Un accueil des plus chaleureux pour mon premier chapitre! Merci à tous pour vos reviews!
P'tite mimi: la guerre d'indépendance ne fait malheureusement pas partie du programme de terminale S :P Donc non, je n'ai pas appris tout ça en histoire ^^ c'est bien dommage, ça m'aurait arrangé de tomber dessus au bac ;) je précise aussi que je n'avais pas lu la fic en question avant d'écrire le premier chapitre, donc que la ressemblance (plus que troublante, je dois le reconnaître!) est purement fortuite!
Emy: Merci beaucoup ça fait plaisir ^^
Naomie622: Merci de dire (enfin d'écrire ^^) ça, ça encourage énormément pour la suite ;)
Bonne lecture!
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Chapitre 2 : Peaux-vertes
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Jarod se laissa tomber au sol, abasourdi. Tout laissait à penser qu'il avait été transporté en cet endroit pendant qu'il était inconscient, mais comment, il n'aurait su le dire. Après avoir vérifié que leur prisonnière était toujours en vie, il avait tenté de déterminer la nature des monstres qui l'avaient attaqué. Il dut malheureusement se rendre à l'évidence : ils ne portaient aucun masque ou maquillage, et la couleur verte de leur peau était donc naturelle. Enfouissant sa tête dans ses mains, il rassembla toutes les informations qu'il possédait pour le moment sur cette étrange forêt. Les arbres étaient semblables à ceux de son monde (car il avait fini par accepter le fait qu'il ne soit plus en Amérique), et l'air était respirable, ce qui était déjà une bonne chose. Il se trouvait en Rhudaur, mais que ce soit le nom de la région ou de la forêt elle-même il n'aurait su le dire. Il y avait des humains ici, vraisemblablement pourchassés par les créatures vertes qui l'avaient attaqué, ainsi que des êtres semblables à des hommes mais aux oreilles pointues. De plus, il était fort probable que ses assaillants fussent sous les ordres du « Sauron » dont le fuyard lui avait parlé. Et enfin, ils étaient en avril, alors que l'embuscade avait eu lieu en septembre. Sept mois s'étaient écoulés depuis l'explosion du globe luminescent, à moins qu'il n'ait été transporté dans l'espace et le temps.
Il s'efforça de calmer sa respiration. Paniquer était forcément normal dans ces conditions, mais cela ne lui apporterait rien, et il devait être prêt au cas où d'autres peaux-vertes n'arrivent. C'est cette pensée qui le fit se relever. La disparition d'un groupe chargé du transport d'un prisonnier ne passerait pas inaperçu, et les recherches aboutiraient forcément ici. En clair, il fallait quitter les lieux au plus vite. Non pas qu'il eut peur d'en affronter d'autres, mais il ne pourrait pas faire face à un trop grand nombre, et il n'était pas assez sot pour penser que sa fine rapière serait assez solide pour bloquer un coup de cimeterre. Le surnombre ennemi empêchant l'esquive, il se ferait tout bonnement massacrer sans même pouvoir se défendre.
Jarod se releva donc tant bien que mal et hissa la captive toujours inconsciente sur ses épaules. Avec un peu de chance, elle le renseignerait sur sa localisation à son réveil. Et de toute manière, il ne consentirait pas à la laisser retomber entre les mains de ses ravisseurs. Après tout, il avait risqué sa vie pour la sortir de là, même si ce n'était pas intentionnel… Rapière en main, il commença donc à se frayer un passage dans les bois, ce qui n'était pas si difficile après le passage des fuyards, qui avaient tout piétiné sur plusieurs mètres de large. Une heure s'écoula ainsi, puis une deuxième, et une troisième. Il se serait sans aucun doute écroulé si l'épaisse frondaison ne le protégeait du soleil. Confort à double-tranchant : il ne pouvait pas se repérer pour déterminer l'heure qu'il était.
