Comme promis, la suite a été rapide (plus ou moins) à arriver ! :)

Encore merci à Ajanael pour sa review ! (La seule que j'ai reçu à vrai dire ! Allez, je suis sûre que vous pouvez faire un petit effort !!! Nous ne sommes tout de même pas que 2 ici à aimer nos frères d'armes ! ;))

Et régalez-vous avec ce nouveau chapitre !

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CHAPITRE 2


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POV Adelina :

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« Bien, apparemment, vos blessures semblaient plus graves que ce qu'elles ne le sont réellement, Miss Jones. », affirma l'infirmière qui s'occupait de moi.

J'acquiesçai en sentant mon corps commencer à sombrer doucement. Je réalisai que la fatigue et un lit aussi inconfortable représentaient un mauvais mélange pour moi. Je bougeai légèrement et je sentis la douleur me transpercer comme une lame chauffée à blanc, me réveillant aussitôt.

« Quand serais-je libre de partir ? », lui demandais-je.

Elle me jeta un coup d'œil. On m'avait fait prendre une délicieuse douche chaude, qui avait fait disparaître tout le sang. Cette infirmière m'avait appris que mon épaule avait été démise, mes deux chevilles foulées et que ma clavicule était fracturée. En dehors de tout cela, il n'y avait que les terribles ecchymoses et coupures que les allemands m'avaient infligées avec leurs pieds et les lames de leurs baïonnettes. C'était plus particulièrement affreux de mon épaule jusqu'à la courbe de ma mâchoire.

« Eh bien, ma chérie, si ça ne tenait qu'à moi, vous resteriez ici quelques jours pour vous reposer. », dit-elle, ne répondant qu'à moitié à ma question. Ses cheveux blonds tombaient sur ses épaules, me masquant ses yeux. Je lui jetai un regard soupçonneux.

« Que voulez-vous dire ? Ce n'est pas à vous, mon infirmière, de décider quand je pourrais partir ? », questionnai-je, légèrement énervée de ne pas comprendre ce qu'elle avait voulu dire. Un mouvement par-dessus mon épaule droite attira mon attention, et je me retournai. Debout devant l'entrée de la tente se tenait le lieutenant Speirs. Ses yeux errèrent sur les nombreux blessés avant de finalement se poser sur moi. Je pus voir le coin de sa bouche se relever, comme s'il allait sourire. Mais il redevint sérieux aussitôt. Je rougis violemment lorsque je le vis se diriger vers mon lit. Je m'agitai, anxieuse et ne regardai plus dans sa direction. C'était une chance que je puisse le revoir et je ne voulais pas passer ce moment à me ridiculiser. Sa tête s'inclina dans ma direction avant qu'il ne s'adresse à mon infirmière.

« Bonjour, infirmière. On m'a envoyé pour amener Miss Jones au major Strayer. », l'informa-t-il.

« Ne comprend-il donc pas que cette femme a besoin de repos pour se remettre de la raclée qu'elle a reçu ? », rétorqua mon infirmière avec colère. Le lieutenant Speirs encaissa sans broncher et ne répondit pas. Je devinai qu'il aurait probablement dû la réprimander pour ces mots. Après tout, il était officier. Il se tourna vers moi et faisant preuve d'une tendresse dont je ne l'aurais pas cru capable, prit ma main et m'aida à me mettre debout.

« Pouvez-vous marcher seule ? », demanda-t-il d'une voix basse et tranquille tout contre mon oreille. J'essayai de faire quelques pas mais mes chevilles se dérobèrent sous moi. J'attendis l'impact contre le sol mais des bras se refermèrent fermement autour de ma taille. Mes yeux s'agrandirent de surprise en découvrant le visage de Speirs à quelques centimètres du mien.

« Vous croyiez vraiment que j'allais vous laissez tomber ? », demanda-t-il, un léger sourire aux lèvres. Je rougis et secouai la tête sans répondre. Je me giflai mentalement. J'étais au beau milieu d'une guerre, dans les bras d'un homme séduisant et tout ce que je trouvais à faire était de rougir. Speirs sembla sentir mon malaise et se redressa, m'entraînant dans son mouvement. Un de ses bras était toujours enroulé autour de ma taille et il passa mon bras droit par-dessus ses épaules.

