Chapitre 1 : Lucian


Albus Dumbledore était considéré par beaucoup comme un grand sorcier, voire le plus grand sorcier de ce siècle. Vainqueur du mage noir Grindelwald plus d'un demi-siècle auparavant, il jouissait encore de cette gloire à travers les titres qu'il possédait aujourd'hui : Directeur de l'Ecole de Sorcellerie Poudlard, Président-Sorcier du Magenmagot, Manitou suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers et Enchanteur-en-chef. Il avait même reçu l'Ordre de Merlin, première classe, il y a de cela plusieurs décennies…

C'était autant en raison de ces titres que de l'influence exercée sur la population sorcière à Poudlard qu'il était perçu comme un homme particulièrement sage, un véritable « leader de la lumière » et en effet, Albus avait passé la majeure partie de son existence à défendre le plus grand bien.

Malheureusement, il restait malgré tout un homme capable d'erreur, comme il l'avait fait remarquer à ses étudiants par le passé…

… et c'était l'une de ces erreurs en question qu'il était en train de réaliser tandis qu'il parcourait l'exemplaire de la Gazette du Sorcier que venait de lui apporter un hibou.

PETER PETTIGROW ARRETE ! LE SURVIVANT INNOCENT !

Peter Pettigrow, sorcier décoré de l'Ordre de Merlin, première classe, à titre posthume a été retrouvé ligoté devant le bureau des Aurors tôt dans la matinée. Il convient de rappeler que M. Pettigrow était censé avoir péri de la main de l'infâme Sirius Black voilà plus de quinze ans, en compagnie d'une dizaine de moldus.

L'interrogatoire de Pettigrow au Veritaserum a révélé non seulement l'innocence de Sirius Black, décédé un an plus tôt, mais aussi celle d'Harry Potter. La Marque des Ténèbres présente sur son bras, Peter Pettigrow a avoué le meurtre de Cho Chang, ainsi que l'usage du Sortilège Doloris sur Colin et Dennis Crivey. Ayant fait usage de polynectar, le mangemort a utilisé la baguette du Survivant devant un grand nombre de témoins pour s'assurer que les autorités ne pousseraient pas trop loin leur investigation.

Le ministre de la Magie a annoncé la libération du Survivant, et a promis qu'une compensation serait versée à son coffre pour, je cite, « le dédommager des désagréments de son incarcération ». Néanmoins, nous ignorons encore à l'heure actuelle dans quel état Harry Potter se trouve après près d'une année passée dans une sombre cellule de la Prison d'Azkaban…

Le Directeur stoppa net sa lecture et accourut jusqu'à sa cheminée.

- Alastor ! Alastor, es-tu là ?

La tête du vieil Auror ne tarda pas à apparaître dans les flammes tandis qu'il adressait au directeur un regard méfiant.

- Que se passe-t-il, Albus ? Il n'est pas dans tes habitudes de me contacter si tôt…

- Je sais, mon vieil ami… mais je viens d'apprendre une nouvelle de la plus haute importance. Il nous faut réunir l'Ordre de toute urgence !


Ron Weasley n'aurait pas pu passer une meilleure journée, voire même une meilleure année que celle qui venait de s'écouler.

Ayant conservé son badge de préfet, il s'était également vu offrir le poste de Capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, une équipe qu'il venait de mener une nouvelle fois à la victoire grâce aux talents d'attrapeuse de sa sœur Ginny.

Et si cela ne suffisait pas à son bonheur, il commençait vraiment à se rapprocher d'Hermione. Bizarrement, il avait fallu une petite histoire avec Lavande Brown pour que la sorcière la plus intelligente de sa génération se décide à lui dire ses quatre vérités… et lui fasse part des sentiments qu'elle éprouvait à son égard. Bien entendu, le jeune Weasley s'était empressé d'y répondre positivement et c'est ainsi qu'ils avaient échangé leur premier baiser quelques jours auparavant.

