Hey ! Ça fait longtemps :) Je reviens avec une série d'OS tirés de la nuit HPF du 18 janvier 2019. Je ne suis toujours pas inscrite sur le site malgré un essai peu concluant, mais j'ai pris grand plaisir à participer comme un fantôme à cette nuit ! J'avoue que le texte intitulé Cadavre exquis a été terminé en un peu plus d'une heure, mais je tenais à finir l'histoire proprement. Enfin autant qu'on peut le faire avec un thème aussi sombre.
J'en profite pour préciser que, bien que je classe toujours la fiction en T car il n'y a rien de décrit, il y a ici des textes qui peuvent être un peu perturbants si l'on est sensible. Prudence dans votre lecture donc !
J'espère que cela va vous plaire, je suis un peu déçue du manque de retour des premiers textes mais je comprends qu'un recueil d'OS peut ne pas être très attrayant. C'est d'autant plus dommage que je suis certaine que certain textes récolteraient un beau succès si je les publiait dans une fic qui leur est propre...mais il faut rendre à César ce qui est à César, et je n'aurais rien écrit de tout ça sans les thèmes des équipes de nuit HPF donc…advienne que pourra. Je continuerai à publier dans le vide :)
Circumnavigation
La neige tombait toujours, redessinant le paysage de la Toundra en un léger matelas duveteux. Le brise glace solitaire traçait son chemin, impitoyable masse balayant les obstacles sans fatigue apparente.
Sur le pont, les mains serrées autour d'un mug de thé brûlant, Neville respirait l'air frais à plein poumons. Ici, on sentait la neige, la glace, le vent, et parfois l'odeur du bon ragoût que préparait le chef. Le sorcier oubliait peu à peu celle du sang, de la cendre, de la peur, de la douleur et des larmes. Il ré-apprenait à ne pas bondir baguette en main au moindre bruit suspect, à ne plus avoir peur du noir. Parfois, la nuit, seul dans sa cabine, il se réveillait en sursaut et cherchait encore Sa présence à ses côtés. Jusqu'à ce que sa main ne tombe sur le matelas froid de son absence et que l'illusion ne se brise encore. Jamais plus il ne se réveillerait à ses côtés. On dit que le temps apaise les blessures. Neville sait que c'est faux, lui il crève toujours plus à chaque réveil de la savoir partie.
L'équipage français est encore couché, après la fête de la veille. C'était leur premier réveillon en mer et il sourit aux souvenirs des blagues de ses compagnons de voyage à l'occasion. Ils ont bien mérité de dormir plus qu'à l'accoutumé après la rude semaine qu'ils ont traversés. Mis à part la neige qui tombe sans discontinuité et nuit à la visibilité et donc aux manœuvres du bateau, le voyage se déroule bien. Ils atteindront bientôt la prochaine escale et Neville prévoit de leur laisser une longue permission. Après plus d'un an sans amarrer plus de deux jours, les marins seront heureux de rester un peu à terre.
Lui sait déjà que comme à chaque retour en son Angleterre natale, sa première destination sera le cimetière de Poudlard. Il laissera derrière lui un bouquet de fleurs de Lune et un nouveau morceau de son cœur. Il ne devrait pas s'imposer cette visite, mais ce serait comme l'oublier. Et ses derniers mots l'en empêcheront toujours. N'oublie pas.
Ensuite il ira visiter ses amis : Les Potter bien sur, mais aussi toute la famille Weasley, Susan Bones et Terry Boot, ses compagnons de résistance. Comme à chaque fois, on lui demandera « Quand reviens-tu ? Quand cesseras tu donc de voyager ainsi ? » et il répondra avec un sourire un peu triste « un jour peut être, je ne suis pas prêt. Et puis les plantes que je découvre sont incroyables ! En Inde j'ai trouvé un tubercule aux propriétés anti-fongiques... ». Il songera en même temps, en fixant leurs yeux morts, leur maison-cercueil et leurs enfants-mausolées : « Quand partirez vous ? Quand comprendrez-vous qu'ici, tout vous détruit». Et les vieux amis se quitteront, les flammes de Poudlard se réflétant dans leurs yeux assombris par les souvenirs. Sans qu'autre chose que des platitudes ne soient sorties de leur bouche. Personne n'oublie, mais personne ne parle. Le silence est roi.
