Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 2
Sans hésiter, Duo jeta sa brosse sur le lit, se saisit de la poignée et pénétra à toute vitesse dans la pièce. Quand son regard se posa sur Heero, il se stoppa aussi net alors qu'il était à peine entré, bouche bée devant l'état de son camarade. On était à mille lieues de ce qu'il avait envisagé.
S'il avait été choqué par l'état du dos du brun, il n'avait en fait rien vu. Les cuisses étaient dans un état similaire à celui du dos, mais le pire était ce qui était caché par le jean auparavant. Les fesses du jeune homme étaient dans un état épouvantable. Le peu de peau non striée était rouge soutenu, et les traces de coups étaient bien plus nombreuses et marquées que sur le reste du corps. On pouvait même plus parler d'hématomes que de simples marques.
Le bruit était dû à une maladresse, voire une bêtise comme le qualifierait certainement Yuy. Puisqu'il avait du mal à bouger à cause de ces diverses « blessures » et donc entrer dans la cabine de douche, il avait glissé et bien qu'il se soit rattrapé, ledit rattrapage n'avait été ni silencieux ni sans douleur. Quoiqu'il puisse penser, il était incapable de prendre soin de lui-même au vu de son état actuel.
« Bon, ça suffit. » Dit Maxwell en fronçant les sourcils, se retenant à grand peine de crier.
Dans une situation différente, il était certain qu'il ne se serait pas privé de lui passer un savon. Heero était inconscient de vouloir se débrouiller sans aide. Encore un peu et il aurait pu tomber, se cogner, voire s'évanouir !
Se remettant peu à peu de sa surprise et de la peur qu'il avait eue quand il avait entendu le bruit sourd en provenance de la pièce adjacente, il souffla un grand coup pour mettre de côté inquiétude et fatigue. Il fallait qu'il soit calme et efficace avec Heero s'il voulait empêcher qu'un incident supplémentaire ne survienne.
Il y avait des limites à tout. 01 n'avait apparemment pas conscience qu'il aurait pu risquer bien pire qu'une bosse sur la tête. Une salle de bain n'était pas un milieu sûr quand on se sent mal.
Heero serra les dents assez fort pour se crisper entièrement la mâchoire, le souffle court. Tout défilait à toute vitesse dans sa tête. Duo savait maintenant. Il ne pouvait pas ne pas savoir. Déjà crispé par la surprise de l'intrusion subite, il réprima son nouveau tremblement par une contraction de ses muscles encore plus forte. Son état de stress commençait à atteindre un niveau supérieur à tout ce qu'il avait connu le soir-même. La situation venait de lui échapper en beauté, et ce par la faute de sa seule incompétence. A cette constatation, Heero sentit un nœud se renforcer à la hauteur de sa gorge et de son estomac.
Qu'est-ce qu'il devait faire ? Comment réagir cette fois ? Il allait falloir trouver et vite. Déjà considérablement angoissé, la crispation se fit plus forte au niveau des poings, des épaules et du dos, engendrant encore une nouvelle douleur. La peau maltraitée n'appréciait à l'évidence pas le mouvement des muscles sous-jacents.
Le brun pensa se détendre aussitôt, avant de prendre conscience du fait que sa respiration, bloquée, et donc considérablement ralentie à ce moment, le trahirait aussitôt de par son inconstance. Comme si ça n'était déjà pas assez difficile comme ça.
Qu'attendait Duo à présent ? Pourquoi ne faisait-il rien ? Il avait pourtant l'air bien décidé juste avant, et ce n'était pas le genre à tergiverser. … Mais que trafiquait-il à la fin ?! Qu'il fasse ce qu'il voulait plutôt que de… Sa gorge se serra un peu plus quand il réalisa qu'il était intégralement nu et qu'après coup il sentait bien le regard de Maxwell sur le bas de sa personne.
Son sentiment d'oppression se fit plus fort et il ne put empêcher cette fois-ci ses mains de trembler doucement. Être de dos n'était qu'une piètre consolation, il était en train de se faire mater en bonne et due forme.
