- CENTERFOLDS -

Disclaimer : Personnages et trame de l'histoire à JKR. Rien ne m'appartient, à part l'histoire que j'invente et que j'écris bien sûr.

Rating : M

Couple : HPDM

Merci de votre lecture et de vos éventuelles reviews.

Ayana


CHAPITRE 1 : Verdict

Draco arpente le couloir sèchement. C'est fini enfin, il n'a plus rien à faire ici. Il faut juste qu'il se concentre sur la sortie -encore une vingtaine de mètres, et un dernier crochet à gauche- et tout se passera bien. Il n'accorde pas un regard aux riches boiseries qui ornent les murs, tout comme il ignore royalement tout ces gens qui murmurent sur son passage. Même les fameux magistrats du passé s'agitent dans leur cadre lorsque retentissent sur le marbre blanc ses bruits de pas pressés.

Non, décidément, tout ces gens ne méritent pas qu'il leur prête attention. Il se contente de fixer le bout du couloir et de serrer sa serviette noire contre lui. Une voix bien connue l'interpelle alors :

"Draco ?"

Il se retourne lentement et plonge son regard onyx dans celui d'une vieille camarade.

"Granger."

Les récents événements n'ont pas amélioré la sociabilité de Draco. Au contraire, il n'affiche plus son air froid de vainqueur, cette impassibilité à toute épreuve qui le caractérisait. Aujourd'hui, son visage n'exprime aucune émotion, absolument aucune. Juste le néant.

Hermione est embarrassée devant l'air de celui qu'elle avait appris à connaître autrefois. Et pourtant, elle sait qu'elle n'a pas non plus été épargné : plus maigre, les yeux cernés et les cheveux encore plus ébouriffés qu'avant, elle a pris dix ans. Draco le voit très bien, mais ne laisse rien paraître : la cause de ce vieillissement prématuré -en sus des récents événements- est évidente. Granger a été ébranlé lorsque Ron est tombé sous ses yeux, dans une gerbe de sang.

"Félicitations. Pour ton procès, je veux dire."

Il hoche simplement la tête.

"Même si ça n'a pas été une surprise bien sûr. Après ... après tout ce que tu as fait pour nous."

Elle a un sourire gêné et tord ses mains compulsivement. Draco n'écoute pas, ou presque, il ne voit que ça, que ses doigts qu'elle meurtrit inconsciemment.

Nous.

Toi, moi, Ron, Harry, l'ordre et les autres courageux. Nous.

Harry.

Cela lui semble si dérisoire, si lointain.

"Je vais te laisser. Encore bravo, ça m'a fait plaisir de te revoir."

"Moi aussi."

Elle esquisse une ébauche de sourire et se retourne quand les doigts longs et fins du blond se referme sur son bras.

"Hermione. Comment va Harry ?"

Il l'a dit juste dans un soupir, il n'a pas la force de faire passer ça pour une question "comme ça".

"Mal. Très mal. Au revoir Draco."

Elle se dégage et s'éloigne de lui, de sa démarche boitillante. Le coeur de Draco se sert un peu : cet au revoir sonne comme un adieu.

OoOoO

Il ne faut pas s'arrêter, n'y repense pas, n'y repense plus, vis le présent, continue, lève-toi et marche, ne laisse rien paraître, continue, continue, marche.

La fin de ce couloir glacial n'arrivera donc jamais ? Les gens, encore eux, le regardent, détaillent sa démarche, son visage, son expression vide, son regard posé sur quelque chose d'invisible à quelques mètres de là. Ses cheveux blonds, presque blanc, ses yeux gris et froids, son costume sombre, jeté sur lui comme s'il avait été fait sur mesure. Cette nonchalance parfaite qui lui sied si bien, cet air un peu trop adulte, comme quelqu'un qui aurait vu ... qui aurait vu, tout simplement.

S'il s'écoutait, Draco se mettrait à hurler de rage au beau milieu du tribunal, mais cela fait bien longtemps qu'il ne s'écoute plus. Encore un peu, ce n'est pas loin, courage, n'y repense plus, ne réfléchis pas, ce n'est pas loin. Un dernier crochet et il s'extrait enfin du bâtiment massif, pénétrant alors l'hiver Londonien.

