Je suis désolée de vous avoir perturbé par ce prologue. Cette histoire a pour base les personnages et certains événements de POI mais ne recherchez pas de logique et de cohérence avec la série. J'espère que vous me suivrez dans mon univers alternatif !
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Avril 1982
Lassiter, Ohio
Harold Finch réajusta la lanière de son sac en cuir sur son épaule tout en remontant le large couloir entouré de casiers d'un rouge éclatant du lycée de Lassiter. Comme tous les lundis matins, il reprenait, avec un certain fatalisme, le chemin du lycée après la parenthèse enchantée du week end.
Durant les deux jours de repos dominical, le jeune garçon se sentait enfin libre. Libre d'être ce qu'il était, sans aucun artifice, sans carapace, sans la peur du jugement des autres. Son père ne cessait de lui répéter qu'il ne devait pas se préoccuper des regards hargneux ou méprisants de ses camarades, des rumeurs ou des qu'en dira-t-on. Le soir, avant de s'endormir, il lui caressait les cheveux tout en le réconfortant d'une voix douce et calme, lui expliquant à quel point il était exceptionnel, qu'il n'avait pas à avoir honte de ses passions originales, de son physique trop juvénile pour ses dix-sept ans ou de son caractère asocial. Mais le réconfort était de bien courte durée : deux petits jours durant lesquels l'adolescent pouvait, sans remords ni crainte, s'adonner au bricolage dans le garage familiale, à la lecture de classiques ou faire des balades avec Bear, son chien adoré. Des loisirs simples et solitaires qu'il affectionnait tout particulièrement, préférant se réfugier dans un monde intérieur dont lui seul avait la clé.
Et pourtant tous les lundis, ses certitudes fondaient comme neige au soleil. Tout, au lycée lui rappelait à quel point il était différent des autres. Il avait beau être en dernière année, il était plus petit que la moyenne, plus chétif. Il avait un visage encore enfantin et ses grands yeux bleus cachés derrière ses lunettes rondes semblaient lui manger le visage. Ses cheveux bruns n'étaient pas coiffés à la dernière mode et demeuraient perpétuellement en désordre. Ses vêtements n'étaient pas de marque car son père, à la tête d'une exploitation agricole, n'avait, non seulement pas les moyens, mais ne voyait pas l'intérêt de lui acheter le dernier jean hors de prix ou le sac eastpak dont ses camarades raffolaient tant. D'ailleurs, Harold n'en voyait pas non plus l'intérêt et n'avait jamais rien demandé à son père. C'est donc habillé d'un jean, d'une chemise blanche et d'un blouson sans âge qu'Harold entamait sa nouvelle semaine d'école.
Le jeune garçon était également bien loin des préoccupations des adolescents de son âge. Extrêmement intelligent, il était parmi, si ce n'est, le meilleur élève du lycée. Ses professeurs étaient tous élogieux sur ses performances et ne tarissaient pas d'éloges sur lui, même si sa vivacité et son esprit critique avait le don d'en agacer certains. Membre du club d'échec et du club de sciences, il avait néanmoins refusé d'en être président car, autre trait de son caractère atypique, il n'aimait pas être mis en avant. Bien au contraire, il cherchait désespérément à se faire très discret, voir oublié. Car bien sûr, un tel personnage ne manquait pas de provoquer des réactions : si les adultes étaient plutôt bienveillants avec lui, les autres élèves l'étaient beaucoup moins…
Sa voie semblait toute tracée et elle ne manquait pas d'alimenter une certaine jalousie. Déjà les plus grandes écoles du pays, Harvard, Stanford, le MIT, Yale lui faisaient les yeux doux et il paraissait évident qu'Harold était promis à un brillant avenir. Mais ses camarades ne manquaient pas une occasion de lui rappeler à quel point il était différent. Il pouvait sentir les regards sur lui, le détaillant de la tête aux pieds, se moquant de ses vêtements ternes et trop classiques, le méprisant pour sa solitude, le jalousant pour ses résultats…
Longeant les murs ornés d'affiches et de graffitis, le jeune garçon se dirigea d'un pas pressé vers son casier. Au détour d'un couloir, il s'arrêta net et ne put retenir un soupir d'exaspération en remarquant un attroupement près de sa porte métallique. Il se planta devant le groupe de quatre filles toutes plus pimpantes et maquillées les unes que les autres et se racla bruyamment la gorge pour leur signifier qu'elles gênaient. Mais elles l'ignorèrent royalement et continuèrent leur conversation comme si de rien n'était de leurs voix aiguës et haut perchées.