Il aurait dû se sentir blessé, outré ou en colère, mais au lieu de tout ça, il appréhendait – euphémisme pour ne pas s'avouer à lui-même qu'il avait une trouille bleue. Il avait tout bonnement peur de ce que pouvait penser Duo. De lui. De son corps. Des marques. Avec sa chance, il le trouverait à son goût, hein ? Fermant les yeux, il se sentit encore plus mal. Et à quoi pensait 02 maintenant ? Est-ce que c'était tout bonnement à comment le…
« Je vais t'aider, et tu n'as rien à redire. Tu n'es vraiment pas raisonnable. » Coupa Duo en essayant de maîtriser sa voix. Rien qu'à l'observation des coups surtout sur les cuisses et les fesses, on voyait qu'il souffrait pas mal, entre les frissons qu'ils tentaient en vain de retenir et ses muscles totalement contractés.
Heero n'avait pas besoin qu'on le plaigne pour l'instant, ni d'avoir quelqu'un de choqué ou peiné en face de lui. Non, il se faisait une raison. Malgré la fatigue et l'envie de dormir, ce qu'il fallait c'était être efficace. Après viendrait peut-être les questions et son propre avis sur ces… techniques de punitions, ainsi que quelques brèves heures de sommeil bien méritées.
Le regard baissé et cherchant toujours comment se défaire de ce pétrin, le brun ne bougeait pas. Pas comme s'il pouvait vraiment non plus. Duo s'approcha doucement mais sans chercher à dissimuler son geste et lui posa la main sur le haut du bras avec presque ce que l'on pouvait appeler de la gentillesse, une main tiède qui se voulait rassurante. Il n'empêche que le contact fit sursauter le jeune homme vraisemblablement en état de choc.
Au vu de la réaction, Duo ôta immédiatement sa main et tint ses deux mains, paumes ouvertes, face à Heero, espérant le rassurer par sa posture.
« Chut… Calme-toi. Je ne vais pas te faire de mal. Je comprends mieux pour tout à l'heure. » Essaya-t-il de tranquilliser.
Aussitôt il poursuivit.
« Je me déshabille et je te soutiens sous la douche, ok ? » Continua-t-il d'une voix douce, une voix qu'il n'aurait jamais osé utiliser habituellement avec 01. Mais là, il semblait tellement mal…
Duo se dévêtit, restant en sous-vêtement. Pas la peine de le gêner encore plus, l'adolescent ayant laissé transparaître une pudeur qu'il aurait objectivement jugée excessive. Puis, prenant toujours délicatement par les épaules un Heero amorphe et sans réaction visible, il l'aida à monter sur le socle de la cabine.
Il ouvrit le robinet sur de l'eau fraîche mais pas froide, testant au préalable la température sur son avant-bras. Ce n'était pas la peine de se rendre tous les deux malades. Puis il essaya de calmer Heero en gardant les mains sur ses épaules et sa nuque pour ne pas le choquer ou l'effrayer un peu plus, il était bien assez crispé sans qu'il n'en rajoute encore.
Néanmoins, Duo ne pouvait toujours pas évaluer l'état de son coéquipier puisque celui-ci gardait la tête désespérément baissée et camouflait, peut-être sans le vouloir, ses yeux sous sa frange. Aucun moyen de savoir s'il cogitait ou était toujours dans un état second.
Heero était presque déconnecté, comme extérieur à lui-même, et bien incapable d'avoir ne serait-ce un conflit intérieur semblable à ceux qui l'avait habité au début de son altercation avec Duo. Il ne souhaitait pas spécialement le laisser faire, mais n'avait plus la force de réagir. Et puis, Duo savait maintenant, alors à quoi bon ne pas profiter des soins ? Surtout qu'il lui voulait du bien, lui aussi. Il ne comprenait pas pourquoi, n'ayant anticipé que des commentaires dépréciateurs ou des moqueries. N'imaginant pas, en toute bonne foi, qu'un autre type de réaction soit possible de la part de quelqu'un. Il était injuste de penser de cette façon. Il y avait bien eu quelques rares exceptions, trop rares cependant pour qu'il considère ce type de réaction comme possible.
