Bonjour,

Voici le 2ème chapitre et le premier du point de vue de Dean. On en apprend un peu plus sur lui et Jesse fait son apparition.

Merci de continuer à me lire, à m'écrire ... vous êtes absolument géniaux !

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Highway to hell de ACDC

Chapitre 2 : Ennui

« L'ennui est un des visages de la mort »

Julien Green

Dean Winchester n'avait pas à se plaindre. Il n'avait jamais vécu d'expérience traumatisante. Avait un travail qu'il aimait. Un frère dont il était incroyablement fier et qu'il aimait plus que tout au monde. Il avait quelques amis. Un don pour le dessin qui lui permettait d'en vivre. Il n'avait pas eu d'enfance particulièrement difficile. Il avait perdu sa mère trois ans plus tôt d'un cancer mais il n'était pas le seule personne au monde à avoir affronté un deuil. Son père était toujours vivant et habitait toujours dans leur ancienne maison au Kansas. Ils étaient plus ou moins proches même si John Winchester avait quelques difficultés à accepter l'homosexualité assumée de son fils.

Il n'avait jamais été rejeté par qui que ce soit. N'avait vécu aucune rupture difficile. Il était célibataire mais n'y voyait aucun problème. Il avait vingt cinq ans et refusait catégoriquement de s'engager. Il avait toutes les raisons d'être heureux. Il aurait du l'être. Mais il ne l'était pas.

Il n'était pas dépressif. Sam l'avait forcé à voir un psychologue quelques années plus tôt pour tenter de comprendre pourquoi rien ne l'intéressait vraiment et pourquoi il avait la sensation de vivre en marge du reste du monde. Le médecin le lui avait assuré. Il n'était pas malade. Déprimé oui mais pas dépressif. Il avait eu droit à des somnifères et des relaxants. Mais pas à quoi que ce soit de plus fort.

Dean ne comprenait pas vraiment pourquoi il était comme il était. Mais puisque son frère était inquiet pour lui, il avait pris l'habitude de jouer un rôle avec lui. Il faisait comme si tout allait bien. Comme si sa petite déprime n'avait été que passagère. Il s'inventait une vie quand il était au téléphone avec lui. Il ne partageait pas le malaise qui continuait de le ronger de l'intérieur.
Et puisqu'il ne pouvait rien faire pour effacer ce vide au fond de lui, il choisit de le remplir avec n'importe quoi. Ce fut le sexe d'abord. Des hommes qu'il trouvait dans des bars et ramenait chez lui pour la nuit. Il y eut l'alcool ensuite. Il buvait jusqu'à ne plus se souvenir de son prénom. L'effet était temporaire mais il était efficace. Rapidement, le jeune homme développa une addiction qui manqua de lui coûter la vie quand il échoua dans un fossé avec sa voiture et trop de grammes d'alcool dans le sang.

Il ignora le problème autant qu'il le put et ajouta rapidement la drogue à sa première addiction. Jamais rien de trop fort. Rien qui ne puisse altérer sa santé. Il évita donc la cocaïne et l'héroïne. Opta pour des drogues dites douces. L'herbe principalement. L'ecstasy quand il voulait se lâcher. La méthamphétamine enfin quand il pouvait se la payer.

Rapidement, ses deux addictions prirent le contrôle de sa vie. Il n'avait plus vraiment conscience de ce qui se passait autour de lui. Il se rendit une fois au travail complètement ivre et manqua de se faire renvoyer. Il promit alors de faire le nécessaire pour se débarrasser de cette addiction.

Il rejoignit un groupe de parole similaire aux alcooliques anonymes. Il ne se sentait pas capable de tout arrêter mais pouvait au moins freiner sa consommation de whisky. Les premiers jours, il refusa de parler. Refusa même de donner son nom.

Puis il rencontra Jesse. La première fois où ses yeux se posèrent sur lui, Dean se mit en tête de le séduire. Ils avaient le même âge. Et Jesse était très séduisant. Il semblait confiant et fort. Il avait une cicatrice sur le côté du visage qui le rendait incroyablement sexy. Par dessus tout, il avait visiblement traversé l'enfer. Et Dean le voyait comme un héros. Comme quelqu'un de fort et de fascinant. Malheureusement – ou heureusement d'ailleurs – Jesse était hétérosexuel et il lui fit rapidement comprendre qu'il n'était pas du tout intéressé. Ils devinrent amis à la place. Et Jesse prit le rôle de sponsor pour Dean. Il l'appela régulièrement les premières semaines pour lui demander de l'aide. Quand l'envie de vider une bouteille devenait trop forte, il partait le retrouver pour chercher un peu de réconfort. Jesse était toujours là pour lui.

Dean apprit à le connaître au fils des mois. Son ami n'en disait que très peu sur lui à chaque fois. Mais Dean réussit à accumuler les informations le concernant jusqu'à pouvoir avoir une image proche de ce qu'il avait vécu dans le passé.

Comme il l'avait deviné, Jesse avait traversé l'enfer. Il ne lui en avait jamais dit beaucoup sur ce qu'il avait vécu par le passé. Il refusait même catégoriquement d'en parler. Mais Dean n'était pas stupide. Il savait que ce qu'il cachait était grave. Sans doute illégal. Il avait probablement perdu quelqu'un de cher. Il avait été abusé, utilisé et probablement torturé si Dean s'en tenait aux cicatrices sur son visage. Jesse avait connu l'enfer mais il avait réussi à s'en sortir. Il était un exemple à suivre.

