Après ce léger incident, le temps reprit son cours habituel. Lucas enchainait les vidéos et les rires avec Raph et David tandis que Maxence était reparti dans une nouvelle tournée. Celle-ci prenait du temps et bientôt, Lucas en oublia presque qu'il s'était passé quelque chose entre eux. Depuis qu'il s'était convaincu que ça n'avait été causé que par l'alcool et l'instant présent, sa mémoire avait fait l'impasse sur cette fameuse nuit, et il s'en portait très bien.

Malgré tout, les mois passaient et la présence du châtain excentrique commençait à lui manquer de plus en plus virulemment. Cela le démangeait, le grattait comme une vilaine piqure qui refusait de soigner. Plus les jours s'allongeaient, plus cette impression de manquer d'air le saisissait. Quelque chose d'impalpable, de vicieux, de sucré se glissait sous ses draps la nuit et il se réveillait en sursaut, en nage.

Il le sentait, ce barrage glacé. Il le sentait jusque dans son front, barrer tout passage aux dangereuses pensées qui le menaçaient. Pourtant elles l'attaquaient, tous les jours, toutes les nuits, le noyant de sueurs, lui tirant les traits. Son reflet dans le miroir devenait un peu plus gris chaque matin mais son sourire ne le lâchait jamais. Il ne fallait pas qu'il l'affiche, ce malaise, cette confusion qui s'était ancrés en lui depuis cette fameuse soirée.

Même s'ils lui donnaient des migraines. Même s'il voulait en vomir.

-Eh Lucas ! Tu viens ce soir hein ?

Les yeux bleus s'agrandirent.

-De quoi ?

Raphaël lui donna une tape dans le dos, hilare.

-T'es sérieux t'as déjà oublié ? La soirée !

Le jeune youtubeur se redressa sur sa chaise, déridé.

-Ah ! Oui, merde ! réalisa-t-il en se relevant pour aller chercher quelques affaires.

-T'avais vraiment oublié alors, constata Raphaël d'un soupir.

Dans son studio, Natsu regardait son maitre paniquer sous la pression.

-Faut juste que je passe chez moi vite fait me changer, mais je serai à l'heure, promis !

Promesse que Raph ne crut évidemment pas mais accepta malgré tout pour la forme. Il lui rappela alors rapidement l'adresse et sortit de la pièce, vite suivi d'un Lucas pressé. Celui-ci s'empressa de rentrer chez lui, faisant courir le Shiba à ses côtés.

Une douche et une chemise plus tard, Lucas était enfin arrivé sur les lieux, une bonne demi-heure en retard, mais qui en serait étonné ? Lorsqu'il rentra il salua tous ses amis à grands coups de sourires et de voix suraigüe. Un verre lui fut glissé dans la main tandis qu'il se dirigeait vers le balcon pour prendre un peu d'air.

Là s'étaient réunis les fumeurs et les claustrophobes qui n'aimaient pas être étouffés par la foule. Deux catégories à laquelle il n'appartenait pas et pourtant il se retrouvait là, appuyé contre la barrière de fer forgé. Il soupira, passa une main sur son visage et se mit à observer la ville en sirotant son verre. Qu'y avait-il dedans d'ailleurs ? Il n'en savait foutrement rien.

A vrai dire il ne savait même pas ce qu'il faisait là. Il n'avait clairement pas la tête à s'amuser.

-Salut, lui lança une ombre qui venait de surgir de l'intérieur.

Celle-ci s'adossa à la barrière, permettant à Lucas d'en reconnaitre le propriétaire. Un sourire le prit alors.

-Martin ! Je savais pas que t'étais là !

Ils échangèrent une poignée de main chaleureuse avant que le musicien ne sorte une cigarette de la poche de sa chemise. Il l'alluma, protégeant la flamme de sa main tandis que Lucas le décrivait.

-T'étais pas en tournée d'ailleurs ? réalisa-t-il lorsqu'il expira un nuage gris.

-Si, si, c'est pas fini, mais on était pas loin du coup on s'est dit qu'on pourrait passer. Ca fait une petite pause.

Le plus jeune acquiesça mais Martin n'avait pas fini.

-Puis tu manquais à Maxence.

Cette fois, les iris bleus se figèrent dans le vide. Lucas bredouilla une phrase incompréhensible et se retourna vers le plus grand.

-Il est là ?

