Une semaine plus tard, à sept heures du matin, Kazuya faisait son apparition sur le plateau. Il avait passé ses journées entre les répétitions du futur nouveau PV et son apprentissage du texte du drama. Jongler entre les deux n'avait pas été une mince affaire, d'autant que ses camarades ne l'aidaient pas vraiment avec leurs pitreries et il avait du s'énerver une bonne fois pour qu'ils puissent avancer correctement. Il était donc passablement fatigué, mais il était habitué aux programmes surchargés et avait tendance à mieux bosser sous pression. Le cadet des KAT-TUN était en effet ce qu'on pouvait appeler un "bourreau du travail". C'est donc détendu, qu'il pénétra dans la loge qu'il devait partager avec Tegoshi. Celui-ci n'étant pas encore arrivé, le jeune homme eut tout le loisir d'observer la pièce. Cette dernière était simplement meublée d'un canapé en cuir et d'une table. Contre le mur du fond étaient placées deux tablettes, surmontées chacune d'un miroir disposant d'un éclairage séparé. Il avait longuement repensé à la conversation qu'il avait eu avec son cadet dans les toilettes la semaine précédente et il espérait que, depuis, celui-ci avait eu le temps de déstresser. Une bonne dizaine de minutes plus tard, Tegoshi arriva à son tour, encore un peu tendu par son appréhension mais bien moins que la semaine passée et son sourire parut moins faux lorsqu'il salua son aîné.
- Salut Kamenashi-kun ! lança-t-il en refermant la porte de la pièce.
L'ouverture de la porte et la voix de l'objet de ses pensées, firent sursauter Kame. Un coup d'œil au visage de son collègue, lui fit comprendre que celui-ci était plus détendu qu'à leur dernière entrevue, comme en attestait le sourire qu'il arborait, moins forcé.
- Salut, Tego, répondit-il. Ça roule ? Il parait que toi et les autres de News êtes sortis hier soir. Pas trop dur le réveil ?
- Oh, toujours un peu, mais ça ira. Et toi, avec le groupe ?
- Disons que si ces bakas y mettaient un peu du leur, ça se passerait mieux, répondit l'intéressé. J'ai passé ma semaine à gueuler pour qu'ils bossent un peu. Pas un qui se dirait "tiens on devrait l'aider un peu, il a le drama à travailler aussi"... Enfin bon, c'est pas comme si j'étais pas habitué à leurs conneries, ajouta-t-il dans un sourire désabusé.
- Ouais je comprends, ça ne doit pas toujours être facile d'être leader... fit remarquer Yuya en s'asseyant devant une des deux tablettes, avant de se retourner vers son aîné en sortant une petite boîte de son sac. Tu sais que le réalisateur veut que je porte des lunettes pour le drama ?
Le plus âgé suivit son cadet du regard et le regarda avec étonnement.
- Non, je l'ignorais. Quelle drôle d'idée. Enfin remarque... tu portes des lentilles, toi, il me semble, non ?
- Oui mais ça fait longtemps que je n'ai plus porté de lunettes en extérieur, alors ça va me faire bizarre... répondit le plus jeune, avant de s'occuper de retirer doucement ses verres de contact pour les ranger.
Il sortit ensuite la paire de lunettes qu'il devait mettre pour le tournage et se tourna encore vers Kamenashi.
- Regarde. Ça fait pas trop bizarre ?
Kazuya suivit les gestes de Yuya et posa sur son visage ainsi changé un regard approbateur.
- Non, au contraire, je trouve que ça te va plutôt bien, en fait. Ça te change, mais c'est... (il s'interrompit pour chercher ses mots) Ça te vieillit un peu en fait. Comme si tu faisais vraiment ton âge avec.
Faisant face au miroir pour vérifier les dires de son aîné, le plus jeune s'observa, remarquant le sérieux que lui donnait cet accessoire.
- Mouais, c'est pas faux... Mais je sais pas... je suis pas trop habitué...
S'approchant à son tour, Kamenashi pencha la tête vers l'épaule de son cadet et, profitant que les coiffeuses n'avaient pas encore commencé leur travail, lui ébouriffa les cheveux pour le taquiner un peu.
- C'est sûr qu'on est plus habitués à te voir avec tes lentilles, mais ça n'empêche pas. On a pas idée d'être aussi kawai en même temps, s'amusa le KAT-TUN. Les lunettes cassent un peu cette image en fait.
Rougissant brusquement à cette remarque, le cadet détourna le regard, commençant à se tortiller les doigts sous l'embarras et ne répondit rien de plus. Remarquant sa gêne soudaine, le plus âgé se rendit compte de ce qu'il venait de dire.
- N'y vois pas de sous-entendu, hein, se hâta-t-il de dire. Je t'aime bien, c'est tout. Heu... d'ailleurs, je voulais te parler, dans la semaine, mais j'étais trop pris pour trouver cinq minutes pour le faire.
- A quel sujet? demanda Tegoshi en remontant ses lunettes sur son nez, faisant tout son possible pour oublier son embarras.