Il s'était résolu à marcher tout droit jusqu'à ce que la luminosité baisse assez pour annoncer la tombée de la nuit quand il arriva dans une deuxième clairière, où se tenait un spectacle qui le laissa coi : postés au centre de la prairie derrière une barricade circulaire formée de corps aussi bien verts que blancs, trois hommes tenaient en joue un autre groupe de peaux-vertes armés d'arcs qui se tenaient à l'orée du bois, à la gauche de Jarod. A en juger aux uniformes tachés de sang et de boue, deux hommes étaient anglais et le dernier prussien. Mais cela ne voulait rien dire : il était fort possible que les mêmes tenues soient monnaie courante ici aussi. Néanmoins, Jarod posa son fardeau à terre et arma son pistolet. A ce qu'il pouvait en voir, les peaux-vertes étaient plus d'une dizaine autrement dit, la première salve passée, les assaillis seraient à la merci d'une charge au cimeterre. Celui qui semblait être le plus haut gradé, à en juger par les décorations accrochées à sa poitrine, lança un ordre bref, et les trois relevèrent le chien de leur arme, prêts à faire feu. Une peau-verte grogna. La tension était presque palpable, et seul parmi tout ça, Jarod n'avait même pas été remarqué d'un seul des deux camps.
- God save the queen ! lança un des anglais.
Les trois fusils lâchèrent leur pluie mortelle. Quatre peaux-vertes tombèrent, deux tués d'une même balle, mais les autres ne perdirent pas de temps et se ruèrent à l'assaut de la barricade de fortune. Jarod soupira en levant son arme.
- Et voilà que j'en suis réduit à aider des rosbifs…
Une tête d'un assaillant explosa littéralement sous sa balle. Désorientées, les peaux-vertes ralentirent un instant, ce qui permit étonnamment au présumé prussien de recharger et de faire une victime de plus, tandis que les deux anglais attendaient déjà baïonnette au canon. Jarod passa son pistolet dans la main gauche et dégaina sa rapière de la droite. D'un entrechat, il esquiva l'attaque maladroite de la peau-verte qui courait vers lui, l'assomma du pommeau de son pistolet et l'étripa proprement, avant d'en embrocher une seconde qui se précipitait vers lui. Deux autres s'empalèrent sur les baïonnettes, et une fut scalpée par un lancer de hache provenant du prussien. Tandis que Jarod accourait pour aider à l'élimination des derniers assaillants, l'un d'eux balança son cimeterre dans un mouvement descendant qui prit au dépourvu le gradé, qui s'acharnait à débloquer son couteau coincé sous un cadavre. La peau-verte n'alla pas plus loin, transpercée par le second anglais, et Jarod abattit la dernière qui tentait de s'enfuir. Au final, treize morts verts pour un blessé blanc.
- You came just in time ! applaudit l'anglais indemne. I don't see your shield. Which is the unity you're link to?
- Je suis français, connard, répliqua Jarod.
L'anglais prit une mine paniquée et releva son fusil, mais le prussien posa sa main sur le canon et l'abaissa lentement en passant son regard d'un homme à l'autre.
- On est tous dans la même scheiße. On halt son ruhig. Ich bin Veit von Tollkhün, Grenadier im das Preußen Armee. Und du?
- Jarod Wyrmslayer, soldat de l'armée française sous les ordres du capitaine de La Fayette aux Etats-Unis d'Amérique.
- The United States doesn't exist ! vociféra l'anglais. They'll never be born !
- Shut up ! coupa le blessé. Veit is right. For the moment, we must fight together to come back in our world. 'Cause I suppose we're not in, are we ?
- Je ne pense pas, non, répondit Jarod. Par contre ce dont je suis sûr, c'est que si on ne vous soigne pas, vous allez vous vider de votre sang.
L'anglais baissa les yeux vers son torse et grimaça autant de dégoût que de douleur. Son compatriote s'agenouilla rapidement à ses côtés et appuya sur la blessure, faisant jaillir un trait de sang qui traça une traînée rouge sur sa pommette. Jarod se retourna pour aller récupérer la prisonnière, mais à mi-chemin une main se posa sur son épaule pour le retenir.
