pour la plupart d'entre elles et parées à lutter à chaque seconde qu'elles vivaient ; seulement, parfois, lors de quelques secondes où leurs pensées reprenaient le dessus et où leurs armes tombaient, elles lui laissait voir les démons de leur passé, leurs blessures et celles qui n'étaient pas tout à fait cicatrisées.

Alors elles devenaient comme lui, un peu ; des fées aux ailes difficilement consolidées, au cœur dont les morceaux étaient grossièrement rattachés et à l'âme tout juste recollée.

Parmi elles, il y en avait une dont les yeux étaient souvent tristes ; sombres, habités de démons du passé. Au début, Loki n'y avait pas fait attention ; parce qu'au fond, ils semblaient tous savoir qu'il se passait quelque chose mais n'avaient pas l'air de vouloir intervenir, respectant son silence et la douleur qu'elle leur cachait. Oh, elle était maligne, savait donner des prétextes aux quelques larmes qu'elle laissait s'échappait ; mais lui, elle ne l'avait jamais dupé.

Qu'elle se noie dans l'alcool pour dissimuler son chagrin si elle le voulait ; ce n'est pas parce que Loki ne savait pas pourquoi Cana souffrait qu'il n'était pas capable d'entrevoir sa blessure pour autant.

Peut-être le savait-elle, au fond ; il s'en était douté, un soir où elle s'appuyait exagérément contre son épaule, le regard vague et les sens engourdis mais pas suffisamment pour qu'il puisse lire dans ses yeux. Les améthystes le questionnaient, l'étudiaient sans cacher quoi que ce soit ; et dans ces moments là, seulement, Loki laissait son masque tombait et ne souriait pas, regardant celle qu'il pourrait considérer comme son amie dans les yeux sans rien cacher, sans rien camoufler.

Parce qu'il lisait en elle sans tout à fait comprendre l'énigme qu'elle dissimulait ; et parce qu'elle faisait pareil sans pour autant demander.

« Et toi, ma jolie Cana ? Qu'est-ce qui t'a amenée ici aussi tôt ? Qu'est-ce qui te fait mal, qu'est-ce qui continue de te torturer comme ça ? Quelles épreuves t'ont forgée, quelle blessure peut t'atteindre ? »

Le silence était la règle d'or ; leurs yeux se disaient suffisamment de choses pour qu'ils aient besoin de parler. Elle lui prenait la main, parfois, serrait fort sans qu'il ne puisse vraiment le sentir et il faisait pareil, doucement, sans aller dans son sens mais sans la repousser pour autant non plus. Et ils savaient tous les deux qu'ils avaient mal, au fond ; mais ni l'un ni l'autre ne se décidait à faire quoi que ce soit.

« Et toi, à quoi ressemblent tes démons, Cana ? »

Elle était belle et elle était forte, Cana ; pourtant, lorsqu'elle revêtait cette apparence de petite fille au cœur brisé, comme ça, dans ses bras, Loki ne pouvait pas s'empêcher de se demander ce qu'elle lui cachait, ce qu'elle disait et qu'elle ne demandait pas. Il ne lui posait pas la question, pourtant ; c'était leur petit secret.

« Reste si tu veux, petite colombe. Je réparerai tes ailes si tu le souhaites, mais je ne te demanderai pas comment elles se sont brisées.

Alors ne demande pas pourquoi je suis tombé aussi bas, pourquoi mes yeux sont tristes et pourquoi je ne souris pas.

Reste, mais ne me demande rien en retour, Cana… »

Et puis Cana, elle avait encore cette lumière au fond du regard, cette lueur d'espoir que lui n'avait pas ; alors ils restaient silencieux, nourrissaient un secret sans mot ou signification et attendaient que le temps passe, l'air ivres pour les autres et simplement présents pour eux. L'odeur de l'alcool leur montait à la tête et ils gardaient les yeux entrouverts, côte à côte et en silence ; et lui, la regardant dans les yeux derrière ses lunettes sombres, il voulait juste garder un peu de cette lumière qui faisait briller ses beaux yeux.

Parce que même si Cana ne savait pas, même si Cana ne savait rien, ses yeux lui disaient qu'elle se moquait bien de ce qu'il avait pût faire pour arriver là, qu'elle s'interrogeait peut-être mais qu'elle ne lui demandera pas, qu'elle ne jugera pas ; et derrière ses répliques un peu dures, ses remarques amères et souvent teintées de violence, au fond, elle était douce, Cana. Elle se lovait dans ses bras comme n'importe quelle autre de ses filles, respirait un peu de son odeur, effleurait sa peau et s'en allait tout aussi vite, insaisissable ; sauf que dans ces moments là, Loki se disait que le monde des humains avait des choses infiniment belles qui méritaient d'être plus heureuses que d'autre, et il prenait son rôle au sérieux en essuyant ses larmes silencieuses.

« Et puis tu sais, Cana… Même si le monde n'a plus aucun sens pour moi, j'aimerais qu'il en ait encore un peu pour toi. J'aimerais qu'il y ait encore un peu d'espoir pour toi… »

Mais Cana devait rester forte, alors elle finissait par s'en aller, sans rien dire, sans un merci ; elle le regardait juste dans les yeux quelques secondes de plus, plaquait un baiser amer contre ses lèvres, parfois, se laissait tenter à rester, un peu, lui laissait un goût d'alcool sur le bout de la langue et s'en allait tout aussi vite, frivole, insaisissable, incompréhensible et incomprise aux yeux du monde — mais libre à fidèle à elle-même, aussi.

Puis leurs regards se croisaient encore, derrière un sourire aussi faux pour les autres que complices pour eux ; et ils ne faisaient rien de plus, ne disaient rien non plus.

Alors, seulement, le monde paraissait un peu moins gris à Loki ; avec une lueur améthyste au fond du cœur et un goût d'alcool au bout des lèvres.


Merci pour votre lecture !