La tête appuyée contre mon bras droit, je regardais par la fenêtre, attendant la fin du cours. Il pleuvait, il pleuvait comme il avait plu depuis une semaine, le temps que j'ai passé à Ashford. J'étais ici depuis déjà une semaine, et je n'en pouvais plus. Pas parce qu'il n'y avait rien à faire, car cette école étant aussi pleine aux as, il y avait énormément d'activités possible. Pourtant, rien de cela ne m'intéressait. Cela faisait un bon moment que je ne m'intéressais plus à grand-chose. Lorsque j'étais chez moi c'était plus supportable, mais étant ici, je m'ennuyais énormément. J'avais visité la bibliothèque des centaines et des centaines de fois, mais j'avais moi-même mes limites, un peu plus et je commencerais à voir des mots danser en fermant les yeux.

-Hé, vous vous rappelez l'histoire du dernier étage?, demanda la voix d'une fille juste devant moi d'un ton excité qui m'énerva.

Je me tendis. Le dernier étage. Une semaine plus tard et je ne m'étais toujours pas remise de mon épisode psychotique. C'est ainsi que je l'appelais, psychotique, pour la simple et bonne raison que je n'avais rien vu du tout. Je refusais absolument d'accepter le fait que l'ancien héritier à la couronne de notre pays puisse possiblement habiter sous ce toit deux-cents ans plus tard. Alors non, je n'avais rien vu. J'avais tout imaginé ou… Je ne sais pas, j'étais devenue folle, voilà.

Malgré le fait que je cherchais désespérément à sortir ce moment de mon crane, je tendis tout de même l'oreille. Allez savoir pourquoi, je ne pus m'en empêcher.

-Ohhh, ouais! J'avais oublié! Ce n'était pas juste une histoire pour effrayer les premiers années pour ne pas qu'ils n'y aillent?

- Bah je sais pas, probablement, quoi que vous ne trouvez pas ça étrange qu'on ne soit pas autorisés à y aller? C'est vrai qu'il y quelques autres endroits interdits d'accès dans le château, mais c'est un étage complet là! Et personne ne sait ce qui s'y trouve…

- Vous vous rappelez de Karen Hales?

Les deux filles hochèrent de la tête à l'unisson, comme si elles savaient toutes d'où leur copine voulait en venir. La cloche retentie et elles attendirent que le brouhaha ne s'apaise. Quelques élèves restèrent en arrière pour finaliser leurs exercices et je fis mine de me casser la tête sur un numéro.

Je savais bien que là était le moment idéal pour partir mais mes jambes refusèrent de bouger.

- Il y a une rumeur qui dit que c'est pour ça qu'elle est partie, parce qu'elle y est allée après un pari avec Cassie.

Elles hochèrent toutes de la tête à nouveau.

- Qu'est-ce qu'ils nous disaient déjà? C'était quoi, un fantôme, je pense?

Je me mise à ramasser mes manuels les mains tremblantes. Je n'aimais pas l'endroit où cette conversation allait, et j'avais un très mauvais pressentiment.

- Pas n'importe quel fantôme, la corrigea la plus enthousiaste des trois, le descendant de la famille royale, Julian en personne, tel qu'il l'est dans les bouquins d'histoire.

J'eus l'impression de perdre toute vie qui me restait dans le corps. Mes mains devinrent moites et les battements de mon cœur accélérèrent dans ma poitrine.

Je m'étais rendue jusqu'au dernier étage.

J'avais rencontré un homme là-haut.

Et j'avais vu quelqu'un qui ressemblait à deux gouttes d'eau à cet homme-là.

Alors quoi, ces rumeurs n'étaient pas fondées? Je n'étais pas folle? C'était bel et bien le prince, que j'avais vu? Un fantôme?

Mon estomac se noua.

Mais les fantômes, ça n'existe pas! Tentais-je de me dire. Mais je ne pouvais plus ignorer ce que j'avais vu. L'image de cette journée-là me restait claire comme de l'eau de roche dans mon esprit. Je pouvais à peine toujours sentir cette odeur de vieux livres et de chandelles qui émanait de la pièce. Lorsque je fermais les yeux, c'était comme si j'y étais toujours.

