Chapitre 2 :
Trois ans après avoir rejoint l'équipage du Blackjack, Persée était alors dans la plus dure des batailles. À l'horizon, il y avait un Galion olympien, le plus grand et le plus solide des navires naviguant sur les océans. Même à une distance si importante, la grande silhouette du navire était visible. Capitaine Halton voulut y faire un raid.
« Écoutez les gars ! cria le capitaine depuis le côté du navire. Voyez cette ombre là-bas ? C'est un Galion olympien. Il est gros et lent, mais lourdement armé et plein d'un butin plus grand qu'aucun de vous ne peut imaginer. Je crois qu'on peut le prendre. Néanmoins, comme c'est la coutume entre ceux de notre espèce, nous ne plongeons pas tête la première dans la folie sous les ordres d'un seul cinglé, mais agissons selon notre propre démence commune ! »
L'équipage applaudit avec excitation et rires.
« Que tous ceux en faveur de la danse avec la mort et la descente de ce navire tapent du pied et crient "Aye !" »
Aussi bruyamment qu'ils le purent, ils tapèrent tous du pied et hurlèrent :
« Aye ! »
Le Capitaine sourit d'un air satisfait.
« Que tous ceux qui s'y opposent pleurnichent un "nay". »
Le navire fut silencieux un moment. Le Capitaine hocha la tête et sauta.
« Jamais le Conseil olympien ne sera aussi unifié, commenta Persée alors que le Capitaine passait près de lui pour retourner à la barre.
— Non, acquiesça Halton. C'est ce qui nous distingue d'eux. Nous avons la liberté de choisir, alors qu'ils souhaitent prendre cette liberté.
— Alors ayons un impact durable sur les Olympiens », dit Grover.
Persée sourit et lui tapa l'épaule, alors qu'il passait. Grover était l'un des plus proches amis de Persée, ici parmi l'équipage. Il avait été le premier à accueillir Persée dans l'équipage, et ils surveillaient toujours les arrières de l'autre pendant les folles aventures du Blackjack.
L'équipage acclama bruyamment quand le quartier-maître cria « Toutes voiles dehors ! ». Le vent et les embruns de la mer fouettèrent les cheveux de Persée, alors qu'il observait la silhouette du Galion au loin. Son coeur accéléra en anticipation de la bataille à venir.
La bataille était la plus difficile que l'équipage du Blackjack ait jamais vue. Le Galion avait au moins cinquante canons sur chaque flanc. Ils tiraient des centaines de boulets de canon et une douzaine de coups de mortier à la fois.
Le Blackjack était un navire suffisamment petit pour éviter une partie des obus, mais il en restait trop qui s'écrasaient sur le côté et le pont du Blackjack ; les explosions envoyaient des éclats de bois partout.
« On doit partir ! » cria quelqu'un.
Les oreilles de Persée sifflaient avec le bruit constant des explosions et du feu des canons. Ils avaient été dans la bataille pendant trop longtemps, et ce n'était pas juste contre le Galion. Ils ne s'attendaient pas à ce que quatre autres navires le gardent : deux petites Goélettes et deux Frégates. Ils furent capable de facilement vaincre les petites Goélettes – un bon coup les envoyèrent au fond de l'océan – et plus tard une des Frégates. Cela laissait le Galion et une Frégate à combattre.
Pourtant, c'était trop. Le Blackjack était submergé.
« Nous ne sommes pas des lâches ! répliqua le Capitaine Halton.
— On est en train de perdre cette bataille ! » cria Persée, toussant à cause de la dense fumée dans l'air.
Lui et le capitaine plongèrent tandis qu'un boulet de canon volait au-dessus de leurs têtes, atterrissant dans l'eau de l'autre côté du navire.
« Ils tirent depuis là-haut ! » cria l'un des membres d'équipage, Chris Rodriguez, pointant le pont du Galion.
Debout là-bas, il y avait une ligne de soldats olympiens, pointant leurs longs fusils vers le Blackjack.
« Aux armes ! » hurla Capitaine Halton, sortant un de ses nombreux pistolets à canon lourd, tirant aveuglément sur la ligne de soldats olympiens.
D'autres membres de l'équipage firent de même. Prenant le fusil d'un des membres d'équipage tombés, Persée visa. C'était presque impossible de viser correctement, à cause de toute la fumée, mais il tira quand même. Un soldat olympien cria, alors qu'il tombait dans l'eau en-dessous.
« Le Capitaine est à terre ! » héla Grover par-dessus le bruit.
Persée se retourna et vit, bouche bée, leur capitaine affalé sur le large gouvernail. Avant qu'il ne le réalise, Persée fit son chemin vers leur capitaine tombé ; sautant au-dessus des caisses, des cordes, et des corps. Il écarta le capitaine de la barre et se baissa pour se cacher derrière le gouvernail.
« Prends la barre », haleta le Capitaine Halton, du sang imbibant son manteau là où la balle avait percé sa poitrine.