« C'est bon, c'est fini. » Dit Duo en reposant le pommeau de douche sur le support d'où il l'avait retirée pour qu'ils ne soient pas juste bêtement arrosés.
Ne voyant pas plus réagir Heero, Duo prit une grande respiration et regarda alentours avant de tirer l'autre pilote hors de la cabine de douche. Là, il saisit une serviette de taille moyenne qu'il tendit au brun, lequel fit un léger geste pour la saisir et se contenta de la maintenir contre son estomac du bras. Bon, ce n'était pas comme ça qu'il allait se sécher. Duo, de son côté, ne désirait pas le toucher à des endroits qui pourraient être mal interprétés. Il décida d'ignorer la non-réaction du pilote et à l'aide d'une serviette plus petite, commença à lui tamponner délicatement les épaules et le dos afin qu'il n'aille pas se coucher trempé. Il sentit Heero sursauter quand il passa aux fesses puis aux jambes. A son avantage, Yuy sembla prendre conscience de la situation et commença à procéder comme it put à l'essuyage de son torse et de ses bras, appliquant l'ordre muet.
« Allez, viens. » Dit Duo d'une voix douce, une fois terminé, une main sur l'épaule de son coéquipier, ne se formalisant pas du fait qu'il ait conservé la serviette pour couvrir son ventre. « On va t'allonger dans ton lit le temps que je me change et que je trouve de quoi te soigner dans la trousse de secours. »
Le brun se mordit la lèvre et ne suivit pas pour autant le mouvement débuté par Duo.
« Ça va ? » S'enquit le pilote du Deathscythe.
Aucune réponse, un regard toujours baissé.
« Heero ? … Tu risques d'attraper froid si on traîne. » Essaya-t-il de persuader.
« … ne te donne pas tant de peine… » Murmura le brun d'une voix rauque qu'il regretta immédiatement.
Avec un ton pareil, il ne tromperait personne. Mais d'un autre côté, il ne voyait vraiment pas comment maintenir la situation ou la renverser. L'impuissance désagréable qu'il ressentait depuis un moment continuait à le tarauder sans relâche, et s'il n'avait pas craint un quelconque danger ou dérapage, cela ne l'aurait pas dérangé de se soumettre et il aurait volontiers laissé Duo lui apporter toute l'aide qu'il voulait.
Duo soupira, désolé que 01 exprime ce genre de sentiment. Ce qu'il comprenait d'un tel aveu, c'était qu'Heero semblait croire qu'il ne valait pas la peine qu'on se préoccupe de lui. Qu'il lui paraissait illogique que quelqu'un fasse cet effort.
« Ça ne m'ennuie pas de m'occuper de toi et de t'aider, Heero, c'est normal pour moi. »
Heero dénia d'un rude mouvement de tête. Non ce n'était pas normal. La normalité était d'en rajouter ou d'ignorer, pas de penser à lui.
« Si ce n'est peut-être pas normal pour toi, ça l'est pour moi, que ça te plaise ou non. Et je tiens à rester en accord avec moi-même. » Essaya encore le natté, un peu moins paisible. Il ferma les yeux avant de les rouvrir péniblement.
Le brun ferma lui aussi les yeux et resserra le poing sur la serviette qu'il tenait.
« Heero. » Appela doucement Duo, se demandant comment gérer au mieux la situation. « Il va bien falloir que tu te couches et que tu dormes, il est presque deux heures du matin… Je ne veux que te soutenir pour t'allonger pour l'instant… Laisse-moi au moins t'aider à ça. » Supplia finalement le châtain.
« …Tu n'as pas à m'aider. Je n'ai pas envie de te devoir quoi que ce soit. Je peux me débrouiller. » Déclara le premier pilote après un léger raclement de gorge, sa voix étant assez enrouée.
« Bien sûr que tu peux, mais au prix de combien de souffrances ? » Admit quasi-immédiatement Duo. « Et tu veux que je te laisse sans rien dire ni faire ? Mais je te considère comme un ami, un frère d'arme, moi ! Je ne peux pas te laisser seul comme tu le désires. Je n'ai jamais agi comme ça. Et tu ne me dois rien, Heero. Rien du tout. La seule chose que je veux, c'est que tu me laisses te soutenir et te soigner autant que nécessaire, ma définition du nécessaire. » S'agaça-t-il d'abord pour revenir ensuite sur un ton plus doux.
