Bonjour à vous, chers lecteurs !
Avant tout de choses, un énorme merci à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser un commentaire. J'ai eu des retours vraiment sympa et encourageants, ça motive à écrire !
Pour ceux qui s'inquiéteraient de savoir si l'histoire ira jusqu'au bout, qu'ils soient rassurés, à moins qu'un camion me passe dessus demain matin quand j'irai chercher ma baguette de pain, j'ai bien l'intention de la finir …;o)
Pour être tout à fait honnête, elle est déjà assez bien avancée, et j'ai quelques chapitres d'avance, mais j'aime pouvoir me relire plusieurs fois, et laisser « reposer » un chapitre quand il vient d'être rédigé, pour pour le reprendre, vérifier sa cohérence avec le reste de l'histoire, corriger les fautes, le compléter, etc.
Sachant que je suis en vacances en ce moment, et que j'ai donc un peu plus de temps à consacrer à l'écriture, j'envisage une publication bihebdomadaire, a priori le lundi et le jeudi, à raison d'un chapitre à chaque fois.
Surtout, n'hésitez pas à me laisser vos impressions, bonnes ou mauvaises : les premières m'encouragent à poursuivre, les secondes m'incitent à m'améliorer, et sachant qu'il s'agit là de mon premier coup d'essai, il y a du boulot ! (Et si au passage vous repérez des fautes, hein, pareil, dites-le que je corrige!)
Bonne lecture de ce chapitre 2 !
Chapitre 2
La cour du collège était en ébullition ce matin-là ; une centaine d'élèves de 6e se tenait là, fébrile : les uns étaient agglutinés autour des listes de classe, les autres cherchaient où se ranger pour gagner leur salle. Dans un coin, se trouvaient quelques parents inquiets, qui avaient absolument tenu à être présents pour ce grand jour. Des surveillants et le nouveau CPE, Robin Locksley, tentaient de canaliser, sans grand succès, tout ce petit monde.
La Principale Mills observait ce ballet désormais familier de son bureau, les bras croisés dans le dos.
- Nous avons trois 6e à changer de classe : ils sont inscrits en section bilingue, mais ont été placés dans des classes sans option.
Régina se retourna en entendant la voix pressée de son collègue.
- Faisons ça avant la montée dans les salles, je ne veux pas que l'on soit obligé de procéder à des changements dans une heure, quand les élèves se seront déjà habitués à leurs camarades.
Graham et elle dévalèrent les escaliers, pour inscrire les modifications directement sur les listes collées dans la cour.
Au détour du dernier couloir, une porte s'ouvrit juste devant la Principale, qui ne put que la retenir des deux mains, pour ne pas s'y encastrer.
- Oups, pardonnez-moi ! s'écria, surprise, Emma. Je n'ai pas vu qu'il y avait quelqu'un.
Elle se tourna ensuite vers l'Adjoint, pour lui faire les bises, avant de saluer sa Principale :
- Mlle Mills.
- Mlle Swan. Vous devriez faire un peu plus attention, j'ai failli prendre cette porte en plein visage, l'apostropha Régina. Et d'ailleurs, que faites-vous ici ? Vous n'êtes pas professeur principal de classe de 6e.
- Très juste. Je suis venue profiter du calme relatif de cette journée pour vérifier la bonne marche des ordinateurs, et mettre à jour le serveur avec les nouvelles listes d'élèves. A ce propos, enchaîna la jeune femme, il faudra que vous me sortiez les fichiers adéquats, transmis par le rectorat.
La Principale soupira intérieurement ; elle était la seule à pouvoir sortir ces fichiers, mais comme tous les ans, elle avait oublié la manipulation à réaliser.
- Bien. Passez dans mon bureau à 11h, nous verrons ça, répondit-elle avant de tourner les talons.
Emma et Graham échangèrent un sourire, avant que ce dernier ne s'empresse de suivre sa collègue.
OOOoooOOO
A 11h précise, Emma Swan donna un coup léger sur la porte du bureau de la Principale Mills. La réponse ne se fit pas attendre :
- Entrez !
L'enseignante de mathématiques fit quelques pas dans la pièce, avant de s'arrêter, surprise par la décoration.
- Un problème, Mlle Swan ?, interrogea Régina, tout en continuant à écrire.