- Merci d'être intervenu, lui dit Veit dans un français à peine teinté de l'accent guttural germanique. Je ne pense pas qu'on aurait réussi sans ça.
Jarod prit le temps de l'observer. D'une trentaine d'années, il devait mesurer à peu près la même taille que lui, avec peut-être un ou deux centimètres de plus. Brun également, ses cheveux s'arrêtaient aux épaules, et une petite barbe soulignait ses joues et son menton. Son visage avait les traits anguleux caractéristiques de la plupart des prussiens, mais sans lui conférer l'aura de brutalité que cela donnait à certains officiers. Pourtant s'en était sans conteste un, les grenadiers étant une unité d'élite réservée aux meilleurs des meilleurs, à la fine fleur de l'armée prussienne.
- Comme tu l'as dit, je ne pense pas que j'avais le choix, répondit finalement Jarod. Je ne survivrais sans doute pas longtemps seul ici. Tu sais où l'on est ?
- Aucune idée, fit Veit en haussant les épaules. Mais ces créatures, là, elles sont pas normales. Un conte que me racontait mon père, et son père avant lui, en décris des semblables, mais je ne croyais pas que ça existait en notre monde.
- Reste à savoir si l'on est dans notre monde, termina Jarod.
Le prussien le fixa d'un air étonné, puis hocha la tête. Ils rejoignirent l'orée du bois, où l'ancienne captive n'avait pas bougé d'un pouce.
- Qui est-ce ? demanda Veit.
- Elle était portée par deux peaux-vertes accompagnées d'un petit groupe quand je l'ai trouvée. Elle ne s'est pas réveillée depuis.
- Peau-verte ? Un nom bien trouvé, approuva le prussien. L'entraînement de grenadier comprend une base de formation en médecine. Je peux… ?
- Pas la peine de me demander, je n'ai rien à voir avec elle, répondit Jarod en souriant.
Veit s'accroupit à côté de la jeune femme et lui tâta le front, avant de soulever ses paupières l'une après l'autre afin d'observer ses yeux. Il posa ensuite son oreille contre sa poitrine, et resta les yeux clos quelques secondes.
- Ça ira, annonça-t-il enfin. Elle a juste été… comment vous dîtes déjà ? Ah, oui ! Elle a reçu un choc qui va la laisser betaübt… stonned…
- Assommée.
- C'est cela. Elle est comme ça depuis combien de temps ?
- Au moins trois heures.
- Elle est bonne pour une ou deux de plus.
Jarod la hissa de nouveau sur son dos et ils repartirent vers la barricade qui commençait à dégager une odeur franchement infecte sous le soleil.
- C'est la nuit dans combien de temps ? demanda Jarod.
- Le soleil se couchera dans une heure tout au plus, je pense.
- Dis-moi, où as-tu appris à parler français comme ça ?
- J'ai passé quatre années dans vos geôles après la guerre de Sept Ans, répondit Veit en riant. C'est largement suffisant quand on sait que j'étais le seul prussien de la prison.
- Et comment t'en es parti ?
- En prenant la porte.
- Hilarant.
- Je te jure que c'est exactement ça ! Je me suis rendu compte un jour que le rebord de ma fenêtre, qui donnait sur le sol au-dehors, était un lieu de passage de termites. Patiemment, j'en ai attrapé plusieurs, et je leur ai aménagé un coin tranquille derrière ma paillasse. Elles se sont mises à chercher de la nourriture et, comme je l'escomptais, elles ont rongé la porte. Plusieurs jours plus tard, de nuit, j'ai foncé dessus. Le bois pourri a cédé d'un coup, et je me suis dépêché de partir, non sans emprunter un pistolet et un sabre au garde qui dormait à l'étage. De là, j'ai rejoint la Prusse, puis la Grande-Bretagne, et enfin les Amériques avec un corps expéditionnaire prussien pour aider les Anglais dans leur guerre avec les insurgés américains.