Kazuya avait passé plusieurs heures à réfléchir à son rôle, à la façon dont il devait l'appréhender et était parvenu à une conclusion plutôt ennuyeuse : il était impossible de jouer le rôle d'un gay en ne l'étant pas, ou du moins, en n'ayant pas d'informations à ce sujet. Alors il avait pensé poser des questions à son collègue qui, lui, l'était, mais c'était tout de même relativement embarrassant, déjà parce qu'il ne savait pas comment s'y prendre pour les lui poser et surtout, parce que ça sortait du cadre de leur boulot, pour entrer dans la vie privée de son cadet. Pourtant, il n'avait pas vraiment d'autre choix, sinon, il ne serait pas crédible. Et si Kamenashi avait bien horreur d'une chose, c'était celle-là. D'autant qu'il avait accepté le rôle précisément pour montrer que, ça aussi, il pouvait le faire. S'éclaircissant la gorge, il commença d'un ton incertain :
- J'aimerais... te demander certaines choses pour être... pour savoir comment bien jouer. C'est pas de la curiosité malsaine, ni quoi que ce soit du genre, hein. C'est juste... pour le travail.
Soupirant lentement, Tegoshi déglutit et se fit la réflexion qu'en effet, il allait être plutôt difficile pour son aîné de jouer un rôle si différent de ce qu'il était. Se tournant totalement vers lui, il lui adressa un petit sourire un peu tendu mais confiant.
- Vas-y, je verrais bien si je peux te répondre ou pas.
- Heu... commença l'aîné, hésitant comme il l'avait rarement été. La première fois où tu... où tu es tombé amoureux, comment tu t'en es rendu compte et tu as ressenti quoi au juste ?
A cette question, Yuya écarquilla les yeux, ne s'attendant pas à ce que son aîné soit si direct et il se mit ensuite à réfléchir, le coude posé sur la tablette, la main repliée contre la joue et le regard perdu dans ses souvenirs.
- Voyons... la première fois que je suis tombé amoureux... c'était au collège. Je t'avoue que ça m'a fait un choc, surtout que c'est comme ça que j'ai découverts mon orientation. Ça a été plutôt difficile de me convaincre que je n'étais pas une aberration ou autre et finalement, avec le temps, je m'y suis habitué...
Kami-sama, que cette situation était embarrassante... Devoir demander ce genre de chose à son cadet gênait profondément Kazuya, mais impossible d'y couper s'il voulait être bien dans son rôle. Cherchant quoi faire pour mettre fin à son malaise, tout en l'écoutant, il s'écarta du News et se dirigea vers son sac pour y prendre son portable, pianotant dessus des mails sans intérêt pour ses amis. Légèrement vexé que son aîné se détourne de lui alors qu'il lui répondait, le plus jeune fronça les sourcils, le toisant avec un regard un peu blessé, d'autant plus qu'il devait parler de choses dont personne n'était au courant. L'observant jouer avec son portable, il soupira.
- Tu me dis si je t'ennuie...
La remarque fit sursauter Kamenashi, dont le visage vira au rouge bien mûr et il s'empressa de le détromper.
- Non non, ne crois pas ça ! C'est juste que... heu... c'est un peu gênant de demander ce genre de chose. C'est pas par rapport à toi du tout...
Il avait mis les pieds dans le plat sans le vouloir. Ce n'était pourtant pas lui le pro en la matière.
- Tu sais... c'est déjà difficile rien que d'en parler... Personne ne l'a jamais su. Même mes parents ne sont pas au courant alors...
- Pardon, Yuya, je ne voulais pas être blessant, s'excusa alors Kame en se mordillant la lèvre de confusion.
- Ça va, c'est bon. Mais évite de m'appeler "Yuya" s'il te plait... dit-il avant de détourner les yeux avec un certain embarras tout en rougissant. C'est... l'appellation que je réserve pour mon petit ami...
Kazuya venait encore de faire une bourde. Deux en à peine deux minutes, ça tenait du record mondial. A ce train-là, il allait figurer au Guinness des Records comme le plus grand gaffeur de tous les temps. Inspirant, il reprit :
- Et donc tu... tu as réagi comment ? Tu... lui as dis ou... reprit-il, les joues légèrement rouges.
- Non, je ne lui ai rien dit, parce qu'il sortait déjà avec une fille d'une autre classe... Et puis... je voulais pas être fiché avec l'étiquette "Tegoshi le gay"... Faut dire que... j'avais vraiment peur... de perdre mes amis... de choquer mes parents... C'est pour ça que personne ne sait. Bien sûr, ça a été dur de toujours le voir avec sa copine sans savoir que je souffrais derrière... mais il ne pouvait rien y faire. C'était seulement de ma faute...
- Ça a dû être vraiment difficile pour toi, remarqua gentiment le KAT-TUN.
Acquiesçant d'un signe de tête, le cadet se perdit dans ses souvenirs. Il voyait encore le visage de son premier amour, il entendait encore son rire lorsqu'il se concentrait. Mais c'était seulement parce qu'ils étaient allés dans le même lycée et que ce qu'il ressentait pour lui n'était pas retombé. Ou presque. A présent, il l'avait perdu de vue et avait donc tourné la page. Mais il n'était plus jamais tombé amoureux. C'était comme si son cœur restait encore accroché à lui, comme s'il ne l'avait pas oublié. Soupirant, il rouvrit les yeux et regarda Kame.
- Tu veux savoir autre chose ?
Kazuya hocha la tête en signe d'acquiescement, mais sa prochaine question étant encore plus embarrassante que la première, il ne savait même pas comment la formuler. Se mordillant la lèvre pour tenter de trouver les mots qui feraient le plus neutre possible, il se tortilla les doigts, n'osant pas vraiment fixer son regard sur son cadet. Pourtant, il allait bien falloir qu'il se décide à poser cette maudite question... Tegoshi, voyant l'embarras de son aîné, posa sa main sur son épaule en souriant.
