La Continuité du rêve
Si ma vertu était la patience et le calme, ce n'était certainement pas celle de Mikele. A ce niveau là, nous étions les parfaits contraires. Mikele était souvent dans les nuages mais lorsqu'il s'agissait de patience il n'était certainement pas le bon exemple. Et pourtant... C'était son impatience et sa fougue qui me faisaient littéralement perdre pied lorsque nous étions ensemble... Que ce soit sa joie omniprésente, son coté tactile ou... nos ébats. Sa façon de me caresser, possessif, ses mains parcourant chaque parcelle de ma peau de cette façon à la fois précipitée et attentionnée... Ses baisers passionnés et ses petits coups de dents insistants. Parfois il marquait ma peau, que je devais dissimuler sous une écharpe ou un foulard. Mais ça ne me dérangeait pas. C'était cette passion et cette sensualité qui me plaisait chez lui. C'était de cette même façon qu'il était entrain de me toucher à ce moment précis.
Mes mains plaquées contre le mur glacé de la douche, et l'eau brûlante se mêlant aux lèvres et à la langue de mon italien qui parcourraient ma nuque et mon dos, ses doigts effleurant mes cuisses et mon sexe... Ce matin était certainement le plus beau de tous. Sa main glissa le long de mes flancs, remontant jusqu'à un de mes tétons qu'il effleura, il joua avec durant un instant, son autre bras saisissant ma taille et enserra mon corps contre le sien, son membre pulsant durement contre moi... Ses cheveux retombaient parfois contre mon visage ou sur mon épaule, son odeur envahissant tout l'espace, et mes sens avec. Ouvrant lentement les yeux, je tournai lentement ma tête vers lui, ses lèvres se posant instantanément sur le coin des miennes. Ses yeux magnifiques se posent sur les miens et me détaillent comme je l'avais fait plusieurs minutes plus tôt... Attrapant mon visage dans une main, il caresse doucement ma gorge avant de venir l'embrasser, la mordillant avec une envie et une impatience déconcertante. Sa précipitation me fit rire, mon éclat de voix se perdant dans un long gémissement lorsque deux doigts vinrent caresser mon intimité.
-On ne l'a encore jamais fait comme ça...
Je ne pus m'empêcher de rougir lorsque sa voix effleura mon oreille, et détournai légèrement le visage, excité malgré moi... Je savais à quel point ça l'excitait de me voir rougir et de me dire ce genre d'obscénités... Et je n'avais pas d'autre choix que de constater qu'à moi aussi, ça me faisait de l'effet. Je n'étais pas du genre à dire des choses trop osées pendant l'acte, et il l'avait bien remarqué, mais il ne s'était jamais lassé ou gêné de le faire, lui. Au contraire, il prenait un malin plaisir à me glisser quelques mots qui avaient le don de m'exciter d'avantage, sans que je puisse me débattre... Il mordit légèrement mon cou tandis que doucement ses doigts massaient mon anneau de chair, les enfonçant progressivement, m'obligeant à me cambrer sous le plaisir et l'anticipation. Je n'avais pas besoin de le voir pour comprendre qu'il était entrain de sourire, de ce sourire magnifique qu'il avait pendant l'amour, fier de lui et pourtant tremblant, frissonnant de désir et d'envie à peine dissimulé. Prêt à craquer. Sa seconde main descendit sur mon membre qu'il se mit à caresser, d'abord délicatement avant de le saisir avec plus de force, ses mouvements passionnés me faisant gémir de contentement... Je ne voulais que lui... J'avais très vite pris goût au Mikele dominant, et ce coté fier et dragueur que je trouvais typiquement italien. Il mio italiano caldo...
-Hhnn.. Mon amour...
-Flo... Si tu savais comme j'ai envie de te faire l'amour... là maintenant...
Mon cœur rata un battement, comme il le faisait toujours à chaque fois que sa voix susurrait près de mon oreille, et je laissais se perdre ma main entre nos deux corps, saisissant son sexe derrière moi, le caressant longuement, mes mouvements contrastant grandement avec les siens, plus rapides... Sentir sa peau contre ma main me rend fou, et je sens sa respiration s'accélérer, j'imagine son visage, ses yeux fermés dans cette merveilleuse expression de plaisir, ses lèvres entre-ouvertes et l'eau coulant sur son corps... Je sursautai lorsqu'un premier doigt s'enfonça en moi, la sensation de l'eau déferlant sur nos corps s'ajoutant à la sensualité du moment. Il n'attendit qu'à peine avant de bouger, j'étais de toute façon habitué et la présence de ses doigts ne firent que me rendre encore plus désireux de la suite. Son souffle chaud sur ma nuque, ses longs soupirs de plaisir et sa voix rendue rauque allait finir par me tuer... J'en étais convaincu. Glissant mes doigts contre son gland, je me cambrai d'avantage, dans une invitation muette et j'entendis le transalpin gémir d'anticipation. Un second doigt s'introduisit en moi et je me crispai légèrement sous les sensations que je ne pouvais contrôler, ne pouvant qu'attendre et subir, m'abandonnant totalement à mon amant... Quand j'y pense, il m'a fallu pas mal de temps avant d'accepter, et de lui donner cette confiance, cet abandon, et si à présent je me laisse aller dans ses bras, il n'y a pas si longtemps je ne pouvais supporter de le laisser mener. Ses doigts s'enfoncèrent durement en moi, me faisant crier de plaisir et oublier les dernières pensées qui me maintenaient à terre... Une flamme brûlante et déroutante consumait mon corps, sans que je ne puisse lutter. Et je pouvais sentir sa peau brûler du même feu, du même désir. Il fit bouger ses phalanges, son torse frottant contre mon dos à chacun de nos mouvements, et c'est avec peine que je réussis à souffler entre deux gémissements...