En y repensant, c'était l'emprisonnement de Potter qui était à l'origine de tous ces heureux changements. En disparaissant de leur vie, il lui avait permis de réaliser son rêve de devenir capitaine de l'équipe et son absence les avait également rapproché, Hermione et lui.

- A quoi tu penses ?

La voix de la jeune Granger le tira de ses rêveries et c'est en lui adressant un sourire qu'il passa un bras autour de ses épaules pour l'attirer contre lui autant que pour la rassurer. Tous deux étaient assis sur un sofa, face à l'âtre de la cheminée. Comme à son habitude, la Gryffondor tenait un livre entre ses mains mais le rouquin y était depuis trop longtemps habitué pour lui faire une remarque là-dessus.

- Je réfléchissais juste… à cette année. Tout ce qui nous est arrivé depuis l'été dernier et le bilan me parait plutôt positif.

La jeune femme acquiesça lentement de la tête mais contrairement à Ron, elle n'arborait pas un sourire mais une expression plus sombre, plus triste.

- C'est quand même dommage qu'Harry ne soit pas là… je veux dire, je sais qu'il a tué Cho et torturé ce pauvre Colin mais… je ne peux m'empêcher de penser qu'il aurait mieux fallu le placer à Ste Mangouste. Si ça se trouve, c'était le lien avec Tu-sais-qui qui l'a amené à commettre un acte aussi terrible…

Ron fronça les sourcils mais ne répondit pas tout de suite. Ok, le lien qu'Harry partageait avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom lui donnait des cauchemars et des visions, d'ailleurs l'une de ces visions avait sauvé la vie de son père mais… à part quelques sautes d'humeur et un caractère invivable, il n'avait pas vu de réel signe de « possession » ou de quelque chose qui ait pu le contraindre à tuer la Serdaigle. Non, de son point de vue, le Survivant était responsable de ses actes.

- Je ne sais pas, Hermione. Quelque part, j'aimerais croire qu'il est resté notre meilleur ami, celui avec lequel je jouais aux échecs ou au Quidditch mais… tu as vu la crise qu'il a eu en cinquième année, avec son obsession d'aller au Ministère. Résultat, Sirius est mort et… peut-être qu'il a tout simplement pété les plombs.

Hermione était sur le point de répondre mais un coup d'œil à sa montre lui indiqua que le cours de potions aurait lieu d'ici une demi-heure… et même si le professeur Slughorn était moins strict que Rogue, elle aurait besoin de tout le temps disponible pour préparer les potions complexes qu'il leur demandait.

- Il va falloir y aller, le cours du professeur Slughorn ne va pas tarder à commencer. S'exclama-t-elle tout en se levant du canapé.

Ron la regardait refermer l'ouvrage qu'elle tenait entre ses mains et poussa un soupir avant de se lever à son tour. Certes, les cours de potions étaient un peu plus vivables du fait de l'absence de Rogue mais cela ne l'empêchait pas de continuer à détester cette matière. Il ne comprenait pas à quoi rimaient tous ces ingrédients bizarres et pire encore, la manière dont il fallait les découper, les écraser, les chauffer avant de les ajouter à la potion.

- On est vraiment obligés d'y aller ? Puisqu'on est dans son club, je suis sûr…

- Non, Ron. Ce n'est pas parce qu'il s'est pris d'affection pour nous qu'il faut abuser de ce petit privilège.

- Et si on utilisait ta fiole de Felix Felicis ? Suggéra-t-il en lui faisant les yeux doux.

