Petite précision : cette histoire est un UA... Le saule n'a pas été planté là pour Remus.
Chapitre 1
Sirius suivit James et Peter jusqu'à la grande Salle, pour le petit déjeuner. Il n'avait pas spécialement faim, ce matin. Il avait eu un sommeil agité. Pas tant que Peter, certainement, qui était tombé de son lit au milieu de la nuit, en proie à un affreux cauchemar plein de crocs acérés, d'après ce qu'il disait maintenant à James.
Ils n'avaient pas reparlé de leur escapade nocturne, mais Sirius savait que James lui-même avait été troublé.
Et lui également.
Mais, contrairement à Peter, ce n'était pas la peur qui dominait chez lui. Certes, les hurlements étaient terribles… Mais ils lui avaient bizarrement paru plus empreints de souffrance que de férocité. Il était persuadé que la chose qui avait hurlé ainsi était incroyablement malheureuse.
Sirius n'était pas un garçon naturellement compatissant. James lui-même lui avait déjà reproché de n'être qu'un cœur de pierre. Il était vrai qu'il avait la moquerie facile. Sirius détestait toute forme de sentimentalisme. Plus prosaïquement, afficher sa dureté était presque une question de survie. Si ses parents devinaient la moindre faiblesse chez lui, il était sûr qu'ils s'acharneraient à le lui faire payer… A la longue, il était presque parvenu à se persuader lui-même que plus grand chose ne pouvait le toucher. Blasé, disait James, en parlant de lui…
Alors pourquoi avait-il encore la chair de poule, en repensant à ce qu'il avait entendu la veille ? Pourquoi se sentait-il si mal à l'aise, comme s'il était passé à côté de quelque chose de fondamental ?
Et pourquoi avait-il la certitude qu'il lui fallait comprendre de quoi il retournait ?
« Ces escapades nocturnes ne nous valent rien… grommela Peter, le nez dans son jus de citrouille.
- Mmmmhhhh… fit James.
- Je me demande ce que c'était… dit Sirius.
- Quoi ? Ces hurlements ?
- Le passage menait à Pré-au-Lard, non ? Où, à votre avis ? »
James haussa les épaules, tandis que Peter s'essuyait la bouche avec sa manche.
« Allez ! s'exclama Sirius, découragé par leur apathie. Tout ça ne vous intrigue pas ?!
- Tous les mystères ne sont pas bon à percer, Sirius, bougonna James. Et franchement, si un sorcier de Pré-au-lard cache un monstre dans sa maison, ça ne nous regarde pas.
- Surprenant, ce discours dans ta bouche, James ! répliqua Sirius, acerbe.
- Je suis juste moins stupide que toi, c'est tout ! » répartit James, le rouge aux joues.
Sirius repoussa son assiette et croisa les bras, dépité. Peter lui lança un coup d'œil vaguement inquiet. Il y eut un silence déplaisant, finalement rompu par James.
« Je sais à quoi tu penses ! lança-t-il en direction de Sirius.
- Ah ouais ?
- Tu veux retourner là-bas ! Eh bien moi, je n'irais pas !
- Ni moi non plus ! s'empressa de renchérir Peter.
- Vous n'êtes que des froussards ! »
La discussion était vaine. Sirius préféra y couper court. Il se leva, laissant son petit-déjeuner à peine entamé. « Sirius, tu es ridicule ! » lui lança James. Sirius ne se donna pas la peine de lui répondre.
Peut-être était-il ridicule, effectivement. Peut-être son obstination à vouloir percer ce mystère précis était stupide. Ce n'était pas comme s'ils n'avaient pas d'autres sujets à approfondir, Poudlard n'avait pas encore révélé tous ses secrets… Il y avait bien cette fameuse pièce sur laquelle ils étaient tombés, une fois, et sur laquelle ils n'avaient plus réussi à mettre la main depuis. Et ils n'avaient pas encore visité à fond la Forêt Interdite. Ce qui leur serait plus facile, maintenant qu'ils pouvaient prendre une forme animale. Alors, pourquoi s'en faire autant pour de vagues hurlements entendus dans un tunnel menant à Pré-au-Lard ?
