"- Tenez, voilà les chaînes que nous avons réussi à nous en débarraser, lui lança le médecin en posant sous son nez les anneaux en métals.
Le jeune prince qui attendait dans la salle d'attente pour le terrible diagnostic final, s'en saisit pour l'examiner.
"- Du minerai de la planète Azarus, comprit-il en remarquant la brillance de ces chaïnes à la lumière des néons.
- Ce genre de minerai est rare et n'est qu'utiliser que pour des armures, voire des coques de vaisseau, fit le médecin, et non pour des chaînes de ce genre !"
Il était en colère et le prince le vit très bien.
"- Qu'en est-il de notre survivant ? S'enquit-il en souhaitant oublié un moment ces anneaux de fers.
- Je l'ai mis dans un coma de niveau 5 pour le moment, il doit vite récupérer vu le sang qu'il a perdu. Je crains cependant qu'il ne puisse plus marcher correctement lorsqu'il prendra conscience..."
Il hésita à ajouter quelque chose.
"- Qu'y a-t-il encore ? Craigna le jeune homme en fronçant les sourcils.
- On l'a marqué...Murmura le docteur en baissant les yeux, il est marqué du symbole de Gaïa en plus des multiples blessures superficielles que j'ai pu remarquer...
- De quels genres ?
- Des ecchymoses, des hématomes plus ou moins importants...Son dos est carrément déchiré par des..."
Sa gorge se serra ne pouvant terminer sa phrase. Il a vu tant d'horreur sur le corps de l'étranger que c'était pour lui impossible de décrire.
"- Cependant, mon prince, mes ordinateurs médicales ont détécté...une anomalie sur son organisme, il s'avère qu'il n'est pas comme...disons, comme nous.
- Qu'est ce que vous voulez dire ?
- Eh..bien, j'avais tenté de connaître précisément son âge et...
- Et ? L'incita-t-il impatient.
- Il est agé de plus de 1000 ans ! Je pensais qu'il y avait une défaillance mais non. Soit c'est vraiment une erreur soit c'est..."
Il se tut cherchant une réponse dans l'expression horrifié du jeune homme.
"- Vous pensez que c'est lui ? Souffla le médecin.
- C'est impossible, on dit qu'il est mort depuis que la Terre a commencé à faire disparaître la matière noire.
- cela ne veut pas dire qu'il soit véritablement mort...
- Et comment Gaïa a-t-elle pu mettre la main sur lui ? Elle aussi croyait qu'il avait disparu depuis des siècles !
- Contrairement à Athéna, Gaia le hait, je suppose qu'elle a tout de même continué à chercher, grogna le docteur.
Ils restèrent silencieux, réfléchissant sur cet petit découverte hypothétique.
"- Je vais essayer d'enquêter sur ce mystère, soupira enfin le prince, prenez soin de lui.
- J'y tâcherai.


Il avait voulu rendre une visite, il n'avait pas tenu. Même si ses devoirs princiers étaient importants, il avait aussi le devoir de s'informer sur l'état de santé de l'homme qu'il avait sauvé. Le docteur ne s'opposa pas, au contraire, il était plutôt content de cette visite.
"- J'ai arrêté de le mettre en soins prolongé, lui avait-il dit avant qu'il puisse entrer dans la chambre, il est maintenant dans un sommeil profond...j'ignore quand il va se réveiller.
- ça fait combien de temps depuis ?
- Cela fait à peine 23 heures, environ, certaines de ses blessures ne sont plus que de mauvais souvenirs même s'il reste fragile. Les plaies ne sont pas entièrement refermées mais il est hors de dangers.
- Cela fait quand même une semaine qu'il n'a pas ouvert les yeux...
- J'espère qu'il se réveillera bientôt, avait soupiré le médecin.
Depuis qu'ils avaient trouvé et soigné l'étranger, tous les hauts dignitaires, les soldats, les régiments en passant par le quartier royale et commanditaire ont été mis au courant et se posaient tous la même question : qui était-il ? Le prince avait donc imposé son autorité pour calmer leur curiosité. Dès lors, on avait déclaré qu'il serait pour le moment le seul à être informé de l'état de l'inconnu. Tâche qui s'avérait plus ou moins complexes, car les réunions ou les assemblés politiques ne se penchaient que sur la question de l'identité de cet homme à la joue balafrée.
La chambre était baignée dans la lumière naturelle du soleil. Les murs étaient peintes d'un blanc plâtre, agréable au regard. Il n'y avait seulement qu'un lit avec des machines que le jeune homme ne saurait nommé ; elles étaient reliés au corps de l'anonyme. Il s'approcha doucement de l'unique survivant du vaisseau de Gaïa. Il dut admettre que ce dernier semblait bien plus jeune que son souvenir d'entre les flammes et les fumées, malgré le bandeau blanc médicale cachant son oeil invalide.
Ses yeux se posèrent alors sur des traces rouges au niveau de la gorge. Elles lui entouraient la gorge et les poignets. Il serra des poings se rappelant alors des chaînes d'esclaves, qu'il ne pouvait s'empêcher de qualifier comme tel. Pourquoi ? Pourquoi portait-il cela ? Pourquoi se trouvait-il dans ce vaisseau ?
Dans son intense réflexion, il s'assit sur la rembarre interne de la fenêtre.

Un bruit de pas. Un petit mouvement qui lui amenait un léger courant d'air. Où était-il ? Il ne s'en souvenait plus. Il était sur un matelas doux et tendre. Combien de temps n'avait-il pas senti cela ? Et combien de temps était-il ainsi ?

