La créature.
-Le programme fonctionne en sous-régime, le système d'exploration et extrapolation de la mémoire est en béta-test avec des chercheurs en France.
Ici nous ne disposons que de l'animus modifié pour entrer dans le monde virtuel que nous nous sommes créé. Le reste est encore en construction pour que nos ancêtres puisse découvrir...
-Tout cela m'a l'air d'être une sorte de jeu vidéo. Appelez les, je veux savoir où ça en est.
Shaun regarda sa montre d'un air ennuyé, puis haussa les épaules. Personne ne refusait un appel du big boss. Peu importe l'heure. Alors il s'exécuta et le temps d'escorter son patron jusqu'à la salle informatique, il contacta un de ses collègues. L'affaire réglée en deux tirades de monologue, il installa Mr. Miles sur le fauteuil de l'animus, et posa le nouveau casque bourré de capteur sur son front.
Il lui indiqua de placer sa main droite sur le scanner prévu à cet effet. Un système de connexion épuré. Voilà qu'il fermait les yeux et se laissait emporter dans un brouillard doux qui le faisait se sentir léger, un peu comme la troisième bouffée de marie-joanne.
L'instant d'après, il ouvrait les yeux dans un endroit fort obscur. Il marcha et écouta l'écho de ses pas qui lui indiqua plusieurs choses. Qu'il était dans une pièce plutôt petite, et que c'était du béton. Il y eu un petit bourdonnement, puis un bruit d'articulation qui craque. Et un bâillement.
-Oh hé ! Il y a quelqu'un, cria-t'il.
-Oui navrée, il fait un peu noir pour le moment, c'est la seule salle disponible, les autres sont en construction perpétuelle. Surprise ! Il est 4 heures du matin ici, personne ne pourra coder le script avec une ampoule ou une bougie.
La voix agacée d'une femme retentissait dans la pièce, semblant se rapprocher, puis s'éloigner. Un froissement de vêtement lui signala qu'elle avait du s'assoir à terre.
-C'est impressionnant. Je suis supposé vous voir, et je ne vous vois pas. A quoi êtes-vous donc payée !
Non il n'était pas en colère, il était plutôt moqueur et à la fois si cynique.
-Si seulement j'étais payée, comme vous dites, je n'aurai peut être pas besoin d'avoir un second boulot pour subvenir à mes besoins, et ainsi, je pourrai me consacrer à ma Création.
La voix féminine avait répondu doucement, mais William pouvait sentir la crispation de ses mâchoires dans son ton. Si ses yeux avaient été des flingues, et qu'elle avait la vision infrarouge, il serai sans doute mort.
-Mais ... vous parlez anglais ? On m'a dit que vous étiez en France.
-Oui, et je ne suis pas débile pour autant. Heureusement que la France accepte les travailleurs émigrés. Mais ici nous utilisons un programme de conversion immédiate. Je parle dans ma langue et vous l'entendez dans la votre. Comme cela, tout le monde se comprends. Moi j'aime entendre les gens me parler en anglais; mon traducteur est donc sur OFF pour cette langue. Il est ON pour les autres dialectes. Pour changer vos paramètres, il vous suffit d'accéder à votre compte informatique sur la base de donnée de l'animus.
Nos futurs invités eux n'auront pas ce choix, et nous avons fait avec Shaun qui co-dirige le projet avec moi, le choix de ne pas crypter nos ancêtres plus que nécessaire. Interdiction de modifier leurs aptitudes et souvenirs.
-C'est très juste. Je me réserve néanmoins un droit de véto. Quand pourrai-je commencer la recherche de mes aïeux ?
-L'aboutissement du « MémoCorp » n'a pas de date précise. Une fourchette peut être ? Disons entre le milieu de la semaine prochaine et l'année prochaine, février 2014.
-Je n'ai pas tout ce temps ! Faites au plus vite.
C'était un ordre, ferme et sec. Il était prêt à tout pour revoir le visage de son fils, oui à tout, mais pas à patienter. C'était comme ressentir le manque d'une drogue, il en avait besoin. Besoin de voir son regard intense le défier une fois de plus. Entendre le son de sa voix. Le prendre dans ses bras. Cette simple constatation fit retomber son ardeur. Ce ne serai qu'une replique de son esprit, pas de son corps.
