Elle observait les flots depuis la plus haute falaise de France, les vagues se déchainant sur la roche calcaire avec violence, rongeant un peu plus l'édifice naturel.
L'eau, lieu de naissance de toute vie, le premier être vivant était né dans les flots. Tout le monde venait des flots, son domaine ou plutôt, le domaine de son père. Cette jeune fille avait le regard à la fois vide et perçant.
Son père semblait fou de rage, faisant redoubler de violence les lames d'eau sur le rocher blanc. Elle connaissait les sentiments de son paternel, lui qui haïssait ceux qui l'avaient enfermé dans les abysses les plus profondes. Elle s'assit sur l'herbe humide, laissant la pluie faire son travail et la mouiller de part en part tout en étant bercée par le bruit des vagues. Les gouttes fines transperçaient sa peau, mais elle s'en fichait. L'eau n'était pas son pire ennemi, bien au contraire, c'était sa plus précieuse alliée. L'élément aquatique était son pouvoir, il était sa force, la pluie était en conséquent sa plus belle associée. Elles étaient partenaires. L'une faisait la puissance de l'autre, et inversement. La demoiselle leva les yeux vers les nuages noirs, savourant chaque perle d'eau qui s'échouait sur son visage et coulait le long de ses joues. Ses yeux de rubis se plissèrent pour éviter toute goutte qui s'incrusterait dans ses orbites oculaires. Les pupilles fines de félin s'agrandirent pour laisser place à des pupilles rondes humaines. Jamais en ville elle ne montrait ces yeux différents des autres, on l'aurait jugée de suite. C'était la raison pour laquelle elle cachait ses cheveux naturels avec une perruque. La discrétion avant tout comme le disait son père, le puissant roi des eaux.
La jeune femme enlevât sa perruque blonde, inutile désormais, pour laisser place à des boucles bleu-vertes. Elle était là, observant les ombres dansantes, qui pourtant étaient invisibles, dans les nuages noirs. Elle savait les propriétaires de ces spectres. C'était eux. Ces horreurs. Ceux qui avaient condamné son père à l'enfermement éternel. Ceux qui punissaient dans juger et sans état d'âme, profitant de leurs statuts pour régner à leur guise le monde sans que personne ne le sache. Elle le savait, ces choses étaient sans foi ni loi, et ils étaient des tyrans. Elle le savait et elle était née dans le but de les occire. Tel était le désir de son géniteur.
-Père… marmonna-t-elle doucement.
La jeune femme se leva, elle était trempée mais elle n'en avait aucune importance, maintenant que ses ennemis jurés avaient pointé le bout de leur nez, elle n'allait plus les quitter. Ils étaient ses proies, elle comptait bien le leur démontrer.
-Père, laissez moi vous venger, pensa-t-elle tout haut. Bientôt, vous retrouverez votre liberté. Ces êtres vont payer pour vous avoir enfermé dans les flots les plus profonds.
Elle passa sa main sur sa gorge, sentant le pendentif sur elle. Ni une ni deux, elle arracha la chaine, joignit ses mains, ferma les yeux, et, dans une voix monotone.
- Pierre des Flots, donne-moi la force de voler dans le ciel et de détruire les bourreaux de mon père.
Une aura entoura la non-humaine, une douce chaleur humide et bleue enveloppa son corps. Elle commença à changer d'apparence, son corps s'allongea, ses jambes et ses bras devinrent uniformes et s'accordaient avec le corps, une queue de Reptile partit du bas du dos pour s'allonger. Sa tête devint difforme ne ressemblant plus à une tête humaine, des cornes prirent place sur le crâne, tout comme une paire d'ailes au niveau des omoplates.
Son cou s'allongea également et en un bref instant, tout le corps se couvrît d'écailles bleues et argent. Elle était prête à prendre son envol vers le ciel.
-Père, je suis prête.
Tous connaissaient la jeune fille, mais personne ne connaissait le dragon des eaux.
Elle s'appelait Silva et elle était la fille du Léviathan.
text © Queenie
Hypothèse : si le léviathan avait des mouflets... à quoi ressembleraient-t-ils?
merci d'avoir lu ^^