- Hum, non, non, je suis juste surprise par le changement radical de ce bureau, répondit-elle, un peu embarrassée, en repensant à la pièce chaleureuse qu'en avait fait le locataire précédant. Mais comment faisait-elle pour savoir ce qui se passait autour d'elle, tout en ayant le nez sur sa feuille ?, songea Emma. C'était la deuxième qu'elle était prise en défaut par cette femme qui semblait avoir des yeux partout.
Régina referma soigneusement son stylo avant de poser son regard perçant sur son interlocutrice.
La blonde était une jolie femme, indéniablement. Des yeux verts, un fin visage encadré d'une chevelure aux reflets changeants et aux boucles douces, un corps mince et musclé ... dommage que cela soit gâché par une attitude plutôt masculine, et des goûts vestimentaires douteux !
Les mains dans les poches arrières de son jean, son inséparable veste de cuir rouge sur le dos, Emma observait avec curiosité l'immense miroir au mur. Elle n'avait pas vu que la brune la détaillait.
- C'est un miroir que j'ai trouvé chez un antiquaire. Il m'a immédiatement plu, et je l'ai fait restaurer, expliqua la Principale, en se laissant aller dans son fauteuil.
- Très joli, commenta l'enseignante, tout en le trouvant un peu effrayant. Tout un coup, elle repensa au conte de Blanche-Neige : ce miroir semblait tout droit sorti du château de la Méchante Reine. La Méchante Reine ... voici un surnom que sa Principale ne pourrait renier.
Elle retint un sourire, avant de se retourner vers Régina Mills.
- Je vous ai apporté une clé USB, sur laquelle vous allez pouvoir mettre les six fichiers dont j'ai besoin, lui dit-elle en lui tendant l'objet.
La Principale se racla la gorge, un peu mal à l'aise.
- A vrai dire, je ne suis pas sûre de me souvenir comment faire ... ces manipulations absconses ont un fâcheuse tendance à ne pas vouloir rester dans mon esprit ...
- «Absconses», vraiment ?, s'amusa la blonde. Vous permettez que je vous montre ?
- Je vous en prie, Mlle Swan, répondit Régina, s'efforçant de contenir son agacement. Elle détestait se retrouver en position de demander de l'aide.
La jeune femme contourna le bureau, et la brune se décala, pour la laisser se placer devant l'ordinateur.
Un parfum capiteux et entêtant assaillit les narines d'Emma. Elle sembla reconnaître une odeur de ... pomme. Original, pensa-t-elle, tout en cliquant rapidement sur quelques pages.
- Si vous voulez bien saisir vos identifiants ...
Régina Mills fit courir ses doigts sur le clavier, puis se recula à nouveau, laissant faire l'enseignante. Elle ne put s'empêcher d'admirer et d'envier la dextérité avec laquelle celle-ci récupéra en quelques instants les informations dont elle avait besoin. Un sourire satisfait sur le visage, Emma récupéra sa clé, ferma les pages qu'elle avait ouvertes, et se retourna vers sa Principale :
- Et voilà, c'était rapide. Je vous laisse à votre travail, Mlle Mills.
- Bonne journée, Mlle Swan.
Régina regarda l'enseignante quitter son bureau ; elle supportait difficilement qu'on vienne envahir son espace vital, et c'est avec soulagement qu'elle se remit au travail.
OOOoooOOO
- Décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas !, grommela Emma, exaspérée, les yeux rivés sur son écran d'ordinateur.
Il était 17h30, le collège était enfin silencieux, et elle était encore là, à tenter pour la troisième fois de mettre à jour le serveur pédagogique, après deux plantages en règle.
Alors qu'elle observait la très lente avancée de sa mise à jour, son téléphone vibra dans sa poche. C'était un message de Ruby :
- Salut Em' ! David, Mary et moi sommes au Granny's, tu nous rejoins ?
- Suis encore coincée au collège, si tout va bien, je vous retrouve dans 20 minutes.
- Ok, à tout de suite !
- Encore là, Mlle Swan ?
Emma sursauta ; décidément, cela devenait une manie, avec sa nouvelle patronne !
- Comme vous le voyez ; la mise à jour prend un peu plus de temps que prévu.
- Le collège ferme à 19h, n'oubliez pas. Bonne soirée, Mlle Swan.
