Hermione passait une très mauvaise journée. Elle était passée au terrain de quidditch où Ron, Harry et Ginny entraînaient les nouveaux joueurs, et avait constaté que les dires de Parkinson étaient vrais. Elle en aurait vomi. Ron papillonnait d'une fille à l'autre, distribuant de grands sourires à ses admiratrices regroupées sur les gradins.
Elle se réfugia à la bibliothèque, conformément à son plan d'origine, pour travailler son cours de métamorphose. Les minutes s'égrenaient lentement, et elle constata au bout de deux heures qu'elle n'avait absolument pas avancé. Elle pensait à Ron, Ron et les filles amassées autour de lui comme des papillons autour d'une lumière éclatante. Elle allait le perdre, et cette perspective était intolérable.
Comme à chaque fois qu'elle se trouvait face à un problème ardu, elle tenta de placer des mots sur l'origine de son blocage. Pourquoi repoussait-elle systématiquement Ron ? Elle était terrifiée à l'idée que sa première fois soit une catastrophe pour lui, qui avait déjà couché avec Lavande près de deux ans auparavant. Que devait-elle dire ou faire ? Devait-elle cacher ses imperfections ? Elle détestait par-dessus tout son ventre, trop flasque et pas assez plat.
Elle abandonna son auto-dénigration au bout de quelques minutes, comprenant que cela ne lui apportait aucun semblant de réponse. La solution lui vint quelques heures plus tard, quand, après avoir dîné avec Harry, Ron et Ginny en serrant les dents, elle attendit son homologue devant la statue de Victor le hargneux.
Ce dernier arriva d'une démarche nonchalante au lieu de rendez-vous, et sembla s'étonner que la préfète ne lui fasse pas remarquer ses cinq minutes de retard habituelles. En silence, ils se mirent en marche et parcoururent les couloirs du château désert.
Drago profita de ce silence reposant, qui pour une fois n'était pas interrompu par les tentatives d'Hermione pour lui adresser la parole. Celle-ci, à ses côtés, n'en menait pas large. Est-ce que Malefoy percevait son malaise ? Pouvait-il entendre son cœur battre trop fort à l'idée de se ridiculiser devant lui ? Elle avait très chaud soudain, et mal au cœur.
Drago s'arrêta lorsqu'il se rendit compte qu'Hermione était restée en arrière. Il revint sur ses pas où elle attendait, quelques mètres plus loin, les jambes tremblotantes et le visage en sueur.
– Va te coucher, Granger. Je vais finir seul.
Il s'éloigna sans lui accorder plus d'intérêt.
– Malefoy, attends !
– Tu es malade, va te coucher.
Elle inspira un grand coup, et annonça d'une petite voix :
– J'ai un service à te demander.
– Je t'écoute, répliqua-t-il en s'arrêtant net et en la regardant d'un air neutre.
– Là, maintenant ? risqua la Gryffondor, décontenancée.
– Tu m'as bien demandé de te rendre un service, là, maintenant ?
– Il semblerait, grinça-t-elle, regrettant soudain sa décision.
– Alors je t'écoute, là, maintenant, se moqua le Serpentard.
Il sourit de la voir rougir. La miss je-sais-tout était décidément amusante, même si c'était involontaire. Goguenard, il la laissa bafouiller. Il se doutait que le service en question avait à voir avec ses déboires avec Weasmoche. Blaise lui en avait parlé le matin même. Mais il ne l'aurait évoqué pour rien au monde : voir Granger perdre ses moyens était trop rare pour qu'il n'en profite pas jusqu'au bout.
Que comptait-elle lui demander ? Il était prêt à tout pour faire enrager le stupide rouquin, même à embrasser Granger. A tout, sauf à :
– Il faudrait que tu couches avec moi.
L'air ahuri de Malefoy aurait pu faire rire Hermione dans d'autres circonstances. Elle s'apprêtait à reprendre la parole, lorsqu'il reprit enfin ses esprits :
– Quoi ?
– Je pense que tu as bien entendu, répondit-elle, gênée.
– Et moi je pense que tu ne te rends pas compte de ce que tu viens de me demander. C'est quoi ces conneries ? Tu veux coucher avec moi ?
– Pas particulièrement.
Drago était perdu. Granger semblait avoir perdu la raison, et ils étaient seuls au milieu d'un couloir désert dans un château endormi. Il préféra mettre un terme à la discussion.
– Ecoute, Granger. T'es gentille quand tu veux, mais tu as clairement un problème, et moi, je ne vais pas m'amuser à tenter de comprendre de quoi il retourne. Va te coucher, je finirai seul.
Il s'en alla à grands pas. Elle lui courut derrière une fois de plus, et lui barra la route, les yeux suppliants.
– Attends, Malefoy, je vais t'expliquer. Si tu refuses après ça, je ne te le demanderai plus, c'est promis.
Elle sembla attendre une réponse, mais Drago se contenta de la toiser. Il n'avait aucune envie de lui faciliter la tâche.
– C'est le seul moyen de ne pas perdre Ron. S'il te plaît, Drago.
– Tu es en train de me dire qu'indirectement, je dois rendre service à Weasmoche, et que le moyen de faire ça est de coucher avec sa copine.
– Ne l'appelle pas comme ça, s'écria-t-elle.
Elle croisa les bras contre sa poitrine dans une position de défense. Ses yeux brillaient de larmes.
– J'ai retourné la situation dans tous les sens. Je ne peux pas coucher avec lui parce que je ne l'ai jamais fait. Je ne supporterai pas de le décevoir… J'ai besoin d'apprendre.
Le jeune homme éclata de rire, et elle se recroquevilla un peu plus, morte de honte.
– Sacrée Granger ! J'imagine que tu as retourné tous les livres de la bibliothèque avant de me demander ça. Tu as enfin trouvé un domaine où la théorie ne te suffit pas.
– Laisse tomber, s'énerva-t-elle. Et ne t'avise pas d'en parler à qui que ce soit ou tu le regretteras, la fouine.
Hermione planta Drago et marcha d'un pas rageur en direction des cachots. Plus question de finir sa ronde avec cet abruti. Elle sentit soudain qu'une main attrapait la sienne, et elle se retrouva plaquée face au mur, haletante. Dans son dos, Malefoy lui enserra les poignets, et de sa main libre, il entreprit de caresser le tissu de sa culotte.
– Alors c'est ça que tu veux ? gronda-t-il dans un murmure. Tu veux que ce soit moi qui te touche comme ça ?
Contre toute attente, et sans pour autant se laisser aller à écarter ses jambes, elle le laissa faire, et chuchota, comme vaincue.
– C'est ça que je veux.
Il la retourna aussitôt face à lui, et la lâcha comme si son contact le brûlait. Son expression était un mélange de colère et de surprise mêlées, voire d'indignation.
Il s'écarta lentement d'elle, puis la laissa là où elle était, tremblotante.
