Bonjour/Bonsoir à tous !
Déjà un énorme merci pour tous les commentaires, les mises en favoris, les followers, ça m'a fait énormément plaisir.
Bonne lecture.
Chapitre 2 :
Harry n'avait même pas encore ouvert les yeux qu'il avait déjà envie de vomir. Alors qu'il n'avait pas tellement mangé la veille au soir. Et il savait que s'il bougeait, il n'y couperait pas. Ça faisait plusieurs jours déjà qu'il était malade. Il n'avait pourtant pas de fièvre, aucune douleur autre. Juste une énorme nausée persistante, et une incapacité à garder quoi que ce soit dans son estomac, quand encore il arrivait à manger. Heureusement qu'il n'était pas allé voir Draco cette nuit, il n'aurait jamais supporté. Et s'il avait pu, il serait resté dans ce lit jusqu'à ce que ça passe, peu importe le temps que ça allait prendre.
Le gryffon prit une grande inspiration et se leva d'un coup pour courir aux toilettes. Alors qu'il ressortait son maigre diner, il entendit quelqu'un rentrer aussi dans la pièce :
- Ça ne va pas mieux ?
- Est-ce que j'ai l'air d'aller mieux ? réussit à articuler Harry.
Il se retourna vers Ron, enfin il l'avait reconnu à la voix, parce qu'il avait oublié de prendre ses lunettes en se levant et ne voyait rien du tout, qui se tenait dans l'encadrement de la porte, empêchant ainsi les autres de rentrer ou même de voir ce qui se passait. Ils se seraient empressés de venir le voir et le brun n'en avait aucune envie. Il n'avait pas besoin qu'on lui tapote l'épaule en lui disant que ça allait passer.
- Ça fait quand même plusieurs jours, il serait temps d'aller voir Mme Pomfresh non ?
- Fais gaffe tu te mets à parler comme Hermione.
Harry se leva et se dirigea vers les lavabos pour se passer un peu d'eau sur le visage et frissonna. Il ne faisait pas chaud quand même ce matin dans le dortoir. Et il était toujours en caleçon.
- Oui, n'empêche qu'elle n'a peut-être pas tort. Et si tu n'y va pas vite, je lui dis que ce n'est pas le stress des examens qui t'empêche de manger en ce moment.
- Elle va vite comprendre que tu lui as menti et elle va t'en vouloir.
- Moins qu'à toi mon pote !
- C'est du chantage !
- Tant pis, si ça marche, conclut Ron.
Le brun grogna et retourna dans le dortoir. Ses amis commençaient à se préparer doucement. En même temps avec cours de Potions en premier pour la plupart, personne n'était pressé. Epuisé, Harry prit sa baguette sur la table de chevet et mit ses lunettes sur son nez. Il s'habilla d'un sort et attendit, assis sur son lit, que les autres soient prêts. Il se serait bien laissé retomber sur son oreiller.
Ils retrouvèrent Hermione dans la salle commune et descendirent. Il faisait gris dehors, la pluie menaçait et apparemment le temps se reflétait sur l'humeur générale. Il n'y eut pas beaucoup de paroles échangées.
A peine étaient-ils arrivés devant la porte en bois de la Grande Salle que déjà l'odeur de nourriture se répandait et donna immédiatement des haut-le-cœur à Harry. Ça n'allait pas être possible pour le Gryffondor.
- Tout va bien Harry ? s'inquiéta aussitôt Hermione. Tu es tout pâle.
- Oui… Je… Allez-y sans moi. Je viens de me rappeler que j'ai oublié d'écrire la fin de mon devoir pour Snape. Je vais le faire immédiatement et je vous retrouve en cours.
Il fila avant que quiconque n'ait pu le retenir. Il alla dehors et en profita pour respirer calmement. L'air frais lui fit du bien. Il se promena un instant du côté des serres de Botanique. Il se mit à penser à Draco. Il devait le prévenir de ce qui se passait. Sinon le Serpentard allait s'inquiéter ou croire que son petit-ami le détestait. Harry aurait aimé aller le voir maintenant pour juste être dans ses bras. Un vent froid se mit à souffler et alla se perdre dans les mèches brunes, les ébouriffant davantage.