- Expliquez moi un peu tout ça. Avec des mots que je puisse comprendre, précisa-t-il
-Bien monsieur. Déjà pour vous rassurer, les premiers essais sont très fructeux. Nous avons du épurer le programme afin qu'il n'encode pas les personnes vivantes de lui même, seule la connexion permet ainsi d'entrer dans ce monde. Et il vous suffit de penser le mot déconnexion pour reprendre vos esprits dans la réalité. Ici nous sommes dématérialisé. Je peux vous toucher, vous aller le sentir, mais votre enveloppe corporelle, elle, ne sentira rien, cela évitera certain désagrément... physiologique. Vous mettre en colère ici, ne vous fera pas vous crisper dehors. Par contre, l'inverse n'est pas possible. Pour l'exemple, quand votre vraie vessie sera pleine, et que votre cerveau vous le fera savoir, vous serez automatiquement déconnecté. Question de survie. Manger-Boire-Dormir. Et éviter que tout nos membres ne viennent se réfugier ici et taper la causette à tout les ancêtres et revivre leurs aventures.
-Exactement comme une addiction à un jeu vidéo ou à fessebouc. Le fléau de notre jeunesse.
-D'ici un mois, tout les QG seront équipés d'au moins un appareil de connexion simplifié. Nous y allons doucement pour surveiller les réactions des serveurs, éviter des surcharges, etcétéra. On a mis une sécurité pour empêcher cela, mais on ne sait pas encore se qu'il se passerai si elle faillissait et si une personne n'était pas déconnectée durant un crash massif du système.
Plusieurs salles sont disponibles, d'autres viendront encore, selon les suggestions. Nous pensons recréer des quartiers historiques pour y intégrer nos ancêtres, cela évitera les encombrements des serveurs de communication. Et ce qui sera le cœur de la cité, la centrale de communication, sera lui entièrement moderne. Abréviation Central City ou La Centrale.
Ici, c'est votre bureau en quelque sorte. Vous serez automatiquement dirigé ici à votre connexion.
Pour l'aménagement, voyez avec Shaun.
Vous fallait-il autre chose ou je peux vaquer à mes occupations nocturnes, c' est à dire, dormir ?
Il aurai été empereur de la galaxie, sa réponse aurait été la même, refoulée à l'entrée de sa gorge, réprimée par un souffle de surprise survenu soudainement à l'entente du bourdonnement. Elle s'était déjà déconnectée, le laissant seul dans la pénombre.
-Cette mégère a du caractère, avoua William en se redressant.
N'importe qui aurai été diplomatiquement inapte après une nuit blanche, deux heures sommeil, et faire un topo d'une heure au grand maitre.
Shaun ne put que sourire narquoisement à cette évidence.
Parmi tout ses collaborateurs sur ce projet, elle était de loin la plus hargneuse, après lui même cela va sans dire. Une femme très intelligente, une programmatrice hors pair, avec une imagination débordante, et qui n'hésitait pas à se battre pour imposer sa vision des choses (surtout quand elle avait raison et que le refus des autres venait surtout de leur incompréhension). Une femme de poigne. Une de ces poignes qui émascule les plus faibles.
C'était une Shaun au féminin. Mais moins géniale que lui. Du moins, c'est ce qu'il pensait intimement.
Il récupéra rapidement les électrodes qu'il avait placées après l'endormissement de son patron. Le suivis médical des utilisateurs était important à ce stade du développement. Les données seraient analysées par le reste de l'équipe dans les jours à venir.
-Quand tout est prêt, faites en sorte d'avoir le matériel nécessaire, je veux être le premier à pouvoir en bénéficier et retrouver mon fils. Bon travail Shaun.
L'homme partit promptement vers ses appartements. L'entente du compliment se répandit en une douce chaleur dans le cœur du jeune informaticien. Sourire aux lèvres, Shaun prit son téléphone et partagea cet instant de gloire.
« Shaun Patie Lawrence: Thank you. »
Merci d'avoir lu jusqu'ici
A bientôt
M.