Car malgré tout ce qu'il avait vécu, il avait trouvé la force de prendre la fuite et de se construire une vie ailleurs. Il avait fini par poser ses valises à New York. Il avait été lui même accroc à la drogue durant de longues années mais avait fini par vaincre son addiction. Il était un vraiment un modèle pour tous les autres. Car malgré tout ce qu'il avait traversé, il continuait de garder espoir. Il continuait de se battre. Dean espérait pouvoir devenir comme lui un jour.

Jesse l'aida à se débarrasser de l'alcool pour de bon. Mais Dean ne lui demanda jamais de l'aider à arrêter la drogue. Il ne le voulait pas. Jesse n'était pas dupe. Il savait bien que son ami en consommait régulièrement. Mais ils n'en parlaient presque pas. Il semblait déterminé à le laisser prendre cette décision seul. Il semblait convaincu qu'il finirait par comprendre par lui même. Il avait tort.

Dean trouvait heureusement un refuge dans son travail. Ce n'était pas la carrière dont il rêvait quand il était enfant. Il avait voulu devenir pompier puis travailler pour des studios d'animation. Mais il savait qu'il y avait très peu d'élus. Il avait besoin d'argent. Devenir tatoueur s'était imposé à lui quand il avait commencer à se faire graver des dessins sur la peau. Il avait commencer par le torse. Puis le dos. Les bras et les jambes. Aujourd'hui, son corps était devenu une toile vivante. Une carapace disait Jesse. Dean préférait ne pas trop se poser la question.

Il avait accepté de travailler avec Benny Laffite qui l'avait tatoué à son arrivée à New York. Ils n'étaient pas nombreux dans le salon. En plus de son patron et de lui, il y avait Charlie qui s'occupait des piercings et Ash qui n'était là que quelques jours par mois. La boutique tournait à plein régime et Dean ne manquait pas de clients. Il aimait l'endroit et il aimait la population qui fréquentait le magasin.

Mais bien que tout semblait en place dans sa vie, il continuait d'avoir la sensation que quelque chose lui manquait. Il était las. Fatigué. Il s'ennuyait. Sa vie ne le satisfaisait pas et il ne savait pas comment faire pour changer cela. Il avait la sensation d'avoir tout tenté. Rien ne fonctionnait durablement. Et plus les jours passaient plus il manquait de motivation pour faire de nouvelles expériences. Pour trouver une solution.

Sa rencontre avec Castiel avait été une bénédiction. Voir le jeune homme debout du le muret, prêt à sauter, lui avait fait prendre conscience qu'il prenait probablement les choses dans le mauvais sens. La solution ne se trouvait probablement pas en lui. Il voulait croire qu'elle était peut être symbolisée par cet homme qu'il connaissait à peine mais qui traversait à peu de choses près les mêmes choses que lui. Un homme avec qui il voulait lier son destin pour une année. Il voulait croire que cela suffirait à donner un sens à sa vie.

Trois jours s'étaient écoulés depuis leur rencontre. Dean n'avait pas eu de nouvelles de son compagnon. Il allait devoir encore attendre quatre jours pour avoir sa réponse. Il espérait sincèrement qu'elle serait positive.

Dean n'avait pas menti à Castiel. Il n'avait pas l'intention de le forcer à dire « oui ». Il ne lui ferait pas de chantage. Il n'avertirait pas la police quant à ses projets. Si Castiel lui disait « non », il ne prendrait jamais contact avec lui. Il le laisserait se suicider si toutefois il en avait toujours envie. Dean respectait bien trop les gens comme Castiel. Il savait combien il pouvait être dur parfois de trouver une raison de vivre. Il n'avait jamais lui même tenter de se suicider. Mais il n'ignorait pas qu'il s'agissait là d'une possibilité.

Comme à son habitude, Dean était penché sur son carton à dessin le matin du troisième jour suivant sa rencontre avec Castiel. Il travaillait sur un tatouage pour une cliente qui devait venir à la fin de la semaine. Il était encore tôt et la boutique n'était pas ouverte au public. Dean était seul à l'arrière pendant que Benny faisait un tour pour vérifier leur stock d'encres et d'aiguilles.

Il n'y avait que très peu de règles à respecter au sein du salon. Benny était un patron plutôt très accommodant. Il acceptait à peu près tout de ses employés. Et il semblait réellement tenir à garder Dean. Il tolérait donc ses absences et ses retards. Il acceptait également qu'il refuse des clients quand leur projet lui semblait inintéressant. Il lui interdisait uniquement de venir au travail sous l'effet de la drogue qu'il ne se cachait pas de consommer. C'était finalement peu demander. Et plutôt tout à fait raisonnable.

Benny était un patron génial et Dean un employé déplorable. Il le savait. Et il ne faisait rien pour changer. Il n'en avait pas envie. Il était persuadé que sa vie lui échappait. Qu'elle se déroulait sans lui demander son avis. Et puisqu'il se sentait majoritairement vide à l'intérieur, il refusait de faire des efforts.

La musique autour du jeune tatoueur résonnait dans l'arrière boutique. Comme le plus souvent, elle provenait de sa collection personnelle. Il refusait catégoriquement qu'on le soumette à la torture d'écouter la radio. D'entendre des chansons actuelles qu'il trouvait stupides et ennuyeuses à souhait. Aujourd'hui, il avait opté pour ACDC. Une valeur sûre. Highway to hell. Dean avait toujours aimé cette chanson. Elle semblait parler de lui. Il était convaincu que s'il existait réellement une route qui menait tout droit à l'enfer, il était dessus et en première ligne. Il fonçait tête baissée dans cette direction et il s'en contrefichait totalement.