Neville se prépare à retourner dans sa petite serre portative, coincée dans un minuscule débarras du bateau. Il doit aller vérifier que les fleurs de Lune arrivent bien à maturation, il faut qu'elles soient prêtes pour son retour. Il a créé lui-même cette variété de fleurs en hommage à son amie partie trop tôt. Elles sont constituées d'un grand nombre de petits pétales d'un gris nacré, élégantes et simples. Comme elle.
…
Luna expira. « N'oublie pas... » Elle chercha désespérément son souffle pour finir sa phrase, mais en vain. ...de vivre. Ses lèvres articulèrent en silence la fin de sa phrase qui ne fut pas perçue par son ami. Les larmes lui montèrent aux yeux face à son impuissance, son cœur se serra de douleur et de tristesse, et elle souffla de rage. Une dernière fois.
Passerelle
Harry fixa, tremblant de peur mais immobile, le sort vert fondre vers lui. Une seule pensée fusait dans son esprit figé « Maman, je ne veux pas mourir ! ». La fin était inéluctable et il fut agréablement surpris de la rapidité du sort, il n'avait même pas senti son crâne heurter le sol de la forêt interdite. Pourtant son corps avait du chuter après l'impact non ?
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était dans une brume blanche si épaisse qu'il ne voyait pas à deux mètres. S'inspectant rapidement, il fronça les sourcils lorsqu'il identifia son pull comme un vieux haut d'uniforme de l'école de sorcellerie...de serpentard. Son regard suivit le S serpentin du blason un moment avant qu'un soupir ne lui échappe : ses doutes se confirmaient. Il ferma brièvement les yeux pour accepter ce qu'il redoutait le plus depuis qu'il avait appris l'existence de son « horcruxe ».
La brume se dissipait en même temps que ses doutes, et lorsqu'il put observer plus facilement son environnement, il découvrit une allée de sapin couverts de neige menant à une petite passerelle de bois brut. Le lieu ne lui évoquait rien mais la douceur du soleil d'hiver se reflétant sur la neige l'apaisait.
Sur l'autre bord de la passerelle, il pouvait distinguer une petite forme s'agitant dans la neige joyeusement. Il marcha doucement pour la rejoindre et s'assit à ses côtés en silence. Le petit garçon brun d'un an formait des boules avec la neige avant de les lancer un peu plus loin, poussant un petit cris de joie quand la boule s'écrasait. Il était vêtu en tout et pour tout d'un t-shirt bleu nuit brodé de vifs d'or et d'un petit slip, mais ne semblait pas souffrir du froid.
Le jeu dura un moment mais le bambin finit par se lasser et tourna vers lui deux grands yeux verts remplis d'innocence et de curiosité. Le même vert qu'Harry avait croisé toute sa vie dans un miroir. L'enfant approcha doucement une main de la joue d'Harry, semblant fasciné par ce qu'il voyait. Il retira pourtant vivement sa main dès qu'il effleura la peau de son vis-à-vis, brûlé. Le petit cris de douleur qu'il poussa fit tressaillir Harry, l'enfant avait déjà bien assez souffert quand Harry avait pris sa place il y a 17 ans. Il fit un sourire d'excuse au gamin, avant de faire apparaître du néant une paire de gant qu'il enfila, puis tendit sa main au petit. Celui-ci hésita un moment, mais finit par accepter la main tendue et adressa un grand sourire avec deux dents manquantes à l'adolescent.
Les deux compagnons partirent explorer les alentours, s'échangeant de temps à autre des boules de neige. Ce qui semblait être des heures plus tard, le marmot s'allongea sur un banc sorti de nul part, épuisé par les jeux. Harry le rejoignit et installa la tête du petit sur ses cuisses, lui caressant doucement la tête jusqu'à ce qu'il s'endorme. De temps à autre ses doigts effleuraient la cicatrice en forme d'éclair gravée sur son front poupin.
Dans le silence de la foret environnante, il perçut distinctement le changement d'atmosphère et le bruissement de robes dans son dos. Sans se retourner, il salua le nouvel arrivant : « Bonsoir Professeur Dumbledore, je me demandais quand vous finiriez par apparaître »
Le professeur, puisqu'il s'agissait bien de lui, émit un petit rire avant de répondre : « Je n'allais pas te déranger alors que tu étais en si charmante compagnie. Tu semblais plus heureux que je ne t'ai jamais vu » Le vieil homme fit le tour du banc pour faire face à son ancien élève, et s'assit sur un fauteuil surgit du néant.
« Je suis désolé, Harry, si j'avais su qui tu étais réellement…
-Et alors quoi ? Vous auriez agit autrement ? Dans les deux hypothèses il aurait fallu que je meurs.
