Update : 11/01/2011

Note d'auteur : Cette fanfiction est toujours et sera jusqu'à la fin pour Dairy's Scribenpenne. Parce que c'est le messie. Que le messie est grand. Et que sa grandeur doit être récompensée.

Merci à AngellaN pour sa correction et son aide précieuse.

Rating : NC-18 La peuple : Quoi ? Mais il ne se passe absolument rien ! L'auteur : Si. On dit le mot bite. C'est vulgaire et effrayant. Plus sérieusement, ce rating est celui de l'histoire en général et Dieu sait que la rating a le pouvoir de voir le futur.

Disclamer : J.K. Rowling et Fred le Chevalier pour les mêmes raisons qu'au chapitre précédent.

Merci à tous pour vos très encourageantes reviews, plus particulièrement aux anonymes, chevaliers de l'ombre, auxquels je n'ai pas pu répondre via un MP.

Bonne lecture.


Notes de lecture sans grande importance :

(1) Fight Club est un roman de Chuck Palahniuk adapté au cinéma par David Fincher. Précision sans doute superflue, mais dans le doute...

(2) Il faut rendre à César ce qui est à César et en l'occurrence cette réflexion appartient à Crookeed.


Chapitre 2 : Voguer vers l'horizon

"Oh mon bateau, ivre, file comme le vent." Deportivo - Pistolet à eau

Harry Potter était le genre de garçon qui avait souvent l'air de ne pas vraiment bien savoir ce qu'il faisait là. Actuellement, c'était en tout cas précisément l'impression qu'il donnait. Debout, les bras ballants, il fixait le mur comme s'il y voyait des choses invisibles aux yeux des autres.

Ce trait de caractère, Ron le connaissait bien. Après tout, il était quand même son meilleur ami et il occupait fièrement ce titre depuis plus de douze ans. Pourtant, parfois, ça l'agaçait. En fait, c'était même souvent le cas, mais habituellement il faisait abstraction. Enfin il essayait. Mais ce soir il était vraiment fatigué et il avait très envie de rentrer chez lui pour pouvoir se glisser dans ses draps et reposer ses jambes meurtries d'être restées debout toute la soirée. Or, si Harry ne se décidait pas à se retirer à la contemplation de ce mur, ils ne risquaient pas de pouvoir lever le camp de si tôt.

-Tu es entré en communion avec l'au-delà Potter ?

Ronald avait prononcé cette phrase de l'air las du mec qui n'apprécie pas vraiment le comique de répétition mais qui essaie de faire preuve de bonne volonté et de participer à la blague.

Harry sursauta.

-Nan. T'as vu, on a écrit sous mon tag…

Ron soupira et ébouriffa d'une main sa tignasse rousse. Il faisait ça quand il ne savait vraiment plus quoi répondre.

-Ouaip. Et ça sera encore là demain, donc tu auras tout le loisir de contempler cette connerie plus tard. Tu pourras même passer toute la journée devant si tu veux. Mais là il est tard mon gars. Je suis fatigué. Et je ne me souviens plus quel excès d'extrême gentillesse de ma part m'a poussé à te proposer de te ramener ce soir mais il se trouve que c'est bel et bien ce que j'ai fait alors si tu pouvais avoir l'obligeance de dandiner ton délicieux arrière train jusqu'à ma voiture ce serait vraiment super cool mec.

Pendant quelques secondes Harry sembla avoir compris le message que son meilleur ami essayait de lui faire passer et il avança dans sa direction, mais au dernier moment il se stoppa.

-Nan en fait j'ai un truc à faire. Je dois repasser vite fait à la galerie. Je rentrerai en métro.

-Y'a plus de métro vieux… Il est pas loin de deux heures.

Harry avait déjà commencé à rebrousser chemin en direction de la galerie qu'ils venaient tous les deux de quitter quelques minutes auparavant.

-Pas grave je me débrouillerai, lança-t-il par-dessus son épaule.

-Evidement comme toujours, marmonna Ronald pour lui-même.

Lorsqu'Harry avait une idée dans la tête il lui était absolument impossible de s'en défaire. Ça le poussait parfois à faire des choses particulièrement idiotes, mais souvent, et miraculeusement, ça lui réussissait plutôt bien. Il s'adressait spontanément aux gens, agissait spontanément, et n'avait pas pour habitude de rester à ruminer quelque chose pendant des jours et des jours. Il était un garçon d'action. Il avait besoin que ça bouge.