-Mikele... je t'en prie...
-Che... ?
-Hhaan... Tu le sais bien...
-Dire che mi vuoi in te, amore mio...
Je n'avais pas compris toutes ses paroles, du moins pas tout de suite, mais la seule entente de sa langue natale et sa voix emplie de désir me suffit à comprendre ses intentions. Les mots roulant sur sa langue ne pouvaient que me faire frémir. Rougissant de plus belle, je ne répondis pas, le suppliant en bougeant mes hanches de me prendre maintenant... Il savait que je n'oserais pas... Et il en jouait volontairement. Ses doigts effleurèrent ma prostate et vinrent plus loin encore en moi, m'obligeant à m'incliner face à sa demande...
-J'ai envie de toi... aaah... Mikele.. de te sentir en moi... Prends moi..
Un petit gémissement excité s'échappa de sa gorge et la douce intrusion qui échauffait mes sens disparut, me laissant seul face à ma frustration. Le corps de mon bel italien se mit en mouvement derrière moi, et la paume de sa main vint se poser à plat sur mes rein, juste au dessus de mes fesses... Je ne pouvais plus attendre. Sa peau rencontra la mienne, me laissant une brûlure vive et délicieuse, profondément marquée dans ma chair... Je l'ai dans la peau... Ses lèvres embrassèrent ma nuque encore une fois, remontant jusqu'à mon oreille qu'il mordit doucement, il était étrangement calme... Sa joue caresse la mienne et son odeur emplit mes poumons encore une fois, me faisant frissonner. Je le sens se positionner derrière moi, et retiens un petit hoquet de surprise lorsque je sens son gland se présenter contre mon intimité, sa main contre mes reins me forçant à me cambrer encore... C'était si proche... Si proche et pourtant encore si loin... Caressant de son pouce mon antre et la raie de mes fesses, ce fut dans un doux murmure qu'il glissa près de mon oreille...
-Sono qui per te... Florent...
-Aaah ! Haa...
Je n'eus pas le temps de répondre qu'il entra en moi, d'une seule poussée ferme et souple, évitant de me blesser dans son geste. Un long gémissement rauque me parvint de sa bouche, échauffant tous mes sens. Je fermai les yeux à ce moment là, enserrant d'une main son bras qui était revenu m'enlacer, me soutenant contre lui... Je pouvais sentir les battements déchaînés de son cœur contre ma peau... Et en me concentrant, il me sembla qu'il était à l'unisson avec le mien. Mon amour d'italien resta comme ça un long moment, son visage enfoui dans mon cou, je savais qu'il se retenait d'y aller trop fort... Et qu'il n'avait qu'une envie... Après tout... Il n'avait pas encore joui, contrairement à moi... A cette pensée la culpabilité me prit. Mais pour si peu de temps... Glissant comme les gouttes d'eau sur mon corps, ses doigts parcoururent ma peau, faisant frissonner chaque partie composante de mon être. Il se redressa légèrement, saisissant doucement une de mes hanches dans la main qui ne me soutenait pas, et lentement fit un mouvement en arrière, se retirant presque complètement de moi, m'arrachant un long soupir. Je ne pus retenir un gémissement de délice lorsque son sexe revint se loger profondément en moi, et je pus percevoir sa voix qui s'élevait en même temps que la mienne, ses doigts se refermant sur mon corps. Sa chaleur m'emprisonnait, s'infiltrait en moi, me rendant totalement fou de lui... Je devenais incontrôlable, ne pensant même plus à étouffer mes râles de plaisir, envoyant mes hanches en arrière pour rencontrer ses mouvements, prenant appuis sur le mur pour rendre notre étreinte plus passionnée et déchaînée encore. C'était souvent comme ça lorsque Mikele dirigeait nos ébat... fougueux, puissant, décadent et totalement exubérant... Tout comme il l'était. Il savait certes être romantique... mais cette façon de perdre ses moyens et de se laisser aller à ses envies les plus folles m'excitait tout autant.