Je n'avais pas rêvé.

Je levai les yeux sur le plafond comme s'il m'était possible d'y voir à travers plusieurs étages.

Là-haut se trouvait réellement quelque chose d'inexplicable. Du moins, quelque chose que même la science et la raison ne soit pas en mesure de trouver une explication.

Un éclat de rire me fit sortir du néant d'horreur qui s'était emparé de moi.

- Vous ne pensez quand même pas que c'est réel j'espère, je veux dire, les fantômes ça n'existe pas!

Je laissai échapper un faible gémissement inaudible alors que je me penchais pour ramasser quelques livres qui m'avaient glissés des doigts.

Oh, comme j'aimerais que ce soit le cas.

- Ben… Je sais pas, je crois qu'ils y a plus que ce qu'on voit dans le monde, mais que ça soit caché dans notre école… j'imagine qu'il faudrait voir.

- Allez-y donc, dit une voix claire de nulle part, je serais très contente de vous y amener.

Les trois filles sursautèrent bruyamment et se mirent toutes à rire nerveusement.

- Je disais ça comme ça, se défendit l'une d'elles, je n'ai pas vraiment l'intention d'y aller, ah ah… Tu ne vas rien dire à ton père, hein, Emily?

Emily, la même fille qui m'avait présenté l'école l'autre jour, a.k.a la fille du principal, les regarda toutes une à une d'un air détaché avant d'hausser les épaules.

- Du moment que vous n'y allez pas, dit-elle calmement, c'est pour vous qu'on fait tout ça, il n'y a pas de grand mystère sur cet étage, rien que des anciens artéfacts qui ont été conservés. Ce serait vraiment malheureux qu'il y ait des dégâts rendu là, ces choses sont hors de prix.

Elle le savait. Quoi que ce soit qu'il y aille là-bas, elle le savait.

Quelle hypocrite.

D'ailleurs. Si c'était bien un, un fantô… Oh, c'était si ridicule que même en pensé j'avais de la difficulté à continuer.

D'accord. Si c'était bel et bien un fantôme, alors que diable faisait elle dans son lit? Et qu'est-ce qu'il faisait, lui, à lui jouer du piano comme un espèce de protagoniste de film d'horreur dans un film noir?

Plus j'y réfléchissais, moins j'avais l'impression que tout cela finirait par faire de sens.

Elle croisa mon regard pendant quelques secondes avant de reprendre son chemin et mon cœur manqua un bond. Visiblement, elle n'était pas au courant de ma petite aventure. Ne lui avait-il pas dit? Cet homme, avait-il gardé cela secret?

- Les histoires sont vraies vous savez, je l'ai vu, murmura une voix que je ne reconnaissais pas.

Je tournai vivement la tête.

Quelqu'un d'autre l'avait-il vraiment vu?

Pleine d'espoir, je cherchai la voix du regard pour y trouver un nain.

Bon, d'accord, il n'y avait pas de nain. Mais il y avait une fille vraiment minuscule, ne devant pas mesurer plus de 5 pieds, toujours assise à son bureau la tête posée sur ses mains. Ses cheveux noirs étaient courts et courbaient au point de lui toucher le menton.

- Vous devriez faire attention, il pourrait vous manger la cervelle! S'écria-t-elle, en faisant semblant de s'inquiéter pour elles.

Ah.

Soit elle était folle, ou bien alors elle était carrément bizarre. Quoiqu'il en soit, je n'avais pas le sentiment qu'elle ait réellement vu quoi que ce soit.

-Urgh, allons-nous en les filles, Becka me fout la trouille.

Avec une grimace écœurée –et profondément méchante, les trois filles quittèrent la salle de classe en murmurant des méchancetés entres-elles.

La fille aux cheveux courts haussa les épaules et se retourna vers moi en riant, ce fichant royalement de ce qu'elles pouvaient bien avoir à dire sur sa personne.

J'eus un sourire en coin. Je l'aimais bien, celle-là.

-T'as vu leur réaction, ne viens pas me dire que ce n'était pas marrant!

