NdlT : Vous savez ce que ça fait d'entendre son ordinateur faire "grouizik... pouf !" quand vous êtes en train d'écrire une dissertation ? Non ? ben moi si. Enfin bref. 3 semaines plus tard et après deux voyages au SAV on a (presque) tout récupéré et maintenant je suis une fan des clés usb. Donc voilà, après deux mois (waah !!), la partie 2, et la partie 3 (la dernière) sera postée d'ici dimanche, c'est traduit, ce n'est juste pas encore tout à fait du français. Et désolée pour l'attente, mais bon des fois il arrive des choses.
Comme d'habitude, si j'ai laissé des fautes, dites le moi.
Draco fixa des yeux le miroir tout en essayant d'ignorer l'image qui lui était présenté. Un paradoxe intéressant. Parce que Draco voyait tout, oh oui. L'image qui s'y offrait à lui donnait envie de s'arracher les yeux de la tête, bien sûr, mais cela ne suffirait pas à l'effacer sa mémoire.
Cela aurait été beaucoup, beaucoup plus simple si le miroir se contentait de lui montrer son reflet. Draco aurait toujours eu à faire face à un spectacle tragique (il ne se faisait aucune illusion quand à son apparence physique actuelle), mais au moins celui-là n'était pas inattendu. Ce n'était pas que Draco ait jamais vraiment admiré son propre physique, mais il était conscient du fait que les quelques dernières années ne lui avaient pas exactement été bénéfiques.
Il y avait un prix à payer en conséquence de son engagement au service du Seigneur des Ténèbres, et ce prix incluait un tribut sur la santé de chaque Mangemort. Sous ses yeux, ses cernes ressemblaient à des traces d'encre étalées sur le parchemin d'un élève négligent. Les traits de son visage autrefois finement ciselés s'étaient davantage aiguisés, et il penchait maintenant vers une minceur maladive. En général, sa pâleur exagérée associée à un manque de sommeil évident avaient pour conséquence de lui donner ce qui se rapprochait dangereusement de l'air malade d'un loup garou à la veille d'une pleine lune. Pas exactement le teint de pêche désiré par les masses.
Mais enfin, il s'était plus ou moins habitué aux miroirs ordinaires. Il évitait de regarder dedans, bien sûr, mais il savait à quoi s'attendre si l'envie lui prenait de vérifier. Pour être honnête, il s'étonnait que quiconque puisse avoir envie de le regarder tant qu'il serait dans cet état – et pourtant, Draco aurait pu jurer que Potter l'avait observé depuis la table de Gryffondor ce matin même pendant le petit déjeuner. Faites confiance à Potter pour agir de la sorte. En y repensant, Potter était connu pour son amitié envers les loups garous. Ou avait été connu pour ça.
Draco frémit.
Aussi hideux, dépravé et terrifiant qu'était le reflet présenté par le miroir, Draco s'était rendu compte qu'il ne pouvait simplement pas résister l'envie de revenir. Il fallait qu'il voie. Il fallait qu'il voie, afin de pouvoir se rassurer, encore et encore, que ce n'était pas ce qu'il voulait voir. Régulièrement, il balayait du regard les mots gravés dans le cadre du miroir, et, à chaque fois, prétendait ne pas comprendre le langage utilisé.
« Toujours en train de t'admirer, Malefoy ? »
Les épaules de Draco se tendirent instantanément, et il réprima avec peine un couinement de surprise. Non, pas de nouveau.
« Voudrais-tu bien arrêter de m'épier ? demanda-t-il, ne s'attendant pas vraiment à obtenir une réponse positive. Ça commence à être fatiguant ton histoire.
De manière horriblement exaspérante, parce qu'à la fois décontractée et résignée, Potter osa hausser les épaules.
-J'ai rien de mieux à faire, pour être honnête. Et je ne suis pas particulièrement inquiet quand à savoir si cela te déçoie que je décide de continuer à te suivre maintenant que je commence à maîtriser la technique.
