La plupart des personnages sont inspirés de gens réels ou alors appartiennent à L. J. Smith. Cette fiction contiendra probablement des relations homosexuelles. Homophobes s'abstenir. La partie Vampire Diaries se déroule après l'épisode 8 de la deuxième saison, mais prend en compte certains personnages qui arriveront par la suite.

NB : Les "*" indiquent un changement de statut dans la narration.

Lorsque j'ai débarqué aux Etats Unis, j'avais à peine 19 ans. Jeune étudiante française, j'avais obtenu ce stage dans la prise de son chez Warner Bros television par un contact de mon oncle. Premier contact avec le monde du cinéma. Premier contact avec le monde du travail. Premier séjour seule sur sol étranger. Un autre pays que le mien, sur un autre continent. Un autre monde. Je me sentais perdue, trop petite pour cette vie infiniment trop grande.

Me voilà donc, presque adulte dans cette immense ville qu'est New York, perdue et à la recherche des studios de Warner Bros, parlant un anglais sommaire, le nez plongé dans une de ces cartes mal foutues et deux fois plus grandes que moi. C'est au croisement d'une rue qu'un homme me bouscula violemment, me faisant perdre l'équilibre et m'étaler glorieusement sur le trottoir.

-Oh, merde, je suis vraiment, vraiment désolé ! J'espère que je ne vous ai pas fait mal ?

Le jeune homme qui se tenait devant moi, le front barré d'un pli inquiet, devait avoir une petite trentaine d'années. Grand, brun et de belle stature, il semblait plutôt mignon sous l'ombre de son Borsalino en paille. Je saisis la main qu'il me tendait et me redressait. Voyant que je n'avais rien, il arbora un sourire Ultra-bright à faire fondre un iceberg.

-Rien de cassé, je crois, merci.

-Vous êtes étrangère ? Européenne, si je ne me trompe pas sur l'accent ?

-Française, à vrai dire. Traître, l'accent, à ce qu'il paraît.

-Je dirais surtout sexy. Je peux peut être vous aider, pour me faire pardonner ?

-Ca m'arrangerait bien, oui. Je suis complètement perdue. Première visite à New York. Je n'aime pas les grandes villes, à part Paris.

-Ca pourrait passer pour du patriotisme exagéré.

-Pas forcément. Les studios Warner Bros, ça vous parle ?

-Bien sûr, j'y "travaille". J'allais me chercher un café avant d'y aller, mais le café attendra. Je vous accompagne.

-Avec plaisir. Je m'appelle Alice.

-Je vais faire comme si le chapeau avait empêché que vous me reconnaissiez. Ian.

-Je devrais vous reconnaître ? Ca pourrait passer pour du narcissisme exagéré.

-Euh, non. Laissez tomber. Pourquoi vous voulez vous rendre aux studios WB ?

-Pourquoi pas ? J'ai un genre de réunion pour rencontrer l'équipe d'une série pour adolescentes en chaleur avant le tournage.

-Tiens ? C'est drôle, j'ai un genre de réunion pour rencontrer la nouvelle assistante son de la série pour adolescentes en chaleur dans laquelle je joue avant le tournage. Coïncidence ?

-Je ne crois pas.

Qu'est-ce que c'était que cette nana ? Elle voulait bosser dans le cinéma, elle débarquait à New York comme une fleur, en ne s'étant même pas renseignée sur la série sur laquelle elle allait travailler, et elle se permettait d'être cinglante !

Je regardais un peu mieux la jeune fille devant moi, dubitatif. Probablement moins de 20 ans. Fine, vêtue d'un short en jean et d'une chemise rouge, je la dominais d'une tête malgré ses chaussures à talons. Brune, les traits fins, un sourire en coin espiègle, elle avait des sublimes yeux verts d'eau. Cette fille dégageait quelque chose de sexy et de dangereux. A tomber.

Insolente, elle me dévisageait, campée bien droite sur ses deux jambes, me défiant silencieusement de continuer mon inspection.

-Dis, on y va, où t'as décidé de camper ici pour la nuit ?

Insupportable.

Notre trajet se fit dans un silence religieux, à peine ponctué par le bruit de ses chaussures qui claquaient sur le trottoir, chacun épiant l'autre du coin des yeux. Fouillant dans un énorme sac hippie qui ne ressemblait à rien, elle sortit un paquet de Lucky Strike et un briquet. Elle me tendit un cylindre de tabac, l'air de rien.

-Tu fumes ?

J'aquiescais, et elle plaça la cigarette entre mes lèvres.

-Votre Altesse est trop bonne.

-Tais toi, tu vas la faire tomber.

Voyant qu'elle tentait, sans succès, d'allumer sa clope, je lui tendais mon briquet, flamme allumée. Alors qu'elle se penchait pour enflammer l'extrémité du rouleau de tabac, son regard accrocha le mien, hypnotisant. Ses lèvres maquillées de rouge resserrèrent leur étreinte sur la cigarette tendit que le bout de celle ci s'embrasait. Je ne pouvais me décrocher de ses yeux et du spectacle qu'elle m'offrait.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu m'veux, t'es amoureux ? Tu vas finir par me brûler.

Pris sur le fait, je cachais mon trouble en me concentrant sur ce que j'étais en train de fumer. Je fermais les yeux pour mieux apprécier la première bouffée, qui m'arracha un soupir de soulagement. La nicotine avait toujours eu un effet apaisant sur moi. Je rouvris les yeux et vis qu'elle m'observait.

-On y est, ferme la bouche, arrête de baver, et suis moi, au lieu de me dévisager avec tes yeux de merlan frit.

Elle me tira la langue, geste d'une puérilité extrême qui me fit sourire.

Blessée dans son orgueil, elle me dépassa et me jeta un regard furieux lorsque je lui tins la porte avec une galanterie goguenarde.

Moquerie qui se transforma en hilarité lorsque je m'aperçus qu'elle tirait sur la seconde porte, sur laquelle était affichée, noir sur blanc, une indication : "POUSSER".

-Alice ? Tu ne sais pas lire, en plus d'être française ?

Elle rougit de rage, ce que je trouvais adorable, et, une fois de plus, à mourir de rire. Serrant les poings et se drapant dans sa fierté, elle accéléra le pas, la tête haute. Je marchais à côté d'elle, un grand sourire aux lèvres qui sembla encore plus l'énerver.

Après plusieurs minutes de marche en silence, quelques centaines de couloirs et des milliers de portes à POUSSER, on tomba enfin sur la bonne salle. D'un pas rageur, Alice passa en première et poussa la porte.

-Bravo, tu vois, tu apprends vite, même ouvrir une porte devient à ta portée. Les gars, mesdemoiselles, la nouvelle assistante son : Alice !

A l'intérieur de la salle, toute l'équipe nous attendait : les comédiens et les techniciens, soit une bonne quarantaine de personnes. Et tous levèrent un regard moqueur ou inquisiteur sur la nouvelle arrivante, dont les yeux (me) lançaient des éclairs.

L'année qui s'annonçait promettait d'être amusante : emmerder cette petite française était hilarant.