-Vous avez-vu le nouveau ? S'exclama une rousse en tenue courte de Chearleader qui avait beaucoup de mal à contenir son excitation.
-Ho oui ! Il est incroyablement beau ! S'exclama une demoiselle blonde tout en portant ses mains à son visage pour calmer le feu de ses joues.
-Je n'ai jamais vu des yeux pareils, il a un regard à faire fondre la banquise ! Renchérit une troisième, les yeux dans le vague et un sourire rêveur aux lèvres.
-Et sa bouche ! Je meurs d'envie de voir comment il embrasse ! Commenta la dernière, provoquant un fou-rire général.
-Mais je suis sûre qu'un garçon comme ça doit être déjà pris, soupira la rouquine en secouant ses boucles flamboyantes.
Cette remarque refroidit les ardeurs du groupe et mit un terme à la conversation. Les quatre demoiselles semblèrent soudainement remarquer Harold qui attendait toujours, raide comme un piquet, à côté d'elles. Comme souvent, il ne savait pas quoi faire. Il hésitait entre leur demander de se pousser un peu pour atteindre son casier, au risque de s'exposer à des remarques acerbes de leur part ou renouveler discrètement sa quinte de toux, quitte à être une nouvelle fois ignoré. Finalement, les demoiselles décidèrent de quitter les lieux non sans avoir jetées à Harold un dernier regard teinté de mépris et de pitié.
En ouvrant sa petite armoire, Finch se demandait quel était ce nouvel élève qui provoquait un tel émoi auprès de ses camarades. Mais il se sermonna rapidement. Non, il ne tomberait pas, lui aussi, dans les commérages et les rumeurs, comme ses camarades du lycée. Il ne leur ressemblait pas. Mais il devait bien avouer que ce nouveau mettait le lycée en ébullition et il en était plutôt satisfait. Cette distraction allait lui permettre de ne plus être la cible des médisances et des moqueries, au moins pour quelques temps. Car passée l'euphorie de la nouveauté, la routine reprendrait ses droits, hélas…
Soulagé mais malgré tout curieux, il prit son manuel et son classeur pour son cours de la matinée. Il referma soigneusement le cadenas de sa porte métallique et se dirigea vers la salle de mathématiques, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Il adorait les cours en général et ce cours en particulier. Les chiffres étaient son bonheur, son havre de paix. Ils étaient tellement plus faciles à comprendre que les êtres humains, tellement simples et logiques pour son esprit cartésien.
Même s'il était encore tôt, Harold entra dans la salle de classe à moitié vide. Comme par magie, il se sentit instantanément mieux, plus en sécurité. Il s'installa à sa place, au deuxième rang à côté de la fenêtre puis sortit le livre qu'il avait entamé pendant le week end pour patienter. Il avait, encore une fois, jeté son dévolu sur un des classiques dont il était particulièrement friand :1984 de Georges Orwell. Il était fasciné par cet ouvrage à mi-chemin entre la science-fiction et la réalité. Il avait commencé à le dévorer samedi soir, à l'heure où la plupart des adolescents se pressaient à une fête où l'alcool coulait à flot. Il avait passé la nuit, caché sous les couvertures de son lit, à lire à la lueur d'une lampe torche afin de ne pas éveiller les soupçons de son père, ne pouvant quitter ce monde imaginaire.
