NdA : Un grand merci à ceux qui ont pris le temps de lire cette fiction, décidés de la suivre, mises en favoris ou encore qui ont laissé une review. Ça me fait énormément plaisir.
Je n'ai pas écrit une ligne de la semaine car j'ai énormément de travail en ce moment et mes partiels approchent à grands pas. Néanmoins, j'ai prévu cela et le chapitre était déjà écrit. J'espère qu'il vous plaira, même si ce n'est qu'un chapitre de transition. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Bonne lecture !

Chapitre 2 : Recommencer à vivre

Les derniers préparatifs se terminaient, bientôt ils quitteraient l'Angleterre pour ne jamais y revenir. Chacun avait fait sa part de travail dans l'organisation de leur future vie.

Ils avaient déniché via internet, un procédé qui avait fasciné Ron dès sa découverte, une petite maison située dans le nord de l'État de Washington, un peu à extérieur de la ville de Forks, guère très peuplée. Elle possédait trois chambres et deux salles de bains, et ils avaient ainsi la certitude de ne pas se marcher dessus une fois installés. À environ un quart d'heure du centre-ville, elle était entourée de toute part par une forêt dense et fraîche. Ils y seraient au calme et suffisamment isolés les autres habitants. Il semblait cependant que cette zone soit particulièrement pluvieuse, ce qu'avait déploré Hermione mais avait apprécié Ron, qui attrapait bien plus vite que ses deux amis des coups de soleil toujours très douloureux.

Une fois la maison achetée, Harry avait pris ses dispositions afin de transférer la totalité de son argent en Amérique, la moitié sur un compte moldu, la seconde sur un compte sorcier. Les gobelins de Gringott s'étaient fait une joie de l'aider et de le conseiller, eux qui n'avaient cure des problèmes des sorciers. Ils lui avaient vraiment facilité la vie tout en lui assurant une sérénité d'esprit quant à la gestion de son argent. Il possédait suffisamment d'argent pour que ni lui ni ses deux amis n'aient besoin de travailler pour pouvoir vivre. Lui qui n'avait jamais accordé d'importance à son argent lui avait enfin trouvé une utilité commode. Ses deux amis avaient d'abord protesté, mais de solides arguments les avaient fait changer d'avis, reconnaissant que c'était plus simple.

Les trois sorciers s'étaient rendus plusieurs fois aux États-Unis suite à l'achat de leur demeure, notamment pour y acheter leurs futurs meubles. Bien qu'Hermione ne puisse les voir, elle leur avait cependant été d'une aide précieuse quant au choix. En effet, ils s'étaient vite rendu compte que la forme de certains n'était pas pratique pour les non-voyants et avaient finalement choisi tous les meubles sur ce critère important. Ils avaient aussi fait l'acquisition d'une voiture, belle, mais discrète, afin de se déplacer à la façon des moldus. Aucun, malheureusement, n'avait de notion de conduite, si on exceptait leur piètre expérience avec la voiture volante de Mr Weasley. Il leur faudrait apprendre sur le tas.

Ils avaient finalement bouclé leurs valises, emportant grâce à un simple sortilège, un contenu bien supérieur à la normale.


Ron fixa une dernière fois sa maison qui se dressait seule au milieu des champs. Harry posa une main réconfortante sur son épaule sans dire un mot. Il savait bien ce que ressentait son ami en abandonnant ce lieu empli de souvenirs où il avait passé la totalité de sa vie. C'était la seule chose qui lui rappelait encore sa famille, le bon, mais aussi le mauvais.

_ Il faut y aller, murmura Hermione en prenant le bras du rouquin au bout de quelques minutes.

_ Oui, soupira-t-il en s'arrachant avec douleur à sa maison.

Les trois se retournèrent et, serrés les uns contre les autres, transplanèrent vers l'aéroport de Londres. Deux heures plus tard, ils décollèrent à bord d'un avion bondé, abandonnant leur vie.

Ils atterrirent plusieurs heures plus tard, grandement fatigués par leur voyage. Ron, terrifié par cette première expérience en avion, n'avait pas cessé d'échafauder les pires scénarios d'accident pouvant les tuer. Hermione avait fini par demander un somnifère à une hôtesse de l'air afin de pouvoir passer le trajet dans une relative sérénité. Une fois la douane passée et les valises récupérées, ils hélèrent un taxi.

Le voyage se passa dans de silence, au grand damne du chauffeur qui semblait de nature bavarde. Harry regardait le paysage défiler par la fenêtre de la voiture. Il était en somme très différent de son homologue anglais, plus grand, plus sauvage. Ses pensées étaient envahies par le souvenir de ses années à Poudlard. Lui qui pensait n'avoir aucun mal à quitter son pays natal découvrait qu'il y était plus attaché qu'il ne l'avait imaginé. Hermione, assise près de lui, s'était endormie quelques minutes après leur départ et rêvait paisiblement, la tête posée sur l'épaule de Ron, qui ne semblait pas loin de la rejoindre dans les bras de Morphée.

