Chapitre 2 : De l'importance d'être financé.
Hermione n'entendit pas le reste du testament. Pas que ça aurait changé quoi que ce soit si elle l'avait fait. Apparemment, la Section 1.b (et la section 3.d, indirectement) était le seul endroit où elle était mentionnée… Ou du moins, l'endroit où elle était concernée. Elle imaginait que si elle était mentionnée ou que ce soit ailleurs, ce serait, comme elle l'avait imaginé, sa dernière chance de la maudire.
Au moins, se calma-t-elle, ça ne disait nulle part qu'elle devait l'épouser. Ca disait uniquement que l'épouser était le seul moyen que Malfoy avait d'hériter l'argent de son père. Donc ça signifiait qu'il devait l'épouser. Et il n'y avait pas moyen qu'elle l'épouse de toute façon. Elle allait, en toute probabilité, épouser Jeff. Il était destiné à lui faire sa demande dans un futur très proche. Cette pensée la fit sourire, un petit sourire satisfait.
Draco jeta un cou d'œil à Granger, ses lèvres se recourbant quand il remarqua son sourire. Il la toisa, la mine renfrognée. Pourquoi son père lui ferait-il ça ? Oh, c'est vrai. Draco eut un mouvement de recul intérieurement. Il souhaita que son père n'ait jamais découvert où allait la loyauté de son fils. Alors, il n'aurait pas à se soucier de choisir entre se marier avec une sorcière Sang-de-Bourbe –ok, ça va, une Née-de-Moldus… stupide langage politiquement correct –ou faire faillite.
C'est ce qui arriverait s'il n'épousait pas Granger. Il savait combien cela coûtait de faire tout bien marcher sur les propriétés de son père, et ce n'était pas beau à voir. La fortune des Malfoy, cependant, était immense et ce coût y causait à peine un creux.
Sa fortune, pourtant… était loin d'être aussi large. Il avait fait un assez bel héritage du côté de sa mère et l'avait investi. Les profits étaient modestes –au moins pour les Malfoy –mais il savait qu'ils ne dureraient pas plus d'une année, et encore moins s'il essayait de garder les apparences. Il secoua la tête, la mine renfrognée. Pourquoi Oncle Bernard ne pourrait pas juste mourir maintenant ? Il avait vécu cent soixante-dix ans. N'allait-il pas mourir un de ces quatre matins ? Alors, il irait très bien. Mais une fois encore…
Connaissant son père, Lucius s'était probablement préparé à cette possibilité aussi.
Donc il devait épouser Granger. Il n'y avait pas d'autre moyen –son père s'en était assuré.
« Bien, ceci conclut la lecture des dernières volontés et testament de Lucius Xavier Malfoy. Je vous souhaite une bonne journée », sourit M. Janis et fut hors de la pièce avant qu'on puisse dire 'Quidditch'. C'était comme s'il savait ce qui allait arriver. Une fois encore, il le savait probablement. Il était, après tout, un avocat.
Hermione se leva, se préparant à quitter le bureau. Malfoy posa une main sur son bras et lui sourit. Elle connaissait ce sourire : c'était celui derrière lequel son esprit travaillait furieusement pour inventer un piège d'acier sans aucune échappatoire. Et cette main ? Ce n'était pas exactement fait pour calmer en quoi que ce soit son imagination débordante. Bien, il n'allait pas l'avoir. Pas maintenant, jamais.
« Alors, Granger ? Qu'est-ce tu en dis ? », demanda sympathiquement Malfoy. Pour être honnête, jamais avant elle ne l'avait entendu utiliser cette voix.
« Est-ce que c'est censé être une demande en mariage ? » Elle arqua un sourcil, attendant sa réponse.
Il la fusilla du regard, laissant tomber le masque d'un coup. « Tu sais très bien que s'en est une. Tu vas m'épouser. »
« Je n'en serais pas aussi sûre si j'étais toi Malfoy », répondit-elle calmement, gardant sa voix basse. « Tu as peut-être été élevé en t'attendant à ce que les gens sautent pour répondre à tes ordres, mais pas moi. Je ne réponds à personne. »
Il ne put rien trouver à dire, un état qui l'énervait vraiment et le laissa presque gronder férocement contre elle.
Hermione sourit de façon suffisante, sortant en coup de vent du bureau de M. Janis, laissant derrière elle un Malfoy furibond.