Draco se hérissa. La logique n'avait pas sa place dans ces débats.
-Pourquoi mon opinion de toi t'inquiéterait-elle de toute façon ? finit-il par dire, tournant son regard furieux vers la glace placée devant lui. Pourquoi ne retournes-tu à tes foules dévouées ?
-Si passer ma journée à écouter mes fans me dire combien je suis merveilleux était ce que je désirais, je ne vois pas vraiment pourquoi j'essaierai d'avoir une conversation avec toi Malefoy, tu ne crois pas ?
Draco sourit malgré lui.
-Voyeur et masochiste – eh bien Potter, tout ça commence à devenir intéressant.
Potter renacla.
-Je ne crois pas que tu veuilles savoir ce que je pense de toi Malefoy. Particulièrement concernant la partie où tu passes des heures à regarder dans ce miroir.
-Je sais ce que tu penses de moi. » Pour une quelconque raison, Draco ne réussit pas à trouver la motivation nécessaire pour délivrer cette dernière réponse de son habituel ton acerbe. Il continua plutôt à regarder droit devant lui, en direction du miroir enveloppé d'un faible scintillement, et plongea de nouveau son regard dans la paire d'yeux gris face à lui. Il sentait au bord des larmes, mais se refusa d'offrir à Potter l'occasion d'être témoin d'une deuxième performance, à tout prix.
Lorsque Potter repris la parole, son sourire moqueur transparut dans le ton de sa voix :
« Vraiment, Dorian ?
Draco détourna brièvement son regard du miroir. Pendant quelques instants au moins, l'étouffante impression de catastrophe imminente fut reléguée à l'arrière plan, remplacée par un sentiment d'incrédulité.
-As-tu finalement complètement craqué, Potter ? Je sais que tu n'emploies jamais mon prénom (non pas que je t'autorise à le faire), mais je m'attendrais tout de même à ce que tu sois capable de...
-Dorian Gray, imbécile, » répondit Potter, et oui, il arborait effectivement un stupide sourire moqueur. Sourire qui disparut peu après, Draco continuant à exprimer sa confusion à travers un regard meurtrier fixé sur le stupide visage du Gryffondor. « C'est un personnage dans un roman Moldu, offrit Potter en guise d'explication. Il échange son âme contre une beauté éternelle. Et lorsqu'il s'adonne ensuite à des actions malfaisantes, elles sont reflétées sur son portrait au lieu de son visage.
Draco fit mine d'écarquiller les yeux comme si cette dernière remarque le choquait profondément.
-Tu penses que la raison pour laquelle je réussis à garder ce corps de rêve c'est que j'ai vendu mon âme ? »
La suggestion était désopilante, et l'ironie palpable. Il refusa de regarder en direction du miroir.
Pendant un instant, Potter sembla être sur le point de s'étrangler. Distraitement, Draco se demanda si cette réaction pouvait être due à une soudaine maitrise de ses capacités jusque là inexploitées de faire de la magie sans baguette, peut être un crucio formulé par son subconscient.
« Mon dieu, non !
-Eh bien, merci beaucoup, alors, renifla Draco, se sentant ridiculement déconcerté.
Potter, de son côté, donnait sérieusement l'impression de vouloir changer le sujet de conversation. Immédiatement.
-Ok, donc qui est la plus belle d'entre toutes ?1
-Je te demande pardon ?
Certainement, Draco avait mal entendu.
-Eh bien, je suppose qu'il s'agit tout de même d'un miroir maléfique, non ?
On aurait presque dit que Potter souriait. Lunatique.
-Ah, heu oui en effet, Draco s'empressa d'acquiescer, c'est bien cela. Un miroir maléfique. Mauvais. Qui montre des choses fausses, complètement fausses.
Un faible bruit, en direction de la porte, précéda une discrète exclamation de surprise, comme si Potter s'était surpris à faire un pas en avant sans le vouloir.
-Sûrement pas, » affirma-t-il (de façon assez mystérieuse pensa Draco avec irritation). « Impossible.