Présentement, il pensait que la personne qui avait écrit cette remarque acerbe sous son propre message et le blond hautain qui avait critiqué son travail au vernissage n'étaient qu'une seule et même personne. Et il avait foutrement raison. Mais il ne pouvait pas se contenter d'une supposition. Parce que ça l'intriguait. En fait c'était le genre de truc qui l'obsédait même carrément en général. Dans le milieu de l'art on avait souvent affaire à de beaux hypocrites. D'autant plus quand on commençait tout juste à avoir du succès. Alors, des compliments, Harry en avait mangé à la pelle. Il en avait fait des indigestions. Il avait aussi dû essuyer des critiques, bien sûr. Mais ce type là avait une sorte de haine latente dans ses propos. Un truc qui avait vraiment fasciné Harry. Parce que c'était spontané et vrai.

Il ouvrit la galerie qu'ils avaient fermé à clé tout à l'heure, chercha à tâtons l'interrupteur, inonda la pièce d'une lumière crue qui lui fit mal aux yeux, et se dirigea d'un pas rapide vers le fond. Il n'avait même pas prit la peine de refermer la porte derrière lui. Là, il ouvrit un placard métallique et attrapa des bombes de peinture. Moins d'une minute plus tard la galerie était à nouveau fermée et il se dirigeait vers le mur, lieu du délit.

Il le fixa longuement sans bouger. Il se demandait si la personne qui avait écrit ça était vraiment désespérée ou si c'était juste quelqu'un de chiant. Profondément désespéré ou profondément chiant. Dans un cas comme dans l'autre on finit par se retrouver seul à force d'assommer le monde de remarques acerbes.

Puis, continuité du bras de l'artiste l'aérosol, contact froid métallique, inonda l'air de vapeurs toxiques. Comme un hurlement à voix basse le corps s'agite lorsqu'il s'adresse au monde. Il encombre l'espace. Il s'épuise. Il attise la souffrance et exacerbe les sentiments. Il danse au milieu des particules empoisonnées qu'il vaporise dans l'air pollué. Il extériorise.

Harry laissa retomber la bombe de peinture à même le sol, le souffle court. Il observa son travail quelques minutes, rangea son matériel dans son sac, et tourna les talons pour partir sans un regard en arrière.


Luna habitait dans un petit appartement au dernier étage d'un vieil immeuble parisien du XVème arrondissement. Les murs, blancs à l'origine, étaient recouverts de photos de ses amis et de posters à l'effigie de ses idoles. Derrière la porte d'entrée une représentation de Batman à taille réelle semblait surveiller quiconque pénétrait l'appartement. Sur les étagères, la jeune fille conservait une multitude de jouets kinder et quelques figurines de super-héros. Le sol était jonché de vêtements de toutes les couleurs mais on devinait en dessous un immense tapis rouge et le parquet chaleureux. Elle habitait toute seule mais actuellement quelqu'un dormait dans son lit, enfoui sous sa couverture des Simson.

Elle eut un sourire tendre et entreprit de sécher sa longue chevelure blonde dégoulinante d'eau avec une serviette de bain turquoise. Elle portait uniquement un minuscule short en jean et un tee-shirt trop large qui la faisait paraitre encore plus mince que ce qu'elle n'était.

Elle finit par s'asseoir sur un gros coussin au motif écossais, laissant tomber sa serviette de bain par terre et attrapa des fioles de vernis à ongles qui trainaient sur le sol. La jeune fille entreprit de s'en recouvrir les ongles des pieds en fronçant les sourcils de concentration, les lèvres pincées.

Elle avait pratiquement fini le deuxième pied lorsqu'un « bonjour… » ensommeillé s'échappa de ses draps.

-Harry ! Tu as bien dormi ? demanda-t-elle sans même tourner la tête vers lui, absorbée par ses orteils.

-Plutôt ouais. Et toi ?

-Pas beaucoup. Mais j'ai écrit quelques trucs. Je te montrerai tout à l'heure. Et j'ai acheté quelque chose de génial sur ebay : un appareil à massage.

Tout en l'écoutant parler Harry s'était levé et avait mis la cafetière en route.

-Comme un sex toy quoi ?

Luna réfléchit sérieusement.

-Si on veut oui, finit-elle par concéder.

-Tu veux un café ?

-Non. Merci. Mon docteur m'a dit d'arrêter.

Le jeune homme vint s'asseoir à côté d'elle, sa tasse brûlante entre les doigts.

-Tu ne dors toujours pas ? Comment tu fais pour ne pas tomber d'épuisement ?

Luna eut un rire clair et repoussa ses vernis à ongles un peu plus loin. Elle souffla sur ses pieds avant de répondre à Harry.

-C'est ça le grand mystère des insomniaques, monsieur l'artiste. « On n'est jamais vraiment endormi mais jamais vraiment réveillé non plus ». Tu as vu Fight Club (1) ?