Plongé dans sa lecture, il percevait pourtant les mouvements autour de lui. Ses camarades de classe commençaient à s'installer bruyamment tout en continuant leurs discussions. Visiblement, ce nouvel élève était le sujet numéro un des conversations de cette nouvelle semaine. Harold ne put retenir un nouveau soupir devant la frivolité de ces commérages et la curiosité malsaine de ses camarades. D'où vient-t-il ? A-t-il une petite amie ? Fait-il parti d'une équipe de sport ? Les suppositions allaient bon train et chacun y allait de son petit commentaire sur sa taille, ses vêtements, ses yeux, ses cheveux, sa bouche…
Lorsque le professeur Greer entra dans la salle de classe, les bavardages cessèrent instantanément. Malgré sa petite taille et son âge avancé, l'enseignant dégageait une autorité teintée de froideur et de sadisme qui glaçait le dos de tous ses élèves. Tout le monde se faisait petit, cherchant à tout prix à éviter le regard bleu polaire de l'enseignant. Parfaitement à l'aise, Harold rangea son livre dans son sac et se redressa bien droit sur sa chaise en attendant avec impatience le début de la leçon. Il était sans doute le seul à ne pas craindre les remarques ou les coups d'œil assassin de son professeur. Il aimait les mathématiques et elles le lui rendaient bien. Harold était brillant et Greer nourrissait des sentiments bien ambigus à son égard, il était à la fois fier des résultats de son élève mais aussi agacé par sa vivacité d'esprit pour ne pas dire son génie. Il se sentait parfois dépassé par Harold, ce qui lui déplaisait fortement.
Dans un silence de cathédrale qui contrastait avec l'agitation qui régnait dans la pièce quelques secondes auparavant, le professeur posa son cartable sur son bureau, en sortit ses notes ainsi que son manuel, puis le posa par terre. Il plaça ensuite ses deux mains à plat sur sa table, balaya l'assemblée d'un œil glacial à la limite du mépris puis annonça :
-Jeunes gens, avant de commencer le cours, j'aimerai vous présenter John Reese, un nouvel élève qui nous vient directement de Puyallup, Washington. Je compte sur vous pour l'aider à s'intégrer et lui permettre de se mettre à jour dans les cours le plus rapidement possible.
Harold écoutait d'une oreille distraite son professeur, les yeux rivés sur la porte de la classe, attendant avec un étrange sentiment d'impatience et de fébrilité l'arrivée du nouveau venu. Le cœur cognant dans sa poitrine de plus en plus fort au fur et à mesure que le bruit des pas dans le couloir se rapprochait, le jeune garçon se maudissait d'être finalement aussi curieux que les autres élèves de l'école. Lorsque la silhouette du nouveau apparut dans l'encadrement de la porte, tous les élèves retinrent leur souffle, Finch comme les autres.
Sidéré par cette apparition, Harold eut bien du mal à avaler sa salive, ne pouvant détacher les yeux du plus beau garçon qui lui ait été donné de voir. John Reese resta quelques secondes sur le seuil, une main dans la poche de son jean délavé et l'autre tenant la lanière de son sac à dos. D'un pas mal assuré, l'adolescent s'approcha pour venir se poster à côté du bureau de Greer, visiblement mal à l'aise d'être ainsi détaillé par l'ensemble de la classe comme une bête de foire. La première chose que le génie remarqua fut effectivement ses yeux, d'un bleu incroyablement clair, qui contrastaient avec sa peau halée et ses cheveux d'ébène en bataille. Il était très grand et plutôt mince. Il avait l'allure dégingandée d'un adolescent qui avait grandi trop vite et qui ne savait pas trop quoi faire de sa grande carcasse. Les traits de son visage étaient malgré tout fins et un petit sourire timide étirait ses lèvres. Hypnotisé, Harold ne pouvait détacher les yeux de ce jeune homme qui se tenait, rigide, près du bureau de son enseignant. Car Harold avait remarqué que derrière son allure nonchalante, le jeune homme qui se présentait face à eux, était nerveux, sa posture était trop raide, ses doigts étaient crispés sur la bretelle de son sac et son sourire semblait figé. Heureusement pour lui, Greer mit fin à son supplice de sa voix froide et un peu snobe :
-Bien, installez-vous où vous voulez, John. Nous allons poursuivre la leçon. Sortez tous vos classeurs et prenez votre manuel page 132.