Un peu plus d'une heure plus tard, ils arrivèrent enfin chez eux.


Cela faisait deux heures qu'ils étaient arrivés et personne n'avait encore prononcé un mot. Chacun souffrait, chacun voulait rester seul. Tandis qu'Harry et Ron s'occupaient de ranger leurs affaires, Hermione tentait de mémoriser la disposition des pièces et des meubles de sa nouvelle maison. Chez elle, où ils avaient passé le plus clair de leur temps depuis la nuit fatidique, elle n'avait eu aucun problème vis-à-vis de sa cécité. Elle connaissait la place de chaque bibelot, de chaque objet. Mais ici, c'était l'inconnu et elle savait qu'il lui faudrait du temps avant de pouvoir être à l'aise. Elle vagabondait donc seule dans les pièces, touchant tout ce qui passait à sa portée, sous le regard attentif de ses amis prêts à l'aider si jamais elle manquait de trébucher sur les nombreuses choses qui traînaient sur le sol. Elle refusait cependant leur aide. Être un poids pour eux était la dernière chose que la jeune fille souhaitait et elle savait qu'elle pourrait bientôt redevenir totalement autonome. Tout n'était qu'une question de temps et de volonté.

Sur le coup de 18h, Hermione entendit très nettement l'estomac des deux garçons gronder.

_ Il faudrait aller faire les courses, fit-elle remarquer, un peu honteuse de ne pas avoir songé au problème de la nourriture avant leur départ.

_ Je vais y aller, lança Harry.

Il grimpa quatre à quatre les marches conduisant au premier étage où se trouvaient leurs chambres, et redescendit son balai à la main.

_ Harry, tu vas te faire remarquer si tu vas faire des courses un balai à la main, le taquina Ron.

_ Tu as une autre solution peut-être ? On ne peut pas utiliser la voiture pour le moment et il faut bien qu'on mange. Avec un sortilège de désillusion, personne ne me verra voler ni ne remarquera le balai.

_ Tu devrais aller avec lui, dit Hermione en se tournant vers son ami par simple réflexe. Il ne pourra jamais tout porter seul. Si seulement l'un de vous connaissait le sort permettant de réduire les charges...

Les deux garçons la regardèrent, étonnés.

_ On ne va pas te laisser seule ! Et s'il t'arrivait quelque chose ?

Hermione soupira et alla s'asseoir sur le canapé.

_ Je ne suis pas un bébé à surveiller et vous ne pourrez pas toujours être sur mon dos. Alors laissez-moi me débrouiller et allez-y.

Les deux garçons bataillèrent encore un peu, mais finirent par obéir.

Une vingtaine de minutes après leur départ, la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Hermione sursauta et regretta d'avoir poussé ses amis à partir à deux. Elle secoua la tête, chassant les pensées bêtes qui l'assaillaient, et se dirigea vers la porte. Elle ouvrit, un peu anxieuse de ne pouvoir jauger son interlocuteur.

_ Bonjour mademoiselle, la salua une voix grave.

C'était un homme, un peu plus grand qu'elle si elle se fiait à la provenance de la voix.

_ Je suis le chef de la police de Forks, Charlie Swan. Je suis venu vous souhaiter la bienvenue dans notre ville.

_ Bonjour monsieur, répondit-elle en essayant de maintenir le son de sa voix calme. Je m'appelle Hermione Granger. C'est gentil à vous de vous déplacer pour nous.

Elle songea un instant à le faire entrer comme la politesse le lui demandait. Cependant elle ne savait pas si Harry et Ron avaient fini de ranger leurs affaires magiques et il ne fallait pas que cet homme se doute de quelque chose.

_ Veuillez m'excuser de ne pas vous proposer d'entrer, mais nous n'avons pas encore eu le temps de ranger la totalité de nos cartons et la maison est sens dessus dessous, dit-elle en souriant.

_ Ce n'est pas grave, répondit Charlie avec, ce qui sembla, un soupir de soulagement. Je ne voudrais pas vous déranger... Si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à m'appeler au poste de police.

_ Merci beaucoup.

Elle le sentit bouger. Elle leva légèrement ses mains et tomba sur la sienne. Son hypothèse était donc la bonne.

_ Désolée, la perte de ma vue est encore récente et je n'ai pas encore l'habitude, s'excusa-t-elle en lui serrant la main.

_ Ce... ce n'est rien.

Il était gêné, elle le savait. Il n'avait sans doute pas remarqué son infirmité avant de vouloir la saluer. Elle avait encore les réflexes d'une voyante, bouger et cligner les yeux.

_ Au revoir, mademoiselle.

_ Au revoir, monsieur.

