édit en réponse à un lecteur: Dans la version originale, Shikamaru est effectivement avec Temari. Si l'histoire reprend presque à la même époque que le film The last, elle se situe un peu avant. Les circonstances sont de toute façon différentes. À l'heure actuelle, Shikamaru n'est pas en couple avec Temari. Cela ne veut pas dire que ce ne sera jamais le cas ou inversement. Aucun couple ne s'est encore formé. Pour ce qui est de Sasuke et du titre de Hokage, l'explication allait venir dans les prochains chapitres. Dans le premier chapitre je citais un "pouvoir en place". Sasuke ne tient pas directement les rênes. Il se tient effectivement dans l'ombre. Chaque village possède son propre référent choisi par Sasuke. Ces référents sont les "nouveaux kages". Pour autant, Shikamaru n'est pas dupe, pas plus que les autres. Tous savent qu'en fin de compte Sasuke est quand même derrière tout ça. Mais comme le stipulait Shikamaru dans le premier chapitre, personne ne sait vraiment où se trouve Sasuke. Je rappelle que dans le tome 66, Sasuke exprime devant tout le monde sa volonté de devenir Hokage. Au final, il canalise toute la haine sur lui car tous savent qu'il est responsable du régime en place, ainsi que de la mort de Naruto et de la disparition du monde Shinobi tel qu'ils l'ont connu. Je ne vais cependant pas m'appesantir sur les agissements de Sasuke, cela reviendrait à raconter toute l'histoire.
Le chapitre 2 termine la phase introductive de l'histoire. La première partie est plus légère. La seconde révèle les premiers enjeux. J'ai la trame bien en tête. J'en garde beaucoup sous le coude, car je ne tiens pas à utiliser toutes mes cartes dès le début. Au fil du temps, l'histoire va gagner en intensité. Au prochain chapitre, on rentre dans du concret.
Je vous souhaite une bonne lecture!
Maitre Xehanort, je te remercie pour ton commentaire! Sasuke n'attire effectivement pas vraiment la sympathie. Je suis contente que le premier chapitre t'ait intéressé. J'espère que ça continuera!
Smarties, je te remercie pour ton commentaire positif et encourageant! J'espère que la suite te plaira tout autant!
ItaHinaSasuNaru, merci beaucoup pour ton commentaire! Hinata passe par une période difficile. Pour autant, je ne pense pas qu'elle ait abandonné son nindô. On s'en rendra compte plus tard. Quant à Sasuke, d'une certaine façon il a dépassé le stade de la haine et de la vengeance. Il défend sa propre vision du monde et sa définition du Hokage. Il est tout simplement dans l'état d'esprit du Sasuke du tome 72. Je ne sais pas comment l'expliquer. XD
Chapitre 2:
-Hinata !
Les murs tremblaient sur son passage. Le parquet grinçait, émettait un bruit inhabituel et profondément inquiétant. N'allait-elle pas finir par traverser le plancher ? Sans s'en soucier le moins du monde, l'éclair orange poursuivait sa course folle. Il filait à toute allure, évoluait entre les obstacles qu'il évitait avec habileté et grâce. Plusieurs fois, il tourna sur lui-même à la manière d'un tourbillon et évoqua à plus d'un le mouvement du Hakkeshô Kaiten (le Tourbillon Divin du Hakke). Au virage, l'adolescente s'agrippa de sa main gauche à une poutre porteuse. Toute la vitesse emmagasinée se reporta sur son bras. Elle se laissa alors glisser sur le sol ciré dans un dérapage contrôlé de toute beauté. Les planches de bois couinèrent au contact de la peau nue de ses pieds. Elle s'arrêta sur place, jambes et bras écartés de façon à rétablir son équilibre. La jeune fille repartit de plus belle, tandis que l'attache de ses cheveux cédait à l'effort. La maisonnée tout entière s'éveillait sous le martèlement de ses pas. Son visage ruisselait de sueur. Elle devait constamment ramener ses cheveux en arrière. Des mèches humides se collaient sur son front et lui barrait la vue. La cadette n'y tenait plus, elle piétinait ou du moins gardait cette impression pénible. Soudain elle obliqua, dévala les quelques marches qui menaient à l'un des jardins extérieurs. Elle traversa l'allée de graviers, non sans grimacer de douleur. Emprunter ce raccourci représentait un gain de temps minime mais qu'importe ! À bout de souffle, elle s'échoua sur le sol, sa chute amortie par les tatamis.