Hermione eut du mal à ne pas rire tandis qu'elle s'éloignait de Malfoy. C'était si drôle la façon dont il avait semblé s'attendre à ce qu'elle fasse tout ce qu'il voulait sur un geste de sa part –et cette expression sur son visage quand elle l'avait rejeté ! Ca avait été hilarant, et elle avait le sentiment que ça n'arrivait pas souvent.
Elle devrait le demander à Pansy quand la jeune femme reviendrait de sa lune de miel avec Harry. Les deux tourtereaux s'étaient rencontrés au Ministère (Hermione avait invité Harry à un de ces bals du Ministère et Pansy était une aurore) et ils étaient sortis ensemble pendant deux mois avant qu'Harry ne lui fasse sa demande. Il n'y avait plus eu qu'un mois après ça pour être prêt pour le mariage.
Hermione n'avait pas été si enchantée que ça quand son meilleur ami avait commencé à sortir avec une ancienne Serpentard, mais devant l'insistance d'Harry, elle avait fini par mieux connaître Pansy et elles étaient maintenant très bonnes amies. Ca avait été plus dur avec Ron bien sûr, probablement parce que son préjugé contre les Serpentards avait commencé dans son enfance alors que celui d'Harry et d'Hermione avait commencé juste avant leur prime adolescence. Ou peut-être était-ce juste dans la nature des Weasley d'être entêtés.
Parler des Weasley (sans parler d'entêtement) lui amena Ginny à l'esprit. Le cœur d'Hermione pleurait pour la jeune fille –une vraie femme maintenant, supposa-t-elle. Ginny venait juste de sortir d'un mariage de cinq ans avec Seamus Finnigan. Les deux Gryffondors s'étaient mariés presqu'aussitôt que Ginny était sortie de Poudlard, amenant plusieurs à penser que la plus jeune des Weasley était passé à l'acte un peu trop tôt et s'était retrouvée enceinte.
Pourtant, Seamus et Ginny n'avaient eu aucun enfant de toute la durée de leur mariage. Beaucoup pensaient que c'était la raison du divorce, et dans ce cas, 'beaucoup' avaient raison. Seamus avait toujours exprimé très fort son envie d'enfants, et il y avait peu de doute qu'il ait été extrêmement déçu de se retrouver dans un mariage de cinq ans sans aucun d'entre eux.
Ginny était déprimée, c'était le moins qu'on puisse dire. Elle avait voulu des enfants presque autant que son mari et Hermione savait que ça avait dû être aussi dévastateur pour elle que pour Seamus. Ce qui était étrange, c'est qu'elle avait disparu tout de suite après la dernière audition, lundi matin, et elle n'avait pas réapparu jusqu'à l'après-midi suivant quand elle s'était présentée au Terrier. Elle n'avait pas quitté sa maison d'enfance depuis ce jour et n'avait dit à personne où elle avait été.
Hermione était très inquiète à propos de Ginny. Elles n'avaient pas parlé du tout –et elle considérait Ginny comme sa meilleure amie (fille). Elle avait toujours pensé que Ginny ressentait la même chose. Ca faisait au moins six semaines qu'elle avait divorcé. Elle espérait que Ginny sortirait de sa carapace rapidement parce qu'elle était presque sûre que Ginny allait de mal en pis tant physiquement qu'émotionnellement. Elle avait même pris un peu de poids.
Hermione hocha la tête, en pensant « Ce n'est pas bon », avant de transplaner dans un Pop sonore juste dans son salon. « Elizabeth », cria-t-elle, « je suis rentrée ! » Elle s'affala dans son fauteuil et soupira, en fermant les yeux.
Elizabeth Pearson entra en sautillant dans le salon, un large sourire aux lèvres et une écharpe bleu clair drapée autour de son cou. « Alors ? », demanda avec excitation Elizabeth. Cette fille était toujours heureuse semblait-il, un contraste si étrange avec Hermione qui était parfois horriblement indifférente à tout. Tout le monde était étonné que ces deux là soient capables de partager un appartement.
La liste des priorités d'Elizabeth se composait ainsi : les vêtements, les mecs, la mode française, les mecs, son travail (qui comme par hasard était styliste), et, ah oui, les mecs. Parfois Hermione interrogeait sa propre santé mentale pour vivre avec quelqu'un de si focalisé. Mais c'était presque impossible de trouver un bon appartement pas top cher dans le monde sorcier, alors elle en était là, à partager le loyer de l'appartement avec Elizabeth Pearson, styliste extraordinaire. Bon, Hermione avait au moins quelqu'un qui savait ce qui allait avec quoi, et quel maquillage porter, même si elle n'utilisait pas souvent cette mine d'informations.
