« beauty and the beast »
II ; « i was here »
Au bord de l'apoplexie, le son de sa respiration se mêlait au bruit désagréable de ces coups ; chaque inspiration qu'il prenait, s'accompagnait de son poing qu'il écrasait sur le visage de sa victime. Une amère odeur de sang se frotta à ces narines et il grimaça légèrement, son pied s'écrasant dans l'estomac de l'homme à ces pieds ; puis, ces iris pourpre cherchèrent une silhouette dans la foule. Plongé dans l'obscurité de la nuit et de la ruelle, il s'avança d'un pas lourd, s'engouffrant dans cette foule ; le bruit d'une mâchoire qui craque s'éleva dans l'air et il esquissa un sourire. Son regard effleura la silhouette tremblante d'un grand blond, une paire d'yeux émeraude ; dès que leurs regards s'entrechoquèrent, il trembla de plus belle, cherchant désespérément un quelconque moyen de prendre la fuite mais trop tard, sa main se referma sur la gorge du blond et il exerça une pression bien trop forte. Sans un mot, il lui aurait ôté la vie ; pas de regret, juste un geste mais le bruit d'une détonation le tira de sa contemplation et il grimaça légèrement en sentant un liquide poisseux se répandre sur ses vêtements ; le corps de l'homme tomba sur le sol dans un bruit étouffé et il posa son regard sur son agresseur. Du bout des doigts, il toucha l'endroit où la balle était entré et un soupir s'échappa de ses lèvres ; il craqua sa nuque dans un geste agile et s'élança en avant, repoussant l'arme à feu au détour de la ruelle. Son poing s'écrasa brutalement contre la mâchoire de cet homme et il s'apprêtait à recommencer lorsqu'un éclair vif lui déchira la vue ; un éclair et un sourire.
Sa main se referma sur le tissu du drap et il s'empressa tant bien que mal d'essuyer les quelques gouttes de sueurs qui perlaient sur son front ; la respiration saccadée, il tomba maladroitement une main sur le côté gauche de sa cage thoracique. Chaque inspiration qu'il prenait, semblait l'achever ; ses prunelles rouges cherchèrent quelque chose dans l'obscurité de la chambre et il se heurta à la blancheur de la pièce. Les battements de son cœur se calmèrent, lentement et il posa son regard tremblant sur ses mains ; qui était - il vraiment?
Ce fût les rayons du soleil qui le tirèrent des bras de Morphée et il tira son drap, couvrant son visage ; un grognement s'échappa de ses lèvres et il chercha maladroitement à reprendre son sommeil. Dans les couloirs, l'hôpital reprenait doucement vie et il s'extirpa de son lit, d'un geste las ; l'eau chaude sur son corps engourdi lui arracha un soupir d'aise et il profita de ces quelques minutes de bien-être, quelques minutes avant que la réalité ne le rattrape. Vêtu d'un simple bas de jogging, il attendit silencieusement, installé sur le bord de son lit que les infirmières ne viennent se joindre à lui ; une jeune femme s'approcha de lui, presque timidement. Une tignasse bleue, des iris noisettes et minuscule ; il ne dit rien, reportant son attention sur le paysage que lui offrait la fenêtre.
Dans un geste maladroit, elle pressa une compresse imbibée de désinfectant sur les blessures qui recouvraient son torse meurtri ; puis, elle tenta tant bien que mal de faire le tour de son torse imposant avec un bandage, ce qui lui arracha plusieurs grognements de frustration. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il attrapa le bout du bandage, le faisant passer délicatement autour de son torse, sans un mot ; elle l'observa faire, et le remercia d'un sourire.
Lorsque le bout de ses doigts entrèrent en contact avec son visage et qu'elle lui retira son bandage, un frisson le prit ; son visage se cachait sous ses bandes.
« est-ce que je peux jeter un coup d'œil ? »
Sa voix rauque coupa le silence et arracha un petit sursaut à l'infirmière ; ses prunelles noisettes se posèrent un instant sur le visage défiguré du grand brun et elle hésita un instant.
