La veille :

« Ecoutez bien, ignares.

Mon nom de code est GIN. C'est tout ce que vous devez savoir sur moi. Je ne sais pas pourquoi ni comment vous êtes devant moi aujourd'hui mais j'ai un poste d'agent exécutif à pourvoir. Un seul. Pourtant vous êtes dix devant moi. Il m'en faut un de vous, un seul.

Comme vous êtes au courant de notre existence, on ne peut pas vous relâcher dans la nature après votre échec au concours d'entrée, qui commence...maintenant. »

Immédiatement, on m'a passé de force un sac opaque sur la tête. J'ai reçu un violent coup de pied dans le dos, qui m'a fait tomber à genoux, tandis que quelqu'un retenait mon bras droit en arrière. J'ai senti une aiguille pénétrer dans mon triceps, puis plus rien...

Plus rien jusqu'à mon réveil.

Il y a cinq ans :

Le bruit d'une goutte d'eau choyant au sol avec la régularité d'un métronome dans la cave glauque où est détenue Hidemi aura bientôt raison de sa santé mentale. Il n'y a qu'une pauvre ampoule à vapeur mercure éclairant fébrilement d'une lueur orangeâtes la peau salie de l'élève Hondo, qui héroïquement, tente de faire abstraction de son environnement hors normes. Attachée sur une chaise les bras dans le dos, c'est tout ce qu'elle peut faire.

Les gonds de la lourde porte métallique rouillée grincent. Trois hommes cagoulés entrent. Le premier, ayant une forte carrure, bien que plutôt petit devance de peu le second qui lui est bien plus mince sans être beaucoup plus grand. Maintenant elle regrette le moment où elle pouvait entendre la fuite.

« Regardez ce qu'on a là les gars ! »

« On va bien s'occuper de toi ma belle »

Le troisième, resté en retrait derrière les deux autres prend à son tour la parole. Il semble plus dégourdi que les deux autres, signe, pense la jeune femme, de son niveau hiérarchique plus important.

« Une ventilation mécanique fait circuler une masse d'air à une certaine vitesse. Si le passage se réduit, alors fatalement, par effet venturi, l'air accélérera, provoquant un sifflement bien particulier dans le système, et audible dans chacune des pièces équipées. Le saviez-vous, mademoiselle ? »

La jeune femme préfère se taire plutôt que de répondre tandis qu'on lui installe les électrodes dans le bras.

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Elle se tait. Malgré la douleur des chocs électriques, elle est décidée à ne rien dire. Jamais elle ne donnera le nom de ses camarades, de ses chefs. Jamais. Cela n'empêche pourtant en rien la poursuite de l'interrogatoire.

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« Dis-nous un nom ! »

ARRGH !

« T'aime ça ? »

AHHH !

« Bon bah puisque la princesse ne se décide pas à parler, autant la cramer ! »

Le premier homme cagoulé à être entré appuie frénétiquement sur le bouton qui envoie les décharges. Hidemi se convulse de douleur sur sa chaise. Ses bras commencent à fumer et noircir tandis que le bourreau frénétique se déchaîne sur le pauvre boitier de commande, offrant à la pauvre jeune femme une expression de visage entre la folie démentielle et le plaisir inouï de la voir souffrir.

Son cœur s'arrête de battre. Son corps prend feu.

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VOUS ETES MORT

OBJECTIFS MISSION : ÉCHEC

CONSERVATION DES INFORMATIONS : SUCCÈS

SURVIE DES AGENTS : ÉCHEC

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ARRET DE LA SIMULATION DANS :

3…2…1…

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Doucement le corps de la jeune femme sort du large tube dans lequel elle était auparavant emprisonnée. Un technicien en blouse blanche vient ouvrir l'arceau de sécurité qui maintenait son thorax contre son lit coulissant et finit par lui retirer le masque high-tech qu'elle portait sur le visage. Des nausées la prennent, comme à chaque fois après une séance. Elle pose un pied parterre puis se lève, rejoignant les toilettes les plus proches sous les hués de ses camarades de génies ayant tous réussi avec brio l'exercice.

« Alors Poulet Rôti, bien ce p'tit exercice ? »

« Hé, Poulet Rôti, faudra venir chez moi, la climatisation est en panne ! »

Ils l'affublaient de ce surnom depuis qu'elle n'arrivait jamais à finir une mission, finissant toujours capturées, et devant subir « l'entretient ». Dans cette machine développée par l'école de la CIA, le monde virtuel tel qu'il apparaît à l'élève lui paraît d'une réalité frappante, la machine arrivant même à provoquer la douleur dans le corps des plus maladroits.

Elle s'était ratée quasiment à tous les coups, une fois mordu mortellement par un chien, une autre, morte d'asphyxie dans le train d'atterrissage d'un avion qu'elle tentait d'infiltrer, les autres cas se finissant par une combustion électrique.

Arrivée devant la glace des toilettes des dames, elle se passe de l'eau sur le visage, surement pour masquer les larmes qui coulaient le long de ses joues. Elle est énervée contre elle-même, énervée d'échouer sans cesse aux missions tandis que les autres progressent. A ce rythme-là, elle ne pourra jamais devenir comme son père, et l'optique de passer à côté de sa vie rêvée lui est insupportable. Le renseignement, c'est tout pour elle. C'est tout ce qu'elle a.

Quelqu'un entre.

C'est Mike Huges, un de ses camarades de classe.

« Sort de là abruti, c'est les toilettes des filles ici ! » Lui lance-t-elle pour l'éloigner plutôt que lui éviter quelque problème d'ordre éthique.

« Tu sais Hidemi, ton parcours était franchement bien, t'as juste merdé sur la fin.

-Ta gueule Huges.

- Je peux t'aider tu sais.

- T'y gagnes quoi ?

- J'ai raté mes examens sur la théorie. Là c'est toi qui pourrai m'aider vu que tu as majoré au dernier.

- Tu crois vraiment que je vais me laisser bercer comme ça ? Dégage, tu me dégoûtes.

- Comme tu veux, mais faudra pas venir pleurer à la prochaine simu ! Je suis dans ma chambre toute la soirée pour bosser. Passes quand tu veux si tu veux apprendre deux trois bricoles.

- DÉGAGE ! »

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« - Qui est-ce ? Demande un homme d'âge mur en écartant les persiennes de la fenêtre qui surplombe la cour des résidences, pour mieux voir la personne qui la traversait.

- Notre prochain corbeau, très cher…


Est-ce que ça vous plait ? Cette histoire risque d'être assez "originale" dans le sens premier du terme car on ne sait pas grand chose de Kir, donc le champ des possibilités est infini. J'ai ai choisi un, reste à voir s'il est viable.