La jeune femme soupira à nouveau avant de lui donner un petit coup sur la tête avec son livre. Elle avait beau adorer Ronald Weasley, il lui arrivait parfois de regretter qu'Harry ne soit pas là pour canaliser ses pulsions, notamment ses envies de sécher les cours pour s'envoler sur son balai…

Depuis que sa mère lui avait acheté un Eclair de Feu, il avait fallu qu'il passe plusieurs heures par jour soit à voler dessus, soit à le polir sous tous les angles, ce qui n'était pas forcément pour lui plaire…

- Allez, dépêche-toi de prendre tes affaires avant que je brûle ton fichu balai…

Le rouquin avait déjà empaqueté la moitié de ses affaires dans son sac quand la fin de la réplique d'Hermione parvint à ses oreilles, lui faisant esquisser une moue indignée.

- Brûler un Eclair de Feu ? Le meilleur balai sur le marché, la crème de la crème des…

- Oui, oui, je sais ! Dépêche-toi ou je vais vraiment le réduire en morceaux. En comparaison, le vieux Nimbus 2000 d'Harry te paraitra flambant neuf… Le coupa Granger d'un ton autoritaire.

Ne se rappelant que trop bien dans quel état avait fini le pauvre balai après sa rencontre avec le Saule Cogneur en quatrième année, Ron se hâta de prendre son sac et fila vers la sortie de la salle commune à toute vitesse. Hermione laissa échapper un soupir d'exaspération avant de prendre son propre sac.

Elle songea un instant à prendre l'exemplaire de la Gazette du Sorcier qu'on lui avait apporté ce matin par hibou mais elle finit par se convaincre qu'elle n'avait pas besoin d'une distraction supplémentaire pendant le cours de potions. Ron serait déjà suffisamment dur à gérer…


Le jeune homme aux cheveux châtain replia son exemplaire de la Gazette avant de le ranger soigneusement dans son sac. Contrairement à nombre de ses condisciples qui arboraient des expressions choquées, un léger sourire venait de fleurir sur ses lèvres. Cela faisait plusieurs mois qu'il espérait voir apparaître une aussi bonne nouvelle dans les journaux mais il avait presque perdu espoir.

Quittant la Grande Salle en passant presque inaperçu dans la foule d'élèves stupéfiés ou au contraire très nerveux à l'idée de cette libération, il se dirigea à grands pas dans les couloirs en direction de la Tour Nord. Ce n'est qu'à mi-chemin qu'il s'aperçut qu'il n'était pas le seul à avoir eu cette idée.

- Bonjour Neville.

Celle qui venait de prononcer ces paroles était une adolescente d'une quinzaine d'années, dont les cheveux blonds emmêlés lui arrivaient jusqu'à la taille. Ses yeux bleus arboraient d'ordinaire une lueur rêveuse mais elle semblait un peu atténuée tandis qu'elle marchait à ses côtés.

- Salut Luna. Ça m'étonne que tu aies lu la Gazette du Sorcier. Lui fit remarquer le Gryffondor en haussant un sourcil.

- Je n'ai pas eu besoin de la lire. Des filles en discutaient à vivre voix à côté de moi. Est-on sûr de la véracité de l'information ? Répliqua la Serdaigle.

Compte-tenu de la campagne de propagande que les reporters de la Gazette avaient mené à l'égard d'Harry et de Dumbledore l'année passée, les doutes de la jeune femme étaient plus que justifiés. Toutefois, les faits paraissaient suffisamment détaillés et cohérents pour être véridiques.

- Je pense que oui. Ils n'auraient jamais fait un tel canular, surtout concernant Pettigrow puisque seuls les mangemorts, l'Ordre et quelques amis d'Harry sont au courant de la vérité. Tu vois Voldemort livrer la clé de la libération d'Harry au Ministère ?

- Non, bien sûr… j'espère juste qu'il n'est pas trop mal en point. Dumbledore et l'Ordre ne vont pas tarder à aller le chercher.