- Ne t'inquiète pas, même si c'est gênant et difficile d'en parler, je suis heureux de pouvoir t'aider.
Un léger rire passa les lèvres du KAT-TUN en sentant ce geste amical. Allez, c'était seulement Tegoshi, il n'allait pas le manger. Et puis c'était pour le boulot.
- Je te préviens que cette question est... vraiment intime alors si tu ne veux pas répondre, je me débrouillerais autrement. (il inspira comme pour se donner du courage, puis se lança) Quelles sensations ça procure de... d'embrasser quelqu'un du même sexe ?
- Je te retourne la question : quelles sensations ça procure d'embrasser quelqu'un d'un autre sexe que soi ? demanda-t-il avec un sourire. Ça reste de l'amour, ou les gestes qui s'y rattachent. Que la personne en face soit un homme ou une femme n'a aucune importance si on y prend du plaisir.
- Je ne sais pas... je pensais... Non c'est idiot, oublie, éluda le plus âgé en se passant une main dans les cheveux, sentant ses joues le cuire de confusion.
- Tu sais, tu n'as pas à être aussi gêné. C'est moi qui devrais l'être là, puisque c'est de moi qu'on parle. Détends-toi, ne?
- Tu as raison, mais j'ai jamais eu à demander ce genre de trucs pour un rôle avant alors... Désolé, on dirait un débutant là...
- Non c'est normal de se renseigner. J'aurais fait pareil à ta place, dit-il avec un sourire qu'il voulait détendu. Tu as autre chose à me demander ?
Bien sûr que Kamenashi avait une autre question. Surtout étant donné ce qui leur avait été communiqué pendant la réunion. Mais, il ne pouvait pas se résoudre à demander ça à son cadet. Ça aurait fait franchement pervers, voire pire. Il décida donc de laisser tomber et de voir au fur et à mesure. Peut-être qu'il s'en sortirait sans torturer Tegoshi avec ses interrogations, après tout. Et il serait probablement moins embarrassé. Parce que s'il commençait à l'être avec lui en dehors du tournage, il ne voulait même pas imaginer ce que donneraient les prises de vue en elles-mêmes.
- Non, ça ira. Merci de m'avoir répondu.
- Bah ravi d'avoir pu t'aider. Surtout, tu n'hésites pas si tu as d'autres questions. J'ai l'impression que je suis moins gêné d'en parler. Je me sens un peu moins fautif aussi...
L'emploi du terme surprit Kame, qui le fixa avec davantage d'attention, sans comprendre.
- Fautif ? releva-t-il. Mais fautif de quoi ?
- Ben... commença le plus jeune en baissant les yeux. D'avoir gardé ça pour moi...
La déclaration stupéfia tellement Kazuya, qu'il écarquilla les yeux.
- Mais t'es bête ou quoi ? T'avais aucune raison de crier ça sur les toits. Non pas que t'ai à en avoir honte, mais c'est normal de pas vouloir que tout le monde sache. Baka, dit-il en lui donnant une petite tape à l'arrière de la tête.
Se pinçant les lèvres en une petite moue penaude, Yuya baissa la tête, regardant ses chaussures en silence. Kame avait raison bien sûr, car c'était assez inhabituel pour être gardé secret, mais quand il voyait la façon dont celui-ci avait prit la chose, il commençait à espérer que les autres accepteraient aussi. La conversation se termina exactement au bon moment, car à l'instant où l'aîné finissait de parler, l'équipe chargée de s'occuper d'eux pénétra dans la pièce et ils n'eurent d'autre choix que de passer entre les mains des habilleuses, coiffeuses et autres maquilleuses. Le travail allait commencer.
************************Depuis le départ, Kazuya pensait s'y être préparé, mais au moment de mettre le scénario en pratique, il s'en sentait incapable. Surtout qu'à ce moment, son personnage n'était pas sensé être amoureux mais juste... vouloir celui de Tegoshi. Et il voyait très mal comment "vouloir" un homme, même s'il s'agissait juste d'un simple baiser. Il avait beau apprécier son cadet, l'idée de poser ses lèvres sur les siennes le... Non "révulser" était un mot bien trop fort. Ce n'était pas ça. Disons que ça le mettait vraiment très mal à l'aise. C'était Tegoshi quoi. Le petit Tegoshi, que tout le monde, à la Jimusho, trouvait si kawai. Ça paraissait même encore plus irréalisable avec lui. Et pourtant...
- Tout le monde est prêt ? demanda le réalisateur.
Bien sûr que non, il ne l'était pas, mais il n'avait pas le choix. Le cœur battant d'embarras, il se rapprocha de son collègue, se composant l'expression décidée adéquate pour son personnage.
S'étant déjà préparé et ayant déjà eu l'occasion d'embrasser un homme malgré son seul premier amour, la situation posait certainement bien moins de problème à Tegoshi qu'à son aîné et ce, malgré son malaise. Il prit donc l'expression décrite par le scénario, feignant la surprise, et fit de son mieux pour faire abstraction de toute sensation qui allait l'envahir. Acquiesçant d'un signe de tête, le réalisateur lança la scène. Rentrant aussitôt dans son rôle, Kamenashi Kazuya devenu Takana Kazuhiko, poussa son partenaire contre le mur du décor et, enserra son poignet dans la poigne de sa main.