Heero qui avait observé au travers de ses mèches rebelles referma les yeux et baissa encore plus la tête, dépité. Un ami, elle était bonne celle-là. Comme s'il savait ce qu'était l'amitié, pour commencer. Se retenant de soupirer, il rentrouvrit les yeux pour regarder le carrelage bleu du sol. Il avait conscience qu'il devrait bien quitter la salle de bain, de toute façon.
« Allez… » Fit Duo en initiant un nouveau contact, posant la main sur l'arrière de l'épaule, toucher qui fut accepté, non sans un léger tressaillement.
Le natté guida le jeune homme avec des mouvements lents et l'aida à s'allonger sur le ventre pour ne pas appuyer sur les coups. Aussitôt, le brun enfouit sa tête dans l'oreiller et ne bougea plus, laissant seulement de légers spasmes transparaître. Ils étaient dus à la douleur qui se réveillait après avoir été un temps amoindrie par l'eau fraîche, douleur qu'il n'arrivait plus à maîtriser. Deux heures après la fin de la correction, il n'avait au final que lutté pour donner le change et tenir le coup, et s'il était possible d'accomplir certaines prouesses via de la volonté, il n'était à présent plus dans un état émotionnel où cela était envisageable.
Duo passa du côté de l'armoire pour enfiler un boxer sec, puis, jeta un rapide coup d'œil à Heero toujours tremblotant.
« Tu veux boire quelque chose ? T'as rien bu ni mangé depuis qu'on est rentré, tu dois au moins avoir soif. »
Un faible « non » se fit entendre et le natté décida de ne pas insister de trop là-dessus ; il se rattraperait bien le lendemain. Enfin, plus tard dans la journée plutôt.
Le châtain sortit rapidement de la chambre et repoussa la porte pour en dissimuler l'intérieur. Puis, il dégringola l'escalier aussi silencieusement que possible et, débouchant dans le salon, se dirigea vers le canapé à côté duquel était disposée leur trousse de secours qu'il embarqua avec lui avant de remonter tout aussi vite.
Hors de question de laisser Heero seul trop longtemps. Il déballerait dans la chambre. Il s'avança d'un pas vif, refermant la porte de sa main libre avant de déposer lourdement sa boîte à côté du lit. Il se mit alors à fouiller, recherchant quelque chose d'utile dans leur situation.
Rapidement, il mit la main sur des antalgiques à injecter, exactement ce qu'il lui fallait.
« Tu es allergique à la morphine ? » Demanda-t-il après un rapide coup d'œil sur la notice pour voir surtout quelles étaient les contre-indications et effets secondaires.
« …Non. » Répondit Heero
Il comprit soudain le pourquoi de la demande.
« Je n'en veux pas, c'est mauvais pour les réflexes. On a mission dans cinq jours, je n'ai pas besoin d'y aller complètement drogué. » Se recadra-t-il. Ils étaient en guerre et ne pouvaient se permettre ce genre de luxe.
« Heero, ça ne fera plus effet dans cinq jours, tu sais. » Dit Duo en se grattant la tête et en reposant le papier déplié. Il ne comprenait pas bien la raison du refus.
« Si j'accepte maintenant, tu me forceras dans cinq jours. »
« Mais non, je veux te soulager maintenant. Ça ira mieux dans cinq jours, non ? » Interrogea Duo pris d'un doute tout d'un coup.
« … »
« Heero ? »
« …J'en ai pour une semaine facile, si Dr. J ne me reconvoque pas. Ça n'était pas assez selon lui. » Avoua-t-il à voix basse en retenant un frisson à l'idée. Il saisit le pan du drap de la main, espérant que Duo ne s'aperçoive pas de son geste. Ça aurait été tellement mieux que ce soit terminé ce soir.
« Pardon ? » S'emporta le natté.