Et partager cet appartement avec Elizabeth n'était pas si terrible. Bien sûr, cette fille reluquait son petit ami plus qu'elle n'appréciait, mais autant qu'elle savait, Elizabeth n'avait fait aucune tentative pour se rapprocher de lui. Elizabeth était peut-être une croqueuse d'hommes auto-confirmée mais jamais elle n'irait courir après l'homme d'une autre, surtout pas celui de sa colocataire. Ce genre de chose avait une façon d'exploser à la tête de la personne, comme avait sagement dit Elizabeth durant l'une de leurs causettes nocturnes. Plus important, cependant, Hermione faisait confiance à Jeff, et elle savait qu'il ne ferait jamais rien qui puisse la blesser ou lui faire du mal en aucune façon.
Hermione redescendit brutalement sur terre et essaya de sourire à sa colocataire. « Ben,… » Sa voix ne devint qu'un murmure, elle soupira. « On va juste dire que M. Malfoy n'était pas trop content de découvrir que la loyauté de son fils allait à Dumbledore et laisser faire comme ça, ok ? » Hermione lui fit un grand sourire, essayant de penser à quelque chose qui pourrait faire un nouveau sujet de conversation.
Elizabeth roula ses yeux bleus, les boucles de ses cheveux blonds volant en même temps qu'elle secouait la tête. « Oui, c'est clair. Comme si j'allais te laisser t'en tirer comme ça juste après que tu es fait paraître tout ça si intéressant. » Elle claqua sa langue impatiemment. « Quelle était la clause ? Et n'essaye pas de mentir, il est évident que ça a un rapport avec toi, c'est quoi ces façons d'éviter le sujet et tout ? »
« Il doit m'épouser », marmonna Hermione.
« Quoi ?! », haleta Elizabeth. Elle ne s'attendait franchement pas à CA.
« J'ai dit 'il doit m'épouser' », répéta plus fort Hermione.
Elizabeth était bouche bée, ses boucles sans mouvement, les yeux figés sur Hermione. « Mais… Mais… » bégaya-t-elle, incapable d'articuler des mots cohérents.
Les lèvres d'Hermione se recourbèrent en un sourire cruel. « Oui. Je sais. »
« Jeff », laissa finalement échapper la blonde, faisant encore voler ses boucles. Elle secoua furieusement la tête. « Qu'est-ce que tu fais pour Jeff ? »
Hermione soupira, posant sa tête dans ses mains. « Je ne sais pas. » Elle leva les yeux, appuyant toujours son menton sur ses mains. « Mais ça n'a pas d'importance, parce que je ne vais pas le faire. L'épouser, je veux dire. Il ne peut pas m'y contraindre », dit-elle d'une voix ferme.
Elizabeth opina mais elle ne semblait pas convaincue, ses yeux bleus plissés, des pensées plein la tête. « 'Mione, je déteste ramener ça sur le tapis à un moment pareil, et je ne pense pas que je change de sujet ou quoi que ce soit, mais… le loyer augmente encore. Maintenant mon salaire, ça va parce qu'il augmente aussi mais le tien n'a pas augmenté depuis l'augmentation du salaire minimum, et on a bien compris que ce n'était pas demain la veille qu'il allait le faire. »
« Ben, » dit lentement Hermione, « tu penses que tu pourrais payer plus ? » Comme Elizabeth levait un sourcil, elle poursuivit rapidement. « Enfin, juste pour un petit temps. Je vais trouver un autre boulot ou peut-être que je vais avoir une promotion. »
« Tu sais aussi bien que moi que ça ne va pas arriver », soupira Elizabeth. « Ecoute, 'Mione, je ne voulais pas faire allusion à ça, mais je vais devoir déménager bientôt. »
« Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? » La bouche d'Hermione béait et elle laissa retomber ses mains, assise droite comme un 'i'. Elizabeth n'avait jamais parlé de ça.