- C'est justement pour ça qu'il faut le prévenir, Luna. A sa place, la première chose que je voudrais faire, c'est envoyer l'Ordre dans sa quasi-intégralité ad patres. Or, je n'ai pas vraiment envie qu'il reprenne un aller simple pour Azkaban alors qu'il vient tout juste d'être libéré…

La jeune femme lui adressa un léger sourire, que le Gryffondor ne remarqua pas. En un an, Neville avait beaucoup changé. Parmi ceux qui avaient soutenu Harry publiquement, rares avaient été les Gryffondor et cela expliquait pourquoi il était rapidement devenu l'objet de moqueries dans sa propre maison. Pourtant, loin de s'enliser dans le personnage timide qu'il incarnait autrefois, il avait commencé à s'affirmer, n'hésitant pas à défier ses camarades de classe lorsque la situation l'exigeait…

… et même pour lui venir en aide, à elle, lorsque les Serdaigle ne s'étaient plus contentés de lui voler ses affaires. Elle avait le souvenir mémorable d'un sortilège de désarmement qui avait expédié Marietta Edgecombe de l'autre côté de la serre où ils suivaient un cours de botanique. Le jeune Londubat avait bien sûr eu une retenue de la part du professeur Chourave mais cela ne l'avait pas empêché de continuer à être présent à ses côtés lorsqu'elle en ressentait le besoin.

Bizarrement, la plupart des souvenirs heureux dont elle se servait pour manifester son Patronus paraissaient liés de près ou de loin au Gryffondor désormais.

- Encore la tête dans les nuages ? Ou plutôt avec les Ronflak cornus ? L'interrogea Neville d'une voix amusée.

L'adolescente se contenta d'esquisser un sourire malicieux avant d'acquiescer de la tête d'un air distrait.

- Quelque chose comme ça, oui. Mais dépêchons-nous plutôt d'atteindre la Volière avant que d'autres n'en aient l'idée. J'aimerais qu'on puisse prévenir Harry avant que l'Ordre se mette en route…

- Tout à fait d'accord.

Toutefois, aucun d'eux ne remarqua qu'ils avançaient main dans la main tant leurs pensées étaient occupées par un ami qu'ils n'auraient jamais cru revoir un jour.


Albus Dumbledore était flanqué par Kingsley Shacklebolt et Alastor Maugrey tandis qu'il franchissait enfin le portail de la Prison d'Azkaban. Malheureusement pour lui, les barrières particulièrement anciennes qui entouraient le centre d'incarcération ne permettaient de déplacement ni par transplanage, ni par portoloin, et encore moins par le réseau de cheminette. Il fallait donc s'y rendre à l'aide d'un bateau depuis la terre ferme, au cours d'un trajet qui lui avait paru infiniment long.

Néanmoins, il ravala son impatience et son irritation alors qu'il arrivait en vue du poste de contrôle de la prison, où un Auror se trouvait en permanence. En l'occurrence, il s'agissait de Bradley Morrison, un ancien élève de Gryffondor auquel il avait enseigné par le passé. Malheureusement, si Bradley avait réussi la formation des Aurors, ses notes avaient été si médiocres qu'il s'était vu affecter à Azkaban. Cela faisait près de trente ans qu'il résidait presque en permanence sur l'île, au point que le Directeur se demandait s'il se souviendrait de lui.

- Bonjour Bradley.

L'Auror se retourna, révélant un visage qui paraissait plus marqué par le temps que la quarantaine d'années qu'il devait avoir, et une calvitie prononcée était déjà visible parmi ses cheveux gris. Ses yeux noisette parurent s'animer lorsqu'il reconnut le Directeur, au point qu'il esquissa une ébauche de sourire.

- Oh, bonjour professeur Dumbledore. Quel bon vent vous amène sur cette maudite île ?

- Rien de bien grave, n'ayez crainte. Je suis venu chercher le jeune Harry Potter, dont la libération a été prononcée ce matin par le Ministère.