-Je n'ai jamais voulu ça. Tu est allé plus loin que je l'avais même soupçonné, n'est ce pas ? La création d'horcruxes n'engage que des fragments d'âme, une fraction d'énergie spirituelle. Mais là… c'est une séparation de ton âme en deux parts égales que tu as réalisé !
-Pour ma défense, je doute que cela ait été volontaire, je pense que mon âme était trop abîmée par les autres horcruxes et qu'elle s'est déchirée quand j'ai voulu en détacher un fragment de trop. Ce n'est qu'une hypothèse bien-sûr, je n'ai aucun souvenir de cette nuit là.
-C'est possible en effet. On ne saura sans doute jamais exactement ce qui s'est passé cette nuit là. »
Le regard de Dumbledore échoua sur l'enfant dans les bras d'Harry. Il l'observait avec un mélange de fascination et de révérence.
« Comment veux tu que je t'appelle maintenant ? Tu n'as jamais été vraiment Harry, mais tu n'es plus tellement Tom. »
L'adolescent grimaça au nom de sa moitié d'âme et pencha la tête sur le coté, caressant toujours les cheveux du bambin pendant qu'il réfléchissait.
« Je n'ai jamais été ce Harry, mais j'en suis devenu un tout de même, c'est dans le corps d'Harry que j'ai vécu, c'est avec ses yeux que j'ai découvert le monde, avec ses doigts que je l'ai exploré, avec sa magie que je me suis battu. Je pense que je vais rester Harry, même si je ne serai jamais vraiment lui. »
L'ancien directeur hocha doucement la tête, ses yeux fixant toujours l'enfant. Il releva doucement la tête pour adresser un sourire encourageant à son vis-à-vis.
« J'imagine que tu as des questions? » demanda-t-il avec un pétillement rieur au fond des yeux.
« Oui, qu'est ce qu'il se passe là-bas maintenant ?
-A Poudlard tu veux dire ? Et bien Tom est mort à l'instant où il t'as tué, son faible corps n'était pas prêt à encaisser la disparition de la moitié de son âme. La plupart des mangemorts se sont rendus aussitôt, les autres sont en fuite.
-Et mes amis ?
-Les jeunes Weasley et Granger vont biens. La majorité de tes connaissances sont en vie même si certains auront du mal à reprendre une existence normale. Tu peux être fier de toi, ton sacrifice n'a pas été vain.
-Je vous en prie ne me cachez pas les morts. J'ai besoin de savoir.
-Et bien, les époux Lupin sont malheureusement décédés, ainsi que ton ami Fred Weasley et ton jeune admirateur Colin Creevey. D'autres de tes connaissances également, mais je ne connais pas la liste dans son intégralité.
-Le dernier Maraudeur est mort alors, ils vont pouvoir faire la fête là haut maintenant » sourit tristement Harry. Il ferma les yeux brièvement, laissant glisser une larme le long de sa joue. Depuis sa mort il ne sentait plus ses sentiments avec autant de vivacité que de son vivant. C'était comme si un voile de coton le séparait de la tristesse et de la rancœur. L'apaisement, enfin.
« Et maintenant ? » interrogea Harry.
« Maintenant, j'imagine que tu peux choisir de continuer.
-Continuer ?
-Oui. Où sommes nous au fait ?
-Je ne sais pas. On dirait une sorte de forêt sous la neige. Il y a une vieille passerelle en bois un peu plus loin.
-Ah oui. Bien-sûr. »Les yeux du vieil homme scintillèrent de compréhension. « C'est un lieu reculé du parc de Poudlard. Tom y venait souvent quand il était à l'école. Et bien j'imagine que si tu retournes à la passerelle, il y aura une petite barque sur le ruisseau qui t'attendra.
- Et elle m'emmènera où ?
-Plus loin, je suppose. C'est à toi de le découvrir.
-Vous ne pouvez vraiment rien me dire ?
-Cela fait parti du voyage Harry. Toi et ton petit compagnon allez voir de belles choses, tu peux me croire.
- Et vous ?
-Moi ? Je vais continuer mon petit tour dans cette magnifique forêt que tu m'as fait découvrir. Je suis certain de pouvoir dénicher une truffe si je cherche bien.
-Il y a de la neige partout monsieur.
- Et alors ? Ce que je préfère dans la truffe, c'est la chercher. »
Le vieil homme se leva, époussetant sa robe.