Emma eut à peine le temps de la saluer, que le bruit de ses talons s'éloignait déjà. Un léger parfum de pomme flottait dans l'air, seule preuve de son passage. Vraiment une femme énigmatique, songea-t-elle, tandis que la procédure arriva enfin à son terme, sans erreur. Elle se demandait ce qui pouvait expliquer cette froideur permanente. Étrangement, elle était convaincue qu'il ne s'agissait que d'une façade. Et au final, tout cela n'avait pas vraiment d'importance, du moment qu'elle ne l'empêcherait pas de travailler comme elle le souhaitait.
OOOoooOOO
- Un jus de pomme, pour moi, Granny, s'il te plaît !
- Un jus de pomme ? Tu commandes un jus de pomme ? Mais qu'est-ce qui t'arrive, Emma ? s'étonna Ruby, incrédule.
- Rien, j'en ai juste envie, c'est tout !
- Alors, il paraît que tu es entrée dans l'antre de Mills, ce matin ..., enchaîna David, curieux.
- J'avais besoin de fichiers informatiques auxquels seul un principal a accès, oui.
- Et il est comment, son bureau ? Aussi glaçant qu'elle ?
- Je ne sais pas si « glaçant » est le terme ... mais son bureau est à son image, tout en noir et blanc, avec un immense miroir très étrange au mur.
- Un miroir ? répéta Mary-Margaret.
- Je l'imagine très bien, telle la Méchante Reine dans le conte de Blanche Neige, lui demander tous les matins si elle est toujours la plus belle du royaume, s'exclama en riant Ruby.
- Je me suis dit la même chose en le voyant, s'amusa Emma.
- «La Méchante Reine», voilà un surnom qui lui va très bien, compléta David ; ce matin, en passant dans le couloir, elle a réussi à faire taire ma classe de 6e d'un simple regard. Et elle m'a glissé en aparté d'un ton sec et en me fusillant du regard que j'avais deux minutes de retard, la cloche ayant déjà sonné, rajouta-t-il en grimaçant.
Ses trois amis éclatèrent de rire.
- Alors comme ça, le charmant David s'est fait taper sur les doigts par la Méchante Reine ? se moqua gentiment Ruby.
Emma sourit, en sirotant son verre. Décidément, la Principale Mills faisait beaucoup parler d'elle.
OOOoooOOO
Régina était satisfaite de sa journée. La rentrée s'était bien passée. Elle avait pu passer dans chaque classe pour se présenter, et expliquer quels étaient les objectifs de cette année. Tous l'avaient religieusement écoutée, adultes comme enfants. Elle avait fait ce qu'il fallait pour intimider les élèves, considérant qu'instiller un peu de peur en eux était un bon moyen de les mettre au travail, et de les inciter à respecter les règles.
La seule sur qui elle ne semblait pas avoir d'emprise était l'enseignante de mathématiques, Emma Swan. Il n'y avait pas dans ses yeux cette petite lueur de crainte qu'elle voyait habituellement lorsqu'elle s'adressait à quelqu'un. Au contraire, ses grands yeux verts étaient toujours chaleureux et pétillants. Cela devait expliquer pourquoi la jeune femme semblait si appréciée de tous : Régina avait pu constater que presque tout le monde, enfants comme adultes, la saluait avec un grand sourire, heureux de la voir.
Elle secoua la tête, chassant l'image de la jeune femme de son esprit : pourquoi pensait-elle encore à elle, d'ailleurs ? Du moment qu'elle faisait bien son travail, tout cela importait peu.
Régina décida d'aller courir ; elle avait un trop plein d'énergie à évacuer, malgré l'heure tardive. Elle enfila rapidement pantalon et t-shirt noirs, et chaussa ses tennis, avant de quitter son appartement. Elle choisit de longer la forêt à quelques centaines de mètres des habitations, pour être sûre de ne croiser personne.
Elle courait depuis une dizaine de minutes, quand elle commença à sérieusement regretter son choix de parcours. Elle n'avait pas pris de lampe, et seul un quart de lune éclairait faiblement le chemin forestier. Elle manquait de tomber à chaque foulée. Elle venait de se décider à rebrousser chemin quand ce qu'elle craignait arriva : son pied se prit dans une racine, et elle tomba en avant, se tordant violemment la cheville. Elle eut le réflexe de mettre les deux mains en avant, ce qui amortit très légèrement sa chute.
Le nez dans les feuilles pourrissantes qui recouvraient le chemin, les mains égratignées et maculées de terre, une douleur lancinante pour couronner le tout, lui firent faire ce que Régina Mills ne faisait que très rarement : jurer.
