Chapitre 2

Nouvelle mission

Le lendemain matin, le capitaine avait réuni tout l'équipage du Nathan James sur le pont pour donner les directives de la prochaine mission. Il avait établi un plan pour retrouver des contaminés et les mettre en isolement sur le bateau. Lorsqu'il évoqua le nom du Docteur Scott, elle ne releva pas la tête vers lui et son regard resta figé sur un point fixe devant elle. Elle l'ignorait et il le méritait, il le savait. Il avait pu remarquer que beaucoup d'officiers avaient été très heureux de la revoir et lui faisaient beaucoup d'éloges sur son travail, et ils portaient tout espoir en elle comme la dernière fois… Ainsi, Tom Chandler s'en voulait quelque peu de lui avoir adressé la parole comme il avait fait. Cependant, était venu le moment de parler de la mission du jour et de cesser de s'apitoyer sur son sort.

Il prit donc la parole devant son équipage et leur expliqua la mission :

- Aujourd'hui nous allons récupérer quelques survivants qui ont été atteint par le virus mais qu'au stade 1. L'équipe Tigre prendra les devants et suivra mes ordres. Les autres vous attendrez le signal avant de quitter la zone de sécurité. Soyez vigilants et assurez-vous que votre combinaison soit intacte. La moindre brèche pourra vous contaminer et par conséquent, vous être fatale. Bonne chance, officiers.

À la fin du briefing, le Commandant chercha le Dr Scott pour lui donner plus de détails mais elle s'était déjà faufilée dans les escaliers menant vers son laboratoire, son endroit sûr. Quand il franchit les murs du labo, elle était occupée devant son ordinateur à lire des séquences ADN. Il se racla la gorge.

- Docteur Scott ?

Elle tourna la tête en sa direction. Son regard était froid et elle n'était de toute évidence pas très contente de le voir ici.

- Que vous voulez-vous ?

- J'aimerai vous donner plus de détails à propos de la mission, je pensais que vous auriez peut-être des questions.

- Merci mais Mike l'a déjà fait. Je m'adresserais à lui si j'ai des questions. Maintenant, j'ai du travail à faire si vous voulez bien…

Elle tourna la tête et continua son travail. Il hocha la tête. Elle le détestait, c'était clair et ce n'était pas le moment de parler alors il la laissa continuer ses recherches et franchit la porte en se passant la main dans les cheveux. Certes, il l'avait cherché mais d'un autre côté il lui en voulait toujours. Il préféra ne pas remuer le couteau dans la plaie pour le moment et laisser ses sentiments de côté. Il avait une mission à accomplir aujourd'hui.

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Cela faisait maintenant deux semaines qu'elle était là et ils ne s'étaient jamais adressé la parole depuis le premier jour de la mission. Elle l'évitait soigneusement en changeant de direction quand il était à proximité ou prétextait avoir du travail pour ne pas avoir à manger avec lui et tout l'équipage dans la salle de pause.

Le capitaine avait réussi sa mission en apportant quatre hommes infectés dont un enfant de cinq ans. Rachel testait toute sorte de médication mais elle n'avait réussi qu'à ralentir leur mort prochaine… Elle travaillait jour et nuit d'arrache pieds. Les quatre personnes atteintes du nouveau virus n'étaient qu'au 1er stade de la maladie. Le jeune garçon de cinq ans qui avait perdu ses parents s'étant eux-même fait contaminés en allant chercher des réserves de nourriture. Quand les parents avaient su qu'ils étaient infectés, ils avaient barricadé leur enfant dans une pièce pour éviter toute propagation du virus envers lui. Il est même resté seul cinq jours après leur mort. Il semblait tétanisé quand l'équipe Tigre est venu le chercher. Il ne disait pas un mot.

Il avaient aussi embarqué deux hommes d'une quarantaine d'années. Ces derniers n'étaient pas très aimables envers l'équipage et avaient d'ailleurs des propos déplacés face au Docteur Scott ; « ma jolie » l'appelaient-ils quand elle leur prodiguait des soins.

Le gamin ne parlait pas beaucoup. Il se confiait au Dr Scott la plupart du temps. Il aimait l'équitation et ses parents tenaient un Ranch avant de décéder du virus. En deux semaines, elle avait tissé des liens d'amitié avec le petit. Elle ne pouvait s'empêcher de culpabiliser de ne pouvoir rien faire pour lui. Il n'était d'ailleurs pas prévu que Chandler le ramène sur le bateau mais ils l'avaient trouvé tout seul dans cette maison accroché désespérément à un ours en peluche surnommé Bonux.

Vers vingt-deux heures, Le Dr Scott décida de faire une pause dans son travail et de quitter son laboratoire pour faire une ronde du côté des malades.