Le brun qui avait tourné la tête pour parler, la rentra de nouveau dans le coussin. Vraiment, il ferait mieux de se taire. A chaque fois qu'il commençait à dire quelque chose, il titillait la curiosité de Duo dans un sens qui ne lui convenait pas.
« Heero, ça ne lui suffit pas, ça ? » S'exclama-t-il la voix presque cassée en désignant le dos puis le fessier du brun en secouant la tête.
« Si c'était assez je ne serais pas rentré avec toi ce soir… Vous m'auriez revu mercredi pour la mission. » Murmura le pilote du Wing avec une neutralité impressionnante.
Un court silence suivit, Duo retenant au mieux son indignation. Il était conscient du fait qu'il ne servirait à rien qu'il montre combien ce dernier aveu l'avait désemparé. Ses émotions sous contrôle, il reprit la parole.
« En attendant, laisse-moi te soulager. Je ne te donnerai rien vingt-quatre heures avant la mission, mais là, il n'y a rien de prévu. Ça te fera du bien et me permettra de te mettre de la pommade sur les coups. »
« Non. » Rétorqua le brun, la peur le taraudant. Cela voulait dire qu'il devrait laisser à Duo le droit de le toucher, et ça il en était hors de question.
« Non quoi ? »
« Je ne veux pas que tu me touches. » Explicita-t-il d'un ton aussi ferme que sa situation le lui permettait.
« Et moi je veux que tu guérisses avec le moins de souffrances possibles. » Répliqua Duo.
« Tu ne crois pas en avoir fait assez ? » Demanda Heero, la voix comme cassée.
Duo ne répondit rien mais tendit la main pour caresser la nuque du jeune homme, geste qui, il le savait de l'expérience de la douche, serait accepté, et l'inciterait peut-être à parler. Ça ne pouvait que lui faire du bien de dire ce qu'il avait sur le cœur même si ça risquait d'être dur à entendre. Déjà, il n'essayait pas de repousser sa main, c'était bon signe.
« Je ne veux pas de ton aide. Je n'arrête pas de te le dire… Mais tu n'en fais qu'à ta tête. »
Se rendant compte qu'au lieu de le contredire Duo semblait l'écouter, il poursuivit.
« C'était déjà limite que tu m'aides à me doucher sans mon autorisation. »
« … »
« De toute façon, tout ce que tu peux faire ne sert strictement à rien vu que je serai dans un état encore pire que là après la mission. » Conclut-il d'une voix qu'on aurait presque pu juger sans appel.
Duo encaissa sans broncher ni cesser de choyer la base de la chevelure désordonnée.
« Si ça sert. Ça te soulage dans l'immédiat. Et pour mercredi, il est hors de question que tu y retournes. C'est de la folie. Ce n'est pas parce que nous sommes des soldats que tu n'as aucun droit, et je n'ai pas envie d'être en situation de non-assistance à une personne en danger, parce que oui : tu es en danger. »
Il soupira bruyamment et se mordit la lèvre inférieure, rien que l'idée de perdre son coéquipier l'angoissait au plus haut point. Il stoppa un instant sa caresse. Parce qu'en plus, il avait déjà connu ce sentiment avec le premier pilote. Ne laissant pas son esprit vagabonder vers le mois entier où tous l'avaient cru mort suite à l'autodestruction du premier Wing, il ré-entreprit de persuader Heero.
« Les gens battus à mort, tu connais ? Tu pourrais aussi avoir des séquelles à la colonne vertébrale par exemple… Pour ta pudeur, je suis désolé. Vraiment. Mais on avait pas trop le choix vu que ce sont tes fesses qui ont le plus pris… Je n'ai pas maté le devant si c'est ça qui te turlupine. J'étais trop choqué par ton état, si tu veux tout savoir… » Avoua-t-il en laissant une main réconfortante sur le haut du dos du jeune homme.
« Je ne veux pas pour autant que tu me touches. » Répéta encore Heero d'une voix encore affaiblie par la fatigue.
« Je n'ai pas d'arrière-pensées et je ne te veux aucun mal, Heero. »
« Non. »
« Tu es d'accord pour la piqûre ? » Essaya tout de même Duo en repoussant sa longue natte châtain dans son dos.