Elle accompagna sa phrase d'un geste du pouce en direction d'une affiche de film sur le mur derrière elle. Harry acquiesça de la tête.

-Et donc tu vas monter un club de combat libre ?

Luna eut un nouveau rire qui évoqua à Harry des milliers d'oiseaux un matin d'été. Cela faisait plusieurs mois qu'elle avait perdu le sommeil, comme d'autres perdaient l'appétit. L'avantage c'est qu'elle était toujours là quand ses amis voulaient la voir, et Harry avait pris l'habitude d'aller chez elle lorsqu'il se retrouvait à errer seul dans les rues la nuit. Pour le reste, cette situation était plutôt problématique. La jeune fille arborait deux cernes bleues sous les yeux, lui donnant l'air un peu plus fou encore que d'habitude. Il lui arrivait parfois de s'endormir dans des lieux tout à fait improbables, ou pendant des conversations, ce qui agaçait considérablement les gens. Et puis, elle s'éloignait de la vie. Elle s'enfermait dans son monde de la nuit.

Harry finit son café sans ajouter autre chose. Luna regardait pensivement par la fenêtre, l'air ailleurs.

Lorsqu'Harry était arrivé chez elle au beau milieu de la nuit, elle n'avait pas posé de question. Il était trempé parce qu'il s'était mis à pleuvoir. Elle lui avait donné une serviette et il avait retiré ses vêtements. Il lui avait confié qu'il était épuisé. Elle lui avait demandé comment c'était passé le vernissage. Il lui avait promis de lui raconter plus tard. Ils avaient parlé un peu de leurs amis communs et du dernier film que Luna avait vu. Elle lui avait montré des photos. Puis il s'était enroulé dans les couvertures et s'était endormi en l'écoutant fredonner un tube qui passait à la radio depuis quelques semaines. Et elle était restée seule avec la nuit.

Luna sursauta lorsqu'Harry se leva et s'étira longuement.

-Je dois aller à la galerie aujourd'hui, tu viens avec moi ma belle ?

-Ouais ! Je mets des collants et je suis prête.

Elle bondit sur ses jambes et entreprit de fouiller au milieu des vêtements qui jonchaient le sol. Elle en ressortit une paire de collants orange et retira son short pour les enfiler. Harry lui remit ses vêtements de la veille, encore légèrement humides, et grimaça au contact froid sur sa peau.

Juste avant de partir il pensa à regarder son téléphone qui trainait au fond de sac depuis la veille.

12 :45

9 appels en absence.

3 nouveaux messages.

-Merde.

Luna lui jeta un coup d'œil interrogatif.

-Je pensais qu'il était beaucoup plus tôt que ça, soupira-t-il en portant le téléphone à son oreille.

-Harry, c'est Ron, je suis devant la galerie et TU as les clés.

BIIP

-Harry. C'est encore Ron. J'espère que tu ne tiens pas trop à la vie parce que dès que je te revois je te jure que je t'infligerai toutes les tortures les plus horribles jusqu'à ce que tu meures. Maintenant ramène-toi. Vite.

BIIP

-Harry… C'est Hermione. Ron est dans une colère noire. Qu'est ce que tu fais bon sang ? Tu avais rendez-vous avec lui à midi. Tu te souviens ? Il est vraiment furieux Harry. Je ne sais pas où tu es mais, par pitié, dépêche-toi.

Harry effaça les trois messages et rangea son téléphone au fond de sa poche.

Luna et lui dévalèrent les escaliers, puis marchèrent jusqu'au métro. Ils se mêlèrent à la foule comme s'ils lui ressemblaient. L'étrange Luna et le bizarre Harry. Mais quand on est parisien plus rien ne surprend. Ni les cernes immenses. Ni les couleurs étranges. Ni même les vêtements tachés de peinture et les odeurs d'aérosol.

Ils sortirent au métro Denfert, avec les touristes pressés par le temps, leur lourde valise au bout du bras. Ils marchèrent main dans la main dans les rues grises, contemplant les bâtiments anciens. Luna fit remarquer que l'un d'entre eux ressemblait à une pâtisserie au chocolat. Harry haussa les épaules, trouvant cette idée bizarre. Ils firent un détour pour passer devant l'église de Val-de-grâce parce que Luna aimait bien la place qui se trouvait devant. Elle semblait venir d'une autre époque. A l'angle de la rue suivante, s'élevait la galerie. Façade décalée, moderne dans ce quartier ancien. Les grandes vitres ne laissaient pour l'instant voir que l'obscurité de l'intérieur. Devant, les bras croisés et le regard furieux, Ronald Weasley écoutait sa petite amie lui parler en soupirant toutes les minutes. Ce fut elle qui les vit en premier. Hermione stoppa sa phrase avant de l'avoir finit et fit un grand geste par-dessus l'épaule de Ron. Celui-ci se retourna pour apercevoir Harry et Luna, leurs mains toujours liées, marchant d'un pas tranquille vers eux en souriant à Hermione.