« Bon voyage mes enfants, adieu Harry. J'espère que l'on se reverra. Tu es mon élève favori après tout. » termina-t-il avec un clin d'œil.
Dumbledore disparut dans la forêt, laissant derrière lui une douce fragrance de thé au citron. Harry resta longtemps immobile, profitant du calme du lieu et de la petite respiration qu'il sentait contre lui. Il était prêt pour un nouveau départ, où que les emmènerait cette barque.
Espoir
Les feuilles formaient un tapis d'or et de bronze qui crissait sous les pas. Les allées du parc étaient vides en ce 31 octobre, et pour cause, toute la ville était réunie sur la place principale du village de Godric Hollow pour rendre un hommage vibrant aux héros de la première Guerre Sorcière.
Loin de tout ce tumulte politico-médiatique, Harry Potter, Vainqueur de la seconde Guerre, décoré d'un nombre des médailles impressionnant, était assis sur un banc du parc sorcier. Il aurait dû être avec le reste de la population sorcière en ce jour de fête, mais l'automne avait fait grand effet sur son filleul, Teddy Lupin, et il en avait profité pour échapper à la cérémonie qui s'annonçait longue et rébarbative. Hermione le sermonnerait lorsqu'ils reviendront à la civilisation, mais cela tiendrait plus de son rôle dans le nouveau Ministère de la magie que d'une véritable réprimande.
Le bambin jouait dans les feuilles mortes en ce jour si chargé d'histoire comme si de rien n'était. Et pour lui effectivement, tout était parfaitement normal, et ce jour n'avait rien de particulier. Ses cheveux avaient pris une teinte châtain clair, reprenant celles des feuilles qui jonchaient le sol et qu'il s'amusait à faire voler en tout sens. Il était vêtu comme un petit moldu pour rester le plus discret possible. Déjà que ses talents de métamorphomage attiraient l'attention, il ne s'agissait pas de porter une tenu étrange aux yeux de leur compatriotes non-magiques.
Harry agita négligemment sa baguette, faisant s'envoler une gerbe de feuilles vers Teddy. Le garçon poussa un petit cris, mélange de surprise et de ravissement lorsque l'averse de feuilles qu'il produisait se transforma en avalanche. De son petit corps pataud, il entraîna son parrain dans une danse au milieu des feuilles mortes.
Si quelqu'un était passé dans ce petit parc à l'improviste, il aurait surpris l'étrange spectacle d'un Harry Potter survolté dansant une gigue, au milieu d'une pluie de feuilles dorées, avec un petit enfant aux cheveux ayant virés au rouge sous le coup de l'excitation. Mais personne ne passa, et l'instant de pure joie se grava à jamais dans le cœur meurtri du jeune adulte.
Parfois, il suffit de se rappeler d'allumer la lumière. Et en ce jour d'automne, Harry avait trouvé une des nouvelles lumières de sa vie. Il ferait tout pour qu'elle continue de briller.
L'Amnésique tueur
L'appartement est petit et cossu. On peut rapidement deviner qu'il s'agit du lieu de vie d'un sorcier : le chaudron sur le feu de la cheminée, la vaisselle qui se fait toute seule, le placard à ingrédients de première nécessité…Même les quelques tableaux qui habillent les murs ne peuvent se tenir longtemps immobiles. Le quartier est moldu, mais Jacob Lee n'est pas du genre à inviter ses voisins pour le thé donc il ne voit pas de raison de se cacher. Et puis les Russes sont bien moins regardant sur le Secret magique que les anglo-saxons. Ici, pas besoin d'appeler les Oubliators lorsqu'un moldu un peu trop curieux et un sorcier un peu trop insouciant se rencontrent. L'Oubliette est un des premiers sortilèges appris aux petits Russes, et ils ont 7 années d'études à Durmstrang pour se perfectionner. On règle ses problèmes soit même.
Jacob est un sorcier Anglais qui vit en Russie depuis la fin de l'ère Voldemort. Il a émigré avec une petite bourse de Gallions, sa baguette et un gros trou de mémoire. Il est plutôt jeune, la vingtaine, mince, les cheveux noirs et lisses, la peau pâle et les traits fins. Rien n'attire le regard sur lui. Il est monsieur quelconque. Enfin presque.