Mon sourire fonda. Me parlait-elle à moi? J'étais parvenue à ignorer tous les curieux qui s'étaient approchés de moi bourrés de questions, histoire de valider la nouvelle, en étant particulièrement antisociale –mon plus grand et fier talent, mais en ce moment précis, je ne le sentais pas vraiment. Pas après la façon dont elle venait de se faire traiter. Je voyais très bien qu'elle s'en fichait visiblement, mais me résoudre à être bête avec elle ne me faisait sentir que pareille à ces dernières, et ça, je le détestais encore plus que d'avoir à me forcer à être aimable.

-Oui, lui répondis-je simplement.

Voilà. C'était direct, droit au but, et pas bête du tout. Maintenant je pouvais me concentrer à retourner à ma chambre tranquillement et me remettre à ma routine d'ennui interminable qu'étais ma vie depuis mon arrivée à Ashford.

Puisque, au cas où ça n'était pas assez évident, j'avais renoncé à mes prochaines aventures. La première s'étant terminée de façon catastrophique, je n'avais plus vraiment la tête à m'y remettre.

Elle sembla étonnée que je n'en dise pas plus.

-Tu ne parle pas beaucoup toi, hein?

Je fus un peu choquée par ses paroles. Normalement en voyant que j'étais aussi ennuyante qu'un bol de pommes de terres pilés les gens me laissaient habituellement tranquille et n'en disaient pas plus. Prise au dépourvut, je ne sus quoi dire d'autre qu'un maladroit :

-Ah, vraiment?

-Tu sais quoi, me dit-elle en se levant, je t'aime bien!

Euh, quoi? Què?

Je me tournai sans cacher mon étonnement et elle le remarqua.

De quoi est-ce qu'elle parlait, celle-là?

Elle éclata de rire.

- Viens avec moi Avery, m'invita-t-elle en me tirant sur le bras.

Je la suivis sans rien dire.

Non mais sérieusement, j'étais supposée faire quoi, moi? Quand vous rencontrerez quelqu'un d'aussi bizarre et que vous aurez toute votre tête on s'en reparlera.

- Écoute, j'ai le sentiment que nous sommes toutes les deux sur la même longueur d'onde, tu ne le ressens pas, toi aussi?

- Pas vraim…

- C'est quelque chose d'invisible, poursuivit-elle en me coupant la parole, nous voyons le monde d'une façon différente des autres filles, ce qui est vraiment important!

Je ne sais pas comment elle le faisait, mais en quelques secondes elle était déjà parvenue à m'attirer jusqu'à l'escalier principal. Je m'arrêtai net. Pas que ça me déplaise, mais je ne comprenais rien de ce qu'elle disait et commençais sérieusement à m'inquiéter pour la santé mentale de cette fille.

Elle retira sa main de ma manche et prit la parole avant qu'un son ne puisse sortir de ma bouche. Avec un grand sourire, elle me tendit la main.

- Rebecca Allen, m'annonça-t-elle avec un regard pétillant.

Imaginez les gros yeux bruns d'un petit chiot. Voilà, c'était plutôt ça.

Étant donné que je ne suis pas une sans cœur et qu'elle vint chercher mon côté attendrit réservé aux petits animaux, je lui donnai la main malgré le fait que j'avais la forte envie de lui tourner le dos et de l'ignorer.

- Avery Matthe…, lui répondis-je d'une voix réticente.

- Je sais, je sais!, me coupa-t-elle à nouveau, tout le monde sais qui tu es, ce n'est pas tous les jours que nous avons des nouveaux, ici!

- Alors pourquoi est-ce que…

D'un coup, juste comme ça, sa poigne se resserra sur ma main. Tannée de me faire couper la parole comme ça, je fronçai furieusement des sourcils prête à lui demander de me laisser tranquille, mais il se passa quelque chose. Comme si elle cherchait à communiquer silencieusement avec moi, elle me regarda dans les yeux, et son sourire s'élargit.

Oh non.

J'allais me faire kidnapper. J'allais me faire kidnapper par un nain.

- Allons-y, murmura-t-elle comme s'il y avait quelque chose à comprendre dans toute cette folie.