Question rhétorique car il n'attendit même pas de réponse pour retourner dans l'appartement. L'ambiance était électrique, les murs vibraient, le sol tremblait, la chaleur étouffait. Lucas était déjà en sueur quand il atteignit la cuisine pour demander si quelqu'un n'avait pas vu le grand dadais.

Merde, merde, cela faisait si mal dans sa poitrine juste là. Son cœur battait si fort à chaque nouvelle pièce qu'il croyait mourir de ne pas le trouver. Il passa une troisième fois dans le salon et s'arrêta, désespéré. Soit Martin s'était moqué de lui, soit Maxence le fuyait, il ne trouvait décidément pas d'autres explications.

-Lucas ? résonna soudain une voix familière.

L'interpelé fit volteface, le visage rouge de l'avoir tant cherché. Et pourtant il était là, tout droit devant lui, les cheveux en pagaille, les chaussettes colorées. Le youtubeur eut un immense sourire et se jeta sur lui, les bras grands ouverts.

-Ouais, ça faisait longtemps, souffla Maxence en lui rendant son étreinte.

-Putain ça fait une éternité ouais, répliqua Lucas après s'être décollé de lui. Alors c'est comment ?

Le plus grand passa une main dans ses cheveux trempés de sueur, les yeux dans le vague.

-C'est génial. Incroyable. J'ai même pas de mots pour t'expliquer en fait.

-Pressé d'y retourner hein ?

Le regard sombre retomba sur lui, embrumé d'un brouillard que Lucas ne saisissait pas.

-Ouais.

Le jeune châtain haussa un sourcil. Cette réponse lui semblait étrange, de par son ton, de par son intonation. Il y avait quelque chose qui ne sonnait pas clair. Cependant il n'eut pas le temps de retourner sur le sujet. Maxence l'embarquait déjà plus loin dans la pièce.

Ils s'assirent dans un endroit plus tranquille où les invités ne s'agglutinaient pas, où la musique ne perçait pas les tympans et y restèrent tout le reste de la soirée. Ils burent, rigolèrent, échangèrent des anecdotes du temps qu'ils avaient manqué ensemble. Lucas adorait l'entendre parler des concerts, il adorait les paillettes qui naissaient dans ses yeux lorsqu'il évoquait les fans. Lui qui avait si peu confiance en lui, lui qui ne savait pas la voix incroyable et le talent drastique qu'il avait, il le voyait enfin s'élever vers ce qu'il aurait toujours dû être. Lucas voulait le voir voler, s'envoler et créer des couleurs, des sons et des vagues qui apaiseraient le monde tout autour.

Il l'écoutait, un grand sourire aux lèvres, fier et heureux de ce qu'il était devenu tandis que la soirée suivait son cours. Ce cours parfait, cet instant unique que Lucas aurait voulu cristalliser et conserver à jamais.

C'était comme ça. Comme ça qu'il les voulait.

Trois heures du matin. La soirée commençait à s'essouffler. Certains étaient rentrés, d'autres fumaient sur les balcons tandis que d'autres encore s'étaient dispersés dans tout l'appartement pour discuter. L'ambiance était plus légère et en même temps plus profonde tout autour d'eux. Les lumières colorées, tamisées, coulaient sur leurs peaux alors qu'ils s'étaient tus. La musique continuait, plus douce, absorbante à un point qu'ils n'osaient plus rien dire. Ils se contentaient de profiter de l'instant, Lucas les yeux clos, effondré sur son siège, Maxence les bras derrière le crâne, les doigts accrochés au dossier. Ils bougeaient la tête au rythme des notes, l'ainé chantonnant de sa voix angélique. Lucas aurait pu l'écouter toute la nuit sans jamais s'en lasser. C'était impossible.

Lentement, il ouvrit les yeux et vint les fixer sur son ami, un léger sourire aux lèvres. Maxence, à son tour, avait fermé les siens et se contentait de déguster le moment. Des odeurs de bougies, de tabac et de rue se mélangeaient dans le salon, créant un mix addictif. Quelque chose qui éveilla la mémoire de Lucas. Quelque chose qui fissura le béton.

Le sourire du youtubeur se mit à fondre sur ses lèvres alors que l'eau commençait à s'écouler. Il se souvenait de cette soirée, de ces lèvres colorées qui l'avaient dévoré, de ces mains douces qui l'avaient saisi. De son être tout entier qu'il avait accepté sans aucun remord.