Parce que ce n'était pas de simples hurlements. Parce qu'il y avait là-dedans une souffrance indicible… Comment James ne le comprenait-il pas ? Que Peter ne voit là-dedans qu'une manifestation monstrueuse, c'était normal, il se défiait de tout. Mais James ! James, qui l'avait habitué à relever tous les défis !
Ils se boudèrent plus ou moins le reste de la journée. Et plus James s'entêtait à lui tourner le dos, plus Sirius se raffermissait dans sa décision de percer tout seul le secret du saule cogneur.
OOOOOOO
Sirius s'installa dans l'un des fauteuils de la Salle Commune, à l'écart de ses deux amis, et se plongea dans la contemplation du parc. S'il comptait retourner sous le saule, il devrait le faire tôt dans la soirée, de façon à être de retour avant le couvre-feu. Sans la cape d'invisibilité de James, c'était le plus sage à faire.
Il coula un regard un biais à James. Celui-ci s'évertuait à rire très fort. Sirius haussa les épaules pour lui-même. Ce qu'il pouvait être imbécile, quand il s'y mettait ! Afin de se donner une contenance, il saisit l'édition du soir de la Gazette du Sorcier qui traînait sur le fauteuil près du sien.
Nouvelle attaque meurtrière, titrait le journal. Sirius survola l'article rapidement. Toujours la même histoire : une attaque dans une maison isolée, un enfant enlevé et retrouvé aux trois-quart dévoré le matin-même… Depuis quelques temps, les attaques de loups-garous étaient devenues de plus en plus fréquentes. Sirius s'attarda un instant sur la photo de la femme en pleurs, en bas de l'article. Son fils était mort, assassiné avec la dernière des sauvageries… Il ne pouvait même pas imaginer son chagrin…
Sa propre mère le pleurerait-elle également, s'il périssait sous les crocs d'un monstre ?
Il abandonna le journal, morose. Il avait vraiment l'impression que le monde allait de plus en plus de travers.
Lorsque vint l'heure du repas, il se leva et suivit les autres machinalement vers la Grande Salle. Il avait la curieuse impression d'avancer en rêve éveillé… Sûrement, la nuit agitée qu'il avait passée expliquait sans doute en partie qu'il soit fatigué, mais il y avait autre chose. Un sentiment de malaise diffus, comme si tout ce qui l'entourait s'efforçait de se donner une importance qui n'avait pas lieu d'être.
Nous sommes là, dans cette école, à nous inquiéter pour des futilités, comme si nos vies étaient en jeu, réalisa-t-il. Comme s'il était vraiment important d'avoir une bonne note au cours de Métamorphose, ou de réussir sa potion… Comme si toute notre vie future était vraiment conditionnée par les quelques années passées dans ce collège, comme si rien d'autre ne pouvait arriver.
Il soupira et s'assit à table. Il se sentait déprimé.
« Tu vas vraiment faire la gueule toute la soirée ? » demanda James, en s'asseyant près de lui.
C'était tout lui, ça… Incapable de bouder ses amis. Il l'adorait vraiment pour ça. Il esquissa un sourire. « Moi, faire la gueule ?!
- Tu es silencieux ! Tu n'es jamais silencieux, Sirius ! » Il se tut un instant, puis se pencha vers lui pour lui parler à l'oreille. « Pour ce matin… Je n'irai pas, Sirius. Et je te conseille de laisser tomber. Ceci dit, ce n'est pas la peine de nous fâcher pour si peu !
- Tu as raison. »
James lui administra une petite tape dans le cou, avant de remplir généreusement son assiette. Sirius l'imita machinalement.
James ne le boudait plus. Alors pourquoi Sirius se sentait-il toujours aussi triste ?
Il mangea à peine, et James fit de gros efforts pour ne pas le voir.
OOOOOOOOOOOOOOOO
Sirius hésitait. Maintenant qu'était venu le moment idéal pour sortir dans le parc et reprendre leurs investigations de la veille là où elles avaient été interrompues, Sirius n'était plus sûr de ce qu'il devait faire. James lui déconseillait d'y retourner. Et c'était si étonnant qu'il se montre prudent qu'il valait peut-être mieux l'écouter, dans le fond. Il serait facile de remonter maintenant dans le dortoir et de passer le reste de la soirée avec ses amis…
Mais il y avait ce nœud, au fond de son estomac… Toute la journée, il avait essayé de se persuader qu'il était là à cause de son altercation avec James. Ils avaient tellement l'habitude d'être d'accord sur tout que le moindre désaccord lui semblait presque une trahison. Non, il devait bien se rendre à l'évidence, maintenant. Son mal-être avait une autre cause.