Ne voulant pas tomber plus malade, Harry rentra assez rapidement, se sentant quand même un peu mieux. Il se rendit aux cachots où il attendit que tout le monde le rejoigne. Les premiers arrivés furent les Serpentards. Bien que personne ne sache pour Draco et lui, les verts et argents étaient un peu plus cordiaux envers les protégés de McGonagall. Peut-être le fait que grâce à Harry, beaucoup de familles de sang-pur étaient bien plus libres qu'avant, sans pour autant l'avoir remercié. Ce n'était pas encore de l'amitié entre les maisons mais juste un peu de moins de rivalité. En tout cas plus aucun élève n'avait été attaqué, d'un côté comme de l'autre et plus aucun chaudron n'avait été saboté. On pouvait parler d'une amélioration sans précédent.
Quelques minutes plus tard ce furent au tour des Gryffondors d'arriver. Hermione jeta un regard suspicieux à son ami qui fit mine de l'ignorer. Ron par contre semblait mal à l'aise. Harry sentit que quelque chose n'allait pas. Heureusement Snape ouvrit la porte et les fit rentrer en silence. Ils n'étaient plus très nombreux dans cette matière en dernière année donc chacun faisait sa potion seul.
- Vous avez deux heures et pas un bruit ! dit Severus en pointant sa baguette sur le tableau noir pour que les instructions s'écrivent.
Puis d'un autre sort il fit voler à lui les parchemins contenant les devoirs de ses élèves, que tous avaient posé sur leur table en arrivant. Harry laissa passer les autres avant lui pour aller chercher les ingrédients. Heureusement qu'il n'y avait rien de bien odorant, il n'y aurait pas survécu et Snape ne l'aurait sûrement pas laissé partir aux toilettes. Pour le moment ça allait.
La première heure fut relativement calme. La chaleur montait doucement et tous les élèves étaient très concentrés sur leur potion. Puis Snape se leva de son bureau et laissa de côté ses corrections pour se mettre à déambuler entre les rangs. Il passa près de ses Serpentards sans faire de commentaire et traina un peu plus vers les rouges et or. Forcément. Voyant que sa potion n'était pas du tout de la bonne teinte, Ron se mit à stresser. Il voulut rattraper le coup en rajoutant de l'Armoise. Sauf qu'il glissa, percuta sa table qui alla taper à son tour le chaudron bouillant. Peu de gouttes tombèrent mais elles atterrirent toutes sur la main droite d'Harry qui travaillait juste à côté sur sa propre table. Il lui fallut quelques secondes pour s'en rendre compte et que la douleur arrive. Car son insensibilité aux potions ne marchait évidemment que sur celle qu'il buvait.
- Je me serais attendu à ce genre d'âneries de la part de Londubat mais il faut croire qu'il vous a transmis son incapacité chronique à tenir debout, siffla Snape.
Il tournait le dos au survivant et ne le vit donc pas se plier en deux sous la douleur qui, bien que moindre comparé à ce qu'il avait déjà subi, venait de le prendre par surprise. Sa peau commençait à fondre doucement et un os apparaissait même.
- Professeur, l'alerta Hermione.
La terreur des cachots se retourna d'un coup, sa cape frôlant le blessé.
- Mais qu'est-ce que… Potter !... Miss Granger, veuillez l'emmener à l'infirmerie. Et les autres, retournez immédiatement à votre préparation, ce n'est pas un spectacle ! J'enlève des points à celui qui traine.
La jeune sorcière aida son ami à se relever et le fit sortir des cachots. Harry tenait sa main serrée contre lui, enfin ce qu'il en restait, et ne dit pas un mot durant le trajet. Il sentait le regard inquisiteur d'Hermione sur lui et commençait à trouver son silence inquiétant. En revanche il n'avait pas envie de la lancer à bavarder car elle risquait de poser plein de questions auxquelles il n'avait pas de réponse.
Le peu d'étudiants qu'ils croisèrent les dévisagèrent, cependant ils furent tranquilles. Mme Pomfresh était en train de s'occuper d'un élève ayant apparemment rencontré une bête dotée de griffes acérées durant le cours de Soin aux Créatures Magique. Hagrid n'avait pas changé le contenu de ses cours en tout cas.
- Mme Pomfresh, Harry a eu un accident en cours de potion.
- Bah tiens. Ça faisait longtemps que je l'avais pas vu.
Elle finit le bandage, renvoya l'élève et vint examiner le Gryffondor. Elle pose quelques questions et finit par déclarer :
- Rien de bien grave. Je vais te donner une potion ainsi qu'un baume pour ta main, que tu devras mettre plusieurs fois durant la journée. Par contre hors de question de la mouiller avant demain soir.