-Hanabi ?
La tête enfouie entre ses bras, l'intéressée révéla subitement son visage rougeaud aux traits marqués par l'effort. Hanabi se dressa comme un ressort, franchissant la courte distance qui les séparait encore. Elle se jeta littéralement au cou de sa sœur. L'adolescente sentit la tension accumulée dans les muscles de son aînée. Hinata tendue comme la corde d'un arc, gardait les bras le long de sa taille ne sachant qu'en faire. Le corps guindé, ma à l'aise, elle baissa les yeux sur sa cadette. Hinata ne pouvait encore répondre favorablement à ce type d'échange affectueux. Qu'à cela ne tienne, elle attendrait tout le temps qu'il faudrait. Sa grande sœur venait de lui adresser la parole pour la première fois en l'espace de deux ans. Ce qui constituait pour elle un pas de géant. De surcroît, elle avait prononcé son prénom, syllabe par syllabe. Une prouesse inégalable ! Enfin son regard rencontra le sien. Hanabi la gratifia d'un sourire chaleureux. On ne peut plus naturel, à la différence du jour précédent. Doucement, elle se dégagea et fit un pas en arrière pour mieux lui faire face. Soudain, elle pointa un doigt accusateur dans sa direction, affichant un air de reproche.
-Kô m'a tout dit au sujet de ta petite excursion d'hier soir ! Tu n'as pas honte ? Tu aurais au moins pu avoir la décence de m'inviter au lieu de partir t'amuser toute seule !
Cependant qu'elle dévisageait Hinata, un détail sembla la perturber sans qu'elle ne parvienne à en déterminer l'origine. Une main sous son menton, comme pour venir appuyer son expertise, elle plissa les yeux. Une fraction de seconde plus tard, elle tiltait.
-Hinata, tes cheveux ?! Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ?
La question pouvait paraître stupide. Car elle constatait bien d'elle-même l'ampleur du changement opéré. Hinata avait raccourci sa frange qui libérait à nouveau son regard. Hanabi entreprit de faire le tour de sa silhouette. Au niveau de son dos ses cheveux atteignaient une longueur plus raisonnable. Dans l'ensemble, ce rafraichissement lui donnait un aspect moins négligé. Hinata détourna le regard, manifestement gênée. Mieux valait ne pas chercher davantage à creuser la question. Elle avait sans doute ses raisons. En définitive, cela ne regardait qu'elle. Même si cette subite métamorphose suscitait bien des questions dans l'esprit d'Hanabi. Hinata nota aussi une différence chez sa cadette. La jeune fille portait un kimono de couleur orange, une initiative contraire à ses habitudes. Un changement de ton qui se manifestait également dans son comportement. Peut-être qu'elle n'avait plus que cela à se mettre. Quant à son attitude…
-Qu'est-ce que tu as aujourd'hui ? L'interrogea-t-elle, guettant sa réaction.
Sa question occasionna un certain trouble chez sa petite sœur. Hanabi fixait la pointe de ses pieds, les mains nouées dans le dos. Elle prit une profonde inspiration, méditant sans doute sur la réponse à apporter. Finalement, elle leva les yeux au plafond, ce qui lui permit de reprendre contenance.
-J'ai décidé qu'aujourd'hui était un autre jour. Ça te va comme réponse ? À ce propos, à partir de maintenant j'ai pris la décision de ne plus te quitter d'une semelle ! Je compte te suivre dans chacun de tes déplacements. Où tu iras, j'irai ! Cette proximité va nous permettre de reconstruire notre lien fraternel !
La perplexité se lisait sur son visage. Hinata esquissa un geste de recul, peu encline à suivre ce projet. Aux grands maux les grands remèdes, "Ninpô" technique de la sourde oreille, si cela fonctionnait encore hier, pourquoi pas aujourd'hui ? La jeune femme affecta l'indifférence. Elle lui tourna le dos et entreprit sa fuite. Sa jambe se trouva soudainement lestée. Un boulet de cinquante kilos s'accrochait à sa cheville. Étalée de tout son long sur le sol, Hanabi ne comptait pas lâcher prise.
-Où est-ce que tu vas ? Je n'ai pas terminé !
-Lâche-moi, Hanabi !
-Je me disais que nous pourrions aller fleurir la tombe de Neji.