Jacob travaille dans une petite boutique sur la Voie Russe, l'équivalent du chemin de Traverse en Angleterre. Il n'est pas maître de potion mais se débrouille suffisamment bien pour satisfaire les demandes de son employeur en potion de soin. Il est apprécié par les habitués et les autres employés : c'est un garçon discret qui ne cherche ni les ennuis ni la reconnaissance facile. Le midi il déjeune avec ses collègues, rit avec eux, et apprend un peu plus d'argot russe. Le soir il ne refuse jamais un petit shot après le travail dans un des pub moldu à côté de la Voie. Il ne fait pas de vague, et malgré son origine anglaise, il s'est intégré facilement dans sa nouvelle vie. On pourrait presque croire qu'il a toujours été là. Certains jours, il ne sait plus trop comment on dit un mot en Anglais tellement le Russe lui vient facilement. Il parle Russe, il rit Russe, il jure Russe.
Il rêve Anglais.
Parce que, oui, Jacob a un secret. Le soucis c'est qu'il ne s'en rappelle pas très bien lui même. Avant son arrivée en Russie, il y a comme un grand vide. Un vide noir et dont il n'ose pas trop s'approcher tellement l'odeur du sang y est accrochée. Il a peur d'y sombrer et de n'en jamais ressortir s'il s'approche trop près. Il y a aussi cette voix en lui qui chuchote quand sa curiosité se réveille, et cette voix lui fait aussitôt rebrousser chemin. La voix, c'est un peu son garde-fou. Pour l'instant.
Le soir, Jacob repousse le plus possible l'heure du coucher, comme un petit garçon qui a peur des monstres de ses cauchemars. Quand finalement il s'endort, épuisé, il rêve toujours de cette somptueuse pièce qu'il voudrait juste oublier. Le sol en damier reflète parfaitement la lumière du soleil qui passe à travers trois porte-fenêtres ouvragées. Malgré l'éclairage naturel, toutes les bougies du gigantesque chandelier sont allumées. Le plafond et les murs sont ornés de moulures recouvertes de feuilles d'or. L'ensemble respire la richesse, la démesure, bien loin de son petit appartement russe.
Il est assis sur une chaise en brocart vert et argent, immobile, les mains crispées sur les accoudoirs. Derrière un bureau en bois sculptés légèrement roussis, un blond de son âge lui fait face, les mains jointes, ses yeux gris fixés sur lui. Il y a du regret, de la peur et quelque chose qui ressemble à du désespoir dans ces yeux.
« Tu es sûr? » demande le blond en attrapant la baguette de bois sombre fixée à son avant bras droit.
Jacob se sent hocher la tête mécaniquement, incapable de contrôler le mouvement. Son corps ne fait pas non plus un geste pour échapper au sort d'amnésie qui l'atteint. Il peut voir distinctement l'unique larme qui coule sur la joue du blond avant que celui-ci n'enchaîne sur un imperium et que tout devienne noir.
…
Dans les rues anglaises, au côté d'autres photos de mangemorts en fuite, on peut reconnaître Théodore Nott, unique héritier de sa Maison, célèbre pour son rôle de bourreau exécuteur sous le règne de Voldemort. La liste de ses victimes est bien trop longue pour apparaître sur l'affiche. La mention 'Ne tentez pas de l'interpeller seul et appelez les Aurors. Armé et dangereux.' met en garde les passants. Jacob, lui, n'en a aucune idée.
Affection souterraine
Lily et Petunia ont respectivement 6 et 8 ans quand elles entrent pour la première fois dans la vieille église perdue au milieu des champs. Elles ont perdu un paris avec Charles, le fils du voisin, et elles doivent rester 10 minutes dans le bâtiment en ruine et réputé hanté. Tant bien que mal, se tenant la main et frissonnant au moindre bruit, elles tiennent le temps imparti et se dépêchent de ressortir.
Elles n'y remettront pas les pieds avant plusieurs mois, quand elles décideront d'un commun accord que c'est la cachette parfaite pour ne pas se faire punir par maman après avoir cassé son vase favori. Cette fois là, elles tiennent une nuit entière, serrées l'une contre l'autre, et priant pour que le soleil ré-apparaisse. Le lendemain, leurs parents fous d'inquiétude ne font aucune réflexion sur leur vêtements pleins de terre et le vase brisé, bien trop rassurés par leur retour. Elles seront confinés le reste des vacances d'été et ne songeront plus au bâtiment délabré avant la rentré.