S'avisant qu'Hermione n'avait pas bougé, elle se tourna vers elle :
- Autre chose Miss Granger ?
- Oui. Voilà plusieurs jours qu'Harry est malade. Il ne mange presque plus et vomit tout. Il a des nausées très régulièrement.
Elle débita ça très vite comme si elle avait peur qu'on l'interrompe. Puis elle se tourna vers un Survivant interloqué.
- Ne crois pas que j'ai rien remarqué. Et Ron a craché le morceau ce matin pendant qu'on t'attendait, ajouta t-elle.
- Décidément, y'a pas grand-chose qu'il ne dit pas, grommela Harry.
- Que depuis quelques jours ? C'est bizarre ça. Avez-vous mangé ou bu quelque chose de particulier ?
- Non. Pas que je sache. La même chose que les autres en tout cas.
- Nous allons examiner tout ça. Merci Miss Granger.
Hermione n'attendait que ça pour partir. Elle avait une potion à terminer après tout et ne comptait pas faillir à sa réputation de meilleure élève. L'infirmière fit d'abord boire une potion au goût de viande carbonisée à Harry. La peau commença à se reformer doucement. Le Gryffondor pouvait presque voir les muscles se reformer petit à petit puis les veines et la peau. Ensuite Mme Pomfresh lui mit dans la main gauche un petit récipient contenant un baume blanc sans odeur.
- Voilà pour votre main. Maintenant venez ici et allongez-vous.
Elle lui montra un des lits d'infirmerie. Cela rappela de mauvais souvenirs à Harry mais il obtempéra tout de même. Une fois allongé, Mme Pomfresh lui lança un sort de diagnostique. Une lumière dorée parcourut le corps du Gryffondor qui en avait déjà marre. Une liste de mots apparut dans l'air, face à l'infirmière. Elle les lut rapidement et fronça les sourcils.
- C'est bizarre tout ça.
- De quoi ?
Elle ne répondit pas et jeta un autre sort. Cette fois le rayon fut bleu. Puis encore un autre, encore une autre couleur. Les mots s'affichaient toujours dans le vide, plus nombreux et s'effaçaient avant qu'Harry n'ait le temps de les lire.
- Cela ne se peut pas ! dit-elle après quelques secondes. Impossible… A moins que…
- Mais de quoi vous parlez ? Qu'est-ce que j'ai à la fin ?
- Je ne peux pas l'affirmer de suite.
Mme Pomfresh retourna à son bureau et griffonna quelques mots sur une feuille de papier.
- Vous allez retourner voir le professeur Snape et lui donner ça. Il me semble qu'il a une pause d'une heure après votre cours. Et vous viendrez me voir ce soir je pense. En fonction de ce que dira votre professeur. Je ne vous dis pas au revoir.
Elle refusa de dire quoi que ce soit d'autre. Et un élève de première année rentrait en même temps donc Harry fut chassé sans un regard. Il n'eut pas d'autre choix que de redescendre aux cachots. Et il n'était pas pressé. Pourquoi devait-il voir son professeur de potions ? Est-ce qu'il avait une maladie grave que seul un expert en potions pouvait résoudre ? Parce que oui il ne l'aimait pas mais il reconnaissait que Snape était un génie quand il s'agissait de mélanger des ingrédients dans un chaudron. A défaut d'être un génie dans les relations sociales. Harry adorait quand son parrain lui racontait les quelques soirées mondaines qu'il avait passé avec Severus. Quand les deux étaient invités en même temps, l'ancien prisonnier était certain de voir apparaître son amant, qui justifiait mal sa présence d'ailleurs. Apparemment il y avait un périmètre à ne pas dépasser autour de ce dernier. Et très peu essayaient de lancer une conversation. Par contre il foudroyait du regard tous ceux qui s'approchaient un peu trop près de Sirius. Ce qui était évidemment gênant dans son travail de journaliste.
Enfin ça ne réglait pas son problème. Harry ne savait toujours pas ce qu'il avait. Et lui qui n'était pas stressé se mettait à angoisser à présent. De fait il traina un peu dans les escaliers. Il ne savait pas trop s'il avait envie de savoir. Il aurait aimé continuer ses études, devenir Auror, avoir une vie normale, peut-être poursuivre sa relation avec Draco et pourquoi pas vivre au Manoir Malfoy. Harry ne put retenir un rire en imaginant la tête de Lucius et Narcissa si leur fils ramenait le Survivant comme gendre. Il y aurait sûrement de quoi rire.