Reese balaya la salle de son beau regard azur, ses yeux s'attardant sur chacun de ses nouveaux camarades. Harold retint son souffle, attendant avec impatience et anxiété l'instant où ses magnifiques prunelles se poseraient sur lui. Lorsque le moment arriva, leurs regards s'accrochèrent quelques secondes puis le jeune homme porta son dévolu sur la place vide juste derrière celle de Finch. Il s'avança lentement vers la chaise libre, posa son sac en toile à terre puis s'installa, sortant son matériel puis étendant ses longues jambes devant lui.
Pour la première fois de sa vie, Finch eut beaucoup de mal à se concentrer sur la leçon d'algèbre. Il pouvait sentir la présence de l'autre garçon derrière lui, son regard sur son dos, ses longues jambes étendues au point que ses chaussures tapotaient négligemment sur les pieds de sa chaise. Cette heure, qui aurait dû être un moment de plaisir, devenait très troublante pour le génie et il accueillit la sonnerie comme une véritable libération. Rapidement, il rangea ses affaires et se leva précipitamment, pressé de s'éloigner de ce John Reese dont la seule présence silencieuse dans son dos suffisait à le mettre dans tous ses états.
Il retourna à son casier et y trouva la seule amie qu'il avait dans cette ville. Adossée aux armoires métalliques, Samantha Groves, toute de noire vêtue comme à son habitude, l'attendait pour la pause déjeuner.
-Salut Harry ! S'exclama la demoiselle, un large sourire aux lèvres, déjà là ? Tu n'es pas resté poser mille et une questions à Greer ?
Finch sourit devant l'ironie de la remarque. Samantha savait qu'il aimait discuter avec ses professeurs à la fin des cours, au grand dam de ces derniers qui n'hésitaient pas à inventer les excuses les plus extravagantes pour mettre dehors cet élève un peu trop collant à leur goût.
-Non pas cette fois, assura le jeune garçon, le rouge aux joues en pensant au motif réel de sa fuite.
Sam fit une moue, un peu dubitative face à cette explication un peu sèche, mais ne fit aucun commentaire. Elle savait que son ami était discret pour ne pas dire secret. Elle avait appris à ne pas le brusquer et à le laisser venir de lui-même lui parler.
Elle se décala légèrement pour permettre à Harold de ranger ses affaires puis prendre sa lunch box. Ils se dirigèrent ensuite vers la cafétéria.
Voilà le moment tant redouté pour des milliers d'élèves dans tous les établissements scolaires du pays. Dans le gigantesque réfectoire, tout était très codifié. Les tables s'organisaient selon les affinités mais aussi et surtout, selon les degrés de popularité. Ainsi, les tables les plus grandes situées au centre du lieu étaient réservées aux élèves les plus populaires, à savoir les sportifs, reconnaissables à leurs blousons aux couleurs de l'école et les demoiselles les plus jolies. C'étaient les seigneurs du lycée, ils dictaient leurs lois et faisaient ou défaisaient les réputations. Les tables des élèves lambda gravitaient autour des tables des VIP un peu comme les planètes autour du soleil de la renommée. Ils discutaient tranquillement des cours ou planifiaient leurs loisirs. Et enfin, les tables des élèves les moins populaires, les laissés pour compte, étaient reléguées à la périphérie, à côté des murs, des piliers ou des fenêtres. Ces lycéens étaient, au mieux ignorés, au pire humiliés, durant cette heure fatidique où la surveillance des adultes était presque inexistante. Une véritable hiérarchie tacite se mettait donc en place comme pour un orchestre d'opéra. Chacun se positionnait bien à sa place selon la grille de popularité. Une erreur et c'était l'opprobre générale.
