Notes de l'auteur : Voici le premier chapitre. Je vais essayer d'avoir un rythme de mises à jour hebdomadaires.
Tout appartient toujours à Tolkien, à l'exception des personnages d'Erin, Anna et Nardamir.
Chapitre 1 - Les jardins sont pleins de roses
«Un, deux, trois...»
La soleil chauffait la nuque d'Erin, dessinant des reflets d'or sur sa chevelure emmêlée. Quel fouillis songea Rùmil en regardant la masse indistincte couleur d'écorce. Vairë avait beau la coiffer patiemment chaque matin, sa tête reprenait en quelques heures son aspect habituel. Le vieil elfe se remémora avec nostalgie les tignasses rousses ébouriffées d'Amrod et Amras. Des catastrophes ambulantes. Mais leur sourire faisait fondre tout Tirion. Il les revoyait encore courir jusqu'à son banc dans les jardins du palais, sauter sur ses genoux et réclamer une histoire. Une journée heureuse sous la lumière des Arbres. Où sont-ils à présent ?
Il secoua la tête avec tristesse. Pourquoi ressasser de vieilles histoires oubliées par tous ? Le monde avait changé, le temps des elfes était écoulé et sa jeunesse passée il y a longtemps. Sans doute est-ce cela que vieillir. Toute chose que l'on voit ou qu l'on entend nous rappelle autre chose vue ou entendue auparavant. Les choses étaient telles qu'elles étaient. Les Ambarussa étaient perdus et les cheveux d'Erin restaient emmêlés.
«...vingt-huit, vingt-neuf, trente. J'arrive !»
Les autres joueurs s'étaient éparpillés dans le jardin entre-temps. Vëannë était recroquevillée derrière le banc de l'elfe, Nardamir s'aplatissait sous les rosiers et il était presque sûr d'avoir vu Anna sauter dans le bassin. Erin se retourna puis s'élança à la poursuite de ses camarades. Bientôt les calmes allées résonnèrent dans entières du bruit des courtes et rapides foulées des enfants.
Elfes ou Hommes, nous ne sommes pas si différents dans le fond. Nos enfants ont le même langage, les mêmes jeux. Rùmil soupira et se leva. Il se dirigea d'un pas tranquille vers la maison, suivant le chemin serpentant entre les bosquets et les haies. Les cris et les rires emplissaient le jardin.
Sur le seuil de la vieille porte de bois donnant sur l'arrière de la chaumière se tenait un elfe à la chevelure sombre et aux robes bleues. Souriant, il surveillait de loin les jeux.
«Et bien Lindo, pourquoi restez-vous à l'intérieur et ne profitez-vous pas de cette splendide journée ? La soleil chauffe si fort que l'on se croirait en été.»
L'elfe tourna son visage vers lui. Nous avons presque le même âge, pourtant on ne saurait imaginer gens d'aspect plus dissemblable. Les ans avaient glissé sur le visage de Lindo comme de l'eau de source. Son visage, en plus de sept mille ans n'avait pas pris une ride, sa chevelure sombre n'avait pas blanchi. Seuls ses yeux bleus sombres pouvaient attester de ses nombreux printemps.
Rùmil, quant à lui, se connaissait bien. Ses cheveux s'étaient fait rares et avaient tourné au blanc. Sa face sèche avait désormais l'aspect d'une vieille pomme ridée des dernières réserves d'hiver que l'on retrouve au printemps. Son dos s'était voûté. Les longues décennies d'esclavage aux mains de Morgoth l'avaient laissé vieux, fatigué et usé. Nous étions comme des frères, pourtant, au départ.
Lindo tourna vers lui son visage toujours souriant.
«Vous êtes la sagesse même, maître Rùmil.»
Ils déambulèrent en silence dans les jardins. Que de fois l'avaient-ils fait, riant, causant, ou simplement savourant l'instant présent. L'air paraissait lourd. Était-ce son esprit qui lui jouait des tours ? Mais à mesure qu'ils marchaient, le sourire de Lindo lui apparaissait de plus en plus comme un masque.