- Vous allez bien ? cria une voix féminine inquiète.
Régina s'assit péniblement, frottant ses mains contre ses cuisses. Elle vit un point de lumière danser dans l'obscurité : quelqu'un muni d'une lampe frontale venait vers elle en petites foulées.
- Mlle Mills ! s'écria la voix, stupéfaite.
La brune se protégea les yeux de la lumière aveuglante l'empêchant de voir sa sauveuse, qui semblait la connaître.
- Baissez donc votre lampe, vous m'aveuglez ! dit-elle.
- Oui, oui, bien-sûr, excusez-moi.
Régina put enfin voir celle qui s'agenouillait auprès d'elle, l'air soucieux :
- Mlle Swan ...
- Vous allez bien ? Vous vous êtes fait mal ? Que faites-vous ici à cette heure-ci, sans lumière ?
- Doucement Mlle Swan, la coupa la Principale. J'ai simplement voulu courir, et mon pied s'est pris dans une racine. Je suis tombée, et ma cheville est vraisemblablement foulée ...
- Aller courir dans ce coin, seule, et sans lumière, ce n'est pas très prudent, la sermonna Emma.
- Je ne crois pas vous avoir demandé votre avis, Swan, lui rétorqua la brune, vexée. Mais de quoi se mêlait-elle ?
Emma la fixa de ses grands yeux verts, incrédule : elle venait lui porter secours, et cette femme froide et arrogante se permettait de la rabrouer !
- Ecoutez-moi bien, Mills, sans moi vous seriez sans doute restée coincée ici toute la nuit, avant qu'un joggeur, ou pire !, ne vous découvre demain matin, parce que évidemment, j'imagine qu'archaïque comme vous êtes, vous n'avez pas de portable sur vous. Donc là, vous allez vous contenter de me laisser vous aider, et arrêtez vos remarques désobligeantes !
Emma se rendit subitement compte qu'elle était très en colère, et qu'elle avait hurlé ces derniers mots. Elle décida que ce n'était pas le moment de se demander pourquoi, et repoussa tout cela dans un coin de son esprit. Elle respira un grand coup, et reprit la parole, d'une voix plus calme :
- Je vais vous aider à vous relever, vous allez vous appuyer sur moi.
Régina s'apprêta à ouvrir la bouche, mais le regard farouche de son interlocutrice l'en dissuada. De manière parfaitement incongrue, elle remarqua que la colère assombrissait ses yeux, qui habituellement d'un vert transparent, prenaient à ce moment précis la couleur de l'océan déchaîné.
Elle s'appuya sur la main offerte, et sentit que l'enseignante passait son autre bras autour de sa taille. Tentant de garder l'équilibre sans poser sa cheville blessée à terre, elle se redressa avec difficulté.
- Je ne suis pas …. « archaïque » !
- Oh si vous l'êtes ! Avouez, vous n'avez pas de téléphone sur vous, là, je me trompe ?
Devant l'absence de réponse de la brune, Emma triompha :
- Je le savais !
- Je l'ai oublié, c'est tout, marmonna, furieuse, Régina.
Emma réprima un sourire devant la mauvaise foi manifeste de sa supérieure, avant de subitement prendre conscience de son visage à quelques centimètres du sien, et la perfection de ce qu'elle voyait la laissa sans voix : ses yeux, ses pommettes, ses lèvres, l'arête du nez, tout était digne d'une statue grecque chez cette femme. Elle cligna des yeux, un peu gênée de s'être laissée aller à cette contemplation, mais fut soulagée de voir que son interlocutrice ne s'en était pas rendue compte, focalisée sur sa cheville.
- Ne bougez pas ... murmura-t-elle. Délicatement, elle enleva une brindille qui s'était emmêlée dans les cheveux de Régina, et replaça la mèche qui lui barrait le visage. Son regard accrocha celui-ci de la Principale, et le temps d'un battement de cil, elle crut y voir ... un léger trouble. La seconde d'après, le masque de la Méchante Reine était de nouveau en place, et Emma se demanda si elle n'avait pas rêvé.
- Je vais appeler Graham, qu'il vienne nous chercher en voiture.
- Non ! s'écria Régina. Je suis tout à fait capable de rentrer à pied, les appartements de fonction ne sont pas très loin.
