Chapitre 2


Jaime détonnait franchement dans ce lieu reculé de Westeros. Le voir déambuler nonchalamment au sein de cet édifice de glace provoquait un curieux effet sur les membres de la Garde de nuit. Avec son armure dorée et le rouge et jaune des armes de sa maison, il jurait dans le paysage gris noir des corbeaux. Son charisme inspirait une certaine crainte même si certains ne se gênaient pas pour l'insulter à distance. Il n'était clairement pas le bienvenu et, à vrai dire, il ne savait plus vraiment pourquoi il avait atterri ici. Seulement pour retarder les retrouvailles avec Cersei ?

Le jour suivant, il ne vit pas le lord commander et l'hostilité ambiante s'en ressentit. Les regards étaient plus noirs, les jugements plus hâtifs et quelques mouvements de bousculades faisaient comprendre à l'importun qu'il lui faudrait penser à dormir avec une épée s'il comptait repartir vivant. Et Jon Snow n'était pas là pour faire appliquer le respect d'une parole donnée.

- Riche idée, cette petite retraite sympathique dans cette charmante contrée !

C'était Bronn. Son humour et sa franchise habituelle. Un vrai réconfort. Jaime s'en sentit presque rassuré tellement cette voix tonitruante contrastait avec les murmures inamicaux autour d'eux.

- C'est vrai qu'il fait un peu froid.

- Un peu froid ? Quel doux euphémisme pour évoquer le regard glacial que Ta Seigneurie provoque en ces lieux ! Va falloir doubler mon solde pour continuer de jouer les gardes du corps. Je m'aime trop pour séjourner plus d'un jour supplémentaire ici.

Le Régicide se prit à sourire.

- Crois-moi, leur haine est moins dangereuse que celle que je lirai dans les yeux de ma sœur quand je reviendrai à Port Real sans sa fille.

- Entre la lame du Bâtard Stark et la dague d'une reine en furie, on ne sait que choisir...

Le blond sembla réfléchir à cette possibilité. L'amour de Cersei était sa force, il avait été capable de tout pour elle. Que lui resterait-il si cela devait cesser ? Où puiserait-il son envie de continuer...

- Le jeune Snow ne m'a pas l'air d'être le plus dangereux ici. S'il avait du me défier, il l'aurait déjà fait et en combat singulier. Le genre idéaliste qui n'attaque pas dans le dos...

- Et qui ne pousse pas un gamin du haut d'un mur.

Il fit un geste d'humeur.

- Venant d'un mercenaire, la remarque me parait malvenue.

Bronn attrapa sa chope, la vida d'un trait et lâcha un rire caverneux.

- Je m'en tape bien de ce que tu fais. Je constate juste que je t'ai suivi dans un vrai piège à loup et que notre survie dépend d'un lord commander dont tu as contribué à faire décapiter le père, handicaper un frère et mis tout Port-Real sur la mise à mort de ses sœurs. Et tu me parles de son idéalisme ? Sérieux, si tu crois qu'il est au-dessus de ça, c'est toi le naïf idéaliste.

Jaime eut un petit sourire songeur en repensant à sa conversation de la veille avec le maître des lieux. Le ressentiment était présent chez le brun, il ne pouvait en douter mais il était certain que sa droiture ne pouvait être remise en cause. Une composante Stark. De l'honneur jusqu'à la mort. Lui, l'honneur, il ne savait plus ce que c'était tellement il avait fait d'horreurs dans sa vie. La plupart pour les yeux de Cersei.

- Il est au-dessus de ça.

Bronn fit la moue, semblant exprimer un vague « si tu le dis » du regard, il s'étira en grognant, regrettant le manque manifeste de femmes aux alentours... et ajouta :

- De toute façon, des gars capables de jurer abstinence juste pour le plaisir de pourrir ici, ça peut être capables de tout. Putain mais comment diable peut-on vivre ici avec si peu d'alcool et sans femmes !?