Doucement, il allongea son capitaine contre la balustrade. Persée attrapa le gouvernail et le tourna rapidement, faisant basculer brusquement le Blackjack sur la gauche. L'équipage cria de surprise, mais c'était des pirates expérimentés – ils n'allaient pas perdre l'équilibre à cause d'un bateau difficile. Bien que leur vaisseau soit truffé de trous et que la moitié de l'équipage partie, le Blackjack était toujours plus rapide que le Galion.
« Jetez les barils explosifs ! Chargez les canons de bordée ! » commanda Persée.
Quelques hommes derrière Persée portèrent une torche à quatre des lourds barils et les jetèrent par-dessus bord. Il pouvait les entendre exploser contre les autres bateaux, pile quand les canons du côté gauche tiraient sur la Frégate, la coulant avec efficacité. Les doigts serrés contre le gouvernail, en regardant par-dessus son épaule, il vit le Galion devenir plus petit.
Les voiles du Blackjack étaient gravement endommagées, et brûlaient autour des trous où les canons les avaient transpercées. Persée savait qu'ils n'iront pas loin, mais il savait aussi que le Galion n'était pas en mesure de les poursuivre. Personne ne gagna cette bataille, mais aucun camp ne perdit.
« Persée… Capitaine Halton est mort », annonça Chris, agenouillé auprès du maintenant décédé capitaine.
L'ancien Capitaine, avec ses yeux dorénavant sans vie, regardait par-delà les vivants. Persée jura et écrasa la roue en bois. Leur bateau s'effondrait, la majorité de l'équipage était morte, ou alors s'occupait de ses blessures, et maintenant ils avaient perdu leur capitaine.
« Que devrions-nous faire, Capitaine ? demanda Chis en se levant.
— Je ne suis pas le Capitaine, dit Persée, lançant un coup d'oeil à son ami.
— Le dernier ordre d'Halton était que tu prennes le gouvernail », soutint Grover d'en bas.
Il aidait un membre d'équipage blessé, mais écoutait attentivement comme toujours.
« En outre, tu as fait plus pour ce bateau ces trois dernières années que n'importe qui d'autre.
— Écoutez les gars ! cria Chris, gagnant l'attention de tout le monde. Tout comme beaucoup de nos frères ce soir, Capitaine Halton est mort. Ce bateau ne peut pas se commander tout seul, donc il nous faut un nouveau Capitaine. Comme pour toutes les choses importantes, nous devons voter ! Je propose que Persée Jackson devienne notre nouveau Capitaine dès maintenant. Faites n'importe quel bruit si vous êtes d'accord ! »
Depuis l'arrière du gouvernail, Persée regarda avec émerveillement toutes les personnes encore conscientes faire autant de bruit qu'ils le pouvaient. Les pieds et les poings s'écrasaient sur le pont, les cris étaient clairs, et le métal résonnait contre le métal. Son coeur s'écrasa contre sa poitrine, ses yeux sautant de personne en personne.
« Donc, je vais redemander, dit Chris, faisant se taire la foule. Que doit-on faire maintenant, Capitaine Persée ? »
Persée hésita quelques instants avant de répondre :
« Il nous faut un endroit où se cacher un moment, avec toutes les provisions dont nous avons besoin. Préférablement quelque part avec de hautes falaises fendues et beaucoup d'arbres.
— Je garde l'oeil, Capitaine ! cria un membre d'équipage.
— Ne devrions-nous pas aller en ville ? demanda Grover, en montant les escaliers menant au pont supérieur. On a besoin de fournitures médicales pour soigner les blessés. »
Persée secoua la tête.
« Le Galion ira au port le plus proche pour être réparé et faire son rapport. Dans quelques jours, chaque port grouillera de soldats à la recherche d'un bateau correspondant à notre description. On doit se contenter de ce qu'on a et de ce qu'on pourra récupérer là où on accostera.
— Et c'est pour ça que tu es notre nouveau capitaine », murmura Grover en lui tapotant l'épaule.
La lune était haute dans le ciel, jetant une lueur hypnotisante sur les vagues de l'océan, et les étoiles brillaient. Ils s'arrêtèrent une heure pour faire les traditionnelles funérailles en mer, pour leur ancien capitaine et d'autres membres d'équipage. Ceux qui connaissaient les prières les récitèrent et en tout, dix hommes furent emportés dans l'eau de la mer, qui n'incluaient pas les hommes perdus sur la scène de combat. Ils auraient toutefois fait les traditionnels tirs de pistolets pour tout le monde, mais ils ne pouvaient risquer d'attirer l'attention sur eux, et ils n'avaient honnêtement pas assez de poudre ou de boulets de canon pour tirer la quantité requise de tirs. À la place, ils tirèrent pour leur capitaine, qui disparut en dernier.
Le Blackjack se déplaçait maintenant à un vitesse bien plus lente et dépassa plusieurs îles convenables. Cependant, Persée ne les trouvait pas assez sûres – trop ouvertes à d'autres bateaux passants. L'attente valait toutefois le coup, parce que la crique qu'ils trouvèrent était cachée profondément dans une île, avec de grandes falaises entourant la zone en un large U.