« vous savez » commença - t - elle, prudemment « ce n'est vraiment pas beau à voir, pour le moment »
« j'ai besoin de ça, de voir mon visage » souffla - t - il
Et elle acquiesça faiblement, disparaissant au détour de la chambre ; quelques minutes plus tard, elle revenait, traînant derrière elle, un grand miroir. Elle le disposa dans la chambre et s'approcha de lui, l'aidant maladroitement à se mettre sur ses deux pieds ; il la dépassait d'une bonne trentaine de centimètres, elle se sentit extrêmement petite à cet instant. Silencieusement, il s'approcha du miroir et posa son regard écarlate sur ce reflet qu'il lui renvoyait ; un corps imposant couvert de bandages, un tas de cicatrices, des prunelles rouges, des mèches brunes et un haut de cœur le prit lorsqu'il posa son regard sur son visage. Une cicatrice le barrait ; un soupir s'échappa de ses lèvres et il repoussa le miroir, titubant jusqu'à son lit. Il tentait tant bien que mal de reprendre une respiration correcte ; cette vision le dégouttait.
Une petite main se posa sur son dos et il releva son regard vers l'infirmière ; ses iris rouge sang se confrontèrent aux douces prunelles noisettes de la demoiselle et il fronça les sourcils.
« vous ne vous souvenez de rien du tout ? » demanda - t - elle, d'une petite voix
« non » souffla - t - il, dans un petit grognement
« ne vous en faites pas, quelqu'un viendra forcément demander de vos nouvelles ; un avis de recherche traînera et vous retrouverez votre famille »
Le grand brun enfouit son visage entre ces mains, tentant de faire taire ce pincement au cœur qu'il ressentait.
« personne ne viendra » souffla - t - il, dans un murmure
« pourquoi dites - vous ça ? »
« parce que je le sais, tout mon être me hurle que personne ne viendra »
Elle ressentait une telle tristesse dans sa voix qu'elle en eût le souffle coupé ; dans un geste voulu tendre, elle lui frotta le dos, ne sachant quoi dire. Lorsqu'il reprit une respiration correcte, elle lui adressa un petite sourire rassurant, tendant une petite main frêle vers lui.
« Levy MacGarden, votre infirmière »
Pendant une seconde, ses iris pourpre jugèrent la main qu'elle lui tendait et finalement, il la serra d'une poigne bien trop brutale.
« désolé, je ne sais pas comment je m'appelle »
« nous ferons avec, pas de soucis »
Le bruit de ces pas résonnaient dans les couloirs ; elle étouffa un bâillement dans sa main et se rapprocha de la cafétéria avec hâte. Ces premières heures étaient passées avec une lenteur interminable ; elle s'installa à sa table habituelle, un plateau repas dans les mains et fit un signe de la main à sa camarade, qui s'approcha à son tour. La bleue planta un baiser sur sa joue et lui adressa un grand sourire.
« alors, comment ça se passe avec ton patient ? celui aux cheveux roses » demanda - t - elle, curieuse « il continue de te sauter dessus ? »
Elle étouffa un rire dans sa main et piqua une frite dans le plateau de son amie.
« ce gars est insupportable, comment c'est possible autant d'énergie dans un si petit corps ? »
« je trouve que son corps n'est pas si petit que ça, moi » lança la bleue
« Levy » s'indigna Lucy « bon j'avoue, j'aime beaucoup ces fesses »
La jeune Macgarden esquissa un sourire et leva les yeux au ciel ; elle s'en doutait depuis le début. Elle connaissait Lucy sur le bout des doigts, par cœur, elles n'avaient aucun secret l'une pour l'autre.