Je me retrouvai rapidement en train d'escalader les marches quatre à quatre en vitesse, trainée par Rebecca qui ne me lâcha pas la main. Comment est-ce que quelqu'un d'aussi minuscule pouvait être aussi fort? Elle me traina derrière elle habilement, évitant les multiples élèves qui s'empressaient à descendre et à monter les marches afin de profiter de leur pause du midi le plus rapidement possible. Je voulus m'agripper à la rampe mais mes mains étaient moites et glissèrent mollement de sur la surface, et il n'était pas question de m'immobiliser, à moins d'être prête à rendre visite à l'infirmière du lycée avec un nez cassé, et dieu sait à quel point les infirmières d'écoles ne sont pas des docteurs. Alors je n'avais plus le choix. Je me laissai trainer comme une idiote par une inconnue à la santé mentale questionnable sans même être capable de faire quoi que ce soit.

Puis, nous arrivèrent enfin à destination. Toujours pas habituée à toutes ces marches, je tirai brusquement ma main vers moi en me pliant en deux afin de retrouver mon souffle.

- Mais… t'es mal…aaade… c'est quoi ton… huff, problème?

Pathétique. Je sais.

Elle ignora mon commentaire et s'avança lentement.

Je levai mollement la tête, la respiration haletante.

- Je retourne en…

Je me figeai. Elle m'avait emmenée au dernier endroit où je voulais être.

Horrifiée, je lui jetai un regard tétanisé. Était-ce un coup monté? Emily avait-elle apprit à propos de la fois où j'y avais été? Était-on en train de me montrer une leçon pour ne pas avoir respecté les règles dès le premier jour?

J'avalai durement ma salive et tournai les talons.

Non, je ne voulais rien avoir à faire avec cela. Que ce soit un coup monté ou que cette fille soit tout simplement folle, je n'en avais rien à faire. Je retourne dans ma chambre.

- Où-est-ce que tu vas!, s'écria-t-elle en se précipitant vers moi.

J'attirai mon bras vers ma poitrine avant qu'elle ne s'en empare une nouvelle fois.

- Ne me touche pas! C'est quoi, ton problème, pourquoi est-ce que tu m'as amenée ici? Depuis quand est-ce que c'est normal de tirer les gens comme ça et les forcer à te suivre dans des endroits pareils, hein?

J'étais en colère. Il m'était évident que cette dernière ne voulait créer aucun problème en m'attirant ici. Peut-être n'était-elle pas habituée à ce qu'on lui dise non, je ne sais pas, mais ça n'avait pas d'importance pour moi. Ce n'était pas mon problème. Non seulement m'avait-elle forcée à la suivre sans me laisser une seconde pour lui répondre, mais elle s'était vraiment attendue à ce que j'accepte de la suivre et de briser les règles juste comme ça avec elle, alors que je ne la connaissais même pas !

Son sourire se brisa et son regard s'attrista. Je l'avais blessée.

Je tentai de prétendre que je n'en avais rien à faire, mais ses grands yeux bruns me regardaient comme ceux d'une gamine à qui l'on venait de piétiner le château de sable sous les yeux. Je tentai de me calmer en prenant une grande inspiration.

- Je suis désolée, me dit-elle avec une petite voix, j'ai vu la façon que tu écoutais les autres filles parler et j'ai crus que toi aussi, enfin, que tu voulais t'essayer aussi…

- Pourquoi est-ce que je voudrais faire ça!, m'emportais-je sans le vouloir.

Je la vis se mordiller la lèvre et je me repris.

- Je veux dire, venir ici c'est interdit, non? Je ne veux pas me créer de problèmes.

C'était à moitié vrai. Je ne mentais pas en disant que je ne cherchais effectivement pas à m'attirer d'ennuis, après tout, même si je m'ennuyais pas mal, j'aimais bien Ashford et son ancienneté. Mais si jamais je me serais retrouvée dans la même situation il y a une semaine de cela, et que je ne connaissais rien de ce qui se trouvait ici même, sans doute aurais-je accepté pour la même raison que la première fois. La vérité, c'est que toutes ces histoires de fantômes chamboulaient tout ce que je connaissais, tout ce que je croyais. J'étais quelqu'un qui croyait en la science, aux explications radicales, quelqu'un qui croyais fermement que tout avait une explication logique et sensée. Mais là, je ne savais plus quoi penser. Et ça me faisait peur. En fait, ça me terrifiait. Et surtout, surtout, ça piquait ma curiosité. Et de toutes les choses, c'était ce qui me terrorisait le plus.