- Tu ne peux plus m'échapper, maintenant, Fuyuki... dit-il d'une voix basse et profonde, ses yeux noisette vrillés dans ceux de Yuya.
Et sur ces mots, il se rapprocha de son visage, encore et encore, jusqu'à ce que...
- Coupez ! cria Takeda, le réalisateur.
Déglutissant et essayant d'oublier son cœur qui avait commencé à battre la chamade en voyant s'approcher son aîné, le News s'éloigna légèrement, soufflant lentement pour retrouver son calme qui était apparu lorsque la tête de son collègue s'était détournée brusquement sans même l'avoir effleuré. Finalement, il n'aurait pas besoin de mimer le malaise, son corps s'en chargeait pour lui. Kame n'avait pas pu. Au dernier moment, à la dernière seconde, malgré son professionnalisme, il n'avait pas pu toucher de la sienne la bouche de son cadet. Et il venait ainsi de faire capoter toute la scène.
- Un problème, Kamenashi-san ? demanda Takeda, tandis que, agacé, l'interpellé sortait du champ des caméras.
Voyant Kame quitter le champ des caméras, Yuya le suivit, au cas où il aurait besoin de conseils ou d'aide.
- Kamenashi-san ? fit encore la voix de Takeda, alors que l'intéressé s'éloignait.
Il était en colère. Furieux même. Contre lui. Depuis quand faisait-il capoter une scène juste pour ça ? C'était parfaitement stupide ! Et pourtant, ça avait été comme un réflexe. Finalement, ce rôle allait lui poser bien plus de problèmes qu'il ne le pensait. Cherchant à évacuer sa frustration, le KAT-TUN donna un coup de poing dans le mur le plus proche, se faisant mal au passage.
Arrivant derrière son aîné, Tegoshi le rejoignit et se racla la gorge pour lui faire savoir sa présence.
- Tu n'as pas pu... pas vrai ?
- Non... Et c'est ridicule. C'est juste un rôle, bon sang ! Un simple rôle ! J'ai déjà fais des trucs plus complexes, alors pourquoi je n'y arrive pas ? s'exclama l'aîné, qui ne décolérait pas.
- Oh... Calme-toi déjà... C'est pas en étant en colère que tu y arriveras... Ensuite, j'ai peut-être un conseil pour toi, même si ça ne t'aideras sûrement pas... Tu as une bonne imagination non ? Alors essaies d'imaginer que tu embrasses une femme...
Surpris dudit conseil, Kazuya se retourna, dévisageant le plus jeune comme s'il venait d'avoir, ou l'idée de génie qui allait changer la face du monde, ou l'idée la plus stupide du millénaire.
- Tu pense que ça peut marcher ? lui demanda-t-il, tendu. Je n'ai pas tellement envie qu'on doive recommencer la scène dix fois...
- C'est juste une idée comme une autre... mais si ça peut t'aider... Je pense que je ferais comme ça si j'étais à ta place.
Un profond soupir échappa à Kame, sa colère enfuie aussi vite qu'elle était montée.
- De toute façon, il faut bien trouver un système, sinon on ne va pas avancer. Désolé, à cause de moi on doit recommencer.
- Ne t'inquiète pas, c'est rien, dit Tegoshi en souriant avant de lui désigner le décor. On y retourne?
Un simple hochement de tête lui répondit et, plus tendu que jamais, le KAT-TUN revint prendre sa place devant le mur factice.
- Tout va bien, Kamenashi-san ? s'enquit encore prudemment le réalisateur, peu désireux de s'attirer les foudres d'une des plus grandes stars de la Johnny's Entertainment.
- Oui oui. Désolé pour la scène. On reprend.
- Très bien. Moteur ! Action !
Reprenant son expression décidée avec autant de facilité qu'il aurait mit un masque, Kame poussa à nouveau son partenaire contre le mur du décor et, enserra encore son poignet dans l'étau de sa main.
- Tu ne peux plus m'échapper, maintenant, Fuyuki... dit-il de la même voix basse et profonde, les yeux fixés dans ceux de son partenaire.
Il se pencha à nouveau rapidement vers lui et, au prix d'un gros effort d'imagination, posa ses lèvres sur celles de son cadet de la façon brusque et possessive qui convenait au personnage. Même son regard était devenu dur, comme si le caractère du personnage avait pris le dessus sur celui de l'acteur. Plongé dans son rôle, Tegoshi commença à se plaindre et à tenter de se libérer de la poigne de son aîné tout en se reculant le plus possible contre le mur en un geste de protection qui ne servit malheureusement pas à grand chose. Réussissant à séparer ses lèvres de celles de Kame, il lança, les joues enflammées et le regard un peu perdu :
- Lâche-moi Takana !
- Pas question ! répliqua celui-ci. Tu m'appartiens...
Forçant sur la main qui enserrait son poignet, le cadet arriva à repousser son assaillant, lui adressa aussi un regard indigné et dégoûté.
- Non mais ça va pas ? s'exclama-t-il, en colère. Je ne t'appartiens pas !
S'approchant davantage, Kazuhiko plaqua soudainement Yuuga contre le mur avec son corps et souffla à son oreille :
- Oh si... et bien plus que tu ne le crois.
- Coupez ! cria alors le réalisateur. Ah et bien là, c'était parfait. Même pas besoin de troisième prise.