« et toi, avec ton patient amnésique ? » demanda la blonde « il se souvient de quelque chose ? »
« rien du tout, c'est le néant » souffla la bleue
« figure-toi que Natsu aimerait le voir »
« pardon ? »
« oui, il m'a sortit tout un discours comme quoi Gajeel l'aurait sauvé, blablabla, je n'ai pas tout suivit »
La bleue fronça légèrement les sourcils.
« attends, qu'est-ce que tu viens de dire ? » s'exclama - t - elle
« qu'il lui a sauvé la vie, tout ça ? »
« non, tu as dis un prénom, il y a une minute »
« ah, Natsu dit que ton patient s'appelle Gajeel mais il ne sait pas grand chose de lui » expliqua l'infirmière « Levy, tu t'enfuis où comme ça ? »
Ignorant les appels de sa meilleure amie dans son dos, la bleue s'élança dans les couloirs ; le cœur battant. Le grand brun repoussa l'assiette dans un soupir las et reporta son regard sur l'extérieur ; il passait des heures à se plonger dans les néants de cette ville, cherchant tant bien que mal quelques bribes de souvenirs mais rien ne venait. Un bruit sourd lui arracha un léger sursaut et il posa un regard agacé sur l'infirmière, les sourcils froncés.
« eh, ce n'est pas la fête du slip là » grogna - t - il « fais moins de bruit »
Elle tenta de reprendre sa respiration correctement et pointa un doigt menaçant vers lui.
« Gajeel » lâcha - t - elle, dans un murmure
« je te demande pardon ? » s'exclama - t - il « je ne comprends pas »
« ton nom, c'est Gajeel »
« eh, tu ne peux pas décider toute seule d'un prénom comme ça ; si je dois en prendre un, je veux quelque chose de vraiment classe, genre Metalicana »
Les sourcils froncés, elle s'approcha du lit.
« attends deux secondes, ce n'est vraiment pas classe du tout, ça »
« alors là, c'est juste toi qui n'y connaît rien, tu t'appelles Levy s'il te plaît, tu trouves ça classe peut - être ? »
« je n'ai pas choisi et c'est très bien comme prénom »
« pas du tout, c'est horrible et tu ne choisis pas pour moi »
« je n'ai pas choisi, un autre patient a dit que tu t'appelle Gajeel »
Cette lueur agacé dans ces prunelles s'évapora à la seconde où les mots s'échappèrent de ces lèvres ; il fronça les sourcils, surpris. Les mains tremblantes, il repoussa brutalement le drap qui recouvrait son corps et s'élança dans les couloirs, cherchant le dit patient ; elle lui emboîta le pas, à bout de souffle.
« bon sang, arrête toi » souffla - t - elle
« tiens, tu me tutoies ? » lâcha - t - il, un sourire au coin des lèvres
« tu as commencé, je suis »
« c'est faux, ça »
« je t'assure que c'est vrai »
« je n'aurais jamais fais ça »
« ah bon ? »
« je suis trop distingué pour faire ça »
« attends deux secondes, je ris et ensuite on en reparle »
Elle étouffa un rire dans sa main mais déglutit très vite en remarquant la lueur dans les yeux de son patient ; elle leva les mains en l'air.
« okay, je ne me moque pas mais arrête de courir dans tous les sens, sa chambre est collée à la tienne, en fait »
« tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? »
« mes jambes sont minuscule par rapport aux tiennes, ralentis et je pourrais te dire des trucs »
« quelle idée d'être si petite, toi aussi, tu ne fais pas d'effort »
« attends, je n'ai pas choisi ça »
« m'en fous, vient là »
Et dans un élan habile, le brun la jeta sur son épaule, ignorant les regards des infirmières. Les sourcils froncés, les joues rouges, elle tenta tant bien que mal de s'échapper de sa poigne mais elle n'était rien comparé à lui ; il s'engouffra dans la chambre, sans prendre la peine de frapper et tomba nez à nez avec une jolie blonde. Levy posa un regard surpris sur sa meilleure amie qui échangeait quelques cartes avec ledit Natsu.