Tandis que ses pas crissaient sur les graviers, Hermione referma la porte en souriant. Elle avait géré la situation et était fière d'elle-même. C'était une sensation délicieuse pour celle qui avait perdu toute confiance en elle en même temps que sa vue.

Lorsque ses amis rentrèrent bien chargés, Hermione leur raconta la visite du chef Swan.

_ Je suis sûre qu'on va très bien s'intégrer dans cette ville, se réjouit-elle alors qu'Harry préparait leur dîner.

_ Espérons, dit Ron. Je ne voudrais pas que tous nous prennent pour des bêtes de foire parce qu'on vient d'un autre pays. À l'épicerie, j'avais l'impression que tout le monde se connaissait depuis la nuit des temps.

_ C'est souvent comme ça dans les petites villes, répondit Hermione en dressant avec prudence la table. Il forme une sorte de grande famille.

_ Il faudra juste faire attention à ce que personne ne découvre qui nous sommes, car sinon ça fera le tour de la ville en quelques minutes.

Ils mangèrent en discutant de la nouvelle vie qui s'offrait à eux. Ils allèrent ensuite rapidement se coucher et, pour la première fois depuis longtemps, s'endormir quelques minutes après avoir posé la tête sur leur oreiller.


Harry se réveilla vers cinq heures du matin, les larmes aux yeux. Il resta un moment couché dans son lit, le souffle court, à revivre la mort de ses proches. Le temps n'émoussait pas la douleur de ses souvenirs, ni l'horrible sentiment de culpabilisait chaque fois qu'il réalisait que lui était toujours vivant. L'esprit tourmenté, il se leva et descendit au salon. Il ne fut pas surpris de retrouver Ron installé sur le sofa, regardant une émission sur les animaux.

_ Toi aussi cauchemar ? l'interrogea-t-il d'une voix pâteuse.

_ Ouais...

Ils restèrent ensemble quelques instants avant d'entendre Hermione pénétrer dans la pièce, les traits tirés. Elle vint s'installer entre les deux jeunes hommes et chacun passa un bras autour d'elle. Chacun posa son front sur la tempe de leur amie.

_ Ne m'abandonnez pas, murmura la jeune fille alors que les larmes pointaient au coin de ses yeux.

_ On n'en a pas l'attention.

Ils restèrent là plusieurs heures, le silence uniquement brisé par les émissions se succédant et par le carillon de l'horloge marquant chaque heure. C'est sans s'en rendre compte qu'Harry s'endormit dans leur étreinte.

_ Jamais nous n'oublierons, n'est-ce pas ? murmura Ron alors que, déjà, le corps d'Harry s'agitait au rythme de la guerre passée.

_ Je ne pense pas…

Le rouquin agita sa baguette, qu'il ne quittait jamais, et fit voleter une couverture jusqu'à eux. Il l'étendit avec précaution.

_ Il faut s'occuper l'esprit, au moins le temps que… ça s'estompe.

Hermione hocha la tête, sa main perdue dans les cheveux d'Harry.

Le lendemain matin, Harry se réveilla seul dans le salon. D'étranges bruits attirèrent immédiatement son attention au-dehors. Prudemment, il s'approcha de la fenêtre, baguette en main. Hermione était assise sur le perron, prenant un bain de soleil matinal.

_ 'Mione ?

Elle n'eut pas le temps de répondre qu'un vrombissement assourdissant retentit. La voiture noire dont ils s'étaient portés acquéreurs passa en trombe devant la maison. À son volant, il aperçut Ron, le visage crispé en un mélange de concentration et de peur.

_ Il a décidé d'apprendre à conduire correctement, déclara Hermione avec bonne humeur. Mais le résultat n'est pas très concluant apparemment.

_ Non en effet, rit Harry.

Ce spectacle relaya ses mauvais rêves dans un coin de son esprit.

_ Attention ! cria-t-il soudain en sautant les quelques marches du perron.

Les freins de la voiture crissèrent sur le béton. Le capot immaculé s'arrêta à quelques centimètres à peine du tronc d'un énorme chêne. Ron passa la tête par la fenêtre, les yeux écarquillés.

_ J'ai eu de la chance, lança-t-il, tout sourire, apparemment pas perturbé par sa fausse manœuvre. Allez, c'est reparti !

Il passa la marche arrière et repartit tout aussi vite qu'il était venu, sans grand contrôle sur sa direction. Harry émit un petit rire et prit place près de son amie.

_ Je n'ai aucune envie de monter avec lui.

_ S'il ne s'améliore pas, tu vas devoir te mettre toi aussi à la conduite. Ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.

Harry déglutit en voyant son ami effectuer un demi-tour laborieux un peu trop près d'un fossé boueux. Avec sa main peu sensible, il ne se sentait pas capable de prendre le volant.

_ Ça promet…