- Dean, je te jure que si je dois écouter cet album une fois de plus, je devrais te tuer, commenta Benny en entrant dans l'arrière boutique.

Le jeune homme ne leva pas la tête pour regarder son patron et continua à dessiner. Il signala toutefois qu'il avait entendu Benny en commençant à chanter par dessus Brian Johnson aussi fort et faux que possible. Énerver son patron était une des rares choses qui l'amusait. Ca et fumer un joint. Mais puisqu'il ne pouvait pas en allumer un au travail, il devait se contenter de ça.

- Si tu n'étais pas aussi doué, tu serais déjà dehors tu sais, rappela Benny pour la centième fois depuis qu'il avait engagé Dean.

- Mais je suis le meilleur, répliqua le jeune homme aussitôt.

Il savait que sa réputation était faite et qu'il n'aurait aucun mal à se faire embaucher ailleurs. Il emmènerait ses clients avec lui et Benny ne pouvait pas se le permettre. Dean avait probablement tort d'en jouer de la sorte. Mais il ne se sentait plus coupable de le faire depuis longtemps maintenant.

- Tout serait tellement plus facile si ce n'était pas le cas, souffla finalement Benny en s'approchant de lui.

Dean n'avait pas honte de dire qu'il n'était probablement pas quelqu'un de bien. Il l'avait accepté depuis un moment maintenant. Il mentait. Il abusait de la confiance des gens. Il avait fait du mal à des inconnus. Et il ne se montrait jamais sympathique juste par politesse. Peu de gens l'appréciaient vraiment. Mis à part Jesse, aucun ne semblait vouloir devenir ami avec lui. On le supportait tout au plus. Et généralement à contrecœur. Parce qu'on n'avait pas d'autres choix.

- C'est superbe, déclara Benny qui était à présent penché au dessus de son épaule.

Dean détestait qu'on le regarde travailler mais il ne dit rien. Il savait que son travail était excellent. Le dessin allait plaire à sa cliente. Il n'avait aucun doute sur ce point. Orgueilleux. C'était un autre de ses défauts. Dean en avait une liste longue comme le bras.

- J'ai quelque chose pour toi, ajouta ensuite son patron.

Dean ne lui accorda toujours aucune attention. Il était concentré sur ce qu'il faisait et se fichait un peu de ce que Benny avait à lui montrer. Il changea toutefois d'avis quand ce dernier jeta une feuille de papier sur le bureau au dessus duquel il était penché. Il s'agissait d'un dessin. Dean le reconnut aussitôt. Deux ailes noires dont les détails avaient été magnifiquement travaillées. Entre elles, le nom de sa mère. C'était son prochain tatouage. Il avait lui même fait le dessin mais avait tout de même demandé à Benny de le retravailler. Il n'avait confiance qu'en lui pour le reproduire ensuite sur sa peau. Il avait déjà choisi l'emplacement. Juste au dessus de l'os de sa hanche droite. Un des rares endroits où il n'avait rien pour le moment.

- J'espère que ça te plaît, avança alors Benny qui se tenait toujours dans son dos.

Dean observa longuement le dessin avant d'hocher la tête. Il avait hésité avant d'opter pour ce dessin. Il n'était pas sûr de vouloir faire graver le nom de sa mère décédée sur sa peau. Mais après s'être rendu sur sa tombe trois mois plus tôt, il en avait ressenti le besoin. Il voulait conserver quelque chose d'elle. Ne surtout pas risquer d'oublier son existence. Il avait d'abord pensé opter pour son visage. Il pouvait le reproduire à partir d'une photo. Mais il avait peur que le résultat ne soit pas à la hauteur. Sa mère était incroyablement belle et aucun tatouage ne pourrait tenir la comparaison. Il avait donc choisi de s'en tenir à son nom, sa date de naissance et sa date de mort. Le tout entouré des ailes d'un ange. Dean n'était pas croyant. Mais Mary lui disait tout le temps quand il était petit que les anges veillaient sur lui dans son sommeil. Et il estimait que c'était là l'hommage idéal.

- Je peux m'y mettre maintenant si tu as fini. J'ai tout ce qu'il faut ici.

Dean reposa alors son crayon et hocha à nouveau la tête. Benny s'éloigna pour préparer ce dont il avait besoin et le jeune homme en profita pour étudier à nouveau le dessin. Il était parfait. Exactement ce qu'il avait imaginé quand l'idée lui était venu. Il était presque sûr que sa mère aurait aimé. Bien sûr, elle aurait sans doute été nettement moins emballée par le reste de ses tatouages. Et par ses piercings. Mais il était adulte et il avait le droit de faire ce qu'il voulait.

Benny revint quelques minutes plus tard pour préparer le transfert qu'il appliquerait sur la peau de Dean. Ce dernier retira alors son tee shirt et partit s'installer sur le fauteuil. Il abaissa le dossier pour être allongé et défit son jean. Il le baissa sensiblement puis en fit de même avec son boxer. Quand l'os de sa hanche fut visible, il s'immobilisa et attendit patiemment que Benny revienne.

