Angoisses. 2
Harry se réveilla difficilement huit mois et demi plus tard, en septembre, dans une salle complètement silencieuse. Pas un seul bruit ne filtrait autour de lui, ni sous les portes ni sous les fenêtres dont les volets, à demi fermés laissaient la pièce dans une semi pénombre. Le jeune homme regarda autour de lui en plissant les yeux, il n'y voyait pas beaucoup, sa vue paraissait même avoir beaucoup baissé, pensa-t-il.
Il faisait légèrement sombre, ça il le voyait, il le sentait même. Toutes les fibres de son corps le lui criaient, comme si c'était vraiment vital pour lui, et de suite sans savoir pourquoi cela le rassura, ce semblant de ténèbres. Dehors il devait faire un beau soleil, pensa-t-il sans savoir pourquoi là aussi, et s'il ne se trompait pas ce devait être l'été, il avait perdu le décompte des jours, il ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait dans cet état puisqu'apparemment il venait juste de reprendre connaissance.
Harry savait qu'il avait combattu le Mage Noir, Voldemort. Il savait aussi qu'il avait été blessé assez gravement et qu'il venait de se réveiller d'un long coma. Par contre ce qu'il ne savait pas c'était l'endroit où il se trouvait et dans quel état il était. Il savait qu'il n'était plus dans l'appartement qu'il avait loué dans la banlieue moldue pour partir en paix sans personne autour de lui, ça c'était un fait.
Il ne voulait pas les voir, eux tous, ni les entendre, pensa Harry qui avait sombré dans un sommeil profond et qui venait de se réveiller pour la deuxième fois de la journée. Il ne demandait rien que le calme, le silence, enfin ! Mais apparemment son vœu n'avait pas été totalement exaucé puisque quelqu'un en avait décidé autrement et l'avait trouvé dans son appartement de Londres. Entendre en ce moment son cœur battre n'était pas pour lui la plus belle des chansons. Non… bien loin de là.
Quant à savoir dans quel état il était, pas de problème maintenant. Il sentait des picotements tout le long de son corps et quelques douleurs, il percevait clairement qu'il ne pouvait pas trop bouger et que des pansements épais enserraient ses membres meurtris.
Quel était l'idiot ou les idiots qui l'avaient ramené ici ? Comme si on n'avait pas pu lui foutre la paix ! Pourtant il avait jeté un sort quand il s'était installé chez lui, normalement personne n'aurait dû le trouver, ni même entrer.
Le jeune sorcier gémit quand il voulut se retourner sur le côté pour soulager son dos meurtri. Il n'entendit pas le bruit qu'il fit en se tournant ni son gémissement, en fait, maintenant qu'il y pensait, il ne discernait rien de ce qui se passait autour de lui et ça le contraria.
Cherchant un repère il essaya de distinguer une lumière, il en perçut bien une face à lui, faiblement, mais il la ressentit quand même. En la fixant de ses yeux à demi-aveugle, un pressentiment écrasant qui remonta de ses entrailles le fit se tordre de douleur. Il devait se détourner coûte que coûte sinon il ne savait pas ce qu'il pourrait lui arriver de néfaste, c'était comme une force destructrice qu'il devait fuir absolument même si c'était difficile pour lui de s'en détourner.
Le jeune homme esquiva son regard de cette lueur qui l'obnubilait, en faisant une grimace craintive. Harry faillit rire de lui-même. Pourquoi avoir peur d'une lumière ? Pourquoi craindre la lumière du jour ? C'était d'un ridicule ! Et puis pourquoi il n'entendait rien ? Ce n'était pas normal ça, c'était comme sa vue devenue plus faible qu'avant.
D'accord il n'avait pas ses lunettes, mais quand même elle avait changé.
La porte de l'infirmerie de Poudlard s'ouvrit sur l'infirmière qui laissa entrer en même temps quelle une lumière vive qui venait du couloir. La femme, ignorante du mal-être du survivant, laissa la porte ouverte et s'approcha du lit où Harry, hypnotisé et souffrant, regardait sans pouvoir s'en empêcher l'éclat lumineux qui lui envahit immédiatement la tête.
Le blessé ressentit une sourde angoisse l'étreindre et il entendit un cri horrible de détresse retentir dans sa tête. Un cri atroce de douleur qui montait de sa propre gorge mais qui demeurait muet pour les autres, même Pompom Pomfresh ne l'entendait pas alors qu'elle se trouvait à deux pas de lui.