- Ça l'est, me répondit-elle en levant les yeux au ciel de façon plus désolée qu'hostile, mais j'ai toujours voulu m'essayer, voir jusqu'où je pouvais aller… Je ne suis pas la seule tu sais, il y en a plusieurs qui l'ont fait sans s'être fait prendre. Certains ont dit avoir vu quelqu'un, et personnes, et d'autres, plusieurs… Tu ne trouves pas ça excitant!, me dit-elle avec un enthousiasme nouveau.

Non, pas du tout.

Mais attend une seconde…

- Je croyais que les rumeurs disaient que personne n'était resté assez longtemps pour raconter l'histoire.

Elle me répondit avec un petit rire enfantin qui fit plisser ses yeux en demi-lunes :

- Mais d'où crois-tu qu'elles viennent, ces rumeurs?

Elle n'avait pas tort, bien sûr… Une seconde…

Mon regard s'illumina d'une idée nouvelle.

Bien sûr, qu'elle n'avait pas tort! J'avais utilisé ces rumeurs pour valider ce que j'avais découvert ici il y a une semaine de cela, mais, et si ces rumeurs étaient fausses? Et si ces gens avaient mentis à propos de ce qu'ils avaient vu, là-bas? Quoi de mieux à utiliser que l'ancien prince pour épicer leur histoire! Et si, et espérons que ce soit le cas, ces rumeurs étaient donc véritablement fausses, cela ne pouvait dire qu'une chose; j'avais tout imaginé! Oh, et je préférais être folle plutôt que d'accepter que les fantômes existent réellement.

- D'accord, lui dis-je en posant un regard déterminé sur la porte menant jusqu'au couloir, allons-y.

Je me sentais désormais plus légère et beaucoup mieux. J'attendais avec impatience le moment où je pourrais finalement me dire « ah, les fantômes, quelle idiote! ».

Rebecca sautilla sur place sans cesser de me raconter d'autres rumeurs diverses sur cet étage. Certaines étaient carrément ridicules, mais d'autres me donnèrent des frissons dans le dos.

Seigneur, faites qu'il n'y aille rien.

J'ouvris la porte.

Le voilà, ce fichu couloir. Je fermai les yeux une seconde afin de trouver le courage d'avancer. Rebecca, elle, n'en avait clairement besoin. C'était à peine si elle avait besoin de moi, pour tout dire. Elle avançait calmement le long du couloir, fascinée par la moindre petite chose. Je soupirai et la suivit juste derrière.

Rien n'avait changé depuis la dernière fois. Le couloir était toujours aussi sombre et simplement illuminé par la lumière des chandeliers muraux. Et cette fois-ci, il n'y avait pas de musique. Je réalisai avec étonnement être un peu déçue.

- C'est génial, murmura Rebecca comme pour ne pas briser le moment, ça n'a rien de ce que la direction nous a raconté.

J'aurais bien voulu partager son enthousiasme. En fait, j'aurais voulus ressentir n'importe quoi de différent de ce que je ressentais présentement. Tout était tellement plus effrayant que la première fois, j'avais même de la difficulté à croire que j'étais parvenue à me rendre jusqu'au bout sans considérer faire demi-tour une seule fois.

Rebecca arriva jusqu'au bout avant moi et elle se figea.

Les longs rideaux bleus étaient toujours refermés, mais mes yeux avaient déjà eus le temps de s'ajuster à noirceur pour que je sois capable de bien voir ce qui se trouvait devant moi.

Devant l'une des multiples bibliothèques, il se tenait là, lisant un livre ouvert dans sa paume de façon nonchalante. Sa chevelure blonde luisait sous l'éclairage des chandeliers, lui donnant quelques teintes d'or. Son visage parfait ne bougeait pas, immobile comme de la pierre, il me rappelait une sculpture de Michelangelo.

Et il était vrai. Il existait vraiment.