- Nous sommes donc ennemis.
- Pas ici.
- Exact.
Jarod déposa la jeune femme sur l'herbe, et s'allongea à côté.
- Il faut dormir ici, déclara Veit. Je ne pense pas que le blessé soit en état de marcher, et je doute que nous puissions trouver un endroit plus favorable avant que la nuit ne tombe. Et comme nous devons rester groupés…
- You take the control ? demanda hargneusement l'anglais indemne.
- Tu fais comme tu veux, mais moi je resterai ici.
L'anglais maugréa mais se remis à psalmodier des prières en tenant la main de son supérieur, qui gémissait, les yeux clos et le visage couvert de sueur. Veit et Jarod s'occupèrent donc de rassembler les nouveaux cadavres pour compléter la barricade, puis allèrent chercher du bois pour allumer un feu. S'ils n'avaient de rations de nourriture, au moins avaient-ils tous une gourde, et ils avaient décidé de ne pas se refuser le luxe d'un peu de chaleur durant la nuit. Ils récupérèrent une couverture miteuse sur le corps d'une peau-verte, et arrachèrent quelques lambeaux de tissus aux uniformes des cadavres humains afin de composer un bandage pour le torse de l'officier et le crâne de la femme aux oreilles pointues. La nuit étendait son ombre quand les trois rescapés se regroupèrent autour des flammes, laissant les blessés un peu plus loin. Ils dinèrent de quelques mûres cueillis au pied des arbres, puis se murèrent tous dans un silence pesant, entrecoupé du craquement du bois en train de brûler et des petits cris de l'officier.
- Comment va-t-il ? demanda Jarod à l'autre anglais.
- I think that, the… le foie, je crois, il est touché. Je ai pas… I haven't the capacity to treat that. Il va mourir, doesn't he ?
Veit hocha gravement la tête.
- On pourra pas rester ici un jour de plus. D'autres peaux-vertes viendront surement à la recherche des leurs. Il faudra l'abandonner.
- And the woman ?
- Ça dépend si elle se réveille et si elle peut nous être utile, répondit Jarod. Et, au fait, tu t'appelles… ?
- Sean Naeb. From Bornemouth.
- Comment vous vous êtes retrouvés ici ?
- On faisait partie des renforts pour la bataille de Saratoga, mais on est tombé dans une embuscade des insurgés. Il y a eu un grand flash, et puis on est tombé ici, au milieu des cadavres de nos compagnons, répondit Veit. On les a empilé en guise de défense quand les peaux-vertes sont arrivées.
- J'étais parmi les embusqués, avoua Jarod. L'explosion a été provoquée par un globe noir que des anglais transportaient en avant de votre colonne. Il s'est brisé et je me suis retrouvé un peu plus loin dans la forêt.
- Ces corps, là… reprit Veit. Ils étaient déjà morts avant d'arriver ici. Je reconnais certains visages que j'ai vus à terre durant l'escarmouche. Selon toute logique, le reste de la troupe a été transportée ailleurs dans les bois. Reste à savoir s'ils sont tous ensemble, et si c'est le cas, pourquoi nous avons été séparés des autres.
Un gémissement étouffé franchit les lèvres de l'officier, qui toussa un peu. Mais faute de salive, c'est une buée rouge qu'il recracha. Il essaya de parler, mais ne put que murmurer. Les trois compagnons se rapprochèrent dans le but de saisir ses paroles, et le blessé agrippa Jarod par le col, lui arrachant un petit cri de surprise.
- Les palantiri… Si un est détruit… must… destroy the others… I know French are honorable men… Promise me… Promise me…
- Promettre quoi ?
- Meet Elrond… He'll explain you… Save… Middle-Earth !
Il cracha de nouveau du sang, obligeant Jarod à reculer. Après quelques toux de plus, son regard se troubla, mais il parvint à souffler :
- Promise me…
- Je ferais de mon mieux.