Lucas se sentit couler, une douleur insoupçonnable s'insinuant dans ses veines agitées. Sa bouche s'entrouvrit et il crut un instant qu'il allait pleurer mais le barrage était toujours là. Bien que touché il ne cédait pas, il ne devait pas. Ce n'était pas possible. Ce…

Soudain, Maxence ouvrit les yeux. Ses pupilles sombres tombèrent dans les siennes. Ses lèvres se stoppèrent sur un a et il glissa. Lucas se sentit changer de couleur, passant du blanc cassé au rouge le plus vif. Il le voyait, le sentait dans le plus profond de son regard. Le souvenir de cette nuit, imprimé dans les prunelles noires.

Lui aussi se souvenait.

-Tu…

Electrisé par le son de sa voix, le jeune châtain se ressaisit et se replaça sur sa chaise dans un raclement de gorge. Il ne pouvait pas se laisser tomber dans cette direction, c'était décidément une énorme erreur. Le barrage devait tenir, peu importe le prix qu'il devait payer. Il n'allait pas risquer leur amitié à cause d'une mauvaise déprime.

-Lucas, tu…

-Maxence.

Le youtubeur l'avait coupé d'un ton ferme, les yeux fixés sur le sol. Ses mains tremblaient légèrement sous son menton.

-S'il te plait, non, ajouta-t-il alors.

Le chanteur se figea un moment, partagé entre la surprise et la déception. Son visage se tordit d'une grimace douloureuse mais il insista.

-Mais j'ai besoin de…

-C'était qu'une connerie et j'étais bourré, c'est tout. Ça va pas plus loin que ça.

Lucas pinça les lèvres, toujours incapable de le regarder. C'était peut-être un peu froid.

-T'as pas besoin de t'inquiéter, finit-il en tournant enfin la tête vers lui.

Geste qu'il regretta instantanément. Cette dernière phrase, qu'il avait voulue rassurante, n'avait rien fait qu'empirer la tristesse sur le visage de Maxence. Celui-ci esquiva son regard, les lèvres entrouvertes, sanguinolentes. Face à cela, Lucas sentit une violente panique l'envahir et détourna la tête dans une phrase acide.

-Ecoute c'était censé rester une blague ça.

-Je sais !

Il l'avait crié. Lucas sursauta, stupéfait. A côté de lui, le pauvre avait la tête entre les mains, les jambes agitées. Tous deux cherchèrent quoi dire, effarés, terrifiés par ce qui venait de les prendre. Quand soudain, l'ainé se releva d'un bond et se mit à tourner en rond. Il s'arrêta au milieu de la pièce, Lucas n'osant qu'à peine le regarder.

-Je sais… répéta-t-il alors, cette fois calme.

Du moins c'était ce à quoi il avait l'air. L'instant d'après, il s'enfuyait.

Lucas resta ce qui lui sembla des heures immobile, incapable d'aligner deux mots sans se faire mal. Comment se faisait-il qu'ils aient parvenu à gâcher une soirée si parfaite ? Etaient-ils destinés à cela désormais ? Etre incapables de s'entendre plus de cinq heures ? Sans que cela ne parte trop loin ? Sans que les souvenirs ne reviennent ?

La tête entre les mains, Lucas lâcha un lourd soupir. Si seulement cette sale soirée n'était jamais arrivée, si seulement il ne l'avait pas appelé, si seulement… Et pourtant il pouvait en empiler des « Si seulement » dans sa tête. Rien ne calmerait plus cette rage infâme.

Il avait envie de courir, de frapper, de crier, de hurler sur le monde entier. Une bouteille était juste à côté de lui, sur la table basse. La seconde d'après elle éclatait en morceaux dans un cri de rage.

-MERDE !

Trois heures du matin. Oui, c'était bien l'heure qu'affichait son réveil. Lucas se redressa sur son lit, les yeux injectés de sang.

Insomnie.

Cela faisait un moment qu'il avait du mal à dormir. Des cauchemars ou parfois même juste des pensées l'en empêchaient. Il pouvait alors rester des heures, les yeux clos, à attendre le sommeil sans jamais qu'il n'arrive.

Un soupir se souleva dans la pièce et le youtubeur décida de se lever, incapable de supporter cela plus longtemps. Il se rendit dans sa cuisine, alluma la lumière tamisée du salon et se servit un verre d'eau. Ce qu'il faisait chaud ces derniers temps, c'était insoutenable et ne l'aidait en rien dans ses insomnies.