La femme voyait bien le malade pâlir encore plus que d'habitude, elle vit bien sa bouche grande ouverte comme s'il criait, mais comme il venait de se réveiller elle pensait qu'il essayait de lui parler et qu'il avait quelques difficultés à le faire.
Le jeune sorcier de vingt ans se recroquevilla au fond de son lit, faisant se rouvrir ses blessures dont certaines étaient tenaces, et répandre le sang sous ses bandages. Sans cesser son hurlement silencieux il posa ses poings sur ses yeux pour essayer d'atténuer le mal que la lumière provoquait en lui et qui allait le rendre fou.
Harry voulait que ça s'arrête, il voulait qu'on ferme cette foutue porte de malheur ! Que faisait la personne qui avait laissé la lumière entrer ? Ça n'allait pas bien dans sa tête là ! Elle voulait quoi, le rendre dément ?
Là, sous les draps et la couverture, avec ses mains pressées sur ses yeux il faisait noir, complètement. Il ne voulait plus bouger ni regarder cette lumière dévastatrice. Il avait l'impression que s'il la regardait de nouveau la douleur serait beaucoup plus forte, comme si on allait lui arracher la tête. Il devait la fuir, il ne savait pas pourquoi mais il sentait que même la plus infime clarté serait catastrophique pour lui et sa santé mentale.
Harry hurla plus fort quand il sentit qu'on arrachait le drap de sa tête. Il ne voulait pas lâcher prise mais la personne ne l'entendait pas protester, ses cris étaient muets. Mais merde ! Elle devait bien voir qu'il n'était pas au top, que sa tête allait éclater si elle ne le laissait pas tranquille.
Harry se débattit de plus belle, aggravant ses blessures. Et cessant de cacher ses yeux il tint les draps et la couverture vigoureusement entre ses poings serrés, puis il cacha sa tête entre ses genoux faisant s'ouvrir un peu plus sa peau fragile avant d'étreindre fortement ses bras autour de ses jambes pour mieux coincer le tissu, se terrant le mieux qu'il put pour échapper à la clarté du jour.
Un pas nerveux, courroucé et rapide, entra dans la chambre et invectiva acerbement madame Pomfresh qui lâcha immédiatement les draps d'un air outré en gardant entre ses doigts la couverture qu'elle avait réussi à arracher. L'homme était en colère et pas qu'un peu quand il vit les draps rougis d'un sang vif qui s'étalait de plus en plus.
-Vous auriez dû m'attendre, rouspéta-t-il en fronçant les sourcils de mécontentement tout en faisant reculer l'infirmière. Voyez dans quel état il est maintenant ! Tous mes soins n'auront servi à rien si sa peau a de nouveau craquée, je vous avais dit de faire attention ! Personne n'écoute jamais ce que je dis à la fin !
-Severus ! S'offusqua l'infirmière en se raidissant sous les reproches. Prenez un autre ton avec moi je vous prie !
-Pour ce que ça sert ! Fulmina Snape en faisant apparaître un morceau de tissu noir entre ses doigts.
-Je suis dans mon infirmerie et…
-Et moi je suis responsable de ce gamin, femme. Alors laissez-moi faire mon travail, que diable !
Harry, au bout de plusieurs minutes, libéra ses genoux et détendit ses membres tremblants et raides quand il vit qu'on ne tenterait plus de le sortir de son cocon. Enfin ils avaient cessé de le torturer.
Le jeune homme sentit autour de lui l'odeur écœurante du sang. Il gémit, il savait qu'il n'aurait pas dû bouger, qu'il avait ouvert des plaies, mais en même temps il ne pouvait rester face à la lumière sans essayer de se protéger et de réagir.
Une main grande et réconfortante passa sous le drap avec lenteur pour ne pas effrayer le garçon, et plaça immédiatement un bandeau épais sur ses yeux. Etrangement Harry ne se rebiffa pas. Son corps, sa magie faible mais encore présente, ses sens, lui disaient très clairement que cet homme-là le protégerait envers et contre tous. Il pouvait lui faire confiance, il y avait une aura rassurante en lui, c'était comme si sa magie voulait se lier à cet homme, comme si elle l'avait choisi pour prendre soin de lui.