- Tu sais, avec le temps, tu es devenu une véritable publicité ambulante pour ce salon. Je devrais te forcer à travailler en caleçon. Tu pourrais être mon homme sandwich, plaisanta Benny en prenant place sur la tabouret à côté de Dean.

Ce dernier secoua la tête, vaguement amusé.

- Je ne voudrais pas causer une émeute, répliqua t-il.

Benny grimaça mais ne dit rien. Il appliqua le transfert sur la peau de son employé après avoir désinfecté la zone. Il enfila ensuite ses gants et attrapa son pistolet pour tatouer. Quand il l'alluma, Dean sourit. Il aimait le bruit de la machine. C'était familier et apaisant. Presque autant qu'un bon joint. Le jeune homme n'ignorait pas qu'il avait un côté masochiste. Cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas exploré avec un partenaire. Il était peut être temps de retenter le coup.

- Ok, alors, quoi de neuf ? Demanda Benny quand il commença à dessiner.

Dean n'aimait qu'on lui parle pendant qu'on le tatouait. Il n'aimait pas non plus faire la conversation pendant qu'il tatouait. Il préférait écouter de la musique et le buzz de la machine. Mais Benny était bavard. Il détestait le silence.

- Rien du tout vieux et tu le sais. La routine.

- La routine ? Ce mot n'a jamais été applicable pour toi, intervint Benny.

Dean devait admettre que ce n'était pas entièrement faux. Il n'avait pas une vie ordinaire. Il ne rentrait pas dans les cases que la société avait créées pour différencier les gens normaux de ceux qui ne l'étaient pas. Il vivait au jour le jour sans jamais rien planifier. Il lui arrivait souvent quelque chose. Et il savait que Benny adorait entendre ses histoires. Principalement parce qu'elles le rassuraient sur lui même. Lui donnait un sentiment de sécurité. Dean n'enviait pas la vie de son employeur. Il n'enviait pas le fait qu'il soit marié et père de famille.

- Bon peut être que ce n'est pas entièrement vrai. Mais ne te fais pas d'idées … il ne m'est rien arrivé de très excitant ces derniers jours. J'ai juste rencontré quelqu'un et …

- Rencontré quelqu'un ?

La surprise évidente dans le ton de Benny énerva Dean. Il croisait des tas de gens tous les jours. Bien sûr, il ne lui en parlait pas à chaque fois. La plupart était totalement sans intérêts. Mais il ne voyait pas ce qu'il y avait d'aussi surprenant au fait qu'il puisse avoir discuté avec un inconnu.

- Rencontré quelqu'un oui.

- Quelqu'un d'intéressant ? Demanda alors Benny en souriant.

Dean haussa les épaules. Il ne connaissait pas vraiment Castiel. Il n'en savait pas suffisamment sur lui pour le classer dans la catégorie des gens « intéressants » ou non. Il avait toutefois envie d'en apprendre plus sur lui. Si le jeune homme lui donnait son accord pour son plan, il en aurait l'occasion. Une année, c'était suffisamment long.

- Juste quelqu'un pour le moment et non, il ne s'agissait pas du genre de rencontre que tu imagines. Juste … une coïncidence et peut être … à vrai dire, je n'ai pas vraiment envie d'en dire plus pour le moment.

Benny grogna une seconde avant de laisser tomber. Il avait fini le contour de la première aile et s'attaquant maintenant à la seconde. Dean ferma les yeux, prêt à utiliser le temps dont il disposait pour faire une courte sieste. Il n'en eut toutefois pas l'occasion. Le bruit de la porte du magasin qu'on ouvrait le força à rouvrir les yeux.

- Ici, lança Benny pour ne pas avoir à s'arrêter.

Dean écouta la personne se rapprocher. Il se fichait qu'on puisse le voir ainsi. Il n'avait aucun complexe sur son physique. Et ses tatouages couvraient de toute façon la quasi totalité de son torse. Il ne se sentait jamais nu même quand il ne portait aucun vêtement. Les autres avaient probablement raison. Il les voyait comme une carapace.

- Salut !

Dean reconnut la voix de Jesse avant de voir son visage. Il sourit aussitôt, content que son sponsor soit venu le voir. Il lui fit signe d'approcher quand son ami fut dans l'encadrement de la porte. Benny avait accepté depuis un moment maintenant qu'il rende visite à Dean régulièrement. Il lui demandait juste de ne pas distraire le jeune homme quand il travaillait.

- Oh, encore un ? Demanda Jesse en prenant place sur un autre tabouret en face de Benny.

Il avait lui même quatre tatouages. Trois dataient de son ancienne vie comme il aimait à le dire. Le quatrième avait été fait par Dean. Une simple date. Jesse ne lui avait jamais dit ce qu'elle signifiait et Dean ne lui avait pas demandé.

- Hé, tant qu'il y a de la place, je n'ai pas l'intention de m'arrêter, expliqua t-il en souriant à Jesse.

Ce dernier hocha la tête en regardant Benny travailler. Ils restèrent silencieux durant de longues secondes avant que Jesse ne prenne finalement la parole.

- Tu as manqué la dernière réunion, rappela t-il d'une voix neutre.

Dean n'avait pas caché à Benny qu'il faisait parti d'un groupe de soutien. Il n'avait pas honte d'avoir été accroc à l'alcool. Ou de l'être toujours à la drogue. Il assumait pleinement chacun de ses choix. Même les plus mauvais.

- Il a rencontré quelqu'un, intervint alors Benny.

