Je ne prendrai que le temps d'écrire un petit remerciement à Zephyree, c'est bien de sentir que quelqu'un saute sur une fic qu'on écrit... et merci à tous mes lecteurs, si peu nombreux/ses soient-ils/elles, je vous adore. Si jamais vous avez des questions sur l'univers de BC ou sur celui particulier que j'élabore, n'hésitez pas et laissez une review/question!
La première mission qui m'a été confiée était, somme toute, fort simple. Un laboratoire clandestin menait des expériences interdites sur des cobayes humains… si on pouvait encore les considérer comme humains. La Shin-Ra leur avait déjà proposé une association, afin de légitimer leurs expériences, mais le groupe avait refusé. Il ne restait donc plus qu'à les détruire. Nous avions déjà toutes les preuves qu'il fallait pour prouver qu'ils étaient une division d'AVALANCHE.
Donc, il s'agissait de faire un carnage exemplaire, pour donner une leçon à AVALANCHE. Une baston bien simple, d'autant plus que Reno et Cissnei, qui m'accompagnaient, étaient des habitués du combat rapproché. Il y avait aussi Ken, le spécialiste des revolvers, pour nous couvrir. Rien de bien compliqué.
Après avoir défoncé la porte, nous sommes entrés dans le laboratoire. Les techniciens en blanc se sont redressés de leurs éprouvettes, surpris. La lueur verte des tubes de Mako illuminait sombrement la scène. Ils contenaient des corps qui avaient manifestement été humains, mais ne l'étaient plus.
-Des monstres ! Vous êtes des monstres ! criai-je en sautant sur le premier laborantin à ma portée.
Le combat fut rapide. Les techniciens n'étaient pas entraînés au combat et nous les prenions par surprise. On nous avait ordonné un massacre, et il y eut un massacre.
J'essuyai le sang de mes nunchakus, puis celui sur mes vêtements. La lueur verte du Mako n'éclairait pas les détails des cadavres qui jonchaient le sol, et rendait leur sang obscur.
-Qu'est-ce qu'on fait d'eux ? demande Cissnei, les mains posées sur un tube à Mako contenant un cobaye particulièrement monstrueux.
-Faut qu'on s'en débarrasse, non ? affirma Ken. Ils sont déjà condamnés, et dangereux en plus de ça.
-Yo, qu'est-ce qu'on attend ? fit Reno juste avant de briser un tube de verre avec sa matraque.
La bête humaine s'étouffa et s'étrangla à l'air libre, expirant après une courte agonie. Des convulsions. Des râles étouffés de bave. Du sang qui jaillissait des vaisseaux sanguins éclatant à cause de la pression de l'air. Une minute d'enfer éternel. J'étais tétanisé.
-On dirait qu'y sont pas au point, commenta Reno en fracassant un nouveau tube.
Je me jetai sur le cobaye qui venait de s'écrouler et je l'achevai rapidement de deux coups de nunchakus. Un peu de sang noir, quelques gouttes poisseuses, se collèrent sur mon visage. Reno me regarda d'un air étrange. Je me relevai en m'essuyant et je marmonnai d'un ton d'excuses :
-Ils ont rien demandé, rien fait de mal encore, ceux-là.
-T'as pas envie qu'ils souffrent inutilement, c'est ça ? fit Cissnei en posant une main sur mon épaule.
J'acquiesçai, puis je gardai la tête basse. Reno fit un signe de tête à Ken, qui tira avec ses deux revolvers sur les derniers tubes à Mako, directement dans la tête et le cœur des bêtes. Tout le Mako liquide s'éleva en vapeur qui se mêla à celui qu'on avait injecté dans mon sang. Je me sentais surexcité, mon cœur battait la chamade, et soudainement j'avais envie de davantage de sang. De tuer.
-Ça devient malsain, on s'en va, dit nerveusement Ken en m'empoignant le bras.
Les yeux de mes collègues brillaient tous de la même lueur inquiétante. Je suppose que les miens avaient le même éclat. C'est fou à quel point notre corps peut être influencé dans sa chimie délicate, en respirant les effluves de la vie qui rejoignent celles qui nous traversent…
Une fois à l'air libre, je me sentis aussitôt plus calme. Je m'installai tranquillement dans la camionnette marquée du logo de la Shin-Ra, et j'essuyai mon visage avec une serviette qui s'y trouvait. L'excitation nerveuse et sanguinaire qui m'avait habité quelques instants plus tôt s'était entièrement dissipée. Cette vapeur… ce n'était pas pour rien que des humains pouvaient se transformer en monstres… cette vapeur…
-Yo, gamin, lança Reno qui s'installait au volant. Tu la trouves comment, ta première mission ? Pas trop traumatisé ?
-Non, pas vraiment, répondis-je doucement. Je suis juste un peu déçu.
OoOoO
L'idée de tuer ne me dérangeait pas. Si c'était au nom de la Shin-Ra, qui faisait régner l'ordre et la justice partout, je n'avais aucune culpabilité, aucun remords.
Mais ce soir-là, en m'allongeant sur mon matelas, je sentis un frisson me parcourir l'échine.
J'ai compris que si je voulais conserver ma pureté, je devais ne devenir qu'un instrument. Mes idéaux n'étaient rien lors d'une mission. Je devais être l'idéal de la Shin-Ra, un pion dévoué.
Mais tant que l'on croit en quelque chose, au plus profond de soi, toute la souillure du monde ne fait qu'entacher la surface. C'était ce que Verdot m'avait dit, et c'était ce que je voulais croire à tout prix.
Ainsi ma raison s'accrocha aux lambeaux de ce qu'il restait de sain et de beau parmi toutes les souillures de ce monde. Je pus accomplir les missions suivantes et rester moi-même ainsi. Être un instrument de mort ne m'affecta bientôt plus, je dormis tranquille, la conscience apaisée. Les choses s'enchaînaient à un rythme à la fois vif et lent : le pouls du quotidien, du travail, de la routine, l'odeur du café de Shotgun, des cigarettes de Reno et de Rude, des bonbons de Cissnei, de la poudre des bombes et des balles…
J'ai toujours admiré l'ordre que faisait respecter la Shin-Ra. Ses rouages mis à nu, j'ai compris qu'ordre et justice sont deux choses fort différentes. Mais cet ordre, cet assemblage de rouages œuvrant sur tous les continents, la Shin-Ra elle-même était fascinante. Terrible dans ses actions et ses jugements, mais si universelle que j'étais fier d'en faire partie, même dans sa division la plus ténébreuse. Un peu triste malgré tout, mais fier.
Ceux qui étaient désavantagés, en ce monde, l'étaient parce qu'ils refusaient l'ordre de la Shin-Ra. Il y a toujours des libres-penseurs qui refusent qu'on leur impose une idée, même si elle est bonne. Ainsi la Shin-Ra doit-elle devenir cruelle, à travers des agents comme moi, pour se débarrasser des éléments négatifs. Mais ainsi ces éléments trouvent de nouvelles raisons de s'opposer à la Shin-Ra.
Le cycle semble indissoluble.