S'éloignant doucement de son collègue, Yuya eut un sourire, à la fois heureux que son jeu n'ait pas été trop étrange, mais aussi soulagé de ne pas avoir à sentir de nouveau les lèvres de son aîné sur les siennes. Il avait tout fait pour ne pas le montrer mais ce contact avait fait monter la température de son corps de quelques degrés, juste assez pour le faire rougir, et rien d'autre. Et il fallait avouer que c'était quand même plutôt gênant. Alors, se tournant vers Kamenashi avec un sourire aussi rassurant et confiant que possible, il fit un pas vers lui, afin que lui seul puisse l'entendre.
- Finalement, tu y es arrivé, ne ? demanda-t-il à voix basse avant de froncer légèrement les sourcils, soucieux. J'espère... que ça ne t'as pas trop dégoûté par contre...
Comprenant l'inquiétude de son collègue, Kazuya se gratta la tête, toujours embarrassé par la promiscuité qu'exigeait le drama.
- Non non... C'était juste... vraiment étrange parce que... tu as les lèvres vraiment douces, déclara l'aîné, avant de rougir violemment en se rendant compte de ce qu'il venait de dire. Heu, sans sous-entendu, hein. C'est qu'une constatation comme une autre.
Oh la la, il s'enfonçait et s'embrouillait. Pourquoi avait-il dit une chose pareille ? Même si, étrangement, il l'avait pensé, ce n'était vraiment pas le genre de phrase à prononcer devant un ami. Surtout quand cet ami était gay... Rougissant également devant cette remarque, et même s'il se doutait bien qu'elle ne signifiait rien en particulier, Tegoshi se mit à bégayer.
- Oh... ben euh... évidemment, je m'en doute que c'est... euh... qu'une constatation... mais... enfin... c'est... Malgré... Même si je suis déjà sorti avec quelqu'un... c'est la première fois... qu'on me le dit alors... euh... ça fait un peu bizarre quoi... mais merci... hein... ça me fait plaisir... termina-t-il avec un peu sourire intimidé et embarrassé.
- Oh la la... Désolé... Je sais pas ce qui m'a pris de dire ça... c'est complètement idiot.
Et en plus d'être parfaitement stupide, ce n'était vraiment, mais alors vraiment pas le meilleur moyen de faire disparaître la gêne que lui causait ce genre de scène. Maintenant, il allait y penser à chaque fois qu'ils devraient le refaire et ça allait VRAIMENT finir par être embarrassant.
Encore gêné par les mots de son aîné qui semblait l'être bien plus que lui, il déglutit, se passa légèrement la main dans les cheveux pour ne pas ruiner la coiffure, et, la tête baissée, il se tourna vers le personnel du drama.
- Bon ben euh... souffla-t-il au KAT-TUN. Je retourne dans la loge... en attendant la prochaine scène...
Ce qu'il fit ensuite, le regard bas, marchant assez vite pour pouvoir disparaître rapidement des yeux du staff, et se jeter enfin dans cette salle qui leur était réservée. Il entra donc à l'intérieur, les joues encore un peu rouges, puis referma la porte et se dirigea vers la tablette à laquelle il s'était installé plus tôt dans la journée. Devant rester sur place pour les besoins de la prochaine scène, puisque celles-ci n'étaient pas tournées dans l'ordre, Kazuya le suivit du regard, quelque part soulagé de rester seul face aux caméras, même s'il sentait que sa rougeur n'avait pas disparu. Le tournage, plus long, se poursuivit sans heurt, l'acteur se sentant plus à l'aise lorsque son camarade de News n'était pas dans les parages, surtout après ce qu'il venait de dire. Encore perturbé par ce qui venait de se produire entre eux, il ne fut pas du tout satisfait de son jeu et, lorsque Takeda cria de nouveau "coupez", il demanda à refaire la prise.
Dans la loge, Tegoshi se laissa retomber sur son siège, poussant un profond soupir avant de prendre son visage dans ses mains. Ce n'était définitivement pas simple d'être gay, et encore moins lorsqu'on devait tourner un drama BL en faisant le maximum pour ne pas être découvert. Et le plus difficile, outre l'embarras qu'il avait ressenti après le compliment de son aîné, était bien entendu de rester le plus lucide possible lorsque leurs corps se rapprochaient. Parce que, même s'il ne ressentait rien pour lui, il fallait avouer que Kame avait un corps absolument magnifique, et que ce n'était donc pas forcément gagné d'avance... Ne souhaitant pas s'avouer vaincu pour autant, il ressortit le script pour vérifier qu'il connaissait bien ses répliques de la prochaine scène qu'il avait à jouer avec lui, et les relut distraitement, son index tapotant ses lèvres à intervalles réguliers. Le compliment qu'il avait reçu pouvait finalement bien lui être renvoyé.
Deux scènes plus tard, Kazuya fit à son tour irruption dans la loge et se laissa tomber sur le canapé. Il commençait à ressentir physiquement la double charge de travail avec les répétitions du groupe. Et le fait de lutter pour rester naturel dans des circonstances qui ne l'étaient pas du tout, l'épuisaient aussi. Un profond soupir lui échappa, alors qu'il s'allongeait carrément sur le sofa, faisant remonter le t-shirt qu'il portait sous la veste ouverte de son uniforme et il posa un bras sur ses yeux, comme pour l'aider à décompresser. Il fallait rester concentré, car la prochaine scène, elle aussi, allait être pénible à tourner et l'aîné n'était pas certain d'être prêt psychologiquement, alors qu'il se remettait déjà difficilement de la précédente scène avec Tegoshi et ses répercutions. Ce dernier préféra garder les yeux rivés sur son script plutôt que de les laisser parcourir le corps allongé de son aîné, évitant ainsi de se mettre lui même dans une situation embarrassante, et permettant aussi à Kamenashi de pouvoir se reposer avant de retourner sur les lieux du tournage. Après cependant une bonne dizaine de minutes, il fallait bien ressortir, il se leva donc de sa chaise et se dirigea vers le canapé.