« Mon patron veut que j'aille en France pour le défilé de Mme Guipure. Ils pensent que je pourrais faire beaucoup de choses bien là-bas, et avec ça le salaire augmente énormément », dit-elle tout en jouant avec les revers de sa chemise, la regardant comme seule une styliste peut le faire. Ses boucles blondes tombaient sur son visage, posant une ombre sur ses yeux bleus. « Je ne l'ai appris qu'aujourd'hui. »
Hermione postillonna en clignant furieusement des yeux « Mais tu ne peux pas partir ! »
Elizabeth soupira à nouveau, levant les yeux et rencontrant ceux d'Hermione avec un sourire d'excuse. « En fait, si, je peux. Je suis vraiment désolée, 'Mione, mais je ne peux pas refuser une offre pareille. Je serai partie dans trois mois. »
Hermione regarda le plafond, plongée dans ses pensées. Alors Elizabeth partait. Cette fille avait été l'une de ses plus proches amies et confidentes depuis qu'elles avaient emménagé ensemble quand elle avait commencé son travail au Ministère. Elles se connaissaient à Poudlard mais elles n'avaient pas exactement tissé de liens durant ses années.
Elizabeth Pearson était allée à Beauxbâtons jusqu'à sa sixième année, quand elle avait été transférée à Poudlard à cause de la guerre. Elle avait en fait grandi en Angleterre mais sa mère qui était française avait voulu qu'elle aille à Beauxbâtons. Ses deux parents avaient décidé que Poudlard était la place la plus sûre pour elle quand il était devenu clair que Voldemort était revenu.
Elle avait été répartie à Poufsouffle et s'était fait rapidement des amis. Sa nature extravertie, sa connaissance de la mode française (surtout durant les Temps Sombres, comme on les appelait à présent), et son joli minois l'avait aidé à se faire des amis dans toutes les maisons et de toutes les années. Pansy Parkinson, Lavande Brown, Lisa Turpin, Orla Quirke, Laura Madley ; sans parler de tous les garçons tombant comme des mouches pour lui demander de sortir avec eux.
Les seuls garçons qui ne lui avaient jamais couru après étaient Harry et Draco Malfoy. Son meilleur ami et son pire ennemi, respectivement bien sûr. Elle savait qu'Harry n'avait jamais vraiment remarqué Elizabeth parce que, pendant leur sixième année, ils avaient été trop impliqués dans le combat contre Voldemort.
Quant à Draco Malfoy… Hermione n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il n'avait jamais remarqué Elizabeth. Elle avait semblé être précisément son type. Tout le monde avait pensé qu'ils sortiraient ensemble. Aucun d'eux n'avait eu de relation sérieuse avant, et ils n'en avaient eu aucune depuis qu'ils étaient diplômés. Hermione n'aurait pas été étonnée que ces personnes qu'elle rangeait dans la catégorie 'romantiques invétérés' pensent encore que Draco et Elizabeth finiraient ensembles.
Hermione fronça les sourcils. Ce qui agaçait le plus Hermione, c'était que jusqu'à ce qu'elle fasse sa révélation, Elizabeth avait agi comme si elle restait pour toujours. Bon, c'était peut-être la raison pour laquelle elle voulait qu'Hermione aille à la lecture du testament de Lucius Malfoy –elle aurait hérité un peu de sous et Elizabeth ne se serait pas fait autant de bile au sujet de son départ. Elizabeth était, après tout, la source principale de revenus pour l'appartement qu'elles partageaient.
Elle voulait vraiment parler à sa meilleure amie. Hermione se leva, tout d'un coup pleine d'énergie. Elle ferait sortir Ginny de sa coquille aujourd'hui ! Peut-être même qu'elle l'emmènerait à la salle de gym pour se débarrasser de quelques uns de ces kilos en trop qu'elle avait gagnés. Hermione s'autorisa un petit sourire tout en attrapant sa baguette. Sa curiosité la dévorait toujours quant à ce qui était arrivé entre la fin du divorce et le moment où Ginny s'était montrée au Terrier. Mais une fois encore, si les choses se passaient comme elle le voulait –et c'est ainsi qu'elles se passeraient, elle le saurait avant longtemps.
Note de la traductrice : toutes mes plus plates excuses pour ne pas avoir posté ce chapitre traduit plus tôt. Quelques problèmes (de cours entre autres) m'ont empêchée de le faire avant. Je suis sincèrement désolée et je vais essayer de redevenir plus sérieuse avec mes traductions ! C'est promis !
J'espère néanmoins que ce chapitre (qui s'est fait désiré) vous a plus et que vous attendez le troisième... avec impatience. Il sera moins long à arriver !
Merci pour les reviews et n'hésitez pas à en laisser pour ce chapitre (même les incendiaires du genre 'Dis-donc ! C'est quoi ces délais pour un seul chapitre !!!'... je crois que je l'aurais mérité... ^^)