Lucas s'adossa au plan de cuisine, le verre à la main, l'air dépité. Il but une gorgée et ses yeux tombèrent sur son portable, posé un peu plus loin. La chaleur était intense et pourtant son cœur restait figé de glace. Il se mit à compter et ses lèvres se pincèrent.

Cela devait faire quoi ? Deux mois déjà ? Depuis cet incident. Cette fois où il était reparti sans plus le contacter derrière. Combien de fois encore allaient-ils tomber dans cette situation ? Ils tournaient en rond, incapables de se parler, incapables de se comprendre.

Et pourtant Lucas avait beau s'interroger, rester éveillé des nuits entières, le cerveau gorgé de questions, aucune solution ne lui venait. Il fallait dire qu'il avait été dur ce soir-là. Voire cruel. Maxence avait eu besoin de parler et il l'avait rejeté sans même une once de pitié. Il n'avait pensé qu'à lui et son petit barrage tout fragile.

Le verre fut reposé, Lucas se dirigea vers son portable et s'en saisit. Ses doigts allèrent chercher dans ses contacts et tout de suite, il tomba sur son nom. Son cœur ne battait-il pas un peu plus vite là maintenant ? Mais il fallait qu'il s'excuse, qu'il réponde ou pas, il fallait qu'il lui dise quelque chose. Qu'il débloque enfin cette situation.

Son pouce appuya sur le bouton et l'intonation résonna dans la pièce. Lucas se crispa, sachant qu'il y avait malgré tout une légère chance qu'il puisse répondre. Un sentiment de déception et de soulagement se mêlèrent lorsque la messagerie s'enclencha. La gorge sèche, la bouche pâteuse, il commença alors :

-Salut, c'est Lucas. Hum… je sais que t'es super occupé ces derniers temps mais… je tenais à m'excuser pour la dernière fois. Quand… enfin voilà, tu vois de quoi je parle. J'ai été con, j'ai pensé qu'à moi et je m'en excuse. Alors voilà… profite bien de la tournée et hum… rappelle-moi !

Le jeune châtain raccrocha, la main quelque peu tremblante. Ses yeux bleus se détournèrent vers le verre d'eau qu'il s'empressa d'engloutir et son estomac se retourna. Bordel. Il ne savait pas réellement de quoi il avait peur. Pourquoi ses muscles se tendaient de cette manière, mais ce n'était réellement pas bon.

Avait-il peur que Maxence ne lui revienne jamais ? Qu'il décide de cesser leur amitié ? Qu'il s'éloigne et coupe les ponts pour toujours ?

A cette simple idée, ses poings et ses mâchoires se crispèrent dans une tornade d'émotions. Non, il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit. Il fallait qu'ils règlent cette situation et vite. Il voulait retrouver son ami. Ces soirées parfaites ensemble. Ces fous rires uniques. Et ses nuits, qui ne cessaient plus de lui couler entre les doigts.

Et pourtant, quelques semaines plus tard, Lucas n'avait toujours aucune nouvelle du chanteur. Evidemment il pouvait toujours voir qu'il s'éclatait comme un fou lors de ses concerts. Tout ça était sur internet et bien à la vue de tous, tandis que son amitié, elle, restait complètement ignorée.

Mais alors, un vendredi où le youtubeur tournait dans son studio, son portable se mit à vibrer. Son nom s'afficha et Lucas ne prit même pas le temps de finir sa phrase. Il s'empara de l'appareil et un énorme sourire étira enfin ses traits fatigués.

Envie d'un café cet aprem ?

C'était si simple et c'était tellement lui. Il réapparaissait comme ça, du jour au lendemain, l'air de rien. Mais il était si heureux, si soulagé qu'il se jeta à pieds joints dedans.

Enfin. Il le retrouvait.

La foule les regardait. La foule les regardait et qu'est-ce qu'ils s'en foutaient.

-Gars, à chaque fois qu'on se revoit ça fait trop longtemps, lança Lucas lorsque leur étreinte fana.

Maxence acquiesça avant de lui offrir son plus beau sourire et l'emmena vers une table. Ils avaient choisi un de leurs bars favoris, un endroit plutôt retiré, calme et où les gens les reconnaissaient moins. Ils prirent tous deux un café et le chanteur se lança dans le récit de cette fin de tournée.