Dean lui jeta un coup d'œil, agacé qu'il réponde à sa place. Agacé également qu'il annonce cela comme si ça avait de l'importance. Le jeune homme n'était pas encore sûr que sa rencontre avec Castiel changerait quoi que ce soit dans sa vie. Il aurait préféré ne pas évoquer le sujet avec Jesse avant d'avoir la réponse de son compagnon. Mais il était évident que Benny se fichait de savoir ce qu'il voulait ou non.

- Ah vraiment ? Demanda alors Jesse, visiblement curieux.

Dean foudroya Benny du regard avant de reporter son attention sur son sponsor et ami. Il n'était pas gêné à l'idée de parler de Castiel avec lui. Il disait tout à Jesse. Les rares fois où il avait tenté de garder un secret, son ami l'avait deviné dans la seconde. Puis lui avait fait une longue leçon de morale qu'il ne risquait pas d'oublier de si tôt.

« Comment peux tu espérer que je t'aide si tu ne me dis pas tout Dean ? Montre toi honnête ou oublie moi. C'est aussi simple que ça. »

Dean n'avait plus jamais menti à son sponsor. Et il aurait fini par lui parler de Castiel. Il avait seulement espérer le faire sans témoins. Car il savait parfaitement qu'en évoquant les circonstances de leur rencontre, Jesse en viendrait à aborder un sujet que Dean voulait éviter. Dont il préférait ne plus jamais parler. Malheureusement pour lui, il ne pouvait pas reculer à présent.

- Vraiment oui et j'aimerais assez que vous arrêtiez de faire comme si c'était une incroyable surprise. Je ne suis pas asocial.

- Non mais tu n'es pas franchement ouvert à tisser des liens non plus, précisa Benny en s'attaquant au nom de la mère de Dean.

Dean soupira longuement pour marquer son agacement. Il savait bien que son patron n'avait pas entièrement tort. Il n'aimait pas forcément se faire des amis. Il n'en avait pas besoin. Il croisait beaucoup de gens, discutait avec certains et ignorait complètement les autres. Il ne voyait pas l'intérêt de perdre du temps avec des personnes inintéressantes quand on n'avait pas l'intention de coucher avec elles. Castiel avait été le premier depuis un moment avec qui il avait parlé sans penser une seule seconde au sexe.

- Ce que Benny cherche à dire ... commença alors Jesse.

- Oh je sais parfaitement ce que Benny cherche à dire, le coupa Dean.

Il savait combien son sponsor aimait jouer les médiateurs. Il en avait pris l'habitude depuis qu'il fréquentait le groupe de soutien. Il était souvent pris au sein d'une dispute et finissait par calmer tout le monde. Il aurait pu devenir psychologue. Mais il ne semblait pas enclin à reprendre ses études. Toutefois, il mettait ses talents au service de Dean très souvent. Il l'avait ainsi tiré de beaucoup de situations délicates.

- Ce qu'il veut te dire, c'est que généralement tu ne dis pas « j'ai rencontré quelqu'un » comme ça … tu commences plutôt par quelque chose du genre « devinez avec qui j'ai couché » ou « je vous ai parlé de ce type qui m'a fait ce truc incroyable l'autre soir ? ».

Il n'y avait aucune méchanceté dans les propos de Jesse et Dean ne fut pas vexé de l'entendre dire tout cela. Il haussa donc les épaules en baissant les yeux pour voir la progression du tatouage sur sa hanche.

- Enfin bref … je n'ai pas couché avec ce type et …

- Pas encore, l'interrompit Benny en souriant.

Dean ne comprenait pas pourquoi il cherchait à l'énerver de la sorte aujourd'hui. Peut être cherchait il à lui faire payer son obsession avec l'album d'ACDC qui passait en boucle dans le salon depuis son arrivée. Ou peut être pour quelque chose de désagréable que Dean avait fait récemment et dont lui ne se souvenait pas vraiment. Dans tous les cas, cela commençait à l'agacer sérieusement.

- Tu ne devrais pas te concentrer sur ce que tu fais ? Demanda t-il un peu froidement.

Benny utilisa sa main libre pour mimer une fermeture éclaire au niveau de sa bouche avant de recommencer à dessiner les contours des lettres du prénom de la mère de Dean. Une bonne chose de faite. Le jeune homme se concentra à nouveau sur Jesse.

- Donc, comme je disais … je n'ai pas couché avec ce type et je n'en ai même pas envie d'ailleurs. On a juste discuté et s'il le souhaite, on discutera à nouveau. Rien de plus. Ne va pas te faire de films et ne va pas imaginer quoi que ce soit. Il n'est pas mon ami et il n'est pas non plus mon âme sœur.

Jesse leva ses deux mains devant lui comme pour signifier qu'il n'avait pas l'intention d'imaginer quoi que ce soit. Puis il adressa un large sourire à Dean qui semblait indiquer tout l'inverse. Dean aimait Jesse comme un frère. Il aurait donné sa vie pour lui comme pour Sam. Mais il était agacé quand son ami se comportait de la sorte avec lui. Quand il agissait comme s'il savait mieux que Dean ce qu'il pensait et ressentait. Ce dont il avait besoin. La plupart du temps, il avait raison. Mais il lui arrivait également de se tromper. Comme à cet instant précis. Il était temps pour Dean de remettre les choses dans leur contexte et de s'expliquer un peu.

