Ça faisait des heures que je marchait sur la route sans trop savoir où je souhaitais aller, mes pas me guidant au hasard. J'avais décidé de quitter la grande route, unique et longue ligne bétonnée pour prendre des chemins plus discrets, espérant éviter de croiser d'autres personnes.

Mon portable bipait toutes les dix minutes, batterie faible. Mon regard flottait de détails en détails, et malgré le paysage reposant, je ne pouvais m'empêcher de penser, à tout ce que j'avais fait, à tout ce que je savais, aux conditions politiques du pays, à la guerre, aux migrants... Ma tête tournait sous la chaleur et les rayons du soleil trop violents. J'avais l'impression d'être suivit , j'entendais même des bruits de pas. Mais lorsque je me retournais, personne. J'ai pensé que j'avais attrapé un coup de soleil. J'ai pensé aux autres, mes amis, ma famille, les autres youtubers, ceux sur Paris, ceux en Bretagne, ailleurs. Je me suis demandé si c'était pareil là-bas. Une voix nasillarde m'a répondu que oui. J'ai acquiescé sans même me demander qui pouvais bien me parler, épuisé mentalement par la sonnerie d'alarme mentale qui frappait violemment dans ma tête. Il me semblait qu'un petit groupe de personnes me suivait à présent bien qu'aucun ne m'était visible. Mais chacun était bel et bien audible, l'un d'entre eux chantait même un air de marche entraînant qui me poussa à accélérer quelque peu le rythme. C'est à ce moment que j'ai aperçu le village.

C'était un petit village, à peine une dizaines de maisons, et tout était étrangement calme. J'avais décidé de m'aventurer plus près dans l'espoir de recharger mon portable pour contacter les autres, savoir comment ils allaient. J'ai donc avancé à couvert pour m'assurer qu'il n'y avait aucun danger, et la première chose qui me parvint fut une odeur acre de sang. Je senti une main se poser sur mon épaule et une voix rauque m'encouragea à avancer avec une certaine excitation. Je suis rapidement arrivé sur la place du village. Je me suis arrêté, derrière moi ont résonné des cris choqué, apeurés ou étrangement joyeux.

La place était couverte de sang.

J suis resté immobile, choqué par le carnage et l'odeur entêtante du sang. C'était un massacre, tout les habitants s'étaient entre-tués avec une violence dont je n'aurait pas cru un être humain capable. Hommes, femmes, enfants même animaux. Tous y étaient passés. Un rire terrifiant résonna derrière moi et d'un seul coup je ne fut plus maître des mouvements. Cela n'avait duré que quelques secondes qui lui avaient suffit à couper la corde qui retenait mon chaton, qui terrifié s'était aussitôt enfui. J'ai essayé en vain de le faire revenir, je ne l'ai pas revu. Je me retournais pour faire à un homme en costard au sourire tordu, les yeux cachés par des lunettes de soleil, et un visage étrangement semblable au mien. Un personnage que je connaissais étrangement bien.

"-Patron.

-Salut gamin."

Je dois avouer que c'est assez étrange de se parler à soi-même et d'obtenir une réponse en échange. Encore plus quand c'est de la part d'une prétendue personnalité multiple, que vous avez créé et joué assez souvent. Assez en tout cas, pour savoir ce à quoi il pouvait penser. Le simple fait de voir son petit sourire en coin en disais long. L'homme au costard avait sortit lentement un paquet de cigarette de sa poche, en avait tiré une et l'avait allumée pour la porter à sa bouche, toujours avec cette lenteur qui m'étais exaspérante.

"-Ok, qu'est-ce que tu me veux ?

-Pourquoi tant d'agressivité, voyons."

Il était partit dans un grand fou rire, et s'était tourné puis dirigé vers les corps mutilés, qu'il avait observé quelques secondes immobile. Il y avait une sorte de dédain, de mépris dans sa façon de se tenir, malgré la grande excitation qui transparaissait dans ses petits tics. Les mains qui se contractaient rapidement, le petit tic au coin de la lèvre, cette manière de se pencher imperceptiblement vers l'avant. Le sang l'excitait. Sa voix rauque s'était élevée encore une fois, et avait résonné presque violemment dans le silence du petit village.

"-Tu sais gamin, je dis souvent qu'il faut suivre son instinct. Et je le pense vraiment. Mais gamin, ton instinct, c'est moi, du moins en partie. Moi et l'autre chinoise. Maintenant, je suis également toi, donc tu dois savoir, sentir ce que je pense. Tu penses vraiment que le fais que tu sois sortit de cette ville, que tu n'ai tué personne est un pur hasard ? Pourtant tu es moi, et je n'hésite pas à tuer si je le peux. Réfléchi gamin. Réfléchi.

-Je ne comprends pas.

-Non tu ne veux pas comprendre c'est différent."

Il a jeté sa cigarette et s'est éloigné en marchant sur les cadavres,comme si ils n'étaient pas là, devenant flou avant de disparaître. Je suis resté seul sur la place, avec la montagne de morts qui semblaient me fixer de leurs orbites vides. Je me suis précipité dans la première maison venue et me suis enfermé à l'intérieur. J'ai eu beaucoup de mal à trouver le chargeur et à brancher mon portable tellement mes mains tremblaient. Le silence oppressant me faisait bondir au moindre petit bruit et l'arrêt du bip de la batterie ne me rassurait pas plus que ça. Pas de réseau. On était en pleine campagne, j'aurai dû m'en douter. Pas une barrette, impossible de téléphoner à qui que ce soit, encore moins d'avoir accès à internet. La télévision ne fonctionnait pas non plus. Je me suis appuyé contre un mur, épuisé.

"-Passe moi le téléphone."

J'ai sursauté à l'entente de cette voix un peu nasillarde que je n'avais plus produite depuis longtemps et que j'avais presque faillit oublier. A ma gauche, un homme en blouse blanche, accoutré d'un énorme nœud papillon noir et blanc me fixait à travers les verres sales de ses lunettes. Il tendait une main vers l'appareil.

"-Écoute Mathieu, je sais que tu es surpris et que tu m'as un peu oublié mais là je dois agir sinon on va tous mourir et je ne tiens pas à ce que ça arrive.

-C'est à dire que...

-Je compte juste faire une légère modification qui te permettras d'appeler de l'aide, tu ne peux pas rester ici indéfiniment et on ne peut pas repartir encore à pieds, on ne va nulle part, et c'est le bordel partout.

-Mais je ne vois pas qui je...

-T'as qu'à appeler un de tes compagnon de beuverie, je ne sais pas moi, Antoine par exemple. C'est peut-être un demeuré mais il n'habite pas très loin.

-Oui.. Attends pas très loin ? Mais...

-Oui, à peine deux ou trois kilomètres. Maintenant donne moi ce téléphone et tais-toi. Je dois travailler."

J'ai sentis une étrange torpeur prendre possession de mon corps et m'y suis abandonné, épuisé. Quand je me suis réveillé, le téléphone était dans ma main et il appelait Antoine. La conversation fut très courte, il avait l'air très angoissé et sur les nerfs, et je pouvais aisément le comprendre. Le téléphone avait finalement lâché au moment où j'allais raccrocher. Il venait me chercher, je n'avais plus que quelques minutes à attendre. Tout allait bien se passer.

C'est à ce moment que j'entendis un bruit de chute à l'étage et une petite voix faiblarde.

"Mathieu, j'ai peur..."