Il aurait bien aimé lire le papier que lui avait confié Mme Pomfresh mais il était trop honnête et ça ne lui était pas adressé. Il avait eu bien assez d'ennuis avec des papiers ou même des cahiers ensorcelés, pas question de réitérer. Et rien n'indiquait que ça répondrait à ses questions. A tous les coups c'était un langage codé ou quelques mots qui ne parleront qu'à Snape. Une formule lapidaire qui ne ferait que lui rajouter des interrogations.
Etant presque arrivé, Harry fit une pause. Sa main était revenue à la normale et il y appliqua un peu du baume blanc. Par contre ça le démangeait terriblement. Et il ne savait pas s'il avait le droit ou pas de se gratter. De plus il espérait ne pas avoir de cicatrices. Il en avait déjà assez sur le corps à cause de la lutte contre Voldemort, pas question d'en rajouter.
L'attention d'Harry fut attiré par du bruit qui venait du couloir. Les élèves étaient en train de sortir de la salle. Il se fondit dans l'ombre. Il n'avait guère envie de répondre à plein de questions maintenant. Surtout quand lui-même n'avait pas les réponses. Il vit passer Ron en pleine discussion avec Dean. Hermione avait la tête haute et regardait droit devant elle. A tous les coups elle avait très bien réussi son mélange. Encore. Ensuite ce furent les Serpentards. Draco avait l'air totalement ailleurs et n'écoutait absolument pas ce que lui racontait Pansy, accrochée à son bras. Harry serait bien allé les décoller mais il se força à rester immobile. Il n'avait pas le droit de se plaindre. Il n'avait rien le droit de réclamer.
Toujours planqué il attendit d'être sûr que tout le monde était remonté avant de sortir et de continuer sa route. Il percuta alors qu'il allait très certainement manquer le cours suivant. Heureusement il s'agissait des Défenses contre les Forces du mal avec Lupin. Deuxième année de suite qu'il avait repris son poste à l'école. D'ailleurs cela avait fait taire toutes les rumeurs sur cet emploi soi-disant maudit. Et son implication dans l'Ordre du Phénix avait fait totalement oublier à ses opposants d'avant son statut de créature magique. C'était encore Snape qui prenait sa place si vraiment la pleine lune avait été douloureuse. Ce qui était quand même moins fréquent.
Remus lui excuserait sans problème cet absence surtout si on lui disait que le fils de son meilleur ami était à l'infirmerie.
Arrivé devant la porte en bois, Harry déglutit péniblement. Il sentait qu'il allait en baver. Il tapa trois coups et attendit qu'on lui permette d'entrer. Snape sembla surpris de le revoir.
- Potter ? Avez-vous oublié quelque chose ?
- Non monsieur. Mme Pomfresh m'a donné un papier pour vous.
Il faisait encore chaud dans la salle. Le Survivant s'avança et tendit le papier en question. Et il put voir en quelques secondes le visage de son professeur se fermer totalement et ses yeux devenir glacials. Harry sentit que ça allait mal se passer pour lui. Il ne savait pas encore pourquoi et n'avait pas tellement envie de le découvrir.
- Assis.
Le ton n'admettait aucune question. Le Gryffondor entendit le verrou de la porte derrière lui se fermer. Et devant lui Snape se pencha vers lui :
- C'était donc vous. J'aurais dû m'en douter. Non, je le savais ! Cela ne pouvait être que vous !
- Mais de quoi vous parlez ? osa Harry
- Ne faites pas l'innocent ! Vous avez encore fait des conneries mais cette fois vous allez en payer le prix !
- Quelle connerie ?
- Avouez ! Avouez que vous m'avez volé.
Harry ouvrit des grands yeux. Ça y'est, le potionniste débloquait totalement, il avait perdu l'esprit. Ou alors il venait enfin de découvrir le vol de ses ingrédients durant la deuxième année, alors qu'ils faisaient le Polynectar, Ron Hermione et lui. Et dans ce cas son ainé avait la rancune vraiment tenace. Ou, deuxième hypothèse, Harry était encore accusé à tort. Il pencha pour la dernière idée.
- Je n'ai rien volé, se défendit-il.