- Kame ? Il faut y retourner je pense...
Mais seul le silence lui répondit, car le KAT-TUN épuisé, s'était véritablement endormi, comme en attestait son souffle lent et régulier, ainsi que son bras qui avait glissé de ses yeux pour finir sa course dans le vide. S'accroupissant à côté de lui, Yuya posa sa main sur son épaule, le secouant ainsi doucement pour le tirer du sommeil, tout en continuant de l'appeler, replaçant son bras sur le canapé de l'autre main. Le geste réveilla en effet l'aîné, qui se redressa péniblement et posa sur son cadet un regard presque étonné.
- Ah. On doit y retourner...
- Oh désolé. Je suis plus crevé que je ne pensais je crois. Tu me passe le script deux secondes ? Que je vérifie.
- Bien sûr, tiens, dit-il en lui donnant le bloc de feuilles imprimées tout en se redressant.
- Merci, dit Kazuya en s'en emparant.
Il parcourut rapidement du regard le texte et retint une grimace. Quelle idée de ne pas tourner les scènes dans l'ordre... Il n'allait jamais réussir à faire ça, c'était impossible. Il avait déjà eu du mal à... l'embrasser, alors si, en plus, il devait le toucher... Un soupir découragé passa ses lèvres. Comprenant la réaction de son aîné, Tegoshi s'assit à l'autre extrémité du canapé en soupirant, joignant ses mains pour faire jouer ses pouces l'un contre l'autre.
- Je suis désolé, Kame... fit-il d'une voix faible. A cause de moi... ça rend les choses difficiles...
Surpris, l'interpellé tourna la tête vers lui.
- Quoi ? Mais non, c'est pas toi. Ça n'a rien à voir avec ça. C'est juste moi qui suis pas capable de... Je ne dois sans doute pas être la personne adéquate pour ce genre de rôle malgré ce que je pensais. Mais ça n'a vraiment rien à voir avec toi.
- Mais... le fait que je sois... Ca doit y faire un peu non ?
- Pas du tout. Je te l'ai dis, ça n'a aucune importance pour moi, que tu sois gay ou hétéro. Je vais pas changer mon comportement envers toi pour ça. C'est un bête rôle à mes yeux. C'est juste que... c'est la première fois qu'on me demande de jouer dans un BL et que je pensais en être capable. Or, apparemment, ce n'est pas le cas.
- Faut dire que c'est vraiment différent de tout ce qu'on a déjà pu faire... fit remarquer le cadet avec un sourire avant de se lever. Il faut y retourner je pense, sinon Takeda-san va râler...
- Ouais... acquiesça Kamenashi en tentant de reprendre un semblant de confiance en lui et de ne pas montrer qu'il appréhendait vraiment la scène à venir. Allons-y...
- Ah et... Kame ?
- Oui ?
- Merci... de continuer à agir avec moi comme tu l'as toujours fait... ça me fait chaud au cœur, termina-t-il avec un sourire des plus naturels.
L'étonnement, sur les traits du KAT-TUN, laissa place à un sourire.
- T'en fais pas pour ça, va, dit-il avant de passer la porte en direction du plateau.
Reprenant place sur le plateau, l'aîné tenta d'oublier que, pour compliquer le tout, ils n'allaient pas être seuls dans la scène, mais que plusieurs des autres acteurs les entoureraient pour diverses raisons. Il déglutit péniblement, essayant de ne pas penser par avance. Il ferait au moment précis, s'il intellectualisait la chose, il ne le ferait pas et ce serait encore Tegoshi qui en pâtirait. Le suivant en conservant son sourire, ils se dirigèrent donc vers le lieu de la scène suivante, où Takana devait commencer à séduire Fuyuki. Le tournage se déroulait dans l'un des amphithéâtres de l'université, se vidant progressivement après la fin du précédent cours, et le cadet devait terminer de ranger ses affaires pendant que le plus âgé le rejoignait. Tegoshi prit donc place, arrangea la place de son classeur et de son sac, tandis que Kamenashi attendait à l'extérieur de pouvoir commencer. Le plus jeune se préparait déjà psychologiquement, sachant parfaitement ce qu'allait devoir faire son aîné, et il se concentra le plus possible sur la scène pour ne pas avoir de réactions trop spontanées.
- Moteur ! Action ! dit alors Takeda, donnant le signal du début de la scène.