- Vous plaisantez, là ? Vous ne pouvez même pas poser le pied par terre !
- Si vous m'aidez, nous pouvons rentrer à pied, s'entêta la Principale. Je ne tiens pas à déranger M Humbert. Ne discutez pas, Mlle Swan, c'est non négociable.
La blonde sentit la moutarde lui monter au nez, à nouveau : cette femme était exaspérante ! Elle s'abstint cependant de tout commentaire, sentant que cette fois-ci, elle n'aurait pas le dernier mot.
- Vous allez passer votre bras autour de mes épaules, pour que vous puissiez vous appuyer sur moi, se contenta-t-elle de répondre. Les deux mains sur la taille de la brune, ses cheveux lui chatouillant la joue, Emma la guida lentement le long du chemin.
Une grosse demi-heure plus tard, les deux jeunes femmes étaient devant la porte de l'appartement. La mâchoire serrée, une goutte de sueur dégoulinant le long de sa tempe, Régina semblait souffrir le martyr.
- Donnez-moi vos clés, je vais ouvrir.
La brune hésita une demi-seconde, puis la laissa faire. Et lorsque Emma Swan se détacha d'elle pour ouvrir la porte, elle ressentit comme un courant d'air froid l'envahir.
- Allons-y, je vais vous aider à vous asseoir.
Emma remit son bras autour de sa taille, et lui tint la main pour l'amener dans l'appartement. C'est avec un énorme soupir de soulagement que la Principale Mills se laissa tomber dans un fauteuil de son salon.
- Merci pour votre aide, Mlle Swan, mais je vais me débrouiller maintenant, dit la brune, d'une voix contenue.
La situation la rendait de plus en plus mal à l'aise jamais personne - et a fortiori un enseignant ! - n'était entré à ce point dans son intimité. Non seulement elle s'était retrouvée quasi-collée à Mlle Swan, au point de sentir la chaleur de son corps irradier à travers le fin tissu de son débardeur, à devoir s'appuyer sur elle, mais en plus voilà qu'elle était maintenant dans son salon ! C'en était trop, il fallait qu'elle reprenne le contrôle de la situation.
- Je vais vous appeler un médecin, répondit la blonde, comme si elle n'avait pas entendu.
- Non ! Pas de médecin. Ce n'est qu'une petite foulure, je vais m'en sortir.
Emma leva les yeux au ciel, excédée :
- Dans ce cas, laissez-moi au moins voir de quoi il en retourne.
- Non ! Je vous l'ai dit, je vais me débrouiller toute seule ...
Mais elle avait à peine fini sa phrase que l'enseignante était déjà agenouillée devant elle, en train de remonter délicatement le bas de son pantalon.
- Qu'est-ce que vous faites ! Régina voulut se redresser, mais une douleur intense la foudroya, et elle ne put que se caler dans le fauteuil, les yeux fermés, l'avant bras sur le front.
Emma coupa son geste, et leva les yeux vers la brune, surprise par le ton paniqué employé, mais en voyant son visage crispé de douleur, elle se résolut à poursuivre.
- Je vais maintenant vous enlever votre chaussure ; je vais y aller doucement, cela risque de faire un peu mal ...
Emma ôta la tennis avec la plus grande délicatesse, tout un gardant un œil inquiet sur sa supérieure, qui ne put s'empêcher de grimacer quand son talon fut dégagé.
- C'est déjà bien enflé, souffla la blonde.
La cheville, qui commençait à prendre une inquiétante couleur bleue, avait quasi doublé de volume.
- Je peux vous faire un strapping, si vous avez ce qu'il faut, mais vraiment, je vous conseille de voir un médecin dès demain, reprit Emma.
- Oui, d'accord ... murmura Régina. Elle se résigna à laisser la blonde la soigner, tant elle avait mal. Vous trouverez ce qu'il faut dans l'armoire de la salle de bain, première pièce à gauche, dans le couloir derrière moi.
Emma trouva facilement tout ce dont elle avait besoin ; la salle de bain de sa supérieure était à l'image de son bureau au collège : impeccablement propre et rangée, tout en blanc et noir. En sortant, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil curieux vers la porte entrebâillée de la pièce en face. Elle aperçut une descente de lit immaculée, faiblement éclairée par une petite lampe posée sur un chevet.
- Vous avez trouvé ? Une voix défaite provenant du salon la coupa dans ses pensées.