Sur ces mots, Jon Snow entra dans la cantine, l'air harassé et plus soucieux encore que d'ordinaire. Il se déchargea de son lourd manteau laissant quelques instants paraître une fine silhouette féline avant de s'affaisser sur une chaise avec fracas. Jaime laissa courir son regard sans pudeur sur le jeune homme, se surprenant à voir de la grâce dans chacun des gestes lents du guerrier fatigué, trouvant définitivement magnétique ce regard ténébreux...

- Note que certains hommes ont autant d'attraits qu'une femme... murmura-t-il presque pour lui-même.

La note lubrique et le coup d'œil au bâtard du Nord n'échappèrent bien évidemment pas au mercenaire qui sourit en voyant son compagnon reprendre un peu de vie.

- Les interdits, c'est ton truc...

- Pas les interdits,... les défis.

- Je crois que tu es définitivement suicidaire.

Il n'eut pas loisir de continuer que l'autre homme s'était déjà levé pour s'installer bruyamment à la table de son ennemi. Jon tourna à peine son visage vers lui.

- Vos hommes ne vous approuvent pas.

- Je ne suis pas là pour être aimé.

- C'est dommage, lâcha l'aîné des Lannister avec un sourire charmeur que l'autre ne releva pas.

- Je veux dire, certains d'entre eux préfèreraient vous voir mort. Cela vaut-il la peine ? reprit-il soudainement plus sérieusement.

La nuance de ton fit réagir Jon, il dévisagea son hôte plus en détail et ne releva aucun sarcasme dans le regard, une certaine fatigue même qui ressemblait beaucoup à la sienne.

- Si je meurs c'est que j'aurais échoué.

- Enfin, rallier la cause des Sauvageons pour lutter contre une prétendue armée de zombies blancs, ça ne peut pas vraiment faire l'unanimité.

L'ironie était présente mais le ton restait bienveillant, aussi, Jon répondit sans acrimonie :

- Vous ne me croyez pas ? Alors venez les affronter à mes côtés.

Ce côté mélodramatique chez Jon Snow, c'était quelque chose qui plaisait à Jaime Lannister. Il lui semblait évoluer depuis si longtemps parmi des gens décadents, fourbes et prêts à tout pour survivre que le jeune Stark lui apparaissait comme une sorte d'extra-terrestre humaniste en parfait décalage avec son siècle. Semblant le comprendre, Jon planta ses yeux noirs dans ceux de son vis à vis :

- Vous me prenez pour un fou d'imaginer que l'on puisse s'unir entre maisons rivales pour résister à un ennemi bien plus fort mais si vous les aviez vu comme moi, vous sauriez qu'il n'y a pas d'autres moyens pour survivre...

- Je connais trop le cœur des hommes pour croire que cela est possible, Jon. Mais j'accepte de vous suivre pour voir cela de mes propres yeux.

Il se leva, quitta la table et rejoignit le mercenaire qui souriait toujours de la situation.

- Ma parole mais tu le courtises vraiment.

- Arrête, intima le Régicide soudain plus très convaincu de trouver la situation amusante.

- Ce gamin est un agneau fragile qui dirige un troupeau de désespérés. Si tu es en manque et qu'il te plaît tant que ça, culbute-le dans un coin sombre, il n'est pas de taille à résister à ta poigne de fer ! Je parie même 10 écus qu'il pleurerait.

- Ne le sous-estime pas, mon ami, ne le sous-estime pas, j'imagine qu'il sait parfaitement manier son arme.

- De quel arme parles-tu ? finit par trancher Bronn définitivement hilare.

Jaime se laissa aller à rire et cela faisait longtemps que ce n'était plus arrivé. Il pensa à Cersei un instant et la compara involontairement au bâtard du Nord. Son contraire absolu. Dans les yeux de sa sœur, il voulait voir l'amour. Dans ceux de Jon Snow, il avait soudain envie de voir du respect. Il ne savait pas laquelle de ces deux causes étaient la plus perdue...

A suivre...