Il y avait une telle souffrance, dans les hurlements qu'il avait entendus…
Il y a là-bas quelqu'un qui a mal, terriblement mal… pensa-t-il. Et l'ignorer lui paraissait simplement épouvantable.
Ce qu'il avait du mal à s'expliquer, c'était pourquoi James ne ressentait pas les choses comme lui. James avait été mal à l'aise, certes… Mais parce qu'il avait été sensible à l'atmosphère malsaine du lieu. Alors que Sirius, lui…
Il avait beaucoup de mal à mettre de l'ordre dans ses sentiments, et il ne parvenait pas à les rationaliser. Mais une certitude s'ancrait de plus en plus au fond de lui : s'il savait de quoi il retournait il se sentirait mieux.
D'un seul coup, il se décida. Il n'était pas encore 20 heures, il avait largement le temps de faire un tour jusqu'au saule, de se glisser dessous, et de voir où le passage menait, avant le couvre-feu.
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Sirius traversa le parc rapidement, jusqu'au saule cogneur, puis, il se métamorphosa pour se glisser sous les branches. Une fois dans le passage, il huma longuement l'air humide, à la recherche de la moindre odeur suspecte. Mais tout ce qu'il perçut, c'était les traces de la présence de James, Peter et lui, au milieu de l'odeur de l'humus et de la végétation.
Il trotta le long du passage, déterminé.
Tout était silencieux, autour de lui. Et à mesure qu'il avançait, il se renforçait peu à peu dans sa certitude qu'il était absolument seul, ici. S'il y avait vraiment eu quelque chose ou quelqu'un, cela ne s'était pas attardé.
Le passage devant lui était affreusement sombre, et il avançait autant grâce à sa truffe que grâce à ses yeux. Cela ne l'empêcha pourtant pas de percuter la paroi de terre devant lui. Il avait abouti à un cul de sac. Dépité, il reprit forme humaine, tira sa baguette de sa poche et donna de la lumière. Il n'y avait aucune trace de porte devant lui, ni sur les côtés.
« Et voilà ! songea-t-il. L'aventure tourne court ! »
Par acquis de conscience, il refit une fois le tour du cul de sac et leva les yeux au plafond. Et il la vit. La trappe, au-dessus de sa tête.
Il se hissa sur la pointe des pieds et tendit l'oreille. Il n'y avait pas le moindre bruit, au-dessus de lui. D'une main, il testa la solidité du panneau de bois. Il lui serait très facile de l'ouvrir.
Il hésita. Que trouverait-il, là-haut ? Etait-il possible que la chose qui avait poussé ces hurlements n'ait pas été en bas, dans le passage, mais de l'autre côté de cette trappe ? Et si tel était le cas, y était-elle encore ? Etait-elle dangereuse ? Sirius brûlait de connaître le fin mot de l'histoire. Avait-il fait ce chemin sous terre pour renoncer au moment où il touchait au but ?
« Juste un coup d'œil », se promit-il. Et il poussa sur le battant.
La trappe céda facilement. Sirius souleva le panneau avec précaution, l'oreille aux aguets, le repoussa légèrement sur le côté, prit appui sur le bord et se hissa hors du tunnel.
Une lampe posée quelque part dans la pièce dispensait un peu de lumière, mais c'était plutôt sombre. Et calme, aussi. Devant lui, Sirius distingua un amoncellement de caisses en bois, et l'air était humide et froid. Il pensa être dans quelque réserve. Une cave, peut-être. Très haute de plafond.
Il se faufila à l'intérieur de la pièce et se métamorphosa immédiatement. S'il se faisait surprendre, il valait mieux que ce soit sous sa forme canine : on penserait juste qu'un chien errant avait trouvé un moyen de se glisser là et était resté pris au piège. De plus, il avait besoin de toute l'acuité de ses sens canins, en la circonstance.
Une foule d'odeurs l'assaillirent.
Une odeur de renfermé. De paille moisie. De pourriture et d'excréments. Le chien l'enregistra simplement et Sirius l'analysa, curieusement conscient que cette odeur lui donnerait certainement la nausée, s'il était sous sa forme humaine.