- Je l'ai rencontré sur le toit d'un immeuble alors qu'il s'apprêtait à sauter alors … le sexe n'était définitivement pas à l'ordre du jour. De surcroît, je pense qu'il est hétéro. Parce qu'il a réagi bizarrement quand il a compris que j'étais gay et … il est visiblement suicidaire et dépressif et … j'ai juste … j'ai pensé que discuter avec moi lui ferait du bien.

- Tu l'as empêché de sauter ? Demanda alors Jesse, visiblement surpris à nouveau.

Dean fut vexé qu'il semble aussi étonné par cette idée. Il se demandait parfois si Jesse aussi pensait qu'il n'était pas quelqu'un de bien. Qu'il le voyait comme quelqu'un de mauvais. Il se fichait que Benny puisse le croire. Mais il n'aimait pas l'idée que son sponsor et ami puisse en être arrivé à la même conclusion. Même si lui même ne se définirait jamais comme un homme bon.

- Non mais je ne l'ai pas poussé non plus si c'est ce à quoi tu t'attendais. Je lui ai laissé le choix et puisqu'il n'a pas sauté, on a parlé. Je lui ai proposé un marché. Une année entière à relever des défis pour voir s'il ne peut pas trouver un sens à sa vie. Et si rien ne change, je le laisserais sauter. Je ne suis pas sûr qu'il acceptera. Il est peut être déjà mort à l'heure qu'il est. Alors …

Jesse détourna les yeux une seconde visiblement perplexe. Benny semblait enfin avoir décidé de se taire. Dean apprécia le silence le temps que cela dura. Il commençait à avoir un peu mal à la hanche. Sa peau le cuisait et le tiraillait. Mais c'était une sensation qu'il avait appris à aimer. Il n'aurait jamais fait autant de tatouages si ce n'était pas le cas.

- Pourquoi étais tu sur ce toit ? Demanda finalement Jesse après de longues secondes de silence.

Dean n'avait pas imaginé que c'était ce point que son ami retiendrait dans tout ce qu'il avait dit. Mais il avait su en revanche que le sujet viendrait inévitablement sur le tapis. Peu importait le temps qui s'était écoulé depuis l'incident. Il était encore très frais dans la mémoire de son ami. Et dans la sienne également. Même s'ils n'en tiraient définitivement pas les mêmes conclusions.

- J'y vais parfois pour fumer … pour échapper au monde en bas et pour observer les étoiles.

Ce n'était pas un mensonge. Il aimait l'endroit pour son calme. Il était difficile de trouver un lieu où on n'était pas entouré dans une ville aussi active et dynamique que New York. Et Dean ressentait parfois le besoin de s'isoler. Il pouvait le faire chez lui où il vivait heureusement seul. Mais l'endroit lui faisait souvent penser à une prison. Quand il voulait du calme, il se rendait sur ce toit et se laissait envahir par le silence pendant des heures. Il savait bien que Jesse ne le croirait pas. Qu'il se ferait des idées. Mais il ne le laisserait pas faire.

- Observer les étoiles ? Tu es sûr de ça ?

La question était posée de sorte à le forcer à dire la vérité. Mais Dean n'avait pas menti. Il n'avait pas songé une seule fois à sauter en montant sur le toit. Il n'avait pas envie de mourir ce soir là. Pas plus que la majeure partie du temps.

- Oui j'en suis sûr … je n'étais pas là haut pour faire le grand saut. Je te l'ai déjà dit des centaines de fois … je ne veux pas mourir. Du moins pas souvent … et le jour où j'aurais vraiment envie de le faire, tu seras le premier averti.

Jesse soupira longuement, visiblement agacé à présent. Dean devait reconnaître qu'il fallait savoir être patient pour parvenir à composer avec lui. Il n'était pas facile à supporter. Il avait tendance à décourager les gens qui essayaient de s'intéresser à lui. Mais Jesse avait tenu bon. Il avait vu quelque chose chez Dean qui lui avait donné envie de rester. Le jeune homme se demandait souvent quoi.

- Tu ne m'as pas averti la dernière fois, lâcha finalement Jesse.

Benny leva alors la tête du tatouage qu'il commençait doucement à remplir. Dean ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez une seconde. Il n'avait jamais abordé ce sujet avec son employeur. Parce qu'il n'y avait rien à dire. Dean n'avait pas voulu mourir. Il avait simplement commis une erreur de dosage. Il l'avait expliqué à Jesse mais son ami refusait de le croire. Il continuait de penser que Dean avait tenté de mettre fin à ses jours.

- Il n'y a pas de dernière fois Jesse. Je n'ai jamais voulu mourir. J'ai fait une overdose mais elle était accidentelle. Combien de fois faudra t-il que je te le répète ?

Dean appréciait sincèrement que Jesse s'inquiète pour lui. Il aimait savoir qu'il pouvait compter sur lui. Que son ami se souciait réellement de son bien être. Mais là, il était ridicule. Il semblait tellement persuadé que Dean était dépressif et suicidaire qu'il voyait chacune de ses erreurs et chacun de ses choix comme des appels au secours déguisés. Dean trouvait cela agaçant.

- Peut être encore disons … un million de fois et encore je ne crois pas que ça changerait grand chose ! J'ai du appeler une ambulance parce que tu étais évanoui dans ton propre vomi avec suffisamment de drogue et d'alcool dans le sang pour tuer un cheval alors … accidentelle mon œil oui !