- De… votre mieux ? Losers… always whine about their best! Winners go home… and fuck the prom queen! Don't try, just do it! Promise me!
Jarod baissa la tête. Comment pouvait-il faire une promesse sur l'honneur à un mourant ? Anglais, qui plus est ? Lui s'en fichait, il ne risquerait pas sa vie à faire ça. Alors que Jarod avait toute sa vie devant lui… en admettant qu'il s'en sorte. Mais cet homme, qui se vidait de ses tripes et qui parvenait malgré tout à s'accrocher à la vie pour une simple promesse, l'impressionnait. Quel genre de personne refuserait de se laisser tomber dans le soulagement de la mort pour une bagatelle ? La promesse était donc d'importance, ne serais-ce que pour le repos de son âme.
- Je vous le promets.
Veit se baissa et tâta le pouls de l'officier. Il se signa ensuite d'un rapide signe de croix.
- Inutile. Il est mort. Qu'est-ce que vous avez promis, au juste ?
- D'aller voir un certain Elrond. Ça ne me parait pas bien compliqué.
- De toute façon, parole donnée à un mort a bien piètre valeur.
- I agree, fit Sean en hochant la tête. The most important is about to find something which could bring us back home.
- Et de trouver le groupe, ajouta Jarod. Avec armes, munitions et nourriture, on augmentera sensiblement nos chances de survie, surtout si les peaux-vertes sont nombreuses, ce qui m'a tout l'air d'être le cas si elles se permettent de s'éparpiller dans la forêt.
- Et si jamais on ne peut pas retourner chez nous ? demanda Veit.
Tout le monde se tut. Avant que le prussien ne le dise à haute voix, Jarod n'avait pas sérieusement pensé à cette possibilité. Il se mordit la langue pour se réprimander. Un bon soldat devait envisager toutes les possibilités s'il voulait vivre longtemps. C'était pourquoi les vétérans paraissaient souvent paranoïaques aux yeux des nouvelles recrues. Malgré tout, la question était problématique. Effectivement, que faire si jamais ils étaient coincés ici ?
- Tant que l'on n'a pas de renseignements sur ce monde, on ne peut pas savoir ce qu'on peut y faire, répondit-il enfin. On devrait attendre le réveil de la captive des peaux-vertes et lui extirper des informations.
- We must sleep, assena Sean totalement sans rapport avec le reste de la conversation.
- C'est vrai, approuva Veil. En une seule journée, on a traversé la moitié de l'Etat de New York, on a été pris en embuscade, on a été projetés ici, et on s'est fait assaillir par des créatures vertes. On doit se reposer. On enterrera nos morts demain.
- Je prends le premier tiers, proposa Jarod. La captive ne devrait pas tarder à se réveiller, et j'aimerais être le premier au courant.
Les deux autres hochèrent la tête et allèrent s'installer un peu plus loin, histoire de ne pas dormir au milieu des cadavres. Jarod recouvrit le visage de l'officier avec la couverture, se releva et massa un peu ses jambes ankylosées à force de rester accroupi, puis ramassa un fusil et entrepris de vérifier la culasse. Cela fait, il l'accrocha dans son dos et en récupéra un autre qu'il garda à la main. Il fouilla un instant dans la bourse de sa ceinture et en sortit un petit sachet de poudre, qu'il déchira avec ses dents avant de le verser dans le canon de son pistolet. Tassant la poudre avec une fine baguette, il chargea l'arme et la replaça à son côté. Il était fin prêt à accueillir des invités indésirables et, le cas échéant, à les renvoyer dans la caverne puante qui devait être leur foyer. Plus il y pensait, plus il était convaincu que c'était la seule explication possible à leur odeur infecte. Même les ruelles de Lorient, qui n'étaient pourtant jamais nettoyées et croulaient sous les tas d'immondices formés par les déjections et les restes des mendiants qui y habitaient, sentaient meilleur.