Je sentis mon cœur accélérer, et au même moment, ses yeux bleus-gris se posèrent sur moi. Ignorant entièrement Rebecca. C'était étrange. Aucune surprise ne se lisait dans ses yeux, comme s'il s'attendait déjà à nous voir là depuis un moment.

Je reteins mon souffle. Si l'on m'avait dit qu'il lui était possible d'être encore plus magnifique que sur la peinture, je n'y aurais pas cru, et pourtant, il l'était.

Soudain, il s'avança vers moi. Je ne fuis pas cette fois. Dieu sait que j'en avais envie, mais je n'y arrivai pas. Ses yeux s'étaient verrouillés sur les miens, et j'étais incapable de détourner le regard. Je ne saurais dire si c'était que je n'en avais pas envie, où s'il m'avait hypnotisé d'une manière quelconque, où les deux, mais le fait est que je n'y arrivais pas. Seigneur, cet homme aurait été capable de mener une femme à sa fin avec un simple regard. J'avais les jambes flageolantes.

Et ça n'aidait pas lorsqu'il s'approcha assez près de moi pour me toucher.

Ne pouvant supporter cela pendant plus longtemps, je fis un pas vers l'arrière, mais avant que je ne puisse m'échapper une deuxième fois, il m'attrapa par le poignet. Mon regard se déplaça de ma main jusqu'à ses yeux, rien que pour remarquer jusqu'à quel point il m'observait si intensément.

- Vous êtes revenue, me dit-il d'une douce voix mielleuse.

Il n'y avait rien de sur son expression qui me prouvait qu'il était heureux de me revoir, il ne souriait pas, et bien que son regard soit si profond et rêveur, il y a avait quelque chose, quelque chose… je ne sais pas, mais qui semblait mort, en quelque sorte. Comme s'il avait perdu tout plaisir dans la vie, toute lueur, et qu'il en avait retrouvé une petite partie en me voyant passer la porte.

Je me rendis vite compte du ridicule de tout cela. Je ne le connaissais pas, c'était impossible et franchement ridicule. Le rouge de mes joues s'empourpra et je détournai les yeux.

- Vos yeux, me dit-il en me touchant délicatement le visage tout en me faisant frissonner, ils sont… étranges, rares.

Je les reposai sur les siens.

- Mes yeux?

- Oui, me dit-il presque dans un souffle, je l'ai remarqué lorsque vous êtes venue, hier.

- Mais c'était il y a une semaine, lui répondis-je sans le lâcher des yeux.

Sans l'avoir réalisé, nous nous étions rapprochés l'un de l'autre. J'étais désormais à quelques centimètres de son visage, et il avait glissé une main près de ma taille derrière mon dos, comme s'il craignait que je lui échappe à nouveau.

- L'était-ce? Le temps est un tel scintillement d'un instant, je le notice à peine.

Curieux, comme je n'étais plus du tout effrayée. D'une certaine manière, j'avais l'impression d'être chez moi, d'être bien. Le ressentait-il, lui aussi? Cet espèce d'aimant qui semblait vouloir nous unir tous les deux. Je ne voulais plus jamais qu'il ne me relâche, je voulais me perdre dans ses yeux et me donner à lui. Je voulais qu'il soit miens, simplement parce que les choses étaient supposées être ainsi. Comme si nous étions supposés nous trouver l'un et l'autre.

Ces pensées étaient folles, ridicules, même. Je venais à peine de le rencontrer, et il n'était même pas supposé être réel. Pourtant, en ce moment même, ça ne semblait pas avoir d'importance pour moi. Il était la toile et il m'avait attrapée, il n'avait qu'à demander et je me serais offerte à lui.

Soudain, un vague bruit de claquement de porte me fit reprendre mes esprits. Julian, par contre, ne bougea pas d'un poil. Il resta toujours là, en me tenant dans ses bras à me fixer.

- Julian, lança une voix à l'autre bout du corridor en se rapprochant rapidement, je t'ai rapporté des nouveaux flacons d'enc…

Le fracas de quelques flacons d'encre me fit sursauter. Julian leva la tête d'un air las en direction de la voix. En direction d'Emily.

Je me détachai de son emprise avec vitesse et il me laissa faire.