Hinata reposa le pied à terre. Un long silence s'ensuivit durant lequel Hanabi regretta un instant d'avoir prononcé ces mots. Elle redoutait l'impact de ses paroles. Sa sœur se pencha à sa hauteur, elle s'attendit à être morigénée. Au lieu de ça, la jeune femme lui tendit une main secourable.
-Il fallait le dire plus tôt.
Hanabi scella cette poignée de mains. Hinata tira sur son bras, hissant l'adolescente sur ses jambes. Tandis qu'elle époussetait la poussière déposée sur ses vêtements, sa grande sœur prit le chemin de son placard.
-Je vais chercher une veste, précisa-t-elle à titre informatif.
Hanabi la regardait faire, plongée dans ses propres pensées. Songeant au chemin le plus rapide pour s'y rendre, un constat la frappa tout à coup. Les fleurs ! Elles n'avaient pas de fleurs !
-Il faudra que nous passions acheter un bouquet sur le chemin.
Hinata acquiesça d'un signe de tête. Elle enfilait sa veste. La manche gauche du vêtement opposait une certaine résistance. Hanabi vint à son aide, tirant sur l'extrémité pour lui permettre de passer son bras. Accaparées par l'habillage d'Hinata, elles n'entendirent pas que quelqu'un s'approchait. Kô apparut dans l'embrasure de la porte et rabattit davantage la cloison coulissante.
-Mademoiselle Hinata, vous avez de la visite, annonça-t-il sans préambule.
Stupéfaites, les deux sœurs échangèrent un regard. Témoins d'un phénomène peu courant, elles guettaient l'entrée de la bête curieuse. De façon générale, Hinata ne recevait plus de visite depuis longtemps déjà. Les raisons étaient aussi multiples que variées. Elle ne formulait plus d'invitation dans la mesure où elle ne fréquentait plus personne. D'autre part, les volontaires ne se bousculaient pas au portillon. Par souci de respecter son intimité ou parce qu'on la croyait folle ? Hanabi comme Hinata s'interrogeaient donc tout naturellement sur l'identité de leur hôte. Kô adressa un signe d'encouragement à l'invité qui tardait à se manifester. L'air peu sûr de lui, Nara Shikamaru se présenta devant elles. Inconsciemment il se grattait la nuque, geste qui marquait son embarras. Lorsque enfin il osa poser les yeux sur les deux sœurs, il remarqua la posture étrange qu'elles tenaient encore. Hanabi laissa à Hinata le soin de passer sa manche gauche, relâchant sa prise.
-Vous alliez sortir peut-être, releva-t-il d'autant plus gêné qu'il pensait à présent les avoir interrompues.
Elles donnaient l'impression d'être sur le départ. Ce qui s'avérait effectivement être le cas. Mais comme ni l'une ni l'autre ne se décidaient à parler. Shikamaru prit sur lui de meubler le silence gênant.
-Je suis venue m'excuser pour l'autre jour, dit-il dans un premier temps. Ma mère estime que j'ai été je cite "un rustre doublé d'un insensible".
Hanabi qui ignorait encore de quoi il retournait s'empara aussitôt de l'affaire.
-Prosterne-toi devant nous, peut-être qu'alors Hinata consentira à pardonner ton inconséquence.
Shikamaru arqua un sourcil.
-Excuse-moi mais c'est à Hinata que je parle !
Hanabi grinça des dents, mécontente de se voir évincée de la conversation. Hinata tâcha de se ressaisir. La jeune femme n'attendait pas d'excuses. Qu'elles aient été sincères ou non. Le comportement de Shikamaru ne requérait pas qu'il en fasse autant. Ses paroles l'avaient peut-être heurtée, elle devait bien le reconnaître. Non pas parce qu'elles se voulaient blessantes. Mais parce qu'elles sonnaient vraies, la confrontaient à cette réalité. À l'image de ce miroir qui lui renvoyait son propre reflet. Il lui devenait difficile de se voir en face. Aussi s'inclina-t-elle profondément, mains liées sur les genoux.
-En vérité, c'est à moi qu'il revient de m'excuser pour la rudesse de ma réponse. Je te prie donc de bien vouloir me pardonner.
Gagné par la gêne, Shikamaru balaya ses excuses d'un geste de la main.
-Relève-toi enfin, tu n'as pas à t'excuser !