A la pensée de son pays natal, une vague de nostalgie le submergea. Il était né dans le village de Ploemeur, non loin du port de Lorient, et y avait passé toute son enfance. Son père ayant disparu avant sa naissance, la seule présence masculine de la maisonnée était son grand-père, un vieil homme affublé d'une épaisse barbe blanche qui lui donnait un air particulièrement sévère. Ancien mercenaire au service de seigneur de Lorient, il avait appris à Jarod à tenir une épée dès son plus jeune âge puis, quand il eut grandi, d'un fusil. Il avait toujours soutenu son petit-fils quand ce dernier avait annoncé vouloir s'engager dans l'armée, et ce contre l'avis de la mère et de la grand-mère. Jarod ne se leurrait pas : sans son grand-père, il n'aurait jamais pu être envoyé en Amérique. Seuls les soldats accomplis étaient partis avec La Fayette. Les jeunes étaient pour la plupart des nobles, ce qui expliquait leur formation à l'escrime. Quant aux vétérans, s'ils savaient se battre, ils l'avaient acquis avec l'expérience, dans le sang et la douleur.
Un gémissement lui fit tendre l'oreille. Il se retourna et s'approcha de la captive, qui commençait à s'agiter un peu. Il s'assit auprès d'elle et, dans l'attente de son réveil, il la détailla un peu. Son visage était paisible, mais ça, c'était imputable à son inconscience. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules et rayonnaient des reflets du feu. Elle avait des traits très fins, comme ciselés par un sculpteur particulièrement doué et persévérant. En plus de ses oreilles en pointe, ce qui la différenciait des humaines « normales », c'était l'absence d'imperfection sur son visage. D'habitude, une femme avait taches de rousseur, grain de beauté, ou encore petit cicatrice. Elles arrivaient à les cacher en se maquillant, mais à en juger par la saleté et la terre qui lui recouvrait la face, ce n'était pas le cas ici. Déjà qu'elle était belle comme cela, Jarod n'osait même pas l'imaginer propre et bien coiffée. Il commençait à baisser les yeux pour jauger le reste du corps quand elle ouvrit brusquement les siens et darda sur lui un regard des plus accusateurs.
- Ne vous gênez pas, surtout, persiffla-t-elle.
- Ce n'est pas ce que vous croyez, s'excusa précipitamment Jarod.
- Dans ce genre de situation, ce n'est jamais ce que l'on croit !
Elle porta sa main à son front et sembla constater le bandage.
- C'est vous qui avez fait ça ?
Le jeune homme hocha la tête.
- Et… Les orques ?! fit-elle en écarquillant les yeux, un air terrifié se peignant sur ses traits. Glorfindel ? Où sont les autres ? Où sommes-nous ? Qui êtes-vous ?
- Calmez-vous, dit calmement Jarod en la poussant par les épaules pour la forcer à se rallonger. Je ne sais pas de quoi vous parlez, mais j'espérais que vous, vous pourriez répondre à mes questions. Mais vous avez raison, je suppose que nous devrions commencer par les salutations d'usage. Je suis Jarod, soldat au sein de l'armée française. Je vous ai trouvée inconsciente et prisonnière de deux étranges créatures à la peau verte qui ne semblaient pas vous vouloir de bien.
- Les orques ? Vous les avez tués ?
- S'ils s'appellent ainsi, alors oui.
Elle lâcha un soupir, soulagée, puis ses autres problèmes durent lui revenir en mémoire, car elle reposa ses premières questions, ce à quoi Jarod lui répondit par un hochement de tête significatif. Veit et Sean arrivèrent sur ces entrefaites, réveillés par les cris quasi hystériques de la jeune femme.
- Je ne dirais rien tant que je ne saurais pas où je suis et qui vous êtes, reprit Jarod. Ou bien ce que vous êtes. Vous n'êtes pas humaine, n'est-ce pas ?
- Moi, humaine ? Chercheriez-vous à m'insulter ? fit-elle en fronçant les sourcils. Je suis Nerwen, fille de Lena, princesse du royaume elfique de la Forêt Noire !