« Non, si je te laisse ça, tu n'écouteras pas pour le reste. » Lâcha Heero en s'efforçant de garder les yeux entrouverts. Il commençait à avoir très envie de dormir, mais la douleur qui émanait de l'arrière de son corps l'en empêchait avec efficacité.
« Mais tu n'es pas contre le principe ? » S'enquit le natté qui avait bien remarqué qu'Heero ne refusait pas les soins, mais plutôt ce qu'ils impliquaient.
« … »
Ne voyant aucune réponse venir, Duo prit ça pour un « oui » et commença à désinfecter son matériel puis il remplit sa seringue de quelques millilitres comme indiqué sur la notice en cas de forte douleur.
« Tu passes ton bras ? » Demanda-t-il en effleurant du bout des doigts le membre en question.
Il tapota alors le bout de la seringue pour faire sortir les éventuelles bulles d'air tout en jetant un œil au brun, toujours sans réaction.
« Je ne veux pas. Tu n'écoutes vraiment rien… »
« Tu as froid ? »
« Non ! Ne change pas de sujet. Et laisse-moi… » S'agaça brusquement Heero, pour se calmer tout aussi vite en réalisant qu'il avait un peu trop haussé le ton.
« Tu frissonnes. Et je ne vais pas te recouvrir alors que tu ne supportes aucun contact avec les marques. » Expliqua Duo avec ce même calme olympien qu'il essayait de conserver depuis leur retour.
« Et pourquoi pas ? C'est ce que je comptais faire à la base. » Confessa-t-il à voix basse.
« Pourquoi ? Parce qu'on peut l'éviter. » Répondit Duo du tac au tac.
« Et si je ne veux pas l'éviter ? »
« Ce serait complètement débile ! »
« Alors je suis un imbécile. Maintenant laisse-moi. » Dit Heero pour se débarrasser du natté, laissant passer le commentaire sur son intelligence. Tout pourvu qu'il arrête d'insister.
« Très bien. » Déclara Duo d'un ton égal.
Et il prit les couvertures au bas du lit pour les remonter aux épaules du jeune homme et les lâcher sans plus aucune douceur, engendrant une forte crispation chez le brun. Le contact était extrêmement douloureux et des plus désagréables.
« Si tu changes d'avis, tu m'en informes, il n'est pas trop tard. » Prévint-t-il en se dirigeant vers le lit jumeau, éteignant au passage.
C'est vrai, c'était casse-pieds de voir le premier pilote refuser toute aide de façon systématique alors qu'il était évident qu'il en avait besoin. Tout dans les paroles d'Heero laissait entendre qu'il ne lui faisait pas confiance. Forcément cela faisait mal, surtout vu le mal qu'il se donnait présentement. En même temps, Duo avait conscience que ce n'était pas ad hominem. Il avait pu constater que l'immense majorité des contacts physiques qu'ils avaient eus ce soir avaient été acceptés par le pilote et c'était là une vraie preuve de confiance. Néanmoins, les mots prononcés n'en restaient pas moins durs à encaisser.
L'agacement de Duo s'intensifia quand il réalisa qu'Heero avait peut-être aussi refusé les antidouleurs pour d'autres raisons. Peut-être désirait-il avoir la satisfaction de garder un contrôle total sur lui-même. Après tout, il avait reçu une punition corporelle, pas une blessure ordinaire déliée de tout affect . Ça pouvait être lié. Ou pire, peut-être croyait-il fermement avoir mérité ce qu'on lui avait fait subir et souhaitait en assumer les conséquences.
Après, les soins n'étaient pas censés lui faire plaisir et 01 n'était pas non plus censé les apprécier. Surtout que Duo lui-même était de plus en plus fatigué, il avait lui aussi une mission laborieuse derrière lui. Dormir semblait s'avérer réellement nécessaire et leur ferait du bien à tous deux.