Les deux fillettes y retourneront après régulièrement, ravies d'avoir un terrain de jeu secret. Toujours de jour, pour ne pas affronter les fantômes qu'elles sont persuadées d'avoir entendu lors de la nuit blanche qu'elles y ont passé. L'Église, devenu leur repère, sera le théâtre de leurs nombreuses disputes, crises de jalousie, mais aussi rires, chants et jeux. Jusqu'au départ de Lily pour Poudlard.
Dès lors, elles ne seront plus jamais dans l'édifice en même temps. Derrière une pierre du portique principal, elles laissent tour à tour des lettres de ce qu'elles ne sont pas capable de dire à l'autre. En dehors de ces lettres, aux yeux de tous, c'est la guerre entre elles. Elles se déchirent, s'insultent, mentent et pleurent. Elles ignorent l'autre, l'oublient, la renient. Malgré les remontrances de leurs parents, malgré les conseils de leurs professeurs, elles ne seront plus jamais proches. Les deux petites filles soudées ne laissent derrière elles que le gouffre les séparant.
Les lettres ne cesseront jamais. Des lettres de ce qu'elles auraient pu dire, de ce qu'elles auraient dû dire. Des lettres d'excuses, où se mêlent incompréhension mutuelle et amour. Des lettres où elles parlent de leur quotidien, de leurs envies, de leurs désirs. Parce que bien qu'incapables de se parler poliment, dès qu'elles sont dans cette Église leur reviennent comme un écho leurs rires, leurs joies, et leurs peurs d'enfants. Elles sont sœurs, les souvenirs parlent plus que le reste.
La pierre du portique est un peu leur hibou à elles. C'est là que Petunia apprendra la naissance d'Harry, et Lily celle de Dudley. C'est là qu'elles échangeront leurs félicitations.
C'est là aussi que Petunia déposera sa lettre d'Adieu à sa sœur lorsqu'elle apprendra son décès. Là qu'elle pleurera, hurlera sa douleur, et s'abîmera la paume des mains sur les dalles cassées de l'allée. Après la nuit passée dans le bâtiment, elle rentrera à Privet Drive et s'occupera sans sourciller de Vernon, Dudley...et du fils de sa sœur.
Plus tard, Petunia détachera une nouvelle pierre du portique. Elle y déposera ses lettres à Harry. Pendant des années elle remplira la cavité de tout ce qui aurait pu. Il ne le saura jamais et les lettres moisiront et s'effriteront avec l'esprit de sa tante.
Cadavre exquis
Les sœurs Greengrass étaient connues dans la bonne société sorcière pour leur beauté discrète, leur politesse et leur respect des convenances. On les admirait de loin, sans jamais s'approcher, de peur d'effriter leur perfection. Elles étaient la quintessence de la jeune sorcière de sang pur, celles que tous les parents espéraient avoir comme belle-fille.
Les yeux s'égaraient au loin lorsque l'on voyait la main de leur père, crispée et possessive sur leurs épaules. On battait simplement des paupières lorsqu'il les dirigeait d'une main de fer sur la piste de danse. On détournait la tête lorsqu'il les tenait tout contre lui durant une valse, ses mains caressant la courbe de leur taille fluette. On refusait de croire aux rumeurs sur la mort de Madame Greengrass, on se persuadait qu'elle était morte de la dragoncelle, comme le rapport des Aurors l'avait indiqué. Et surtout, on se taisait quand il passait par la cheminée, une fille pendue à chaque bras, en direction de son manoir, un sourire cruel aux lèvres.
Le silence des moutons et des aveugles, commentait sombrement Astoria. Daphné, elle, se taisait. Elle ne parlait presque plus depuis la mort de leur mère, se contentant de hochements de tête gracieux et de formules de politesse vides de sens durant les réceptions auxquelles elles étaient conviées. Le plus triste, c'était qu'elle faisait parfaitement illusion dans ce monde de faux-semblants.
Mais aujourd'hui était jour de changement. Parce que bientôt, Daphné partirait à Poudlard et que sa sœur, d'un an sa cadette, resterait derrière. Seule. Avec leur père. Et Daphné ne le permettrait pas. En tant qu'aînée, elle avait protégé autant qu'elle le pouvait sa sœur depuis la mort de leur mère. Ses onze ans révolus, elle pouvait, en cas de mort de leur tuteur, devenir chef de famille. Elle remerciait pour cela les lois archaïques sorcières, surtout celles concernant les 28 sacrées – les familles aux sang le plus pur de l'Angleterre magique. Il était temps de passer à l'attaque.