Dieu du ciel! Que s'était-il passé? Comment avais-je atterrie dans une position pareille? J'avais toujours ma mémoire, mais je n'arrivais pas à croire que ça c'était réellement passé. C'était comme un rêve dans lequel j'avais perdu toute raison, et je venais juste de me réveiller.

- Qu'est-ce que tu fais ici, tu sais très bien que tu n'es pas autorisée à venir sur cet étage.

Je ne sus quoi répondre. Qu'étais-je venue faire ici déjà? Je ne savais plus. Je savais seulement que je devais partir au plus tôt si je voulais garder toute sainteté d'esprit.

- Euh… je… je…, fus tout ce dont j'arrivai à bégayer, ce qui n'eut comme résultat que de la mettre encore plus en colère.

- Emily, l'implora-t-il d'une voix fatiguée, comme si elle agissait comme une gamine.

Son visage se tordit en une expression si blessée que j'en eus mal au cœur, comme si c'était moi qui venait de la blesser. À moins que ça ne soit le cas, je n'en savais trop rien sur ce qui se tramait entre ses deux-là. Ça ne dura néanmoins pas bien longtemps. Emily se reprit et l'expression de son visage durcit.

- Pourquoi est-ce que tu la défends? Tu sais mieux que n'importe qui d'autre qu'elle n'a rien à faire ici, s'emporta-t-elle.

Le visage du certain Julian se refroidit.

- Vas, Emily.

Et ce fit le coup de grâce. Si cela aurait était possible, nous aurions sans doute été capable d'entendre le déchirement de son cœur. La Emily que je connaissais était-elle aussi fragile? Il m'avait pourtant semblé que non. Je voulus allez la voir, faire quelque chose, même si je ne l'aimais pas plus que cela, même si elle me détestais sans doute et que j'étais en partie la raison pour laquelle elle se sentait ainsi, même si je n'étais pas une personne tendre de nature. Seulement, la voir se briser ainsi à cause de ce qui semblait être un énorme malentendu m'étais insupportable. Elle paraissait comme si Julian avait cruellement fracassé tous ses rêves et espoirs. Cela dit, je ne fis rien, sachant que toute aide venant de moi serait refusée et empirerait même les choses. Je décidai donc de partir. Je n'avais pas ma place ici, de toute façon, et je me sentais étourdie. J'avais besoin de me reposer. De dormir sur tout ça et de sois y revenir le lendemain, sois ne plus jamais y penser. Je n'avais toujours pas décidé. Tout cela était bien trop pour moi.

- Toi tu ne bouges pas de là!, s'écria-t-elle à mon égard.

Je m'arrêtai sur le coup. Sa voix était devenue si haineuse que je commençais à craindre ce qu'elle risquait de faire si je faisais un pas de plus. Elle ne m'attaquerait pas pour ça…, si?

- Tu voulais savoir ce qui se trouvait au dernier étage? Laisse-moi donc te le montrer, le fameux mystère.

Dans un même mouvement, Emily se pencha pour ramasser un morceau de verre d'un des flacons d'encre qu'elle avait renversé en arrivant et tendis un bras vers moi. J'eus les yeux ronds.

Wow! Une minute, là, ça va un peu trop loin. Qu'essayait-elle de faire avec ça? Il était trop petit pour être utilisé comme une arme, mais assez gros pour qu'elle soit capable de bien le tenir dans sa main.

Je lâchai un petit cri et fermai les yeux par réflexe. Lorsque je les rouvris, Emily était plaquée contre le mur, Julian lui tenant fermement le poignet au morceau de glace, comme s'il consistait d'une arme meurtrière.

- Je le savais, elle leva la tête pour le regarder dans les yeux, les siens remplis de larmes, je le savais!, cria-telle plus fort.

-Part, Emily, murmura-t-il, la regardant de près.

Je ne restai pas plus longtemps. Je ne désirais pas rester dans cette pièce une minute de plus. Je défilai les escaliers avec une vitesse que je ne me connaissais même pas. Il me fallut beaucoup de temps avant de réaliser que Rebecca avait disparue.

Je l'avais complètement oubliée.

Un autre de réécrit! I'm on fire!