-Oh, je t'assure que si, dit Draco, désireux de corriger n'importe lequel des malentendus qui aurait pu s'immiscer dans leur conversation. Je n'ai jamais vu un reflet aussi disgracieux et laid de ma vie, et j'ai partagé une salle de bain avec Cra... »
La fin de la phrase mourut dans sa bouche. Draco ferma lentement les yeux, et il dut respirer par le nez pendant un moment.
Potter, faisant preuve d'une sensibilité atypique, resta silencieux.
« Désolé, repris finalement Draco, le son de sa voix étrange et rauque à ses oreilles. Je crois que j'en était à commenter sur la nature maléfique et malicieuse de ce miroir ?
-D'accord, alors maintenant je suis curieux, dit Potter tandis qu'il s'approchait, et, avec un impudence incroyable, s'agenouilla sur morceau de tapis situé bien trop près de Draco à son goût.
-Curieux ?
-Je viens juste de me souvenir où j'ai vu ce miroir auparavant, » répondit doucement Potter, le regard fixé sur l'objet susdit, de façon tellement intense que Draco se sentit pris d'appréhension. S'il y prêtait trop d'attention, pensa Draco (de façon plutôt illogique), peut-être que Potter allait voir ce que Draco lui-même voyait, et la conséquence directe d'une chose pareille serait l'arrivée de la fin du monde, et Draco aurait à en finir avec ses jours, au moyen, eh bien, de quoi que ce fût qui se trouvât dans ses poches à ce moment là, et il était quasiment certain que cela impliquait avoir recours à la bogue d'un châtaigne et l'emballage d'un sandwich. Une mort lente en perspective. Et peu soignée avec ça.
Draco repoussa une rapide sensation de vertige, et remarqua soudain que Potter se trouvait bien trop silencieux à son goût.
« Tu tiens toujours un inventaire mental de tous les miroirs que tu croises ? » demanda-t-il, moqueur. Réfléchir à un suicide à coup de bogues de châtaigne n'est pas le meilleur moyen de se concentrer sur la création d'insultes originales.
Avec une soudaineté déconcertante, Potter tourna le regard vers Draco, un étrange reflet dans les yeux. Le vert sembla teinté de quelque chose ressemblant horriblement à de la compassion.
« Tu sais de qui il s'agit, n'est-ce pas ?
-Je sais en effet ce qu'est un miroir, Potter, répondit Draco, et le sentiment d'appréhension se trouva soudainement renforcé.
-Dumbledore m'a expliqué de quoi il s'agissait en première année, continua Potter, et il s'orienta de nouveau en direction du miroir, le regard posé sur la surface polie reflétant une avidité à peine masquée. Il m'a dit de ne pas passer trop de temps à penser à ce que j'y voyais. Il ne montre pas ton reflet tu sais, mais ton désir le plus cher, ajouta-t-il, sa compassion pour Draco cette fois-ci clairement affichée sur le visage moitié caché par la paire d'horrible lunettes.
-Non, tu te trompes, » chuchota violemment Draco, et il regretta aussitôt de ne pas avoir parlé plus fort pour éviter ainsi de paraître aussi terrifié. Il se râcla la gorge et répéta, « Non, tu te trompes complètement. Vraiment » insista-t-il, histoire d'être bien, bien clair. Non pas que Potter puisse voir ce que lui voyait.
Glissant la main dans la poche, Draco effleura la bogue de châtaigne.
« Tu sais ce que je vois ? demanda Potter, et, encore une fois, son attention fût dirigée vers le miroir.
-Un idiot à lunettes avec un surréaliste aveugle en guise de coiffeur ?
Cette brillante démonstration de ce qu'un esprit aiguisé est capable de produire fut soit manquée, soit ignorée, par l'idiot à lunettes en question.