- Ah oui, le Survivant… Une sale histoire si vous voulez mon avis. C'est comme pour ce fugitif là, Sirius Black… deux innocents envoyés à Azkaban, c'est quand même du jamais vu. Même ici, on commence à se demander si Fudge serait pas tombé sous la coupe de Vous-Savez-Qui…

- Oui, oui, bien sûr. Pourriez-vous nous donner le numéro de cellule de M. Potter ? L'interrogea le Directeur, aimablement mais tout de même d'un ton assez ferme.

- Oh oui, attendez un instant, je vais voir dans le registre.

L'Auror les fit patienter plusieurs minutes avant de revenir avec ce qui apparaissait comme un épais volume, dont la couverture élimée avait dû connaître des jours meilleurs. Parcourant les pages jaunies par le temps, il finit par arriver au nom qui intéressait les visiteurs.

- Ah voilà, Potter ! Cellule n°1313, dans l'aile droite…

- Merci bien, Bradley. Nous trouverons notre chemin tout seuls. Répondit rapidement le vieux sorcier avant de s'éloigner à pas rapides.

Toutefois, il fut bientôt interpelé par l'Auror, qui parut se souvenir d'un détail.

- Ah attendez, professeur ! Vous ne le trouverez pas là-bas !

Les trois membres de l'Ordre vivent volte-face en direction de Morrison, qui arborait une expression gênée.

- Excusez-moi, j'ai oublié de vous dire mais… M. Potter n'est plus ici. Il a quitté la Prison il y a plusieurs heures, en compagnie d'un homme.

- Un homme ? Pourriez-vous le décrire ? L'interrogea Kingsley.

- Hm... assez grand, une vingtaine ou trentaine d'années, je dirais. Il avait des cheveux noirs. Je me rappelle qu'il était plutôt bien sapé… après tout, vous en voyez souvent des gars se balader en costard à Azkaban ? Sûrement un né-moldu…

- Est-ce que vous auriez son nom, par hasard ? Reprit Dumbledore d'une voix plus pressante.

- Et bien, je… je crois bien, oui. Je vais voir dans le registre des visiteurs ! Répondit-il avant de filer vers l'autre pièce, d'où il avait rapporté le livre comportant les noms de tous les prisonniers.

A sa décharge, l'Auror avait été plus rapide que précédemment pour trouver le nom du visiteur qui les intéressait mais la patience de Fol'œil était tellement réduite qu'il passait son temps, à faire rouler sa baguette sous ses doigts, son œil naturel fixé sur Bradley avec colère.

- Il… il s'appelait Lucian Hawkins. C'est tout ce que je sais, professeur. Expliqua Morrison sur un ton d'excuse.

- Je comprends, merci Bradley.

Tandis qu'ils repartaient en direction du bateau, Dumbledore essaya de se rappeler d'un élève du nom d'Hawkins mais rien ne lui revenait en mémoire.

Dans tous les cas, il leur faudrait agir dans les plus brefs délais s'ils ne voulaient pas perdre la trace d'Harry Potter…


Deux silhouettes encapuchonnées parcouraient le Chemin de Traverse, qui paraissait moins peuplé que d'habitude en cette saison. Passant les différents magasins sans leur prêter la moindre attention, ils se dirigèrent vers un bâtiment d'une blancheur immaculée, qui leur semblait très grand en comparaison des magasins aux alentours. L'unique entrée visible se résumait à un portail de bronze étincelant, dont deux gobelins en armure gardaient l'entrée.

Chacune des deux silhouettes adressa un salut de la tête aux gobelins qui, bien que légèrement surpris, leur rendirent. Le portail débouchait sur un vaste hall, qui semblait entièrement constitué de marbre. C'est ainsi qu'ils arrivèrent devant un très long comptoir, où plus d'une centaine de gobelins s'occupait à diverses taches avec un sérieux qui aurait fait rougir même les employés du Ministère les plus consciencieux.

Certains pesaient des pièces de monnaie de tous les formes dans des balances en cuivre tandis que d'autres écrivaient dans d'épais registres, alors que d'autres encore tournaient dans tous les sens des pierres précieuses qu'ils observaient d'un œil suspicieux à l'aide de loupes grossissantes.