Le survivant se dégagea peu à peu des draps et, perdu, s'agrippa à cette personne désespérément, respirant l'odeur apaisante qu'il reconnaissait il ne savait d'où.
-Que ce passe-t-il ? S'enquit un vieil homme qui venait de rentrer dans l'infirmerie, très inquiet du sort du jeune homme apeuré qui sanglotait encore mais en silence.
-Je crois qu'il a peur de la lumière, soupira celui sur qui Harry s'était blotti.
-Je vais m'en occuper, déclara l'infirmière qui croyait que le Gryffondor s'était calmé. Reposez-le sur le lit, Severus, ajouta-t-elle en s'approchant du survivant.
-Ne vous approchez pas de lui ! Gronda Snape en faisant barrage de son corps pour épargner au gamin d'autres souffrances.
-Je crois connaître mon métier, Severus, alors laissez-moi passer, au nom de Merlin !
-Potter, lâchez-moi, demanda doucement l'homme en voyant que le sorcier le tenait fortement par le bras, sans se préoccuper de Pompom qui fulminait littéralement. Je dois vous soigner, ajouta-t-il sans savoir encore que Harry n'entendait strictement rien.
Le Gryffondor ne bougea pas et pour cause ! De plus sa vue qui avait considérablement baissée n'arrangeait pas son stress et sa peur de ne pas savoir.
Le jeune homme ne savait pas qui étaient ces gens ni où il se trouvait, il n'y avait que cette odeur, celle de l'homme contre lui qui le protégeait. Dans son crâne tout était embrouillé, comme si on l'avait passé dans une centrifugeuse. Il savait seulement qu'il y avait trois personnes, mais quant à dire qui elles étaient, alors là !
Pour l'instant Harry se sentait plus obsédé par la lumière et le noir. La lumière dévastatrice qu'il devait éviter à tout prix, et le noir réconfortant. Il n'allait vivre que pour ça, le noir et l'homme, la couleur sombre apaisante d'un côté, et la présence de l'homme calme et rassurante de l'autre. Heureusement son sauveur ne se détacha pas de lui et peu à peu il se calma et se détendit.
L'infirmière crut bon à ce moment-là de s'approcher de nouveau du lit, et posa sa main sur le front du survivant qui se crispa et se remit à pousser un autre cri silencieux. Ses doigts s'enfoncèrent dans le vêtement noir et râpeux de l'homme qu'il ne voulait plus quitter. Il trembla violemment quand on essaya de le séparer de lui et il s'agrippa plus fortement au vêtement rassurant.
Qu'on le laisse, qu'on le lui laisse, il était à lui, on n'avait pas de droit de le lui enlever, il était sa bouée. L'homme était son garde-fou, il le savait, c'était inscrit dans sa tête, c'était si évident pour lui !
-Reculez, Pompom, ordonna Albus Dumbledore avec rudesse. Ne le touchez plus, adjura le vieil homme qui sut immédiatement que quelque chose n'allait pas, tout comme le maître des potions qui devina qu'un problème ardu se profilait à l'horizon.
-Mais il faut bien que je le soigne, argua la femme. Sinon comment voulez-vous que j'y arrive, Albus !
-Je vais le faire, grogna Snape. Je crois qu'il me fait assez confiance pour le moment, il faut savoir aussi pourquoi il a cette peur irraisonné de la lumière, ce n'est pas un des symptômes provenant des doloris ou autres sorts, ceci n'est pas naturel, ajouta Snape en prenant la potion des mains de l'infirmière assez sèchement.
Le maître des potions dut attendre que le jeune sorcier se calme avant de porter la fiole aux lèvres du Gryffondor qui la renifla automatiquement avant de la boire docilement.
-Il va s'endormir d'ici quelques minutes, assura Pompom Pomfresh, ça me donnera le temps d'enlever ses pansements et….
-Je m'occupe de ça aussi, transigea le maître des potions qui commençait sérieusement à s'énerver. S'il se réveille et qu'il vous sent trop près de lui il souffrira encore, nous devons éviter ça, il n'est pas encore stable pour supporter une autre crise d'angoisse, les avertit l'homme en sachant pertinemment qu'il s'agissait d'autre chose qu'une vulgaire crise de panique.
-Avec la potion qu'il vient d'avaler ! S'étonna Pompom.