Des cris et l'écho d'une dispute se firent entendre. Se rapprochant de la source du bruit, Rùmil vit que les enfants ne jouaient plus et formaient un cercle autour d'Erin et de la petite Anna. Celles-ci se querellaient avec un rouquin dégingandé.
«Tu triche depuis le début, disait Anna, on t'a déjà touché deux fois au moins !
- Peuh, vous n'êtes que des mauvaises joueuses. Les filles ne sont pas capable de perdre, c'est connu.
- Répète un peu pour voir, s'échauffa la petite blonde.
- Allons, allons, gronda Rùmil, calmez-vous. Que se passe-t-il ici ?
- Nardamir, il fait rien que tricher, s'exclama Erin.
- Ausir, lui au moins, il sait jouer gentiment. renchérit son amie.»
Elle tourna vers les adultes deux grands yeux bleus suppliants et demanda :
«Quand est-ce qu'il revient ?»
Lindo mit un genou à terre afin d'être à la hauteur des deux filles posa une main sur l'épaule d'Erin et l'autre sur celle d'Anna.
«Quand le moment sera venu pour lui, il le sentira et il nous reviendra. Même si cela vous semble long, vous ne pouvez pas le forcer à revenir. Il a sa propre quête à mener. Mais vous devez être patientes. Me comprenez-vous ?»
Anna acquiesça, mais Erin se dégagea brusquement, rompit le cercle et s'en fut en courant. La petite blonde fila après elle. Lindo se redressa et les enfants se remirent à jouer. Avec moins d'entrain qu'auparavant nota Rùmil.
Quelque chose n'allait pas. L'air était si lourd. Tous les muscles de l'elfe étaient tendus. Il avait un mauvais pressentiment. Une intuition, un sixième sens, acquis dans les mines de fer sous le Thangorodrim, que le pire était à venir. Quelque chose vient. Il aperçut de sombres et menaçants nuages à l'horizon. «Une tempête approche.» murmura Lindo. Le jardin était étrangement calme. Les enfants étaient rentrés. Ils sentent quelque chose. Toujours ces mots : quelque chose. Que désignaient-ils ? Rùmil n'en savait rien. Avec un frisson glacé à l'échine, il se rendit compte que tous les oiseaux s'étaient tus.
o0o0o0o
Derrière moi, c'est la nuit. Quand j'allais sur les Grandes Terres, les gens n'avaient que cette question en tête : D'où viens tu ? Je ne sais pas.
Mes souvenirs les plus clairs et les plus heureux sont ceux d'Ausir et moi, courant dans les jardins de la Chaumière des Jeux du Sommeil, car aucun Jeu n'était perdu alors. Ils étaient beaux ces jardins fleuris, pleins d'abeilles dorées que nous tentions en vain d'attraper ! Chaque nuit, lui et moi, nous descendions Olorë Mallë, le chemin des rêves pour nous retrouver. Et chaque nuit nous tournions nos regard vers les plages d'argent d'Eldamar, scintillantes dans le lointain. Un jour tu verra, nous irons là-bas, et nous y resterons. Pour l'éternité, me soufflait-il à l'oreille, Nous laisserons derrière nous la nuit pour toujours.
Mais c'était qu'un rêve alors. Un rêve comme l'on en fait parfois. Je n'étais pas une enfant de Mar Vanwa Tyaliéva, mais une petite fille des Grandes Terres. D'où je viens, qui étaient mes parents, je ne sais pas. Mon esprit à effacé toute trace de mon passé, comme si le souvenir en était trop douloureux. J'ai passé de longues heures à scruter les recoins de ma mémoire avant de comprendre que je ne voulais pas le savoir. Ça ne compte plus vraiment pour moi. Ma famille est la maisonnée de la Chaumière, ma ville Kortirion, mon pays Alalminorë et Tol Eressëa mon continent. C'est tout ce que je sais. C'est tout ce que j'ai besoin de savoir.