La blonde sursauta, un peu coupable, et se rendit précipitamment auprès de la jeune femme blessée.
OOOoooOOO
Pour la première fois depuis une éternité, Régina prit conscience du silence qui régnait chez elle. Emma Swan venait de quitter son appartement, après lui avoir soigneusement bandé la cheville, et lui avoir donné deux antalgiques. La jambe reposant sur une chaise, une poche de glace sur le bandage, la brune repensait aux derniers événements de sa soirée. Il avait fallu qu'elle insiste lourdement pour que l'enseignante accepte de la laisser enfin seule, non sans lui avoir fait d'abord promettre d'appeler un médecin dès le lendemain. Elle avait également tenu à rentrer son numéro dans son portable, au cas où. Et elle n'avait pu s'empêcher de se moquer du modèle … archaïque de son téléphone, un regard pétillant de malice posé sur la brune :
- Vous savez, Mlle Mills, il existe maintenant des téléphones qui vous permettent même de recevoir vos mails et de surfer sur Internet ….
Régina poussa un soupir d'exaspération. Que cette femme était agaçante ! Pourtant, elle avait pris soin d'elle, et elle l'avait laissée faire … pourquoi, d'ailleurs l'avait-elle laissée faire ? Elle ne supportait pas que l'on investisse son espace vital, et encore moins qu'on la touche ! Elle ne put empêcher un frisson l'envahir en repensant à ses mains, si douces et si fraîches, manipulant sa cheville comme si c'était un objet d'une grande valeur. Et ses yeux vert d'eau … elle avait dû faire un effort important pour ne pas s'y perdre lorsque la jeune femme l'avait couvée du regard tandis qu'elle lui bandait la cheville.
La vibration de son téléphone glissé dans sa poche la fit quitter sa rêverie. Il était près d'une heure du matin, qui pouvait bien la déranger à cette heure-ci ? Elle ouvrit le clapet de son portable, et vit qu'elle avait un nouveau message de ... « la Sauveuse ». Malgré elle, un sourire mi-amusé, mi-exaspéré naquit sur ses lèvres.
- Pas d'imprudence, Mlle Mills ! Et n'oubliez pas le médecin demain ! Bonne nuit.
Régina hésita à lui répondre, avant de taper laborieusement quelques mots :
- Merci … pour tout, Mlle Swan. Bonne nuit.
En soupirant, elle ferma les yeux, se laissant aller contre son fauteuil. Les médicaments commençaient à faire leur effet, et la douleur était moins lancinante. Elle s'endormit sur la vision d'une jolie blonde aux yeux verts fixés sur elle.
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- Merci … pour tout, Mlle Swan. Bonne nuit.
Emma éteint son smartphone, un sourire sur les lèvres. Elle se débarrassa de ses vêtements de sport et se glissa sous le jet brûlant de la douche. Les heures qui venaient de passer avaient quelque chose d'irréel. Tomber sur sa mystérieuse et charismatique Principale, au milieu de la nuit, au détour d'un chemin de forêt … la trouver blessée, l'aider à la ramener chez elle, pénétrer dans son appartement … se retrouver agenouillée à côté d'elle, à la soigner. Tout cela était surréaliste ! Ce qui l'était encore plus, elle le sentait, c'était que le temps d'un instant, la froide Régina Mills avait accepté la main qu'elle lui avait tendue. Ça n'avait pas duré, mais Emma savait qu'elle avait vécu là un moment précieux. Sans comprendre pourquoi, Emma eut tout à coup l'envie de mieux la connaître. Cette femme sublime n'était pas qu'un bloc de glace adepte des piques cassantes et blessantes, elle en était intimement persuadée. Et puis, il fallait avouer qu'elle prenait un malin plaisir à leurs petites passes d'armes verbales. La manière dont la brune avait fait claquer son nom, « Swan ! » l'avait tout simplement … émoustillée.
Emma coupa l'arrivée d'eau, et s'adossa contre la paroi de la douche. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Une femme, aussi belle soit-elle, prononçait son nom, et elle était chamboulée ?
- Emma, ma cocotte, tu es en manque d'affection, ce n'est pas possible, ressaisis-toi, ça devient grave, là !
Elle se sécha énergiquement les cheveux, et se mit au lit, la télévision allumée, avec le vague espoir que cela lui viderait la tête.
OOOoooOOO
A jeudi pour la suite !