-Nous parlons de Potter, alors oui tout est possible avec lui, s'irrita le professeur devant l'incrédulité de l'infirmière qui pourtant connaissait bien le survivant.
-Je vous le laisse dans ce cas, Severus, se vexa la femme en sortant de la salle. Veillez simplement à faire attention, sa peau restera fragile pendant encore trois ou quatre jours, maintenant vous pourrez lui faire avaler vos potions pour qu'il guérisse plus vite.
-Je sais, je connais le sortilège que le Seigneur des Ténèbres lui a envoyé, un des plus vicieux et des plus douloureux sort de magie noire qu'il m'ait été donné de connaître. Un sortilège que l'on ne voudrait jamais avoir eu le malheur de croiser.
-Et Harry l'a enduré pendant plus de dix minutes, d'après un mangemort, Severus, soupira le vieil homme. Redeviendra-t-il comme avant ? Retrouvera-t-il sa voix et sa vue ? Restera-t-il des séquelles de ce sortilège ? Arrêtera-t-il de tressaillir et de hurler en silence quand on s'approchera trop près de lui ? Il y a tellement de questions en suspens !
-J'ai la nette impression qu'il est enfermé dans sa tête, le renseigna Snape, on ne peut rien faire de plus pour l'instant.
-D'où lui vient cette crainte de la lumière ? Je ne le reconnais plus, c'est comme s'il était quelqu'un d'autre….
-Je ne sais pas, Albus, je vais essayer de voir si je trouve quelques renseignements à ce sujet, je demanderai à Lucius à tout hasard, peut-être aura-t-il une explication logique ou alors une idée lumineuse.
-Oui, merci, faites ça Severus, approuva le directeur de l'école. A vous deux vous aurez plus de chance d'y parvenir.
Quand Harry relâcha ses mains de la robe de Snape et que ses yeux se fermèrent malgré lui, il soupira. Le jeune homme sentit qu'on le redéposait avec douceur entre les draps. Par chance on lui laissa son bandeau et l'on ferma complètement les volets de la chambre afin de laisser le noir envahir la pièce.
Harry n'entendait pas, il ne voyait pas, mais c'était clair dans sa tête même si parfois tout était embrouillé. Il avait l'horrible idée que quelqu'un faisait tout pour le perturber, qu'un autre avait pris sa place dans son corps et que sa douleur de la lumière venait de là, il le ressentait dans sa magie qui s'était affaiblie. L'autre voulait le faire souffrir, il en était certain, à moins bien sûr qu'il ne soit déjà fou auquel cas personne ne pourra le sortir de là, même pas l'homme qui était resté près de lui.
Sa descente vers les enfers ne faisait que commencer, gémit-il en s'assurant que le bandeau était bien sur ses yeux en tâtonnant de ses mains devenues maladroites.
Harry se réveilla seulement après un quart d'heure de sommeil et là l'angoisse le reprit, enfin ce que Albus et madame Pomfresh prenaient pour de l'angoisse.
Snape avait eu raison pour la potion de Sommeil-sans-Rêve, elle n'empêcha pas le survivant de rester éveillé. L'homme, qui retirait les bandages du corps meurtri et sanglant, dans la pénombre, s'arrêta quelques secondes afin que le jeune homme se reprenne, ce qu'Harry fit quand il s'agrippa de nouveau à la robe du professeur et qu'il respira avidement l'odeur qui lui procura un apaisement certain.
-Ne bougez pas, l'avertit Snape qui savait que le jeune homme ne l'entendait pas, il me faut refermer vos plaies.
Un gémissement lui répondit quand il enleva délicatement le pansement qui recouvrait la jambe droite du survivant. Harry souffrait, il le voyait bien puisque le garçon mordait ses lèvres et que ses poings étaient serrés sur sa robe cherchant un réconfort dans le tissu noir.
Le maître des potions soupira mais ne faiblit pas, il devait terminer son travail et même si celui-ci n'était pas facile il devait le faire. Les deux heures qui suivirent furent les plus dures pour Harry. La souffrance était telle que même Severus fut pris de remords, pourtant l'homme n'avait jamais été enclin aux regrets, mais là comment faire autrement quand il voyait un jeune homme de vingt ans hurler silencieusement ? Comment rester insensible devant la détresse de son amour ?