Tegoshi, dans son personnage, commença alors à ranger ses affaires dans son sac, refermant le classeur pour le glisser à l'intérieur, puis y ajouta sa trousse, le regard volontairement pensif, comme s'il se demandait encore ce qu'avait voulu son sempai de l'université. Prenant une inspiration, Kazuya pénétra à son tour sur le plateau, dans le champ de la caméra, arborant une expression d'abord tout à fait neutre, pour saluer ses kohais, en traversant les rangées de sièges à présent en grande partie inoccupés, puis, se souvenant que le script indiquait un "regard de lover", rendit son regard plus brûlant qu'une flamme en s'approchant de Yuya tout en se déhanchant en marchant. Sentant que quelqu'un se dirigeait vers lui, celui-ci releva la tête et tomba nez à nez avec celui qu'il ne voulait absolument pas voir, et il déglutit en le voyant poser sur lui des yeux brûlants qui le fit aussi tressaillir. Empoignant la bandoulière de son sac, il saisit le col de sa veste qu'il avait posée sur un siège adjacent et fit un mouvement de recul dans le but de s'échapper, un regard un peu terrifié sur le visage. Voyant sa proie commencer à fuir, Kazuhiko avança davantage et se pencha soudain, coupant toute retraite à son cadet, et le faisant retomber assis. Il plaqua ensuite ses mains de chaque côté de son corps et, le coeur battant anormalement vite, approcha sa bouche de son oreille, avant d'hésiter longuement, ce qui n'était pas du tout prévu par le script. Le coeur commençant à s'emballer en sentant le corps de son aîné si proche de lui, il se mit à rougir brusquement, ce qui n'était pas forcément prévu non plus mais qui convenait parfaitement à la scène, et il tourna la tête sur le côté, à la fois gêné et intimidé, cherchant à réunir tout son courage pour pouvoir se débarrasser de ce jeune homme qui devenait entreprenant. Mais, sentant l'hésitation qu'avait Kamenashi, le cadet ne put s'empêcher de rester attentif au moindre de ses gestes, pour rattraper avec un peu d'improvisation si besoin il y avait. Inspirant profondément en faisant en sorte que ça ne se voit pas, Kame se donna une claque mentale pour s'obliger à poursuivre son geste et, tout en espérant que son hésitation passerait inaperçue, alla, comme le script l'exigeait, suçoter le lobe de l'oreille de son cadet, en se persuadant de toutes ses forces que ce n'était qu'un bête rôle. Se tenant comme il pouvait au script, le plus jeune se mordit les lèvres, penchant "inconsciemment" la tête sur le côté en se sentant emporter par cette sensation nouvelle. Les lèvres de son aîné pinçant son lobe le fit fortement frissonner et Tegoshi ne put s'empêcher de lâcher un très faible gémissement de plaisir tout en fermant les yeux, seulement audible par eux deux. Son personnage devant se laisser faire car envoûté par ce geste, il était donc facile pour lui de rester immobile. Entendre son collègue gémir alors que le script ne le prévoyait pas, faillit faire perdre toute contenance à Kazuya et lui faire perdre de vue le but de la scène. D'autant qu'une pensée parasite très dérangeante venait d'entrer dans son cerveau, qu'il s'efforça de chasser très vite afin de placer sa réplique au moment adéquat.
- Ne viens pas me dire que tu n'aimes pas... dit son personnage à celui de Tegoshi, avant d'avancer une main pour la passer sur son buste.
- A-Arrête... souffla celui-ci, les yeux toujours fermés, les mains fermement crispées sur le bois sur lequel il était assit. Ne fais pas ça...
- Pourquoi, puisque tu meurs d'envie que je continue ? susurra encore Kazuhiko à Yuuga, tandis que la main aventureuse commençait à le caresser discrètement.
Sa respiration commençant à se faire peu à peu plus saccadée et sifflante, Yuuga déglutit de nouveau, et avec encore plus de difficulté maintenant que la main de son aîné se promenait sur son torse, le caressant sans trop y faire attention, mais ce que Tegoshi essayait de ne pas montrer était que ces quelques touchers le faisaient frémir et frissonner avec une force qu'il avait du mal à réprimer. Et, rassemblant tout le courage dont le personnage était doté, il leva vivement une main pour saisir le poignet de Kazuhiko, tournant les yeux vers lui en fronçant les sourcils, essayant de se contenir, et il le repoussa du mieux qu'il put.
- Je t'ai dit d'arrêter, Takana ! Arrête de me regarder et de me toucher comme si j'étais ta proie !
- Parce que tu penses sérieusement que tes protestations vont m'arrêter ? fit la voix étrangement rauque de Kamenashi en réponse. Pas question... je te l'ai dis, tu m'appartiens... et d'une façon ou d'une autre, tu seras à moi très bientôt, parce que ton corps me crie que tu en meurs d'envie...
Prononcer ces mots envers un homme semblait tellement étrange à Kazuya, qui ne comprenait pas pourquoi sa voix avait pris cette intonation imprévue. C'était comme si... Non, c'était complètement ridicule. C'était juste le rôle qui lui tournait la tête. Après tout, il n'était pas habitué à jouer ce genre de chose, alors c'était normal... non ?
Le regard de l'aîné fictif déshabilla son cadet tout aussi fictif mais il ne se redressa pas pour autant. Relevant les mots les plus révoltant dans la réplique de l'aîné, il leva des yeux indignés vers lui.
- Et pourquoi je t'appartiendrais ? Je ne suis pas un objet, que je sache !
- Ah non ? Tu es sûr... Yuuga-chan ? répliqua l'aîné en caressant du pouce les lèvres charnues de son interlocuteur.
Impressionné par la maîtrise du personnage de Kazuya, Tegoshi se prit alors complètement au jeu, et repoussa violemment la main qui caressait ses lèvres.