Daphnée et Astoria avait besoin d'un accident, du type mortel. Leur père allait mourir, le tout était de le tuer sans même permettre aux soupçons de meurtre d'apparaître. On devait le pleurer, puis l'oublier, comme si sa mort n'était qu'un élément surprenant et tragique de la vie d'un sorcier. Ce fut Astoria qui eut finalement l'éclair de génie nécessaire à leur plan : les accidents de transplanage étaient si fréquent… Un incident fatal était rare mais loin d'être impossible, surtout si le sorcier était soul.
Faire boire leur père n'était pas bien compliqué. Une bouteille d'un excellent Whisky pur feu, assaisonnée d'une potion d'ivresse brassée par Astoria, et le sort était lancé. Leur père ne se refusait jamais un petit plaisir avant d'aller retrouver ses filles dans son lit. Il prétendait en riant que cela lui donnait du cœur à l'ouvrage.
Une fois l'homme ivre, Daphnée déploya son meilleur jeu d'actrice pour le convaincre d'aller chercher ses nouveaux dessous chez Madame Guipure. Le patriarche avait insisté pour que la couturière conçoive pour ses deux enfants des sous vêtements très révélateurs, tout cela dans la plus grande discrétion nécessaire à la noble maison Greengrass. La couturière avait accepté, les yeux rivés au sol pour ne pas voir les yeux écarquillés de peur des fillettes. Aguiché par le fantasme de voir ses deux filles dans leurs nouveaux atours cette nuit, leur géniteur n'hésita pas longtemps et entrepris de visualiser, un peu confus, le chemin de traverse. De son côté, la main dans celle caleuse de son père, Daphné fixa résolument sa sœur du regard. Cette dernière lui adressa un dernier hochement de tête, lui accordant sa confiance pour la suite des évènements.
Le transplanage d'escorte s'effectua sans dommage, et Daphné et son père furent reçu dans la boutique avec les honneurs du à leur rang malgré l'heure tardive. Rapidement, la jeune sorcière essaya la lingerie d'un rouge grenat sous le regard concupiscent de celui qu'elle appelait père, et celui faussement indifférent de la responsable de la boutique. A cause de l'alcool, l'homme était moins prudent qu'à son habitude, et il n'hésita pas à soupeser, sous le regard horrifié de Guipure, les seins de son aîné. La jeune blonde ne réagit pas à l'action, présentant un visage indifférent. Elle passa ensuite un fin peignoir pendant que son père payait, satisfait de l'ouvrage.
L'homme salua ensuite distraitement la vendeuse, son esprit déjà à des lieux de là. Daphné agrippa fermement le bras que lui présentait son patriarche, et ancra fermement ses yeux dans ceux de la propriétaire de la boutique. Lorsqu'elle sentit le tourbillon de magie du transplanage s'emparer de son corps, elle se concentra fermement pour rester sur place et ne pas quitter la femme replète des yeux, tout en maintenant ses doigts serrés sur l'avant bras. Pendant un bref instant elle crû qu'elle avait échoué, sentant ses pieds se décoller du sol de pierre nu, puis tout cessa. Elle tenait toujours le bras dans sa main crispée. Une partie du torse et de la tête de son père y étaient resté attaché, le reste devait se trouver dans l'entré du manoir. Il était mort sur le coup, et toutes les gouttes d'essence de dictame au monde ne pourrait y changer quoi que ce soit.
Sonnée par les conséquences de sa détermination, elle resta figé pendant que Guipure appelait les Aurors à la rescousse. Ses mains fermèrent, sans qu'elle ne le réalise vraiment, le peignoir d'une ceinture simple trouvée sur le comptoir de la boutique, lui permettant de se présenter plus décente. Les deux envoyés du ministère ne l'interrogèrent pas longtemps en la découvrant si traumatisée. Ils en déduisirent que, dans l'état de choc et de douleur dans lequel elle semblait se trouver, il valait mieux la renvoyer chez elle au calme, accompagnée d'un adulte volontaire pour surveiller les deux gamines nouvellement orphelines.
Daphné se laissa guidée comme une poupée de chiffon, médusée de la mort rapide de celui qui avait été longtemps son Mordred personnel. De retour au manoir familial, elle s'isola avec sa sœur sans difficulté, le timide homme chargé par le ministère de les surveiller préférant ne pas s'opposer à sa volonté et rester au chaud dans le salon. Choquées de leur nouvelle liberté et de la fin de leur enfer, les deux sœurs finirent par s'endormir dans un même lit, serrée l'une contre l'autre.