Le vent glacial caresse ses cheveux, quelques mèches blanches viennent fouetter son visage pâle. Le froid le transperce, malgré son grand caban noir, et il se rend compte qu'il halète, immobile sur la première marche du grand escalier de pierre. Descendre maintenant, ne plus penser à rien. Le temps, au ralenti, toujours. Toujours pour lui.

Chaque marche est une souffrance, celle d'un jugement. Chaque marche est un podium ou il s'exhibe au monde entier, à la portée de toutes les pensées. Chaque marche lui arrache des larmes qu'il ne montre pas, il ne les montre jamais. Et la fin de l'escalier arrive, il atterrit dans la cour pavée, à la merci des regards des gens qui traînent ici. Ils le regardent, encore et encore, et lui ne fixe rien, ne s'attache à rien, simplement vide et plat, il se contente d'avancer.

Une vibration dans sa poche.

"Je viens d'entendre les nouvelles, je suis fière de toi, ça ne pouvait que finir comme ça. Fêtons ça à la maison à 19h ce soir, je t'aime, Sue."

Il expire lentement. Il faut continuer, n'oublions pas la vie, n'oublions pas le présent. Rien ne mérite qu'on s'arrête, rien. Si tu ne continues pas pour toi, continue pour les autres, pour elle. Et enfin il traverse cette cour, passe la grande porte de fer et descend Victoria Street, le froid toujours en lui, mais les regards disparus. Enfin.

Oh Draco, et si ... et si les regards n'existaient pas ?

OoOoO

Il resserre un peu son écharpe en cachemire autour de son cou et descend Knightsbridge d'un pas enlevé. Il passe indifféremment devant les vitrines de Harrods, toutes de lumière et de guirlandes pour Noël. Dans le quartier, pas de surprise, beaucoup de belles voitures italiennes et de 4x4 luxueux circulent. Draco n'y prête pas attention, il se concentre sur la morsure du froid sur son visage. L'air froid dans sa trachée le brûle. Le vent fait couler des larmes sur ses joues. Le vent ?

Il avise un pub à quelques mètres : le Prince Edward est son genre d'établissement. La devanture est bleu roi, les lettres cuivrées se dégagent dessus avec style. L'intérieur est dans des tons chauds de bruns et d'orange : la douce lueur des lampes tamisées et le feu brûlant dans la cheminée donnent une impression cosy et confortable. On pourrait croire qu'un chalet de montagne a atterri au beau milieu de la capitale britannique.

Draco remarque aussi la dizaine de pompes à bière au bar, les hommes assis là-bas qui parlent et rient joyeusement, les serveurs souriants et quelques couples à l'air fatigué dans les canapés environnant. Le blond avise un fauteuil de cuir usé près de l'âtre et il s'y dirige sans hésiter, retirant son manteau et frictionnant ses mains transies. Il a une pensée pour Sue, cette fille joyeuse et spontanée qu'il a croisé dans un pub similaire il y a 1 mois de cela. Elle l'a accosté au bar alors qu'il carburait plutôt au gin -on the rocks, son favori-. Elle était fraîche, jeune, spirituelle. Draco n'était pas un habitué de ce genre de plans. Draco n'était habituée à rien.

Lorsqu'elle a finit par l'embrasser et que l'odeur de la cigarette s'est mêlée à son haleine alcoolisée, il s'est demandé depuis combien de temps il n'avait pas fait l'amour. Le lendemain matin, ses draps de lin étaient chaud d'un autre corps que le sien, plus rond celui-là. Il ne sut quoi faire, ne la retint pas : elle resta.

Il commande une bière rousse d'un signe de la main et plonge son regard gris dans le feu : cette journée lui en rappelle une autre toute aussi froide, il y a bien longtemps ...


- Fin du Chapitre 1 -

J'espère que ça vous plaît :)

Merci de votre lecture, à bientôt !

Ayana