Il y avait autre chose.
Une odeur de sang.
Et celle de la bête.
Une odeur qui fit se hérisser le chien. Une odeur forte, pleine de peur, de colère et de violence.
Sirius reprit l'ascendance sur son animagus juste avant de se mettre à gronder. Il ne valait mieux pas qu'il se fasse remarquer. James avait peut-être raison, en fin de compte, revenir ici n'était pas une bonne idée…
Alors qu'il se disait qu'il était sans doute préférable pour lui de faire demi-tour, il perçut tout à coup une dernière odeur, ténue, fragile.
Une odeur humaine.
Il y avait un être humain, là, à deux pas de lui. Au milieu de l'odeur du monstre.
Subitement, Sirius repensa aux hurlements déchirants de la veille et il eut peur de découvrir ce que le monstre avait pu faire. Mais il devait savoir. Peut-être même pourrait-il porter secours à la malheureuse victime ? Si elle était encore en vie…
Il tendit le cou entre deux caisses, la truffe en l'air et les oreilles aux aguets.
L'angle du fond de la cave était séparé du reste de la pièce par deux hautes grilles de métal argenté, qui couraient du sol au plafond, et constituaient une cage de deux mètres sur trois. Le sol y était jonché de paille. Et au milieu gisait un corps. Le cœur de Sirius manqua quelques battements. Ainsi, il ne s'était pas trompé. Il y avait bien quelqu'un enfermé ici.
Il fit quelques pas pour s'approcher.
C'était un jeune garçon, qui ne devait certainement pas être plus âgé que lui-même, couché sur le flanc et recroquevillé sur la paille moisie. Son corps nu était sillonné de larges zébrures brunes. Du sang séché, comprit Sirius, avec un nouveau coup au cœur.
Il était choqué. Tant par l'effroyable maigreur du garçon que par sa pâleur maladive et par la multitude de ses blessures.
Il ne voyait pas son visage, juste une masse de cheveux emmêlés et souillés de sang. Mais le garçon était totalement inerte.
Il est mort… pensa Sirius, au bord de la panique. Ce truc monstrueux l'a tué…
Il regarda autour de lui, s'attendant presque à voir la bête tapie dans un coin de la cave et prête à se jeter sur lui. Mais il n'y avait rien, dans cette cave. Rien que ce garçon au milieu de la cage.
Il devait faire quelque chose. Mais il n'eut pas le temps d'y réfléchir, le cliquetis d'un verrou le fit sursauter. Quelqu'un ouvrait la porte, en haut des marches, face à la cage.
Le chien se tapit aussitôt derrière les caisses, dans l'ombre, tout près de la trappe encore ouverte. Prêt à se sauver par là au premier mouvement dans sa direction.
Un homme descendait les marches, maintenant. Il tenait un morceau de papier serré dans une main, et une baguette magique dans l'autre. Sirius ne voyait pas distinctement son visage, mais il sentit la tension formidable qui l'habitait. Cet homme était furieux.
L'homme s'arrêta devant la cage et lança un long regard au garçon qui y était enfermé. Les pensées défilaient à toute allure dans la tête de Sirius. Qui était cet homme ? Venait-il pour libérer le garçon, ou était-il au contraire son bourreau ? Et si tel était le cas, qu'est ce que lui devrait faire ? Attaquer ? Alerter les secours ? Il sursauta lorsque l'homme ébranla la grille d'un violent coup de pied.
« Réveille-toi ! » cria-t-il à la forme recroquevillée sur la paille moisie. Il leva sa baguette et le sort frappa le garçon de plein fouet. Celui-ci émit un gémissement étranglé et se contracta brusquement. Sirius sentit ses poils se hérisser sur son échine alors qu'une vague odeur de chair brûlée lui emplissait maintenant les narines. Il était prêt à bondir. Il ne pouvait décemment pas laisser faire une chose pareille ! Le garçon souleva péniblement la tête et jeta un regard trouble à l'homme qui le menaçait.
« Tu n'es pas mort… remarqua l'homme froidement. Pas cette fois… » Le cœur de Sirius se souleva. La façon dont le garçon baissa la tête à ces mots, comme s'il ne pouvait que partager l'opinion de son geôlier, l'écœurait. Il fit quelques pas, ramassé sur lui-même, prêt à bondir.