Je ne sais combien de temps nous étions restés ainsi, l'un dans l'autre, mon bel italien profondément enfoncé en moi, il finit par éteindre l'eau, dans un geste rapide et pressé, revenant tout de suite me serrer contre lui par la suite, bougeant plus rapidement, son membre allant et venant vivement, de plus en plus profondément... La symphonie de nos voix à cet instant même était la plus belle et la plus enivrante de l'histoire de la musique... Jamais plus beau Aria n'avait été écrit. Tentant de garder obstinément mes yeux ouverts, je ne pus distinguer grand chose que la buée épaisse qui s'échappait de nos corps si intimement enlacés, nous enfermant dans un univers cotonneux qui n'appartenait qu'à nous seuls.
-Haa...Ti amo... Flo mio...
-Hhnn... Anch'io Mikelangelo...
Je perçus un doux gémissement excité en m'entendant parler italien, je connaissais très peu cette langue, mais à force de fréquenter un Mozart moderne des plus exotiques, elle me devenait de plus en plus familière. Je sentis son membre s'enfoncer en moi jusqu'à la garde, m'envoyant toucher les étoiles de plus près. Je le sentais proche de la jouissance... Sa respiration était rapide, ses gémissements de plus en plus rapprochés... Je me redressais, passant un bras derrière moi pour venir glisser ma main contre sa joue, il se rapprocha de moi, posant ses lèvres contre les miennes... Ma main gauche restait contre le mur, notre dernier point stable, notre dernier lien avec le monde réel et concret. Sa langue s'infiltra entre mes lèvres, jouant avec sa jumelle un instant, faisant se mêler nos souffles et nos soupirs lascifs, tandis que ses doigts se refermaient sur mon sexe dressé, imprimant de fougueux mouvements, au rythme de ses coups de rein puissants.
Lorsque je me sentis venir, je me concentrai comme je pus pour contracter mes chairs autour de son membre, comme il l'avait fait lui même plus tôt, espérant l'entraîner dans ma jouissance cette fois ci. Je ne pus que percevoir un léger grognement de satisfaction, mes sens se troublant et se perdant sous ses mouvements, buttant contre ma prostate à plusieurs reprises, m'accablant d'extase et de douces folies. Entrelaçant mes doigts aux siens, je ne pus que jouir en sentant sa semence se répandre finalement dans mon corps, dans un ultime mouvement profond et violent, m'obligeant à me tenir au mur sous la force de l'orgasme... Je ferme les yeux, la respiration de mon italien contre mon cou en douce mélodie, et ce moment de plénitude et de paradis rien que pour nous. Je reprends comme je peux ma respiration, la main de Mikelangelo sur mon cœur, entrelacée à la mienne.
Il est 10h34 lorsque Mikelangelo et moi nous descendons pour rejoindre la troupe, attablée autour d'un petit déjeuné. Tirant une chaise pour m'y asseoir, je grimace tout de même un peu lorsque mon fessier touche la chaise, et je vois mon amour s'abaisser délicatement sur son siège. Je retiens un sourire. Il faut dire que cela faisait un petit moment que nous n'avions plus eu l'occasion de faire l'amour, et cela se faisait sentir. Attrapant le café, je m'en sers dans une grande tasse, et prends deux ou trois tartines. Lorsque je relève la tête, je remarque que les conversations ont cessé et que tous me regardent, à part Mikele plongé dans le noir de son café, dans une contemplation des plus soutenues.
-... Bonjour ?
Personne ne me répond, et je prends une gorgée silencieuse. Qu'est ce qu'il se passe ? Je cherche à faire comme si de rien n'était, lorsque je croise le regard de Yamin, un sourire en coin. Oh non... non non non je sens que ça va...
-Bien dormi ?
Étonné de ne pas me prendre une réflexion quelconque dans la gueule de la part de notre humoriste, j'attrape le pot de nutella.
-Heu plutôt bien... et toi ?
-Peu.
-Peu ? Pourquoi donc ?
Yamin me sourit, et je comprends que je n'aurais pas du poser cette question...
- « AAAah, ouiiii ! Floooo ! Aaaah ! Plus viiiiite ! Oooooh ouiiiii ! Più veloce ! »
Mikele s'étouffe dans son café, cherchant une serviette avec sa main, tandis que mes joues se teintent de rouge vif. Je laisse tomber ma tartine dans mon café, la mine déconfite. Solal me fusille du regard et tout le monde rit, je comprends alors que nous n'avons pas uniquement réveillé Solal. Mais toute la troupe. Je crois que je n'ai jamais eu aussi honte de toute ma vie. C'est ainsi que nous quittons le rêve pour nous confronter à la dure réalité.
FIN