- C'est ici, la Forêt Noire ? demanda innocemment Veit.
Nerwen le dévisagea, tentant sans doute de déterminer le sérieux de la question. Quel être de la Terre du Milieu pouvait ne pas savoir où se trouvait son royaume ? Surtout en des temps aussi sombre, puisqu'elle abritait une des forteresses de Sauron…
- Qu'est-ce que l'armée française ? Une tribu des Haradrims ?
Ce fut au tour de Jarod d'être interloqué.
- L'armée de France, une des plus grandes puissances de notre temps !
- Je suis désolée, mais je ne vois pas.
- Bon sang, mais on est où, ici ? Qu'est-ce que c'est que cet endroit à la con ?!
Il lui débita l'histoire de son arrivée, de bout en bout, sans omettre un seul détail, allant même jusqu'à répéter les dernières paroles de feu l'officier anglais. Et au fur et à mesure qu'il avançait dans son récit, le visage de Nerwen se fit plus grave, bien qu'il sembla à Jarod entr'apercevoir une lueur impressionnée au fond de des yeux de la jeune femme. Quand il se fut tu, celle-ci prit son temps pour répondre.
- Nous sommes en Terre du Milieu. Ce monde est tombé sous le joug de Sauron, le seigneur des Ténèbres, il y a de ça deux semaines. Les autres peuples, hommes, nains et elfes -dont je fais partie-, fuient depuis ce jour en direction de l'ouest en espérant pouvoir partir. Mais quelques-uns restent pour offrir un tout dernier défi aux orques, et se rassemblent dans quelques forteresses éparses. A ce que j'en sais, les nains et les hommes de l'est ont rejoint mon peuple dans la Forêt Noire. Les hommes de l'ouest et les nains des montagnes bleues sont à la Chaussée des Morts. Les elfes de l'ouest sont à Imladris, la demeure d'Elrond, à l'est d'ici. Quant à nous…
- Nous sommes en Rhudaur, la coupa Jarod. A combien de jours est la côte la plus proche ?
- Je dirais une semaine.
- One week ?! s'exclama Sean. Too long, too long…
- Mais vous n'irez pas loin ! reprit Nerwen. Les orques sont partout !
- Qu'est-ce que vous proposez ?
- Aller à Imladris.
Thranduil et Glorfindel voulaient l'emmener aux Havres Gris, mais ils avaient perdu trop de temps. Le port été à coup sûr bloqué, et y aller ne servirait à rien. Autant mourir en combattant.
- Chez Elrond ? dit Veit. Eh bien, s'il peut nous apporter des réponses…
- Il le pourra, acquiesça Nerwen.
Elle s'était décidée à tout faire pour qu'ils acceptent d'y aller. Seule, elle n'avait pas l'ombre d'une chance d'y arriver.
- A combien de temps ?
- Deux ou trois jours.
- C'est déjà mieux, fit Jarod en hochant la tête. Mais ne risquons-nous pas d'y rester bloquer si votre… Sauron l'assiège ?
- C'est un risque à courir.
Les trois soldats s'entre-regardèrent. Nerwen sentit monter en elle un espoir fou. Elle pourrait rejoindre son peuple et mourir avec lui…
- C'est d'accord, conclut enfin Jarod. Je respecterais les dernières paroles de l'officier, et j'irais à Fondcombe.
- Moi de même, approuva Veit.
- You're crazy, soupira Sean. We should join the group and take a ship. But I suppose I'm equally insane than you. I come. Alea jacta est.
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Oui, je sais. J'ai décris Jarod, j'ai décris les orques, j'ai décris Veit, j'ai décris Nerwen, mais je n'ai pas touché à Sean et à l'officier. Le deuxième, c'est parce qu'il meurt. Le premier... ben regardez un peu le nom, pas la peine de donner une description détaillée ;)
Merci de m'avoir lu! J'espère que ce chapitre vous aura plu, tout comme a du vous plaire le précédent si vous avez cliqué sur "chapitre suivant"! ^^
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