Avait-il vraiment une chance contre cet homme ? Il était armé. Et Sirius ne pouvait pas jurer qu'il était la seule personne, ici. Que ferait-il, si d'autres déboulaient dans la cave ? Sous sa forme canine, il risquait fort de se trouver débordé… « Ne t'emporte pas ! se morigéna-t-il. Attends de voir où tout cela mène… »
Du moins, tant que l'homme ne constituerait pas une menace plus grande pour le prisonnier… Sirius n'était pas sûr de pouvoir se maîtriser, si les choses s'envenimaient…
« Tu aurais dû mourir ! s'exclama l'homme, tapant une nouvelle fois contre la grille. Pourquoi tu t'en sors toujours ?! Pourquoi le monstre ne te tue pas toi ?! Pourquoi ce sont toujours les innocents qui doivent payer ?! » Il était plein de colère… mais pas seulement, réalisa Sirius. Cet homme était désespéré. La façon dont sa voix tremblait lorsqu'il parlait…
« Pardon… » murmura la garçon d'une voix étranglée, et complètement enrouée. Une voix aux inflexions douloureuses qui bouleversa Sirius un peu plus.
« Tu es désolé, hein ! Regarde donc ça ! répliqua l'homme, brandissant le chiffon de papier qu'il tenait à la main. Regarde ça et vois ce que valent les monstres comme toi ! »
Sirius tendit le cou pour voir ce que montrait l'homme. Le papier ressemblait à un morceau de journal, mais de l'endroit où il se trouvait, il n'arrivait pas à en distinguer davantage.
Le garçon se redressa péniblement sur ses coudes et posa un regard las sur l'homme. Son visage était sale, barbouiller de sang. Pourquoi était-il dans cet état-là ? se demandait Sirius, profondément désemparé. Et pourquoi cet homme souhaitait-il si fort qu'il soit mort ?
« Il n'avait que deux ans ! continuait l'homme, au bord de l'hystérie. Deux ans ! Sa mère a retrouvé son corps ce matin ! Il lui manquait un bras et la moitié d'une jambe ! Dévorés !
- Ce n'était pas moi… fit le garçon, d'une voix si ténue que Sirius ne l'aurait peut-être pas entendue, sous sa forme humaine.
- Qu'est-ce que tu dis ?! » s'exclama l'homme.
La brusque flambée d'adrénaline fit frémir le chien, excitant ses sens primitifs. Il y avait une telle fureur, chez cet homme !
« Regarde ! s'écria-t-il, brandissant une nouvelle fois le morceau de papier. Regarde la photo ! Regarde la tête de cette pauvre femme ! Son fils est mort à cause d'un monstre comme toi ! Tu n'aurais pas dû survivre ! Les monstres comme toi ne méritent rien d'autre que la mort ! »
Et Sirius comprit subitement. Ce papier, c'était l'article qu'il avait lu lui-même un peu plus tôt dans la Salle Commune. L'attaque du loup-garou. D'un seul coup, l'odeur de la bête devint suffocante. Comment avait-il pu l'oublier ?! Elle était si puissante que Sirius pouvait presque en sentir le goût sur sa langue. Un monstre avait séjourné là, dans ces lieux, une créature affreuse, qui se repaissait d'enfants innocents !
Un loup-garou. Ce garçon était un loup-garou.
Sirius sentit son poil se hérisser de nouveau, et il retint un grondement au fond de sa gorge.
Le garçon n'était pas la victime du monstre, il était le monstre. Enfermé ici par cet homme pour la sécurité de tous…
Mais il est si jeune ! songea Sirius, complètement déboussolé.
Un brusque sanglot le fit sursauter. L'homme pleurait, le front appuyé contre les barreaux de la cage. Des pleurs de douleur et de rage. Et Sirius n'eut plus qu'un désir : fuir au plus vite. Fuir cet endroit saturé de l'odeur du sang et de celle du monstre, fuir le désespoir qui écrasait cet homme, fuir le regard vide du garçon même pas humain couché dans la cage devant lui.
Il sauta prestement dans la trappe laissée grande ouverte derrière lui, se remétamorphosa aussitôt pour la refermer soigneusement et à pas de course, remonta le tunnel qui le ramènerait dans la sécurité de Poudlard.