- Rachel ! J'ai peur ! Le garde a éteint la lumière ! Rachel ! Où es-tu ?

- Rendors-toi gamin, certains aimeraient pouvoir dormir ! avait grogné un des infectés.

Elle s'était empressée d'éclairer la pièce et de s'approcher de Léo. Il était sorti de sa couchette avec son doudou dans la main et s'était assis à côté. Une couche plastique les séparait.

- Hey, tu n'as rien à craindre, je suis là.

- Ces types ne sont pas sympas avec moi, je veux être avec toi et je ne veux pas rester ici avec eux.

- Ils sont un peu fatigués et il est tard, il ne faut pas leur en vouloir. Tu devrais dormir aussi tu sais, te reposer un petit peu, demain j'ai encore une série d'examens à vous faire passer.

Le petit garçon semblait anxieux. Il posa sa main sur la couche de plastique.

- Quand tu m'auras guéri, je pourrais retourner voir mes chevaux Rachel ?

- Évidement. Mais en attendant tu dois dormir… reprendre des forces.

Le garçon se résigna et retourna se coucher.

- Rachel ?

- Oui ?

- Tu viendras avec moi au ranch ? Je te montrerai mon cheval, Cocaïne.

- Quel joli nom ! Hum, ok, j'essayerai oui, Léo.

- Non, promets-le-moi.

- Promis si tu fermes les yeux et que tu te reposes.

Il s'exécuta et elle sourit en le voyant faire.

- Tu ressembles beaucoup à ma mère, Rachel.

Ce fut un léger choc pour elle d'entendre ces paroles. Et elle ne savait pas comment interpréter cela. Elle s'était beaucoup trop rapprochée de ce petit bonhomme et lui aussi d'une certaine manière. On lui avait pourtant appris pendant ses études de ne pas s'attacher aux patients, de créer une barrière invisible pour se protéger d'une peine probable, d'être empathique. Elle n'avait pas respecté cet engagement et elle avait tellement peur de le perdre maintenant. Elle devait le sauver à tout prix.

Tandis que l'enfant s'endormait, elle murmura « Bonne nuit, sweetheart. »

Elle continua ses recherches tard dans la nuit.

Elle décida ensuite d'aller prendre un peu l'air pour se vider la tête. Prise de fatigue, elle s'endormit aussitôt qu'elle s'était assise à l'avant du bateau, à l'écoute des vagues.

Elle ne portait qu'un débardeur. Certes, il faisait une chaleur insupportable la journée, mais les nuits étaient plutôt fraîches et précisément à quatre heures du matin. Elle était assoupie mais continuait à tenir fermement ses notes.

Une ombre s'approcha d'elle doucement et s'accroupit près d'elle.

- Docteur Scott ?

- Hum...

Elle cligna des yeux et vit un visage qu'elle connaissait bien devant elle.

- Capitaine ?

- Vous devriez rentrer à l'intérieur. La température a beaucoup baissé et vous n'êtes pas assez habillée…

Il fit référence à son haut à bretelles blanc qui laissait entrevoir ses formes. C'était différent de ses habituels tee-shirts. Elle croisa les bras sur sa poitrine.

- J'avais juste besoin d'air frais, murmura-t-elle en haussant les épaules.

- Et maintenant, vous devez être gelée. Venez.

Il lui tendit la main pour l'aider à se relever. Elle la refusa et se releva toute seule. Il serra des dents. Un lourd silence gagna les deux protagonistes.

- Bon, je vais retourner au labo pour continuer mes recherches. Je me suis assoupie bien trop longtemps déjà.

- Vous devez vous reposer aussi.

- Difficile quand le monde attend de vous que vous sauviez le monde. Et si je suis à morte à vos yeux, pourquoi vous souciez vous de ma santé ?

- Rachel, je suis désolé. J'étais en colère je ne pensais pas ce que j'ai dit.

- Mais vous l'avez dit, dit-elle l'air renfrogné.

- Et j'en suis désolé. Je comprends que vous m'en vouliez. Mais vous devez comprendre que… votre « mort » m'a affectée à l'époque et j'étais furieux de ne pas avoir pu vous protéger.

Il fit une pause et regarda son expression qui n'avait pas bougé d'un poil.

- Maintenant, si c'est possible, j'aimerais que nous laissions nos différents de côté pour le bien de tous. Nous devons collaborer. Et je sais que désormais, grâce à votre retour, ce nouveau virus va être anéanti, j'en suis persuadé.

Elle sourit et ça le rassura.

- Je l'espère aussi. Bonne nuit, Capitaine.

- Bonne nuit, Docteur.