Samantha et Harold s'installèrent donc à une table un peu à l'écart des autres, derrière un pilier et à proximité d'une baie vitrée. Une table de reclus très éloignée des élèves en vue de l'école.
-Alors Harry, bon week end ? demanda la demoiselle en ôtant le papier qui entourait son sandwich.
-Mouais, répondit laconiquement le jeune homme en ouvrant sa boite en plastique.
Sam se pencha en avant pour détailler le repas de son camarade et poussa un soupir.
-Comment veux-tu t'étoffer avec ce genre de déjeuner ?
L'adolescent baissa les yeux sur le contenu de sa boite et rougit. Elle contenait une tomate coupée en rondelle, une tranche de jambon et une pomme. Son père avait encore oublié de faire les courses et il avait pris ce qu'il avait trouvé dans le frigo, c'est-à-dire pas grand-chose.
-Je me suis levé tard ce matin. Je n'ai pas eu le temps de préparer mon repas, mentit le jeune garçon, s'empourprant d'avantage encore.
-Oh Harry… murmura la jeune fille avec un sourire triste.
Harold l'avait mise dans la confidence sur les ennuis de santé de son père. Elle était au courant de ses absences et de ses pertes de mémoire qui devenaient de plus en plus fréquentes. Elle prit son sandwich à deux mains, le coupa et en offrit une moitié au jeune homme.
-Tiens !
-Merci, balbutia Harold, profondément touché par le geste de son amie.
La suite du déjeuner se passa sans incident, tous deux discutant de leur week end plutôt tranquille. Finch fit un résumé de son nouvel ouvrage avec passion tandis que Sam expliquait avec force détails son nouveau programme destiné à pirater le nouveau jeu à la mode.
Soudain un murmure traversa le réfectoire. Tous les regards convergèrent vers John Reese qui venait de pénétrer dans l'immense self, son éternel sac sur le dos. Il semblait hésiter sur le choix de sa table mais il fut très vite pris en charge par Lambert, le capitaine de l'équipe de basket de l'école. Ce dernier s'avança vers lui, passa son bras autour des épaules du jeune homme et l'entraina vers la table des athlètes. Visiblement, le nouveau venait d'être adoubé par le garçon le plus populaire du lycée.
Alors que les deux garçons remontaient l'allée qui menait à la table des VIP, Lambert bouscula un tout jeune première année dont le plateau atterrit avec fracas sur la table de nos deux amis. Le repas du maladroit finit par terre mais son verre se renversa sur la chemise d'Harold qui se leva d'un coup dans un réflexe bien dérisoire.
-Dégage ! Ordonna Lambert d'un ton sans appel au garçonnet qui s'empressa de déguerpir sans demander son reste, laissant son repas par terre et un Finch complètement trempé.
Alerté par l'agitation, John tenta de ralentir le pas mais le capitaine resserra son étreinte et continua sa marche, tel un prince, sans un regard pour les dommages.
-Hé ! Vous là-bas ! Vous pourriez au moins vous excuser auprès d'Harold ! Interpella Samantha en se levant de sa chaise.
Mains sur les hanches, la jeune fille toisait d'un regard furieux les deux garçons qui se retournèrent d'un coup. Lambert, un sourire narquois aux lèvres, ne semblait pas le moins du monde gêné par l'incident. John, quant à lui, commençait à rougir sous l'accusation.
-Regardez ce que vous avez fait ! Continua la jeune hackeuse en désignant son ami, toujours debout, de plus en plus mal à l'aise d'être la cible de tous les regards.
Mais Harold était surtout mal à l'aise à cause d'un regard en particulier. Déglutissant avec peine, il regarda, comme au ralenti, les yeux d'acier de John dériver lentement de Samantha vers lui. Il observa la tâche sur sa chemise ce qui ne manqua pas de faire rougir le génie de plus bel.