« Pas trop inconfortable ? », s'enquit-il, alors que nous faisions quelques pas. Je m'appuyais fermement sur lui et la douleur dans mes chevilles se réduisit à une sourde pulsation. Je souris.

« Ca va, merci. », marmonnai-je. Je n'aurais pu l'expliquer mais être dans ses bras, mon corps si proche du sien, était rassurant. Un formidable sentiment de sécurité inonda mon cœur. Comme si cette position était la plus normale du monde.

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Speirs POV :

Je sentais la chaleur de son corps à travers mon uniforme. C'était agréable et je fus instantanément heureux d'avoir été la première personne à croiser le major Strayer quand il avait exigé qu'on la lui amène. Je tentais de ne pas paraître heureux de notre proximité, mais je ne pense pas que j'y parvins complètement.

« Pas trop inconfortable ? », demandai-je en faisant quelques pas en avant. Je pus sentir son poids à mes côtés comme elle s'appuyait un peu plus sur moi. Elle me sourit.

« Ca va, merci. », me répondit-elle de sa voix calme et angélique. Tout à coup, elle secoua ses cheveux afin de les écarter de son visage. Une effluve me parvint et me mit aussitôt l'eau à la bouche. Elle sentait divinement bon, comme des fraises avec une touche de jasmin. Je me mordis la langue pour m'empêcher de la complimenter. J'en oubliais presque la promesse que je m'étais faite quelques heures auparavant. Je ne pouvais pas me permettre de distractions. Mais, mon Dieu, elle était si près et paraissait si bien près de moi, tout le contraire de ma femme. Lorsque cette dernière était fatiguée de parler et moi fatigué de l'écouter, les silences qui s'installaient entre nous étaient alors insupportables. Je secouai la tête, empêchant mon esprit de vagabonder. Mais c'était difficile. Cette femme avait le don de me troubler.

« Bien. », dis-je, à la fois pour elle mais aussi pour endiguer le flot de mes pensées tourbillonnantes. « Si la douleur est trop forte, prévenez-moi. »

« D'accord », répondit-elle. Nous commençâmes à marcher en silence vers la tente que le major Strayer m'avait indiqué. Je me rappelai que je ne connaissais même pas son prénom. Je me retins de le lui demander, pensant qu'elle pourrait croire que je m'intéressais à elle. Je n'osais pas m'avouer que je m'intéressais déjà à elle. A mon grand soulagement, ma curiosité fut stoppée comme nous arrivions devant la tente.

« Merci de m'avoir aidé, lieutenant Speirs. », me remercia-t-elle, comme nous nous arrêtions. Elle détourna la tête pour me regarder. Elle rougit quand elle vit que je l'observais déjà.

« Je veux dire, je sais que vous avez reçu l'ordre de m'amener ici. Mais vous n'aviez pas à m'aider à marcher. »

Elle babillait et rougissait, ses yeux à présent fixés sur ses mains. Je réalisai que je la rendais nerveuse. Je jubilai intérieurement mais n'en laissai rien paraître.

« Ce n'était rien. », répondis-je. Ses yeux s'agrandirent devant la froideur de ma voix. Mais je savais que si je me laissais aller avec elle, il n'en résulterait rien de bon pour nous deux. Je devais la repousser avant qu'il ne soit trop tard.

« Bien, je vais y aller. », dit-elle, ses yeux croisant furtivement les miens. Je tentai de garder mon masque d'indifférence. Cela sembla fonctionner puisqu'elle s'éloigna sans un mot de plus.

J'aurais pu me frapper de l'avoir blessée ainsi mais je m'éloignai silencieusement. Pas de distractions.

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POV Adelina :

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« Bien, je vais y aller. », dis-je. Je sentis mes joues rougir à nouveau comme je lui jetais un coup d'œil. Son visage ne semblait rien vouloir d'autre que je m'en aille et ne revienne pas. La froideur de son regard me transperça le cœur. A contrecoeur, je le quittai et entrai dans la tente.

« Ah, Adelina Jones, je présume ? », lança une voix.