Heero serrait les dents, c'était vraiment plus douloureux que ce qu'il pensait. Le drap et les couvertures semblaient peser des tonnes quand on était endolori comme il l'était. Pourtant, il n'exprima pas sa souffrance oralement, sachant que Duo interviendrait immédiatement pour le soulager, le sermonner, ou on ne sait quoi d'autre.
Mais l'inconfort grandissant exponentiellement au fil des secondes qui s'écoulaient trop lentement, la douleur devint rapidement intolérable et Heero ne put plus s'empêcher de lâcher des soupirs d'abord quasi-inaudibles puis au bout de quelques minutes clairement perceptibles pour une oreille humaine, même peu entraînée.
Être sur le ventre n'était peut-être pas la meilleure position à avoir ? Réalisa-t-il. Il était possible qu'il soit plus à l'aise allongé sur le côté. Le brun se tourna donc sur son côté droit, faisant face au mur contre lequel était appuyé le lit de Duo et plus loin sur la gauche la porte de la chambre. C'était sans doute le plus prudent : personne ne verrait son dos en entrant.
Seulement la position n'était pas franchement confortable. Si son dos et ses cuisses s'étaient subitement trouvés soulagés, à présent la pression exercée sur ses flancs et ses fesses avait considérablement augmentée, il respira difficilement, retenant le cri qu'un humain sans entrainement aurait inexorablement poussé.
Peut-être serait-t-il plus à l'aise de l'autre côté ? Malheureusement, ce ne fut pas le cas, et Heero repassa sur le ventre. Il n'empêche qu'on lui avait appris à dormir sur le dos, sur le côté à la rigueur. Alors les mouvements recommencèrent, plus péniblement, plus bruyamment encore.
Duo entendait tout ça de son lit, et, au bout de ce qu'il évalua comme une dizaine de minutes, les gémissements retenus se faisaient plus nombreux et un peu plus poussés, il se redressa d'un coup, se leva et alluma la lampe de chevet d'un geste brusque avant de se diriger à grands pas vers le bureau où il avait déposé la seringue et le reste.
« C'est bon, tête de nœud ? Je peux te soigner sans que tu me fasses un caprice ? » Demanda-t-il sans amabilité aucune. La fatigue l'emportait largement sur sa gentillesse naturelle à cette heure de la nuit.
Heero se crispa d'un coup, engendrant encore des souffrances supplémentaires. Duo soupira devant ce spectacle, regrettant partiellement son attitude. A la place du premier pilote, il ignorait totalement comment il aurait réagi.
En tout cas, il était hors de question que son coéquipier proteste après le concert qu'il venait d'avoir. Par opposition à ses paroles peu affables, le natté souleva les draps avec délicatesse pour les rabattre sur les mollets du jeune homme.
Duo s'assit alors sur le bord du lit et pris le bras gauche d'un Heero toujours sans réaction ; la tête enfoncée dans l'oreiller. Une fois l'injection effectuée, le châtain se leva et alla chercher les différentes pommades qu'il avait trouvées dans la boîte, hésitant entre deux.
« Tu préfères de quoi atténuer la sensation de brûlure ou plutôt de quoi aider à résorber les hématomes en profondeur ? » Interrogea Duo, la main de nouveau sur l'épaule du jeune homme.
Après une bonne minute sans réponse Maxwell demanda à nouveau :
« Ça t'est égal ? Tu sais, ce n'est pas parce que je t'ai un peu rabroué que tu ne peux pas me dire ce que tu préfères après… » Expliqua-t-il en essayant de camoufler ses remords, il devait être sûr de lui pour convaincre Heero.
Au bout de quelques minutes où il avait laissé le temps à la morphine d'agir, Duo reprit.
« Hématomes ? C'est ça qui restera sur la durée plus que la brûlure je pense, non ?… Bon allons-y. » Dit le châtain avant d'ouvrir le tube et de commencer à étaler une quantité de crème sur le milieu du dos de Heero. De la main droite, il commença à faire pénétrer le produit d'un léger massage circulaire qu'il étendait peu à peu sur toute la surface dorsale.
Le brun ne put réprimer un sursaut de douleur malgré la délicatesse du massage et entreprit de se contrôler, tremblant de nouveau légèrement, quoiqu'il n'ait jamais vraiment cessé.