-Je vais le tuer… 'mione retiens-moi ou je jure que je le tue.

Elle ne lui répondit pas et alla serrer Luna dans ses bras, mêlant sa tignasse brune aux cheveux blonds comme les blés.

-Ça fait longtemps qu'on ne t'avait pas vu. Comment vas-tu ?

-Bien, merci, et toi Hermione ?

-Pour le mieux, elle se tourna vers Harry et prit un air sévère. Toi, je me demande vraiment à quoi sert ton téléphone. Ne compte pas sur moi pour empêcher Ron de s'en prendre à toi.

Harry lui lança un regard suppliant.

-Pitié… Je dormais. On n'a pas vu l'heure. Tu es la seule personne à pouvoir le raisonner. Tu sais bien comment il est. Il va grogner tout l'après-midi.

-Je t'entends Potter, sombre crétin, lâcha Ron entre ses dents.

Il était resté quelques pas en arrière et boudait comme un enfant.

Luna rit.


Draco jeta un regard par la fenêtre du loft parisien où habitait Blaise depuis quelques années. Il n'était pas encore 18 heures et pourtant il faisait sombre. Il soupira, laissant sur la vitre une trace de buée qui disparu presque instantanément.

-T'as l'air ailleurs Draco, affirma Blaise en finissant de remonter son pantalon.

-Tu ne pourrais pas te rhabiller à l'intérieur des toilettes Zabini ? Personne ici ne tient ne serait-ce qu'à deviner ta bite, lui répondit froidement le concerné, fuyant la discussion.

-Jaloux.

Blaise se laissa mollement tomber à côté de lui. Dehors, il pleuvait. Les gouttes sur la fenêtre, à la lueur des réverbères, faisaient comme des perles de lumières.

Draco et Blaise avaient été à l'école ensemble dans un collège parisien. Ils étaient devenus amis un peu faute de mieux. Ils étaient tous les deux élitistes, égoïstes, prétentieux et arrogants.

Puis, ils avaient découvert la vie, les copains, les sorties, les pornos, les branlettes, l'alcool, les filles, les clopes, la drogue, le monde, la haine, la baise, la décadence. L'insouciance. Ils avaient décidé d'arrêter de grandir. De ne pas devenir comme leurs géniteurs. D'être mieux que les autres. Ils étaient devenus des connards. Chacun dans leur genre.

Blaise était un connard mondain. Il savait se servir de ses atouts. Il couchait pour entretenir ses relations. Il souriait. Il complimentait. Mais il n'en pensait pas moins. Il était la pire des salopes. Tout ce qu'il donnait par devant il le reprenait par derrière. Il aimait dire qu'il n'y avait pas de petits profits. « Tu sais, les gens, on leur donne la main et ils nous prennent le bras, moi on me donne un doigt et je prends le corps (2) » répétait il pour s'expliquer.

Draco, lui, était un connard hautain. Il était accro à la haine comme d'autres le sont à la weed. Il avait besoin de son quota de violence psychologique. Il se shootait au mal-être. Il se complaisait dans la détresse. Il aimait les sentiments obscurs. Il les cherchait. Il les provoquait. Il se noyait dedans. La tête la première. C'était son quotidien. Sa petite jouissance. Et quand vraiment il s'était mis le monde entier à dos il sniffait un rail de coke et là il pouvait atteindre l'orgasme.

Ils ressemblaient à leurs parents.

-Ça serait pas mal qu'il neige, commenta machinalement Blaise.

-Il ne fait pas assez froid. Et la neige à Paris, ça devient de la boue. Si tu veux voir des jolies étendues de blanc va vivre à la campagne.

Blaise retient une remarque salace qui lui brulait les lèvres. Et attrapa son téléphone pour pianoter dessus.

Draco prit son silence comme une victoire. Il avait l'ascendant. Il dominait l'ennemi. Il était le roi des animaux. Le fauve avait dompté la gazelle, une fois de plus.

Blaise haussa un sourcil et le regarda d'un air interrogatif et c'est seulement à ce moment là que son ami réalisa qu'il devait le fixer de la plus étrange des façons, un sourire presque sadique au coin des lèvres. Il se recomposa un visage de marbre illico.

-Un problème Malfoy ?