-Ben quoi, ce n'est que de l'eau, répondit Lambert avec un haussement d'épaules désinvolte.
La jeune fille ne baissa pas les yeux et fusilla du regard le capitaine de Basket avec effronterie.
-Vous vous croyez tout permis parce que vous êtes populaire, c'est ça ? grinça Samantha entre ses dents mais sa voix commençait à vaciller, preuve que, contrairement à son attitude provocante et fière, elle était touchée par l'incident.
-Sam, ce n'est rien, tenta Harold, ne voulant pas rajouter l'humiliation de son amie à la sienne.
Un silence de plomb tomba dans le réfectoire. Tous les élèves semblaient suspendus aux lèvres des quatre protagonistes. Personne n'avait de doutes quant aux vainqueurs de cette joute verbale mais contre toute attente, à la surprise générale, Reese, qui n'avait toujours pas desserré les dents depuis qu'il était arrivé, prononça ses premiers mots. D'une voix étonnamment basse et douce, il demanda:
-Harold ? Vous êtes avec moi en cours de maths, non ?
Stupéfait, le jeune garçon se contenta d'acquiescer. John se dégagea de l'étreinte de Lambert d'un mouvement d'épaules puis s'avança vers Finch, qui n'avait toujours pas bougé. Debout, planté au milieu du self, sa chemise trempée, il regardait sans réagir le beau nouveau se diriger vers lui. Ce dernier le prit doucement par l'épaule et l'entraîna vers la sortie.
Une fois dans le couloir, John dirigea Harold vers les toilettes des garçons. Il poussa la porte et s'arrêta au centre des sanitaires. Il se tourna vers Finch et ordonna d'une voix étonnamment basse.
-Retire ta chemise.
Interdit, le génie resta quelques secondes, les bras ballants, n'esquissant aucun geste. Il craignait encore une mauvaise plaisanterie, comme se faire subtiliser ses vêtements ou bien subir les railleries habituelles sur son physique fluet. Mais pourtant, malgré sa méfiance naturelle, quelque chose dans les yeux bleus de John le mettait en confiance.
De son côté John commençait à se déshabiller. Sous le regard ahuri d'Harold, il retira sa propre chemise sous laquelle il avait un t-shirt blanc et la lui tendit avec un sourire un peu gêné.
-Tiens, tu peux prendre la mienne en attendant que la tienne sèche. Elle doit être un peu trop grande mais elle fera bien l'affaire.
Rassuré, Harold retira son vêtement mouillé, le posa à côté des lavabos puis enfila celle de son camarade. Effectivement, elle était beaucoup trop grande pour lui. Une fois boutonnée, ses mains étaient cachées sous les manches et les pans lui arrivaient aux genoux. John ne put s'empêcher de rire en le voyant ainsi fagoté, mais il n'y avait aucune moquerie dans ce rire. Il était, au contraire, cristallin, honnête et plein d'humour.
- Tu devrais rentrer la chemise dans ton pantalon, conseilla-t-il, le regard pétillant de malice.
Harold suivit le conseil et glissa les pans du vêtement dans son pantalon puis il en retroussa les manches. Il se sentit aussitôt enveloppé dans une douce chaleur, celle de John. Son odeur lui chatouillait les narines. Elle était à la fois puissante et douce. Il reconnaissait les senteurs d'un parfum mais aussi de bois et d'herbe fraichement coupée. Même si le jeune garçon n'avait jamais été saoul de sa vie, il se disait qu'il pourrait très facilement s'enivrer de cette odeur.
Pendant ce temps, Reese entreprit de sécher sa chemise avec le sèche-mains. Le génie était fasciné par son camarade, son calme, ses manières, son sourire… tout en lui le séduisait. Pour la première fois de sa vie, Harold montrait un intérêt pour autrui et il ne comprenait pas bien ce déferlement de sensations nouvelles, puissantes et totalement incontrôlables.