Il y avait un petit village abandonné avec un petit quai, et un petit bateau était déjà installé dans la crique. Sous des circonstances normales, Persée n'y prêterait normalement pas trop d'attention, mais après aujourd'hui, sa paranoïa était critique en permanence. Personne ne construisait une ville dans un endroit si isolé sans n'avoir rien à cacher.
Persée laissa le bateau loin du quai avant de s'éloigner du gouvernail.
« Je vais inspecter cette île. Restez ici jusqu'à que je revienne. »
Avant que quelqu'un ne puisse dire quelque chose, il sauta dans l'eau. Silencieusement, il nagea jusqu'au quai. Le village était plus petit que ce qu'il pensait. Connecté au quai, il y avait le bistrot et plus en avant dans l'île, il y avait moins de douze maisons. Deux d'entre elles semblaient être des boutiques, le reste probablement des logements. En tout, il compta douze constructions près de la plage. Pas très loin, on entendait le rugissement d'une chute d'eau, mais elle ne pouvait pas être trouvée dans les ténèbres. Au sommet de la colline se trouvait une grande maison, qui appartenait clairement au propriétaire de cette cachette. Persée parcourut discrètement le chemin sale menant à cette résidence. Pour un bâtiment de cette taille et ce luxe, il devrait y avoir des gardes partout, pourtant il n'y en avait aucun.
L'intérieur de la résidence était aussi désert que le reste de l'île. Bien qu'il y ait des meubles et des objets partout, le seul signe que quelqu'un avait un jour appelé cet endroit maison. Une épaisse couche de poussière recouvrait tout, signe que ce lieu n'avait pas été habité depuis un moment.
« Ça le fera », se dit Persée, posant une main sur une large table en bois sombre.
C'était aux environs du lever du soleil qu'il y eut les premiers signes de vie dans le petit village. Lentement, la ville vint à la vie alors que le soleil se levait. Dans la lumière matinale, il était plus facile de voir toute la ville et les alentours. Une dense forêt et les larges flancs de la falaise empêchaient la ville de s'étendre plus en avant dans l'île, ou de faire pousser des cultures dans plus de champs. La large chute d'eau sur un des côtés de la falaise brillait dans la lumière du matin.
« Capitaine ? »
Persée regarda par-dessus son épaule pour voir Chris debout derrière lui.
« Des gens de la ville veulent parler avec toi.
— Bien sûr », répondit Persée, s'y attendant déjà.
C'était impossible de manquer le navire pirate brisé sur les quais. Il s'était assuré de garder ses hommes dans le pavillon pour la nuit, comme c'était mieux pour les blessés et facile à sécuriser, mais maintenant qu'il faisait jour, il était temps de rencontrer les villageois.
Persée reçut des regards méfiants des gens de la ville, tandis qu'il descendait le chemin sale. Il garda un visage neutre, mais restait sur ses gardes. Près de la base des quais, il y avait une foule de gens. Certains des hommes de Persée se trouvaient au milieu de la foule de villageois.
« Êtes-vous le capitaine de ce navire ? demanda un homme âgé, en s'avançant.
— C'est moi. Êtes-vous le chef de ce village ? »
Le vieil homme secoua la tête.
« Nous n'avons pas eu de chef depuis longtemps. Cette île a un jour appartenu à la famille Castellan. Il y a des années, un soir, le coeur de Lord Castellan a cessé de battre. Son épouse et son fils étaient en Angleterre, pour visiter de la famille, quand c'est arrivé. Aucun d'eux n'est revenu ici depuis. Le garçon devrait être un homme à présent, mais je doute qu'il se souvienne que sa famille possède ce pavillon ou cette île. En tant que doyen, ils m'ont demandé d'être le porte-parole. Devrais-je simplement vous appeler Capitaine ou avez-vous un vrai prénom ?
— Persée. Et vous ?
— Patrick. »
Le vieil homme jeta un long regard au Blackjack.
« Vous êtes tous des pirates, n'est-ce pas ? »
Les yeux de Persée se plissèrent d'embarrassement.
« Nous ne voulons pas de problèmes ici.
— Nous ne sommes pas là pour créer des problèmes, rassura Persée. Nous avons en fait besoin de votre aide. Comme vous le voyez, notre bateau est gravement endommagé. Cela va nécessiter beaucoup de ressources, de la main-d'oeuvre, et du temps pour le réparer. Ce serait très apprécié si votre ville pouvait aider dans cette opération.
— Regardez autour de vous, Persée. Nous pouvons à peine survivre nous-mêmes. Nous n'avons rien pour votre bateau. »
Persée fit une pause, pesant ses prochains mots.
« J'ai de l'or. Je peux vous payer pour votre travail.
— Avec de l'or, nous pouvons recommencer les échanges avec certaines villes », dit un homme dans la foule.
Quelques autres murmurèrent en accord.
« Qu'en dites-vous, Patrick ? Est-ce que mes hommes et moi pouvons compter sur votre aide ? »
Patrick soupira.
« Tant que vous n'apportez aucun problème et continuez à investir de l'or dans notre ville, vous pouvez continuer à utiliser cet endroit comme cachette. »