- Menteur ! Vous n'êtes qu'un sale fouineur et un menteur ! Attendez que Sirius entende parler de ça !
- Ne mêlez pas mon parrain à cette affaire ! Je vous répète que je n'ai rien volé.
- Ah oui… Dans ce cas… Je sais que vous résistez aux potions mais rien ne prouve que cela marche avec le Véritasérum. Pourquoi ne pas faire un petit essai. Qu'en dites-vous ?
La voix de son professeur était devenue basse et presque sifflante. Sans pouvoir s'en empêcher, Harry se mit à trembler. Si ça se trouve cela ne serait pas du vrai Véritasérum. Peut-être qu'il allait l'empoisonner. Il n'oserait pas ? Harry n'en était pas si sûr.
- Mr Potter a encore voulu jouer au plus intelligent, continua le professeur sans attendre de réponse. J'imagine que vous avez volé cette potion pour tester vos limites. Et vous allez maintenant en payer le prix !
Donc il ne s'agissait pas d'ingrédients. Et pour ça Harry se savait parfaitement innocent. Sauf que cela n'allait pas être simple de faire comprendre ça à un Snape furieux.
- Je n'ai rien fait ! Ce n'est pas moi !
- Cessez cette comédie futile ! Cela ne peut être que vous ! La preuve est là.
Tout en parlant il brandissait le papier de Mme Pomfresh. Harry regretta de ne pas l'avoir lu avant de venir. Son honnêteté le perdra !
- Puisque je vous dis que je n'ai rien fait ! Je n'ai pas volé votre stupide potion !
- Menteur ! Arrogant ! Vous êtes une calamité !
Là il allait fort se dit Harry. Il se demanda aussi s'il devait prévenir son parrain qu'il sortait avec un psychopathe fou à lier et bon à enfermer. Snape ne se rendit pas compte que son élève ne l'écoutait plus et continuait de l'accuser de tous les maux en hurlant. Au bout d'un moment, ayant épuisé sa hargne, son ton redevint plus calme et il plissa les yeux.
- Très bien… Vous ne me laissez pas le choix. Legilimens !
Harry fut tellement surpris qu'il n'eut pas le temps d'ériger un bouclier. C'est ainsi qu'il revit les derniers mois passés à l'école. Les quelques rencontres avec Draco dans le couloir, les discussions avec Dean, Seamus, Ron et Neville, ses entrainements en tant que capitaine de l'équipe de Quidditch, les moments à la bibliothèque. Severus put même voir un peu de la relation qu'entretenaient Draco et Harry avant que ce dernier ne réussisse à l'expulser. Et il était essoufflé par cet effort.
- Ce n'est donc pas vous…
- C'est ce que je me tue à vous dire !
- Mais qui alors ? Qui voudrait vous faire boire ça… Et pourquoi ? Ou alors il ignorait les effets. Par Merlin…
- Quels effets ? Vous allez me dire ce que j'ai à la fin ?
- Vous l'ignorez donc ?
- Très drôle… Mme Pomfresh m'a juste dit que ça vous concernait et que vous seul pouviez m'aider.
- Avez-vous des nausées Mr Potter ? Les odeurs qui vous importunent ? Et une énorme douleur au ventre qui vous a saisi une journée entière durant les dernières semaines ?
- Maintenant que vous le dites. Mais je n'y ai pas prêté attention. Mais oui pour les nausées et le reste. Putain, vous allez me dire ce que j'ai ou je dois vous l'arracher de force ?
- Surveillez votre langage ! Je dois quand même vérifier. Attendez ici.
Le professeur partit quelques instants dans la réserve. Il en revint avec une petite fiole remplie d'un liquide incolore. Il la posa devant Harry.
- J'ai besoin que vous mettiez une goutte de votre sang dedans.
- De quoi ? Pourquoi ?
- Arrêtez de tergiverser et agissez bon sang !
Vexé et néanmoins obéissant le Gryffondor prit son scalpel destiné aux ingrédients de potion, s'entailla un peu le pouce de la main gauche et fit tomber deux gouttes rouges avant de se lancer un sort de cicatrisation.
- Et maintenant ?
- Taisez-vous !
- Parce qu'en parlant je risque de déranger quelque chose peut-être ? pensa Harry sans pour autant parler.
Sous leurs yeux la potion prit une teinte violette très nette.
- C'est ce que je craignais.
- Qu'est-ce que j'ai à la fin ?