Mon regard se posa sur un homme grand mais costaud. Il avait des cheveux bruns-roux et des yeux bleus, très clairs. Je lui souris faiblement et pris place sur le siège qu'il me désignait de l'autre côté du bureau, face au sien. Il tint mon siège un instant avant d'aller s'asseoir à son tour.

« Miss Jones, je suis le major Strayer. Je souhaite vous poser quelques questions avant de décider ce que je ferais de vous. », déclara-t-il. Je sus aussitôt que cet homme était franc, pour tout. Je souris légèrement.

« Bien sûr, major », répondis-je respectueusement. Il hocha la tête et croisa ses mains sur le bureau.

« Si j'ai bien compris, vous travailliez comme espionne pour le gouvernement britannique ? »

« Oui, Monsieur. »

« Et à qui faisiez-vous vos rapports ? »

« Au capitaine Kenneth Fields, Major. Il était en poste à Paris la dernière fois que nous avons été en contact. », expliquai-je.

« Je vois. Et y aurait-il quelqu'un d'autre avec qui je pourrais m'entretenir de votre poste et de votre mission ? »

Je lui jetai un regard suspicieux. Heureusement, il ne le vit pas. Que cherchait-il ? La confirmation que j'étais bien une infirmière de terrain allemande chargée de transmettre des informations utiles aux britanniques ? Bien sûr, c'est ce qu'il cherchait.

« Bien sûr. Major Dobie de la First British Airbone. C'est mon commandant, monsieur », dis-je. Le major Strayer hocha la tête et inscrivit tout çà sur un bout de papier.

« Très bien. Avant que vous partiez, n'y a-t-il rien que vous pourriez nous dire sur les unités allemandes postées près d'ici ? », demanda-t-il.

Je réfléchis un instant, luttant contre les souvenirs qui me submergeaient, et je me souvins finalement de ce qui m'était arrivé avant d'être battue. Je me concentrai et une conversation que j'avais eue avec un officier de l'unité allemande me revint en mémoire.

« Monsieur, si mes souvenirs sont bons, je pense que je pourrais certainement vous être utile. ». Les yeux de Strayer brillèrent d'excitation.

« Je suis ravi de l'entendre. »

« Monsieur, auriez-vous une carte de votre position ici ? », lui demandais-je, hésitante. A ma grande joie, il en saisit une posée sur le bureau et la déplia devant moi. Il m'indiqua notre position. J'examinai longuement et attentivement la carte, essayant de me rappeler la position de chaque chose.

« Très bien, je pense que c'est bon. », lui dis-je.

« Il y a pas mal d'allemands ici, sur un périmètre d'environ 300 mètres entre nous et la deuxième zone. », expliquai-je en lui montrant sur la carte. « Ces mitrailleuses tirent sur les hommes du débarquement à Utah. ». Je soupirai, à court de mots pour détailler la position des mitrailleuses.

« Auriez-vous un morceau de papier, Major ? », demandai-je. Il m'en tendit un avec un crayon. Je mordillai le bout du crayon avant de dessiner une sorte de L sur la page.

« Très bien, il y a deux mitrailleuses pour lesquelles je suis certaine, monsieur. Ici et ici », dis-je en dessinant deux larges croix sur le côté vertical du L. « Et si je me souviens bien, vous pouvez vous attendre à en trouver deux de plus là et là. » Je traçai deux autres croix sur la ligne horizontale du L.

« Ils ont aussi creusé des tranchées, qui leur donnent accès à toutes les mitrailleuses. », continuai-je en fléchant les tranchées pour lui.

Il fixa la carte puis me regarda.

« Merci, Miss Jones. Vous avez été très claire. », dit-il avec un grand sourire. Je lui rendis son sourire. Il récupéra le papier sur lequel j'avais dessiné et la carte.

« Tout cela ressemble à un boulot pour la Easy Compagnie. Souhaitez-vous venir avec moi vous entretenir avec le lieutenant Meehan ? » Je repris conscience de la douleur dans mes chevilles.

« Non, merci, major. Je préfèrerais retourner à l'infirmerie et me reposer un peu », répondis-je en secouant la tête. Il sourit.