Il eut un gémissement. Le prince se leva rapidement pour revenir auprès de l'homme sans nom qui s'agitait doucement avant d'entrouvrir son oeil, puis le clignotaient rapidement pour s'habituer à la lumière solaire.
"-Enfin, vous êtes réveillés, soupira le jeune prince en lui adressant un sourire amical.
De nouveau, l'homme à la joue balafrée cligna de son unique oeil. Il essaya de bouger mais il ne se crispa de douleurs pour ce petit effort.
"- Non, ne faîtes rien, vous n'êtes pas encore totalement guéris, le conseilla le prince en posant une main sur son bras.
- Me touchez pas ! S'exclama-t-il d'une voix baryton à la grande surprise du prince qui eut un sursaut.
Une des machines, électrocardiogramme s'alarma : le diagramme qui affichait sa respiration et les battements de son corps se mit en rouge. Il haleta incontestablement. Ayant un peu des notions de secours, le prince se saisit alors d'un tuyau relié à une autre machine.
"- Ouvrez la bouche, vite ! Ordonna-t-il.
L'inconnu ne se fit pas prier sachant surement que sa vie ou sa santé en dépendait. Il redressa légèrement sa tête pour englober le bout de tuyau. Un bruit de ventilation se fit entendre par la machine. Quand l'alarme s'arrêta et que le diagramme affichait une couleur verte. Il reposa sa tête sur l'oreiller, épuisé.
"- Où suis-je ? Demanda-t-il tandis que le Prince remettait la machine d'aide respiratoire.
- Vous êtes à Athénapolis, la cité principale de la coalition Athéna.
- Et vous êtes ?"
Le prince hésita à répondre, est ce qu'il devait tout lui déballer ou bien garder pendant un moment le secret. L'étranger se mordit les lèvres visiblement irrité par ce silence.
"- Je doute que me mentir servirait à grand chose, si vous pensez que je vous trahirai ou bien je ne sais encore..."
Il reprit un peu son souffle.
"- ...vu mon état, je n'arriverai à pas grand chose."
Son visage se crispa sous la douleur causée par ses membres encore en guérison. Il se contrôla pendant quelques secondes, puis son oeil brun se posa sur le Prince qui remarqua alors qu'il avait un certain charisme sombre émanant de tout son être malgré son état faible.
"- Je suis le Prince Yalogan, lâcha-t-il, je suis actuellement celui qui dirige les armées de la coalition Athéna de la région d'Athénapolis.
- Un prince ?"
La surprise s'entendait dans sa voix.
"- Pourquoi "Athéna" ? Reprit-il.
- Ce sont mes arrières grands parents, qui ont choisi ce nom, autrefois, on disait qu'il y avait une déesse qui se battait pour les causes justes, pour la paix et la liberté. Et c'est ce que nous souhaitons faire. Se battre pour la liberté, la paix et la justice.
- Les hommes sont donc devenus moins stupides, murmura l'homme.
- Et vous...qui êtes vous ? Lança Yalogan en ignorant ses paroles.
- Moi...Mon nom n'a plus aucun importance, je ne suis même plus sur de mon existence."
Il s'arrêta, ferma son oeil pour l'ouvrir ensuite. Il était encore las.
"- Vous avez bien un nom, s'impatienta le jeune homme, il faut bien que je le sache pour comprendre un peu ce qui se trame du coté de chez Gaîa ! J'ignore même pourquoi vous vous trouvez sur ce vaisseau !"
Il ne lui parla pas des chaînes pensant que ce serait surement pas le bon moment. Puis se rappelant de la situation de l'inconnu, il se maudit lui-même et rattrapa sa maladresse de son impatience.
"- Pardon, vous n'êtes pas obligé de répondre à toutes mes questions maintenant, je dois vous laisser reposer.
- Vous êtes bien la première personne qui...me considère comme un humain, murmura l'homme en le considérant longuement.
- Pourquoi dîtes vous cela ?
- Parce que pour la majorité des personnes que je croise, je ne suis pas un humain.
- Qu'êtes vous alors ?
- Un monstre."
Yalogan resta muet devant cette réponse. Cet homme devenait de plus en plus mystérieux sous ses yeux, comme si plus le temps passait plus un voile noir l'enveloppait le coupant du monde extérieur.
"- Longtemps, j'ai erré en pensant que j'avais trouvé un but dans ma vie, mais j'ai eu tort. J'ai vu...des étoiles exploser et mourir, les planètes se vider ou bien accueillir une nouvelle population, j'ai vu des guerres multiples où des morts s'amoncelaient..."
Il prit une pause. Le prince ne l'interrompit pas.
"- J'ai vu la Mort, la Vie mais aussi le Désespoir tout comme l'Espoir. Mais ce que je n'ai pas supporté, c'était de voir les gens que j'aimais...se décomposer, se faner comme des roses, puis mourir, rendant leur dernier souffle...J'ai vu...ce qu'un homme normal ne devrait jamais voir..."
Sa voix montait haut. Il était en colère, contre lui-même.
"- Je n'ai rien pu faire pour les garder auprès de moi...rien...rien du tout.
- Ce qui ne fait pas de vous un monstre, dit Yalogan d'un ton rassurant.
- Non ! C'est faux ! Ce corps ! Regardez ce corps qui a vécu tant de siècles ! Regardez le ! Et je continuerai à vivre comme ça ! Je vais même peut-être vous voir vous faner, vous voir mourir !
Il s'était levé tout en disant cela. Il tomba à genoux sous la fatigue, haletant, ses jambes n'étaient pas en état de le porter. Yalogan l'aida à se remettre dans le lit, se souvenant de l'handicap de l'homme.
"- Alors, c'était donc vrai...Lui chuchota-t-il, vous êtes donc..."
L'homme balafré évita son regard détournant la tête, comme s'il regrettait d'en avoir trop dit, d'avoir été trop émotif.
"- Vous êtes donc le capitaine Harlock."