Dean se souvenait parfaitement de cette soirée. Du moins de la façon dont elle avait commencé. Il avait rencontré un type charmant et il l'avait ramené chez lui sans hésiter. Ils avaient couché ensemble, bu, fumé et couché ensemble à nouveau. Dean ne se souvenait plus vraiment de ce qui avait suivi mais il se rappelait parfaitement avoir accepté un cachet d'ecstasy qu'il avait avalé avec la moitié d'une bouteille de whisky. Le reste n'était pas clair. Il avait du finir par perdre connaissance. Le type était parti et Dean s'était réveillé dans un lit d'hôpital, Jesse assis sur une chaise à côté de lui, inquiet et furieux.

- Je me fiche que tu me crois ou non de toute façon parce que je sais ce que je dis. Je n'ai pas voulu mourir … ni ce soir là ni quand j'ai rencontré Castiel. Et franchement, si c'est tout ce que tu trouves à me dire, je préfère encore que tu partes.

Dean tourna le visage vers Benny qui n'avait toujours pas recommencé à le tatouer et qui semblait totalement absorbé par ce qu'il entendait.

- Quant à toi, au travail … on ouvre dans une heure et j'ai des rendez vous.

Benny hocha alors la tête et se remit au travail sans discuter. Parfois Dean se demandait qui était réellement le patron de ce salon. Il soupira longuement puis laissa sa tête basculer en arrière et ferma à nouveau les yeux. Bien sûr, il aurait du se douter que Jesse ne laisserait pas tomber aussi facilement cette conversation.

- Ok, faisons comme si je te croyais … qu'est-ce que tu comptes faire pour ce Castiel ? Je veux dire … tu ne vas quand même pas le laisser se suicider maintenant que tu sais qu'il en avait envie hein ? Tu dois savoir ce qu'est la « non assistance à personne en danger » avec un frère bientôt avocat.

Dean savait effectivement qu'il était légalement tenu de signaler Castiel à la police. Mais il n'avait toutefois pas l'intention de le faire. Il estimait son compagnon adulte et seul capable de prendre des décisions le concernant. Il était un grand adepte du libre arbitre. On n'avait le droit de disposer de notre vie comme bon nous semblait. C'était ce qu'il avait souvent tenté d'expliquer à son frère. En vain. Comme Jesse, Sam faisait toujours le bon choix. Prenait toujours la décision la plus raisonnable. Ils étaient des gens bien eux. Dean, qui ne prétendait pas du tout à ce statut, se contentait d'agir selon ce qu'il ressentait ou non sur le moment. Et puisqu'il insistait pour qu'on le laisse tranquille, il estimait devoir en faire de même avec les autres. Si Castiel décidait de sauter, il n'avait aucun droit de le convaincre du contraire.

- Je sais tout ça et je m'en fiche. Je ne vais pas empêcher Cas de se tuer mais je ne le pousserais pas à le faire non plus. Et en attendant, nous avons une année entière pour lui trouver des raisons de ne pas le faire.

- Dean, je ne suis pas sûr que passer ton temps avec un homme visiblement dépressif soit une bonne chose quand tu es toi même …

- Moi même quoi ? Demanda le jeune homme en inclinant la tête sur le côté.

Jesse sembla gêné une seconde. Il disait toujours ce qu'il pensait. Ne mâchait jamais ses mots. Il estimait qu'on devait être prêt à tout entendre dans la vie. Qu'ignorer le choses nous envoyait tout droit dans le mur. Mais il avait de toute évidence parler sans réfléchir. Et il redoutait à présent la réaction de Dean. Il avait toutes les raisons d'avoir peur. Le jeune homme pouvait sentir la colère monter en lui par vagues successives.

- Toi même … déjà disons … pas forcément très heureux.

- Ok, stop, lança Dean en secouant la tête.

Il se tourna ensuite vers Benny.

- On fait une pause, exigea t-il.

Il regarda son patron reculer le pistolet de sa hanche et n'attendit pas une seconde de plus pour quitter son fauteuil. Il attrapa les rebord de son jean pour qu'il ne lui tombe pas sur les chevilles et quitta la pièce en quelques enjambées. Une fois dans la réserve, il fit volte face, sortit son paquet de cigarettes de sa poche et en alluma une. C'était le seul endroit où Bobby l'autorisait à fumer. Il avait besoin de la nicotine pour le détendre. De quelque chose de familier pour parvenir à empêcher sa colère de s'exprimer. Il savait que Jesse ne tarderait pas à le rejoindre. Il savait également qu'ils ne resteraient pas brouillés. Ils se réconciliaient toujours rapidement.

Dean tira frénétiquement sur sa cigarette jusqu'à ce que la porte de la réserve s'ouvre sur Jesse, comme il s'y était attendu.

- Dean, écoute je suis désolé. Je suis content que tu te sois fait un ami … content que tu aies des projets. Je suis juste inquiet pour toi et tu ne peux pas m'en vouloir. Je suis ton ami … c'est inévitable.

Le jeune homme fit signe à son sponsor de fermer la porte et de le rejoindre. Il lui tendit ensuite sa cigarette et le laissa la terminer. Il était nettement plus grand que lui. Plus musclé également. Jesse avait le physique d'un ancien junkie. Mais Dean se sentait toujours minuscule face à lui. Il savait que son ami pouvait le briser facilement. Il lui suffisait de prononcer les mots justes. Dean tenait beaucoup à Jesse. Et c'était lui même qui lui avait donné ce pouvoir. C'était aussi pour ça qu'il refusait de se faire de nouveaux amis. Il ne voulait pas être vulnérable avec d'autres que Jesse.