- J'en suis sûr ! Pourquoi j'en serais un pour toi ? Tu te rends compte de ce que tu dis ?
- Je sais parfaitement ce que je dis, oui... rétorqua Kazuhiko par la voix rauque de Kame, avant que celui-ci ne se penche pour poser ses lèvres sur les siennes avec davantage de force que la première fois d'une façon si naturelle cette fois, qu'elle en était déconcertante.
A ce contact, Yuuga fut tellement surpris qu'il manqua de peu de tomber à la renverse, écarquillant les yeux avec stupeur. Mais la réaction de Tegoshi ne s'arrêtait à cette seule impression, car la façon dont Kame posa ses lèvres sur les siennes paraissait si naturelle et simple qu'il aurait pu se laisser à y répondre puis, se reprenant avant de faire une épouvantable erreur, il se concentra sur la suite de script, à savoir : se laisser faire. Yuuga était tellement surpris qu'il était incapable de bouger, ce qui donna l'avantage à son aîné.
- Tu vois, murmura le plus âgé tout contre ses lèvres. Tu es incapable de me résister... Yuu-ga-chan, ajouta-t-il, avant de ponctuer sa déclaration d'un petit coup de langue sur la bouche de son cadet, puis de se redresser et de s'éloigner vers la sortie de l'amphithéâtre comme si de rien n'était, en laissant un Yuuga choqué.
Complètement abasourdi, il resta pantelant sur le siège, les bras ballants, bouche bée, le regard fixé sur le dos de son sempai qui quittait la salle, et le cœur battant toujours à tout rompre. Il le laissait comme ça ? Après l'avoir autant chauffé ? Mais qu'est-ce qui n'allait pas avec ce type ? Se relevant lentement, il saisit son sac et son manteau et sortit rapidement de l'amphithéâtre, essayant du mieux qu'il pouvait d'oublier ce regrettable incident, et la porte claqua derrière lui.
- Coupez ! s'exclama le réalisateur. Et bien, j'avoue être impressionné, vous avez fait toute la scène en une fois, et sans accroc ! Elle est bonne, on la garde.
Kazuya n'entendit pas cette remarque car, sitôt sorti du champ de la caméra, il s'était éloigné à l'écart, intérieurement chamboulé. Kami-sama, que s'était-il passé pendant cette scène ? Comment et pourquoi avait-il réussi à accomplir avec tant de... naturel, tous ces gestes qui lui faisaient si peur à exécuter à peine quelques minutes auparavant ? Et surtout, pourquoi avait-il eu cette voix rauque qui n'était pas dans le script ? C'était comme s'il... non, c'était impossible. Il ne pouvait pas réagir PHYSIQUEMENT à ce qui s'était passé pendant la scène ! Il était hétéro, pas gay ! Alors son collègue ne POUVAIT PAS lui faire un quelconque effet ! C'était une impossibilité totale. Surtout Tegoshi. Revenant vers les techniciens et le réalisateur, celui-ci chercha des yeux son aîné, et ne pas le trouver lui fit froncer les sourcils. Il passa à côté du scénariste qui vérifiait la scène qui venait d'être filmée sur l'un des écrans de contrôle, enjamba tout un paquet de câbles d'alimentation, contourna de grosses boîtes qui servaient à transporter le matériel, et finit par apercevoir son collègue, appuyé contre le mur de l'université qui était utilisée pour le tournage et le trouva alors immédiatement étrange. Son visage était d'un rouge soutenu et il se passait frénétiquement les mains dessus, comme pour se réveiller d'un mauvais rêve. Fronçant davantage les sourcils, Yuya ne bougea pas et essaya de comprendre pourquoi il réagissait ainsi après la scène. Sentant une présence derrière lui, Kamenashi se retourna et vira au cramoisi en constatant qu'il s'agissait du responsable involontaire de son trouble. Ne sachant quoi lui dire pour expliquer une réaction qu'il ne comprenait pas lui-même, il se détourna à nouveau et posa le front contre le mur. Trouvant le comportement de son aîné de plus en plus étrange, il s'avança prudemment vers lui, la main levée comme pour apprivoiser un animal sauvage, et vint finalement la poser sur son épaule, réellement soucieux à présent.
- Kame ? Il y a problème ?
Un sursaut incontrôlé accueillit ce geste amical plutôt naturel et le KAT-TUN se retourna brusquement, comme un animal aux abois totalement pris au piège. Quel était le problème avec lui à la fin ? C'était parfaitement ridicule. C'était SEULEMENT Tegoshi, après tout !
- Oh... doucement, je vais pas te manger hein... fit-il avec un petit sourire. Mais t'as pas l'air bien, tu es sûr que ça va ? Tu veux que je demande une pause à Takeda-san ?
Un hochement de tête lui répondit. Oh que oui, il avait besoin d'une pause. D'une pause d'une longueur indéfinie, même. Histoire de comprendre son propre comportement. Il savait que le problème ne venait pas de son cadet, mais de lui. Mais comment expliquer la situation à son collègue ? C'était totalement incompréhensible, même pour lui, alors la raconter à quelqu'un...
- Je... Ça... Ça va... mais... oui, j'ai... besoin d'une pause...
- D'accord, je m'en occupe. Retourne à la loge en attendant et repose toi, je pense que tu en as besoin, termina-t-il avec un dernier sourire avant de se retourner pour effectuer ce qu'il venait de dire, les pensées tout de même tournées vers son aîné.