« mais, Levy, qu'est-ce que tu fais sur son épaule ? » lança la blonde, les sourcils froncés
« attends, c'est lui, ce n'est qu'une brute »
« charmant compliment, arrête de bouger tu me fais mal »
« repose moi au sol et ça ira mieux »
« tu m'énerves »
« bah bien sûr, c'est moi »
Le grand brun la déposa doucement au sol et elle tapota doucement sa tenue, les joues rouges ; elle adressa un petit sourire à Lucy.
Natsu les observait, les sourcils froncés.
« dis, Lucy ? » lâcha - t - il, dans un souffle
« hm ? »
« pourquoi je n'ai pas le droit de faire la même chose, moi ? »
Elle écrasa sa main contre son front et un soupir s'échappa de ses lèvres ; quel genre de patient avait - elle réussi à récupérer, là. Elle tapota doucement la tête de son patient et adressa un sourire à sa camarade, lui intimant de mettre la situation au clair.
« Gajeel voulait voir Natsu »
Les cartes s'écrasèrent sur le sol ; bouche bée, le jeune homme posa un regard surpris sur le brun, pointant un doigt vers lui.
« attends, Gajeel ? » s'exclama le rose « pourquoi je ne vois pas ton visage ? »
« un accident, t'es qui au juste ? » demanda le brun, les bras croisés sur son torse
« Natsu, tu m'as sauvé la vie mon gars »
« comment ça ? on se connaît ? »
« en fait, pas vraiment, je te connais de nom, t'es plutôt connu dans les rues »
« les rues ? » répéta le grand brun « je ne comprends pas »
« j'ai démarré une bagarre contre un gars, un couillon chef d'un petit gang ; ils sont réputés pour leur violence envers les filles et je sais que l'une d'elle est une amie à toi. tu t'es joins à moi et franchement si tu n'avais pas été là, je me serais fais tué, sérieux, t'es un vrai bagarreur, on devrait se battre toi et moi, un de ces quatre »
Un sourcil arqué, Gajeel prit une inspiration, posant son regard rouge sur l'infirmière.
« t'es sûre qu'il a toute sa tête, celui-là ? »
« visiblement, oui » souffla la bleue
« si tu ne me crois pas, ton amie est patiente, il me semble » lança le rose
« qu'est-ce qu'elle fout là ? »
« je te l'ai dis, ils sont violents »
Dans un geste las, le brun fourra ses mains dans ses poches, réfléchissant aux mots du jeune homme ; quoi que les gens puissent dire autour de lui, rien ne lui revenait. Le prénom qu'il portait lui était totalement inconnu et une certaine frustration ne cessait d'augmenter dans ces veines ; un soupir s'échappa de ses lèvres et il acquiesça, s'extirpant de la chambre sans un mot. Levy se confondit un instant en excuse et se rua à sa suite, grognant quelque chose dans sa barbe imaginaire.
Elle tenta tant bien que mal de retourner près de lui et lorsqu'il s'engouffra dans sa chambre, elle lui emboîta le pas, légèrement à bout de souffle. Les mains sur les hanches, elle se pencha en avant, reprenant sa respiration.
« sérieusement ? » souffla - t - elle « qu'est-ce que tu fais là ? »
« je me couche, ça se voit pas ? » grogna - t - il, en s'engouffrant dans son lit
« tu ne veux pas voir cette fille ? »
« non » s'exclama - t - il, un air colérique sur le visage
Les sourcils froncés, Levy se rapprocha doucement du lit.
« c'est ton moyen le plus rapide de savoir qui tu es »
« je m'en fiche, je ne veux pas »
« t'es en train de faire un caprice, là ? » souffla - t - elle
« non, tu ne comprends pas »
« explique - moi, alors »
« retourne bosser et lâche-moi, je ne suis pas ton pote »
Sa voix au ton tremblant de colère s'éleva dans les airs et les joues rouges, elle acquiesça vivement, s'extirpant de la pièce. Il n'avait pas tort ; il était son patient, rien de plus.