Ausir, où es-tu ? Il me semble que cela fait si longtemps que tu es parti, mais ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux vies si longues des elfes. Nous sommes un peu elfes toi et moi. Tu me manque tant. Pourquoi m'as-tu promis de rester avec moi si c'était pour marcher en solitaire. Je ne peux que t'imaginer venant auprès des enfants solitaires, leur murmurant des contes à l'oreille, jouant avec eux, riant. Apportant un peu de cette lumière, de ces souvenirs de joie, de gloire et de bonheur anciens, avant que Morgoth ne transforme le monde en un désert de larmes. C'est ce que nous faisons. C'est notre devoir en échange de cette vie de lumière, sur la blanche île des elfes. Mais je ne peux que t'imaginer quand avant je pouvais te voir.
«Erin, ma chérie, qu'as-tu donc ?»
Vairë court vers moi. Je voudrais rester fâchée contre elle, contre le monde entier en fait, mais je ne peux pas. Parce que c'est Vairë. Parce que c'est sans doute pour moi ce qui se rapproche le plus de ma définition de mot "maman". Alors je la laisse me serrer dans mes bras et je pleure. Je ne sais pas pourquoi, mais ça fait du bien. Anna nous rejoint. Vairë nous entraîne dans la cuisine et nous tend des biscuits chauds sortant tout juste du four. Je mord dedans. Il me réchauffent de l'intérieur.
« Tinfang Warble a joué pour moi hier soir.
- Alors c'est un grand honneur pour toi, sourit Vairë. »
Une question me vient à l'esprit, une question que je n'ai jamais posée. Pour moi Tinfang Warble a toujours été Tinfang Warble, celui qui joue de la flûte sous les étoiles, dans la nuit.
« Qui est-il en réalité ?
- On ne sait pas vraiment. Aucun, même parmi les Teleri ne peuvent réaliser avec lui. Ils le revendiquent pour leur, mais la vérité est autre. On dit qu'il est pour moitié un de ces esprits de Yavanna Kementári, une fée des bois, et pour moitié un Noldo, ou un flûtiste des côtes.
- Tu penses qu'il est à moitié un Maia ?
- Je ne pense rien, j'ignore tout de lui. Parfois il est là et joue dans nos jardins et dans notre province de l'Île, parfois il disparaît durant de longs mois et part briser par sa musique les cœurs des habitants des Grandes Terres.
- Il est parti. La nuit dernière.
- Alors nous devrons attendre longtemps avant que sa musique ne retentisse de nouveau dans la pays des ormes. »
Je sais qu'il est parti. C'est ce qu'il voulait me montrer l'autre soir. Pourquoi ? Je ne sais pas. Cela fait si longtemps que je n'ai pas été trouver les Grandes Terres. Il voulait me dire quelque chose, l'autre nuit. Ausir, je sais ce que j'ai à faire.
Il m'a dit : Suis-moi.
Note sur les noms et les personnages :
- Les Ambarussa désignent Amrod et Amras (un peu comme les jumeaux Peredhel pour Elladan et Elrohir). Cela veut dire "Têtes Rousses" en référence à la couleur de leurs cheveux, inhabituelle pour les elfes.
- Anna est un prénom que j'apprécie beaucoup et qui veut dire "don" en elfique.
- Nardamir est un prénom de mon invention.
- Erin est un prénom irlandais.
- Le Warble de Tinfang Warble est un surnom donné par Tolkien à ce personnage et veut dire "gazouillis", "roucoulement" en anglais.
- Vairë a le même nom que la Valier épouse de Mandos car je pense qu'il s'agit d'une première esquisse par Tolkien de ce personnage.
- Rùmil est cité dans le Silmarillion (où l'on dit qu'il est l'inventeur des Sarati, les caractères d'écriture que Fëanor a perfectionné pour créer les Tengwar) et dans le Seigneur des Anneaux où Bilbo traduit certain de ses écrits (notamment l'Ainulindalë et la Valaquenta).
- Lindo apparaît uniquement dans Le Livre des des Contes Perdus.
- Vëannë et Ausir sont cités dans Le Livre des des Contes Perdus comme des enfants de Mar Vanwa Tyaliéva.
J'espère que vous n'avez pas trouvé ça trop lamentable. Pensez à laisser une petite rewiew, juste pour dire ce que vous en avez pensé.