- Pour vous expliquer en quelques mots il se trouve que j'ai créé voilà deux mois environ, après des mois de recherche, une certaine potion. Celle-ci, faite en secret, devait aider votre parrain à réaliser un de ses rêves qu'il pense impossible étant donné son orientation sexuelle.
- Attendez… J'ai peur de comprendre… Vous voulez dire que … Je…
- Félicitations Mr Potter, vous attendez un enfant.
XXX
- QUOI ?
Harry s'était relevé d'un bond.
- Ce n'est pas possible. Vous devez faire une erreur.
- Je ne fais jamais d'erreur.
Harry préféra ne pas relever. Si on suivait bien il venait d'en commettre une à l'instant en accusant à tort son élève.
- Je ne peux pas être enceinte… enceint… Je sais même pas comment on dit ça.
- Je crois que ça ne se dit pas. Pas encore du moins.
- C'est… c'est anormal.
- Vous vivez dans un monde de magie, où on peut transformer un animal vivant en verre à pied en cristal et vous trouvez qu'un homme enceint est anormal ? Il ne s'agit de rien d'autre qu'une avancée dans notre monde.
- Mais…
Bon, le professeur n'avait pas tort. Cependant Harry refusait d'entendre raison. Et le fait que Snape reste maintenant très calme face à ça l'agaçait encore plus.
- Puisque je vous dis que ce n'est pas ça ! Et puis d'abord comment j'aurais pu boire votre foutu potion ?
- Ça j'aimerais bien le savoir aussi ! Pensez-vous que Mr Malfoy a quelque chose à voir avec ceci ? Au vu votre relation.
- Ah… vous avez vu ça aussi…
Il ne put s'empêcher de rougir.
- Oui j'ai vu. Et j'attends une réponse Mr Potter.
- C'est totalement impossible, dit catégoriquement Harry.
- Et pourquoi ça ?
- Il… Il refuse que notre relation soit révélée. Alors un… un bébé, vous n'y pensez pas. Et je ne bois ni ne mange rien alors que je suis avec lui.
- Alors nous sommes dans une impasse.
Les deux hommes restèrent silencieux un moment. Harry ne se rendit pas compte qu'il avait mis sa main sur son ventre dans un pur geste de protection. Ce que Severus avait bien noté en revanche.
- Ecoutez, finit par dire Snape. N'allez pas en cours aujourd'hui, je m'arrangerai avec les autres professeurs. Et retournez voir Mme Pomfresh. Je vais tâcher de trouver une solution pour arranger votre état.
- Et… et si on ne peut pas… si je dois le garder ?
- Le voulez-vous ?
- NON ! Enfin… Je ne sais pas.
- Je vous conseille d'en parler avec Draco. Il est le père après tout et mérite de savoir.
- Je ne pourrai pas.
- Vous n'avez pas le choix. Si ce n'est vous qui lui dites ce sera moi.
- Ok, je le ferai…
La terreur des cachots invita son élève à sortir.
- Si ça peut vous rassurer je ne ferai mention à personne de votre état. Et Mme Pomfresh est tenu au secret médical. Vous serez seul à décider de ceux qui seront au courant. Bonne journée Mr Potter.
Puis il claqua la porte. Harry resta quelques instants hébété.
- Ce n'est pas possible. J'ai dû rêver. C'est ça ! Tout ça n'était qu'une illusion ! Je n'ai pas encore vu Snape et je n'ai rien dans le ventre.
Il se répéta ça plusieurs fois à voix haute pour essayer de s'en convaincre et serra les poings. La douleur résiduelle à son pouce lui rappela la potion qui était devenue violette. Pas de doute. Il était bel et bien enceint.
Comme un automate il remonta les marches conduisant dans le Hall. Et là il resta sans bouger. Les pensées se bousculaient dans sa tête, formant un bourdonnement insupportable. Il avait besoin d'air. Il avait besoin de crier. Il avait besoin d'espace. Il avait besoin…
Mû par un impérieux désir, Harry se mit à courir dehors. Il longea le lac, passa devant la cabane d'Hagrid et fonça droit dans la Forêt Interdite. Et c'est toujours en ligne droite qu'il s'enfonça sous le couvert des arbres.