La rapide enquête des aurors conclut à un tragique accident dû à la prise excessive d'alcool. L'aristocratie déplora brièvement la perte d'un membre avant de passer à autre chose. Si les nobles ne disaient rien, les actes du patriarche Greengrass étaient connus et désapprouvés de beaucoup, et il n'avait pas d'ami proche. Sa mort n'attrista personne.
L'enterrement fut bref et aucun ne s'étonna de l'indifférence des deux petites sorcières du premier rang. Dans leur jeunes mains, on pouvait voir de gros bouquets de crocus d'un doux violet. Elles les avaient cueillis fraîchement le matin même dans la gigantesque propriété dépendant du manoir, c'était leur première sortie à l'extérieur depuis le décès et elles en avaient profité avec un bonheur qu'elles n'avaient pas ressenti depuis longtemps. Ces fleurs, toute l'assemblée le savait, symbolisaient la joie et la jeunesse. Il n'y eut aucun commentaire lorsqu'elles furent déposées sur le cercueil de bois brun.
Sur la stèle de marbre neuve, on pouvait lire La mort. Ou le début.
Le premier rendez-vous : Lueur
Lily ne savait pas vraiment ce qui l'avait décidée à accepter l'invitation de James. Elle avait pourtant écarté toutes les précédentes proposition du garçon sans concession ni pitié. Mais cette fois, il y avait eut cette lueur dans son regard. Une lueur qui l'avait intriguée, et elle avait cédée. Elle ne comprenait pas elle même, mais elle ne reviendrait pas sur sa parole et passerait la soirée avec l'adolescent.
L'heure convenue, elle retrouva le jeune gryffondor devant le portrait de la Grosse Dame. Sans pouvoir s'en empêcher, elle riait devant ses pitreries tandis qu'il l'entraînait plus loin dans le château. A son air excité et son refus de lui donner leur destination, elle comprit qu'il avait préparé une surprise. Elle ne s'attendait juste pas à l'originalité de la pièce dans laquelle il la fit pénétrer.
A son sourire fier et ses yeux qui la suivait tandis qu'elle découvrait la pièce, elle pouvait deviner qu'il avait tout fait seul. Du plafond pendaient des dizaines de vieux bocaux de confiture dans lesquels se trouvaient des ampoules allumées. L'ensemble donnait une atmosphère étrange à la pièce, c'était surprenant mais pas désagréable, un peu mystérieux aussi. Au centre de la salle, il y avait une vieille table en formica recouverte d'une nappe à carreau rouge et blanc trop petite. Les deux chaises étaient en réalité de larges fauteuils de coiffeur munis de repose-pieds.
De nombreux élément ça et là étaient issus du monde moldu, et Lily comprit avec surprise que James essayait tant bien que mal de mettre un pied dans le monde d'où elle venait. C'était la première fois que quelqu'un faisait cet effort pour elle. Ses camarades de dortoir avaient été vaguement intéressées par les moldus, mais avaient rapidement jeté l'éponge devant l'écart de culture important qui les séparait. Le reste des élèves ne l'avait jamais questionnée sur ses origines, et le monde sorcier en général semblait penser qu'elle allait tout bonnement abandonner le monde dans lequel elle avait grandi pour devenir une parfaite sorcière. Tout cela sans lui demander son avis bien entendu. Mais James semblait penser autrement, et malgré sa maladresse dans ses initiatives, elle en était émue.
En s'asseyant, elle ignora volontairement l'agencement d'objets plus qu'étranges car totalement sortis de leur contexte d'utilisation normale, et lui adressa un sourire lorsqu'il entreprit de lui servir un verre d'eau avec une cafetière. Les deux adolescents prirent leur dîner dans des assiettes en plastiques, et Lily observa avec amusement James tenter de couper son steak avec son couteau sorti tout droit d'un déguisement de pirate pour enfant. Le garçon s'acharna tant et si bien qu'il arrosa généreusement son tee-shirt de sauce sous les éclats de rire de son invitée.
Le sorcier rougit jusqu'au cou, et Lily se surpris à le trouver attendrissant...et à apprécier dangereusement la couleur écarlate qui colorait délicatement sa nuque et ses joues. Elle ne pensait jamais ressentir ce sentiment pour celui qu'elle appelait Potter encore quelques mois plus tôt, mais oui, c'était bien de l'affection qui lui réchauffait le cœur.
Elle décida de lui accorder un deuxième rendez-vous. Et une seconde chance.