- Je sais ce que tu penses mais je peux te jurer que tu te trompes. Je ne sais pas comment les choses se passeront avec Castiel … mais j'ai envie d'essayer … d'essayer quelque chose de nouveau et … peut être que tout ceci me sera bénéfique … peut être que non. C'est … je le fais pour lui mais aussi et surtout pour moi. J'ai besoin de projets … du moins d'autres projets que de faire plus de trous dans mon corps et de le recouvrir pour de bon d'encre. Tu peux comprendre ?

Jesse hocha alors la tête. Même si Dean doutait qu'il soit réellement convaincu, il savait que son ami lui laisserait le temps de lui prouver qu'il avait raison. C'était ainsi que leur relation fonctionnait. Dean avait commis beaucoup d'erreurs par le passé mais jamais Jesse ne lui avait fait le moindre reproche. Il avait fait en sorte que le jeune homme comprenne par lui même ce qu'il avait fait de travers. Il restait persuadé que son plan allait échouer mais il ne le forcerait pas à y renoncer. Il attendrait que Dean en prenne conscience par lui même.

- Tu sais que je serais derrière toi quoi que tu puisses faire. On n'est pas forcément d'accord sur tout mais je suis ton ami avant tout. J'ai moi même fait des bêtises par le passé … des erreurs qui m'ont coûté cher et qui m'ont fait perdre les gens que j'aimais. Je ne veux juste pas que les choses se terminent de la même façon pour toi.

- Moi je trouve au contraire que tu as plutôt bien tourné … enfin, je veux dire … malgré tout, tu es quelqu'un de bien Jesse. Je ne suis pas sûr qu'on peut en dire autant de moi.

Dean acceptait ce qu'il était. Il ne cherchait pas vraiment à changer. Il avait fini par comprendre que c'était ainsi qu'il avait évolué depuis son enfance. Rien de ce qu'il pouvait faire aujourd'hui ne changerait ce qu'il était au plus profond de lui. Il pouvait jouer un jeu et donner le change. Il le faisait régulièrement avec Sam. Mais il refusait de le faire avec Jesse. Parce qu'il savait que son sponsor et ami voyait clair en lui.

- J'aime beaucoup ton nouveau tatouage au passage, commenta finalement Jesse.

Il offrait une porte de sortie à Dean. Il lui laissait la possibilité de poursuivre leur conversation ou de changer complètement de sujet si toutefois il n'était pas à l'aise. Le jeune homme opta pour ne plus évoquer Castiel. Il savait qu'il ne réussirait pas à convaincre Jesse du bien fondé de son plan. Et il n'avait pas envie de perdre du temps et de l'énergie à argumenter. Il avait du travail qui l'attendait. Il ne pouvait pas non plus faire patienter Benny trop longtemps.

- Et je suis sûr que ta mère l'aurait adoré aussi, ajouta finalement Jesse.

- Je ne suis pas convaincu qu'elle était une grande fane des tatouages. Voir son fils entièrement recouvert de dessins dont la plupart n'ont pas réellement de signification l'aurait probablement fait hurler. Mais je les adore. Tous sans exception. Je n'en regrette aucun.

Jesse hocha alors la tête. Ils partageaient la même passion pour la tatouage. Dean savait que son sponsor songeait sérieusement à en faire un nouveau. Il n'était juste pas encore sûr du motif. Dean savait qu'il s'agissait là d'une décision importante. Parfois les gens pensaient qu'il avait fait faire la majorité des dessins sur son corps uniquement pour se donner un style. Sur un coup de tête. Mais Dean les avait choisis avec soin. Il ne cherchait pas à suivre la mode ou à coller à l'image que son métier donnait de lui. Il estimait que le tatouage – celui qu'il pratiquait et que Benny pratiquait aussi – était de l'art. Il avait voulu faire de son corps une toile. Et il se fichait totalement que les gens puissent penser le contraire.

- Je devrais retourner avec Benny. Tu veux rester ?

Jesse secoua la tête avant d'ouvrir la porte de la réserve.

- Non, je dois filer. J'étais juste venu voir si tout allait bien. Maintenant que je suis rassuré, je vais retourner à toutes les choses que j'ai laissées en plan pour venir ici.

Dean hocha la tête puis salua son ami en lui promettant de venir à la prochaine réunion. Il sortit ensuite de la réserve à son tour et rejoignit Benny dans le bureau. Il reprit place sur le fauteuil et ferma à nouveau les yeux. Il entendit à nouveau le bruit du pistolet puis sentit son patron passer une compresse sur le dessin qu'il avait commencé pour le nettoyer avant de dessiner à nouveau. Le jeune homme laissa la douleur familière le bercer et sans réellement s'en rendre compte, il s'abandonna finalement au sommeil. Des images de sa rencontre avec Castiel s'imposèrent dans ses yeux juste avant qu'il ne sombre. Et une question tourna quelques secondes dans sa tête avant que le néant ne prenne sa place. Pourquoi avait il fait cette proposition à Castiel ? Avait il agi dans l'intérêt de son compagnon ou dans le sien uniquement ? Son geste était il généreux ou égoïste ? Dean n'obtint aucune réponse avant de s'endormir. Il doutait d'ailleurs d'en avoir une en se réveillant.