Déjà bien épuisé par sa course rapide, le Gryffondor n'alla pas bien loin. Il pouvait facilement retrouver son chemin, en revanche le château n'était plus visible. Et là il cria ! Un cri primaire, bestial qui lui venait du plus profond de lui-même. Il se cassa la voix seulement alors il se rendit compte qu'il pleurait. Il ne savait pas quoi faire.
Il passa la main sur son ventre. Il ne se rendait pas encore bien compte. Là, sous sa paume grandissait un petit être. Harry ne savait pas s'il devait être dégouté ou émerveillé. La magie était vraiment impressionnante. Et effrayante. Un homme qui attend un bébé. C'était insensé. Et pourquoi toujours lui ? Depuis plus d'un an qu'il menait une vie tranquille, malgré quelques courriers intempestifs et quelques paparazzis quand il sortait. Mais rien alors qu'il était à l'école. Rien. Il n'était qu'un élève parmi les autres. C'était la seule chose qu'il demandait.
Il avait envie de haïr le bébé qui se développait. Il voulait le voir comme une maladie, quelque chose dont il devait se débarrasser. Et en même temps, sans que ce soit de l'attachement il ressentait déjà quelque chose pour ce petit bout de vie. Cependant il ne pouvait le garder. Ce n'était pas possible.
Sauf si Draco était d'accord. Harry eut un petit rire malgré ses larmes. Lui qui ne voulait pas assumer leur relation n'assumerait jamais un enfant. Ou peut-être que ça le déciderait au contraire.
Et puis comment on élevait un enfant d'ailleurs ? C'est pas comme si sa propre éducation avait été exemplaire. Et c'était pire avec Dudley. Ou il demanderait à Mrs Weasley. Elle devait très certainement s'y connaître. Bien qu'Harry ne se voyait absolument pas lui demander ça. Et puis comment lui dire : « A cause d'une potion expérimentale, bue je ne sais comment, je suis tombé enceint de Draco Malfoy, alors que c'est totalement impossible même dans le monde magique, vous m'aidez ? ». Même quand il parlait du retour de Voldemort il ne passait pas autant pour un fou.
Harry s'assit au pied d'un arbre. Il pensa à Draco, à Snape, à Sirius. Puis ses pensées dérivèrent un peu. Il imagina, pour la énième fois ces dernières années, comment aurait été sa vie, et surtout son éducation, si ses parents avaient vécu. Il se représenta ses parents, un peu plus âgés, avec quelques mèches blanches. Un Sirius moins maigre et bien plus jovial. Remus sans cheveux gris, les cernes moins marquées. Lui serait peut-être devenu ami avec Draco la première année, ou même avant, vu que tous les sorciers de sang-pur se connaissaient. Ainsi que Ron. Harry eut un sourire en les imaginant jouer tous les trois en version enfantine. Ça ne collait tellement pas.
Le tonnerre retentit, faisant trembler les arbres, et la pluie qui menaçait depuis le matin creva enfin le ciel. En peu de temps Harry fut totalement trempé et ses lunettes se recouvrirent de buée. Il se rendit alors compte qu'il avait froid. Il n'était pas vraiment couvert pour une sortie prolongée. Il se lança un sort de chauffage et reprit la route du château. Il vit passer un troupeau de Sombrals qui s'enfonça au cœur de la forêt et qui ne fit pas attention au Gryffondor. En revenant il vit qu'Hagrid était dans sa cabane, de la fumée s'échappait de la cheminée. Il résista à l'envie d'aller voir son ami. Il n'était pas en état.
Il alla droit jusqu'au château puis droit jusqu'à l'infirmerie. Mme Pomfresh ne fut pas surpris de le revoir.
- Snape vous a retenu un moment dites-moi.
Harry leva la tête vers la pendule accroché sur le mur derrière l'infirmière et se rendit compte qu'il était resté près de deux heures dehors. Tout le monde devait déjeuner dans la Grande Salle. Pas étonnant alors qu'il n'ait croisé personne en montant.
- Alors quelles sont ses conclusions ?
- Je suis… j'ai… à cause d'une de ses potions je suis… enc…
- Enceint ? finit Mme Pomfresh.
Harry acquiesça. Le Survivant n'en menait pas large.
- Comment vous avez su ? lui demanda t-il.
- Votre professeur m'avait prévenu qu'une de ses potions avait disparu, au cas où un élève masculin développerait des symptômes comme les vôtres. Mais je dois avouer que je ne m'attendais pas à ce que ça arrive. Une idée sur comment ça a pu se produire ?
- Absolument aucune.