-Exactement la même chose que ce que je voyais à l'époque, ou presque, poursuivit Potter, le ton léger et mélancolique à la fois, et ces mots n'avaient aucun sens. Je suis entouré de ma famille – sauf que cette fois Dumbledore est là. Et Professeur Lupin aussi, il a toujours le porte-document rapiécé qu'il avait en troisième année. Et Sirius, » murmura-t-il, et Draco fut surpris par l'expression d'envie désespérée qui brillait dans ces yeux verts.
Il avait entendu des rumeurs reliant Potter au scandale de l'évasion de Sirius Black pendant la période qu'il avait passé aux côté du Seigneur des Ténèbres. En dépit des apparences, Draco s'était sentit concerné par la perte de son ennemi d'enfance, qui s'était retrouvé ainsi privé de toute figure paternelle. Cela dit, plus récemment, il s'était surtout sentit de nouveau de plus en plus jaloux.
« Heu..., commença-il, et eu la nette impression d'avoir été abandonné par son habituelle loquacité, je suis, heu, je suis désolé.
Et il était sincère. Cela le surprit. Cela l'inquiéta, également, et il continua de regarder partout sauf en direction du miroir, au risque de paniquer.
-On est tous désolés, n'est-ce pas ? » dit Harry – non Potter, franchement, qu'est-ce qui venait de le prendre ? Draco était pratiquement convaincu que Potter n'avait pas l'intention d'avoir l'air aussi moralisateur que ses mots pouvaient le laisser paraître, mais il choisit de suivre cette ligne d'interprétation parce que son rôle, après tout, était bien celui de la métaphorique bête noire du Sauveur du Monde Sorcier, quoi qu'en dise – reflète ? – le satané miroir.
-Oui, on est tous tellement désolés, répéta-t-il, arborant de nouveau un sourire sarcastique, et se sentant un peu mieux maintenant qu'il avait enfin réussit à écraser cet espèce de petit jappement interne sensé lui servir de conscience. Je parie que tu pleures dans ton lit chaque soir, complètement éperdu à l'idée d'avoir sauvé le monde entier et d'avoir par la même occasion assuré ta position en tant que héros le plus mal habillé de notre société.
Draco aurait pu continuer dans la même veine pendant un moment – et pourtant il sentit ses lèvres se coller l'une à l'autre lorsque Potter commença à le dévisager avec une minutie extrême.
-Est-ce que tu pleures dans ton lit le soir, Draco ? » demanda-t-il, et sa voix était tellement douce et serieuse que Draco en oublia presque d'être totalement outragé par l'emploi sans précédent de son prénom. Potter, cependant, n'attendit pas sa réponse, et de toute façon Draco n'en avait aucune de prévue. « Parce que moi oui. La plupart du temps je n'arrive pas à dormir.
Ne sachant que dire, ni que faire, Draco baissa le yeux, fuyant ce regard qui en voyait trop, et se massa le cou d'une main légèrement tremblante.
-D'après moi, c'est la raison pour laquelle tu viens ici, continua Potter, et Draco aurait pu parier n'importe quoi que ces yeux n'avaient pas bougé d'un centimètre. Ou du moins, celle pour laquelle tu es venu ici au départ. Et je pense que tu continues à venir pour la même raison que moi.
A ces mots, Draco leva abruptement la tête, et il fut pris au piège par le regard incisif qu'il rencontra.
-Pourquoi reviens-tu ? souffla-t-il, sentant la vieille sensation de panique revenir s'insinuer dans ses veines à la vitesse de l'éclair.
Potter, qui s'était assis plus confortablement entre temps, repris sa position agenouillée pendant quelques instants, les yeux posés sur Draco, une expression indiscernable sur le visage.
-Par curiosité. »
Et sur ces paroles, il se le va et quitta la salle de classe désaffectée. Draco, la tête baissée, écouta les bruits de pas s'éloigner, étouffés par le tapis usé jusqu'à la corde, et totalement incapable d'effacer de son esprit l'image d'une paire d'yeux scrutateurs et troublants.
1Formulation neutre en anglais (ni masculin ni féminin). Forcément, en français ça marche moins bien...