« Bien sûr », admit-il, me congédiant d'un signe de tête. Je me levai et boitillai vers la sortie.

« Et merci à vous, Miss Jones. Vous nous avez été d'une grande aide. »

« C'est mon travail » dis-je simplement.

Je me sentais un peu perdue. Comme si donner les dernières informations que je possédais sur les allemands rendait réel le fait que je ne retournerais jamais à ce poste. J'avais été découverte par mon unité. Je ne pourrais donc jamais y retourner. Je découvris que mon cœur s'allégeait d'un poids. Beaucoup de ces allemands étaient en quelque sorte devenus des amis et leur mentir durant tout ce temps avait été dérangeant. C'était bon de redevenir soi-même sans avoir plus rien à cacher. Je soupirai longuement et tressaillit lorsqu'une voix m'interpella. Je la reconnus aussitôt et me tournai vers elle avec empressement. Si je savais que le lieutenant Speirs ne pouvait pas m'aimer, je devais admettre que j'avais un petit béguin pour lui. Il était d'une beauté sauvage et possédait une aura énigmatique qui m'avait attiré immédiatement.

« Lieutenant Speirs », m'exclamai-je en tentant de ne pas trop sourire. Un air étrange passa sur son visage. Il baissa les yeux vers ses bottes avant de reposer son regard sur moi.

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POV Speirs :

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Je marchais hors du campement lorsque je l'aperçus à nouveau. Je ralentis sensiblement l'allure afin que nous arrivions au croisement des chemins en même temps. Elle semblait profondément perdue dans ses pensées et je remarquai qu'elle tripotait un bouton de son uniforme. Je souris mais me repris aussitôt. Je devais faire plus attention avec mes sentiments à son égard. Soudain, elle soupira et je sentis mon cœur se gonfler d'une émotion que je ne sus identifier.

« Vous allez bien ? », demandais-je sans pouvoir me retenir. Elle se tourna vers moi en un éclair. Ses yeux se plissèrent légèrement quand elle les posa sur moi.

« Lieutenant Speirs, s'écria-t-elle, la surprise perçant dans sa voix. Elle sourit mais semblait hésitante. Je ne savais pas à propos de quoi mais ma curiosité envers elle en fut redoublée. Je réalisai que je ne connaissais toujours pas son nom et je me mordis la langue pour me taire.

« Miss Jones », dis-je sur un ton que j'espérais indifférent. Maintenir mon apparence indifférente auprès d'elle était de plus en plus difficile et je détestais la culpabilité qui m'assaillait lorsque je lui parlais. J'aurais souhaité être moi-même avec elle mais je me connaissais. Quand je voulais quelque chose, je mettais tout en œuvre pour l'obtenir. Et je voulais cette fille plus que je n'étais disposé à l'admettre. Je devais donc la repousser en faisant semblant d'être totalement indifférent.

« Vous quittez le camp ? », demanda-t-elle soudain. Mes yeux la fixèrent. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine quand je réalisai qu'elle s'intéressait à moi. Elle avait remarqué la direction que j'avais prise. Je baissai les yeux avant de les reposer sur elle. Je serrai le paquet de cigarettes dans ma main.

Fumait-elle ? Approuverait-elle que je fume ?

Je lui tendis le paquet et elle secoua la tête en souriant.

« Non merci, mon lieutenant, je ne fume pas. », déclara-t-elle.

« Moi non plus. », répliquai-je et je me giflai mentalement en réalisant que j'étais en train de flirter avec elle. Elle se mordit les lèvres et rigola.

« Alors pourquoi diable avez-vous un paquet entier dans la main ? » me dit-elle. Je souris et haussai les épaules. Elle ne croyait pas un mot de ce que je lui avais dit. Une minute s'écoula sans qu'aucun de nous ne parle. Elle mordit ses lèvres à nouveau. Je ne pouvais dire ce que déclenchait ce geste en moi. Je secouai la tête et sourit.

« Je devrais y aller. », ai-je dit. Et sans lui laisser le temps de répondre, je m'éloignai. Je ne pouvais rester près d'elle plus longtemps sans faire quelque chose que j'aurais regretté. Alors je fis la seule chose possible : partir.