- Une autre question à éclaircir. Allongez-vous. Je vais vous ausculter comme il faut maintenant que je sais ce que je cherche.
Encore une fois Harry se retrouva sur le lit blanc. Il allait finir par en faire une allergie. Il n'y avait aucun bruit dans l'infirmerie. Rien que son souffle et Mme Pomfresh qui s'activait autour de lui. Puis, de manière lointaine, la pluie qui tapait contre les vitres. Journée morose. Pour tenter d'oublier ce qui se passait autour de lui, Harry regarda les gouttes d'eau qui glissaient sur les fenêtres. Il aurait voulu être ailleurs. L'infirmière lui avait fait relever son pull ce qui le fit frissonner.
Vingt minutes d'examen plus tard le dragon de l'infirmerie avait fini son examen.
- C'est fascinant, s'exclama-t-elle. La potion vous a doté d'un utérus tout à fait semblable à celui d'une femme. Et votre corps semble s'être adapté. Je vais quand même voir pour vous donner un supplément d'hormones. J'ai peur que vous ayez des carences. Et aussi quelque chose contre les nausées.
- Vous pensez que ça va marcher ? Vu mon insensibilité…
- Ah oui c'est vrai. Je ne peux que l'espérer. Si ça ne marche pas, je ne peux rien d'autre pour vous.
Encore une fois Harry se demanda s'il était maudit. Un an et demi de normalité semblait être sa limite. Il venait au moins de battre un record.
- Et si le professeur Snape ne trouve pas de solution ? demanda t-il.
- Si vous ne voulez vraiment pas garder votre enfant alors la seule solution est la même que pour les femmes.
- L'IVG vous voulez dire ? Vous pensez que ça marchera pour moi ?
- Le mieux que vous avez à faire c'est d'abord d'en parler avec vos amis et le père de l'enfant. Puis de prendre votre décision. Je ne vous conseillerais pas de le garder si vous êtes tout seul. Mais après vous êtes majeur et en droit de décider pour vous, sans contraintes. Mais sinon oui je pense que l'IVG marchera. Ce sont des professionnels. Et si vous voulez le garder il vaudrait mieux que vous soyez suivi par un vrai obstétricien.
Elle semblait triste pour son patient. Harry se rhabilla et attendit que la sorcière lui donne les fioles de potions. Il les fit rapetisser d'un sort et les mit dans sa poche.
- Revenez me voir quand vous aurez pris votre décision, lui dit Mme Pomfresh.
Le Gryffondor fila dans les couloirs. Il ne restait que peu de temps avant que les cours ne reprennent et il ne voulait croiser personne. Il fonça dans la salle commune et monta au dortoir, ne faisant pas attention aux deux élèves de première année qui furent étonnés de le voir passer comme ça. Là il s'enfouit sous ses couvertures. Son ventre gargouilla. En même temps Harry n'avait rien mangé depuis le diner de la veille et il ne l'avait même pas gardé. Peut-être plus tard il demanderait à Dobby de lui amener quelque chose. Il se redressa d'ailleurs, toujours sous les couvertures pour rendre leurs tailles aux potions données par l'infirmière. Il regarda le liquide s'agiter, priant pour que ça marche. Au moins celle des nausées. Il les avala d'une traite. Elles n'étaient vraiment pas bonnes et Harry dut se retenir de se précipiter aux toilettes.
Il se rallongea et attendit que cela passe. Il finit par se rendormir.
XXX
- Harry !
Le brun ouvrit un œil. Ses lunettes étaient tombées dans le lit. Mais il pouvait reconnaître l'éclat roux des cheveux de son ami.
- On t'a cherché un moment ! C'est pas cool de nous faire des frayeurs pareilles !
Harry se leva doucement. Il se sentait vraiment mieux en tout cas. La potion avait fait effet.
- Il est quelle heure ? demanda t'il d'une voix encore ensommeillée.
- Les cours sont finis et on va bientôt diner.
Il avait dormi tout l'après-midi donc.
- Hermione est folle d'inquiétude. Et de rage d'ailleurs. T'as intérêt à avoir une bonne explication.
Harry haussa un sourcil. Il avait bien une explication mais de là à ce que ses amis la trouve bonne.
Il n'avait pas le choix. Il allait devoir leur dire le soir même.
Vous en pensez quoi ? A votre avis comment vont réagir ses amis et Draco ?
A dans 15 jours :)