-Aucun Zabini. Tu es très en beauté ce soir dis moi.

-Tes petits compliments perfides ne marchent absolument pas sur moi.

Tout en parlant Blaise continuait de triturer son Iphone 4s fraichement acheté, comme s'il était greffé à sa main.

-T'as une meuf ou quoi ? grogna Draco en lui jetant un regard mauvais.

Blaise eu l'air surpris une demi seconde avant d'éclater de rire.

-Tu te fous de ma gueule ? T'as vraiment succombé à mon charme en fait ?

-Oh j't'en pris hein. Je dis ça à cause de ton téléphone. Y'a qu'une nana pour envoyer autant de messages.

Blaise eu un sourire énigmatique qui énerva Draco. Il se demanda pourquoi il fréquentait un mec aussi chiant.

-Et toi Draco ? T'as pas peur de plus savoir t'en servir à force ?

-Pourquoi faut-il que tu ramènes toujours tout au cul ? Susurra le blond entre ses dents.

-Rien à voir. Je m'inquiète pour toi. C'est mon rôle d'ami non ?

-Depuis quand tu prends ton rôle au sérieux ?

Il s'était levé, prétextant de mettre de la musique, pour ne pas rester assis et immobile dans cette discussion qui ne le mettait pas à son avantage. Bouger lui donnait une contenance. Il ne supportait pas la passivité.

-T'es dur. N'ai-je pas toujours été là pour toi ?

-On dirait mon père quand tu parles comme ça, sérieusement.

Blaise encaissa la remarque : c'était absolument tout sauf un compliment.

-C'est qui alors, ta nouvelle victime ? Rajouta Draco pour ne pas laisser de place au silence.

-C'est ta mère.

L'ordinateur ronronna et les premières notes de Mister K d'AaRON envahirent la pièce. Draco lui jeta un regard torve.

-Et alors ? C'est un bon coup ?

-Putain que ouais. Tu devrais tester.

-Je préfère la tienne.

Blaise eu envie de demander s'il parlait de sa mère ou de sa bite mais il se retient. Depuis quelques temps il s'autocensurait vraiment beaucoup trop, songea-t-il en observant Draco qui consultait ses actualités facebook. Il lui trouva un air triste mais il ne fit aucun commentaire.

Draco revint s'installer à côté de Blaise. Ils se toisèrent un instant laissant la musique combler leur absence de conversation.

-Tu n'as pas répondu, au fait, finit par dire Draco en regardant ailleurs. Ça veut dire que tu as vraiment quelqu'un.

-Va te faire foutre.

Blaise reporta toute son attention à son téléphone.

La musique s'arrêta. Un silence s'installa.

-Je vais y aller, finit par déclarer Draco au bout de quelques minutes.

Blaise eu quand même la présence d'esprit de le raccompagner jusqu'à la porte et de lui souhaiter une bonne soirée.

Il n'était pas le meilleur des amis. Draco s'en fichait. Il avait juste besoin de compagnie et le jeune homme remplissait parfaitement la condition.

Il prit l'ascenseur et descendit jusqu'au rez-de-chaussée. Il prit le temps de fermer son manteau noir jusqu'en haut avant de sortir. La pluie lui plaqua presque instantanément les cheveux sur les joues. Pourtant au lieu de courir jusqu'à la station de métro la plus proche il décida de marcher un peu. Il imaginait qu'il devait avoir l'air d'un héros tragique comme ça.

Il ne saurait dire s'il avait pris ce chemin spécialement pour se retrouver à nouveau face à ce mur ou bien si c'était un hasard, mais le fait est qu'il s'aperçut à quelques mètres de lui, qu'on lui avait répondu.

Il sentit son cœur faire un sursaut étrange dans sa poitrine alors qu'il s'approchait pour lire. Un mélange d'anxiété et d'excitation.

« Et si d'un naufrage l'on apprenait à nager ? »

« Les seuls qui savent nager, c'est ceux à qui on a payé des cours de natation à la con. Les autres se noient. »

Et puis sa gorge se serra.

Il fit demi-tour en courant.

Une demi-heure plus tard il était de retour devant le mur, une bombe fraichement achetée à la main.

C'était plus dur que ce qu'il pensait. Et il allait surement s'intoxiquer. Pourtant il n'aurait pas renoncé à répondre. Il n'était pas un lâche.

Il contempla le travail.

Non. Vraiment pas.

« Pour le savoir encore faut-il se jeter à l'eau. »

Et en dessous, en lettres tremblantes, écriture hésitante : « Pari tenu ».


J'espère que ce chapitre vous a plu. N'hésitez pas à me donner votre avis.
A très bientôt.

Sam'