Les deux inconnus s'arrêtèrent finalement devant l'un des gobelins occupé à écrire, avant que le plus grand ne daigne ôter son capuchon. L'homme était âgé de vingt-cinq, peut-être vingt-six ans et arborait des cheveux noirs dont plusieurs mèches lui retombaient sur le visage avec une certaine élégance. Sous la longue cape noire qui le recouvrait, il portait un costume noir et des gants qui contrastaient par leur blancheur immaculée.

L'homme s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole d'une voix veloutée, ses yeux d'ambre fixés sur le gobelin.

- Pardonnez-moi de vous importuner mais mon maître requiert une audience privée en compagnie de son conseiller financier pour voir l'état de ses comptes.

Le gobelin daigna finalement lever la tête et toisa l'homme du regard avant de porter ensuite les yeux sur la silhouette touchée capuchonnée se trouvant à ses côtés.

- Qui êtes-vous ? Ne savez-vous pas que Gringotts n'accorde d'audience qu'à ses plus estimés clients ?

L'homme se contenta d'esquisser un sourire malicieux avant d'incliner légèrement la tête pour se présenter.

- Mon nom est Lucian Hawkins, et mon maître ici présent se trouve, à mon humble avis, sur le haut de cette liste…

Et tandis que Lucian déclinait son identité, l'autre retira son capuchon, révélant le visage d'un adolescent d'environ seize ans. Bien que son visage soit émacié, ses cheveux noirs étaient toujours aussi indomptables, et ils laissaient d'ailleurs entrevoir la cicatrice en forme d'éclair qui figurait sur son front.

Le gobelin retint son souffle en comprenant de qui il s'agissait mais il manqua également de s'étrangler lorsqu'il croisa le regard du garçon. Ses yeux émeraude étaient absolument glacés, comme s'ils avaient été vidés de la moindre joie. A la place, ils semblaient briller d'une détermination implacable, qui effrayait presque le comptable gobelin.

- Comme vous l'aurez sûrement deviné, je suis Harry Potter et à moins que vous ne vouliez finir sans travail, je vous conseille de prévenir votre supérieur de ma présence. Faites-lui également savoir que je tiens à garder ma présence ici relativement discrète.

- B… bien, monsieur Potter.

Le gobelin quitta immédiatement son siège avant de se diriger vers l'un des bureaux privés situés plus en profondeur dans la banque, et auxquels les clients quelconques n'avaient d'ordinaire jamais accès.

- Penses-tu que nous serons interrompus, Lucian ? Demanda Harry en remettant son capuchon.

- Cela m'étonnerait, jeune maître. Dumbledore et ses sous-fifres se trouvent très probablement sur le bateau qui doit les ramener sur la terre ferme. Quant aux gobelins, ils savent faire preuve de discrétion quand de grosses sommes sont en jeu… et la fortune des Potter est assurément l'une des plus grandes qu'ils hébergent.

- Bien. Espérons qu'ils ne nous fassent pas attendre longtemps. Cette potion de force que tu m'as concoctée ne fera pas encore effet très longtemps…

- Il est normal que vous soyez encore faible, jeune maître. Après une année passée dans un endroit pareil, il vous faudra probablement plusieurs semaines voire plusieurs mois pour retrouver entièrement vos forces. Avec les potions, nous pouvons accélérer un peu le processus mais il y a des limites à ce que le corps peut supporter.

Leur conversation dut malheureusement s'arrêter là car le gobelin revint au pas de course, réussissant néanmoins à délivrer son message d'une traite.

- Le Directeur Ragnok accepte de vous recevoir.


Note de l'auteur : J'essaierai dans la mesure du possible de répondre à vos reviews dans une review donc n'hésitez pas à demander s'il y a des détails qui vous paraissent obscurs ou s'il y a des questions que vous vous posez. ;)