Quand Duo arriva au niveau limitrophe des fesses il sentit deux autres légers sursauts néanmoins plus importants que le premier qui furent accompagné par un léger « arrête » quasi inaudible et prononcé d'une voix un peu brisée.
Duo laissa échapper un léger soupir. Il n'allait pas continuer là, non… Il ne cherchait pas à faire craquer le pilote.
« Je peux les cuisses au moins ? » S'enquit-il, priant intérieurement pour obtenir un accord. Heero avait trop besoin de ces soins pour les refuser encore.
« Non… S'il te plait… » Pria le brun avec la voix cassée. Il était lui-même choqué par le son de sa propre voix, mais que faire à part supplier ? Peut-être que ça pouvait avoir un effet positif sur Duo ?
De nouveau, le natté souffla doucement : il s'y était attendu.
« Ok, ne t'en fais pas. Je ne te forcerai pas pour ça. Tu dois pouvoir t'en passer en théorie… Tu es sûr de ne pas en vouloir sur le bas ? Du côté du genou ? » Insista gentiment Maxwell, autant tenter un compromis.
« Si tu veux. » Autorisa finalement le jeune homme pas tellement à contrecœur. Il avait mal, et Duo semblait prêt à respecter certaines limites.
« On fait comme ça. Essaye de te décrisper, ça te fait souffrir encore plus. » Dit Duo avec douceur et en lui caressant légèrement les cheveux de la main gauche.
Duo tâchait de ne pas réfléchir au pourquoi de ces nombreuses crispations. C'était d'ailleurs sans doute préférable car il aurait certainement été démuni, voire blessé, en réalisant qu'il se pouvait qu'Heero ait peur de lui. N'allant pas plus loin que ce qu'il venait d'être autorisé, Maxwell était quand même bien embêté. C'était là où c'était le plus grave qu'il pouvait le moins soigner… Tant pis, il le convaincrait peut-être le lendemain. En tout cas le jeune homme était totalement drainé d'après ce qu'il pouvait voir. Autant le laisser tranquille pour l'instant.
« Bon, on va dormir maintenant si tu n'as besoin de rien. …Tu as l'air d'avoir froid. » Rajouta Duo pour lui-même.
En effet le jeune homme avait recommencé à frissonner, car bien que lourdes pour lui au vu de son état, les couvertures l'avaient bien réchauffé. Seulement plutôt que de rabattre le tout sur son corps, Duo prit uniquement le drap sachant que le reste serait difficilement supportable malgré la morphine. Sa souffrance comptait plus que la fraîcheur relative de la chambre pour l'instant, il ne dormirait jamais en crevant de douleur.
« S'il te plait, remets le reste. » Demanda Heero dans un murmure, autant être aimable avec Duo, il se rendait bien compte malgré son état qu'il y gagnait.
« Non ça va te faire mal, pas la peine d'appuyer de trop. »
« Je vais me geler sinon. » Essaya encore Yuy. Ce genre d'attitude ne lui ressemblait pas, mais là…
Le natté soupira. Le chauffage était déjà au maximum vu le manque d'isolation de l'habitation. Il voyait bien une solution à proposer au brun, mais ne savait pas si ce serait bien accepté. Car c'était vrai, dormir nu avec seulement un drap en novembre n'était pas vraiment souhaitable vu l'état de la maison. Ce n'était pas non plus la peine qu'il tombe malade par-dessus.
C'est pourquoi, au final Duo se glissa dans le lit aux côtés de l'autre pilote.
« Décale-toi un peu vers la droite que je puisse m'installer. » Ordonna-t-il gentiment agissant en même temps qu'il s'exprimait.
« Qu'est-c… qu'est-ce que tu fais ? » S'étonna Heero trop fatigué à cet instant pour saisir pleinement ce que faisait le natté.
« Je viens te tenir chaud, au moins moi je ne pèserai pas sur ton dos. Dors maintenant. » Dit gentiment Duo en actionnant de nouveau la lampe de chevet pour qu'elle s'éteigne cette fois-ci.