Lucas eut de nouveau la chance de pouvoir l'admirer, le sourire étiré, des étoiles dans les yeux et qu'est-ce que cela le soulageait. Ils parlaient de nouveau comme toujours, rigolaient comme aux premiers temps et les heures défilaient sans même qu'ils ne les remarquent.

A demi effondré sur la table, le plus jeune jeta un œil à sa montre :

17 : 04

-Déjà ? souffla-t-il comme déçu.

Maxence le décrivit, un nouveau café à la main. Il en but une gorgée, détourna les yeux une seconde vers le sol et esquissa un sourire.

-On aurait toujours dû rester comme ça, lâcha-t-il alors telle une bombe.

Lucas se redressa d'un coup, les yeux ronds, les mains serrées autour des genoux. L'ainé lui servit un tel regard qu'il s'empressa de répondre, comme brulé.

-On le peut toujours.

Son interlocuteur baissa les yeux vers sa tasse, contemplant un instant les nuances dans l'arabica. Que passait-il ? Que cherchait-il ? Pourquoi lui disait-il cela ? Lucas paniquait déjà, le cœur en pagaille alors que Maxence prenait tout son temps.

-Je sais pas.

Un silence s'installa. Embarrassant. Oppressant. Terrifiant pour Lucas. Celui-ci s'était glacé sur sa chaise. Merde, était-ce le monde qui tremblait ou était-ce lui ? Etait-ce ce barrage ? Etait-ce leur amitié effritée ? Il n'en savait rien. Il ne savait plus rien si ce n'était une chose.

-J'suis pas gay.

Ses doigts se figèrent dans une étrange position. Il avait lâché ça comme ça, sans même y réfléchir, comme effrayé à l'idée que Maxence le pense. Pourtant, à l'instant même où ces mots sortirent de ses lèvres il les regretta et releva la tête vers son ami, prêt à s'excuser.

-Moi non plus, le doubla-t-il sur le même ton que lui.

Il le regardait droit dans les yeux, sûr de lui mais désarçonné. La salive fut difficile à ravaler. Lucas se sentit rougir de honte. Cela n'avait rien à voir avec le fait d'être homosexuel ou non et il le savait très bien. Il avait… peut-être eu besoin d'être rassuré ? De se dire encore une fois qu'il était bien hétérosexuel ? Pourtant à cet instant sa respiration l'irritait comme si du sel tapissait ses poumons. Soudain, Maxence reprit d'un ton léger.

-Après quand on y réfléchit c'était pas si gay que ça…

Lucas releva brusquement la tête, les sourcils froncés, ébahi. Devant lui, l'ainé éclatait déjà de rire. Il ne fallut qu'une seconde de plus pour que le youtubeur ne le rejoigne.

C'était ça. C'était exactement ça leur relation. D'immenses montagnes russes d'émotions et des fous rires pour soigner le malaise. Ils avaient beau se blesser, s'entrechoquer dans des situations qu'ils ne contrôlaient plus, l'amitié était toujours là, bien qu'à terre elle tentait toujours de se relever.

-Ahh, merde, soupira Lucas, de nouveau effondré sur la table, essoufflé d'avoir tant ri.

Maxence, la main non loin des lèvres, ricanait encore de son côté. Une fois la respiration calme, le plus jeune se dérida et posa la tête contre la surface froide. Ses yeux vaguèrent parmi la foule, décrivant des amoureux, des amis et des familles. Une étrange sensation le prit et il souffla, presque inconsciemment :

-Putain gars, comme on est arrivé là…

Quelques minutes plus tard, une nouvelle conversation démarrait et ils repartaient dans leur manège d'émotions. Combien de chutes y avait-il encore sur leur trajet, ça ils ne le saisissaient pas encore.

Suite à ce semblant de réconciliation, Lucas retrouva son sommeil réparateur et Maxence revenait plus souvent dans son studio. Ce dernier avait enfin fini sa tournée et pouvait désormais passer bien plus de temps avec lui. C'était de cette manière que leurs vidéos ensemble doublèrent en quantité et ce, en seulement peu de temps. Quelque part, cette étrange situation avait créé quelque chose de nouveau entre eux. Une sorte de sentiment particulier, comme des millions de paillettes dans le cœur.

Au fur et à mesure, le malaise en fut oublié, presque effacé des mémoires et ne revint plus jamais sur le tapis. Ou tout du moins, ils s'en croyaient débarrassés.