-Ce que vous pouvez être lourds. Hinata, pourquoi tu t'excuses ? Quoi que tu aies fait, cet idiot le méritait amplement. Je parie que c'est sur ordre de sa mère qu'il est venu jusqu'ici ! Je me trompe ?
Le regard fuyant de Shikamaru lui apporta la réponse qu'elle attendait.
-Tu vois, ce n'est qu'un soumis. Sans vouloir te vexer !
N'importe qui aurait été froissé devant pareille remarque. Pourtant Shikamaru ne put réprimer plus longtemps son irrépressible envie de rire. Les deux sœurs en furent d'autant plus surprises. Il essuya une fine larme qui menaçait de couler au coin de son œil.
-Ta petite sœur est une vraie gamine !
Hanabi brandit son poing en avant, l'air menaçant.
-Je vais te rosser !
-Ce n'était pas un reproche.
Plutôt un constat !
-J'admire ton franc-parler. C'est plutôt rafraichissant.
Hanabi haussa un sourcil, méfiante. Se jouait-il d'elle ? La jeune fille ne supportait pas que l'on rit à ses dépens. D'un autre côté, ce garçon avait du répondant, une qualité rare sous ce toit. Emportée par sa propre réflexion, elle croisa les bras. L'adolescente acquiesça finalement d'un signe de tête, sans qu'ils ne sachent vraiment pourquoi.
-Je comprends, tu cherches à attirer mon attention par quelques petites piques. Puis ensuite, tu y vas de tes flatteries. Tu as quel âge ? C'est digne de l'école primaire !
Shikamaru plissa les yeux, médusé et atterré par cette insinuation puérile. Sa réplique avait fait mouche. Satisfaite de son petit effet, Hanabi s'empara du bras de sa sœur qu'elle tira sans ménagement. Hinata chancela légèrement avant de retrouver son équilibre. Sa cadette l'entraîna à sa suite avec tant d'empressement qu'elles se heurtèrent. Pour la première fois, Hinata lui opposa un refus. Prendre congé d'un invité sans se donner la peine de le saluer témoignerait d'une profonde impolitesse. Étrangement quelques notions de bienséance semblaient lui revenir.
-Hanabi !
L'emploi de son prénom sonnait comme un reproche. Hinata usait de son autorité d'aînée afin de rappeler sa sœur à l'ordre. Cette dernière lui jeta un regard mauvais. La mine renfrognée, elle toisa Shikamaru par-dessus son épaule.
-Je pensais que le soumis nous emboîterait le pas. Ce n'est quand même pas ma faute s'il ne se montre pas très réactif.
Sans attendre de réponse, Hanabi décida de leur ouvrir la voie. Embarrassée, Hinata s'inclina légèrement, s'excusant ainsi du comportement de sa cadette. D'un geste du bras, elle l'invita à les suivre.
-Shikamaru-Kun…
Nara hésita, peu disposé qu'il était à accepter une invitation aussi discourtoise. Qui l'en blâmerait ? Il ignorait ce qui motivait cette promenade, n'en connaissait pas même la destination. Il s'y voyait convié par pur respect des convenances. Parce qu'il s'était trouvé là. Maudite soit sa mère, responsable de tous ses maux. Décidément, les femmes n'apportaient que des complications. Il ne niait pas avoir sa propre part de responsabilité. Rien ne l'obligeait à se plier aux quatre volontés de sa mère, surtout pas à dix-neuf ans. Mais la perspective d'une confrontation désagréable réfrénait toute forme de rébellion dans son esprit. Shikamaru oscillait entre deux options, la routine ou l'attrait de la nouveauté. Lui vint alors une image qui traversa son esprit. Le visage de sa mère lui apparut durant une fraction de seconde. Sa mère qui l'attendait certainement de pied ferme et qui exigerait un rapport complet. Elle qui lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il était impossible de lui cacher quoi que ce soit. Elle démasquait les menteurs simplement en posant les yeux sur eux. Dans le temps, Ibiki Morino aurait tout à fait pu l'inviter à se joindre à la section d'interrogatoire du village. La réponse s'imposa d'elle-même. Shikamaru passa devant Hinata, rattrapant Hanabi en quelques enjambées.
Hinata doutait, il lui coûtait de se tenir là. Elle menait une lutte intérieure permanente. Elle repoussait tant bien que mal ce sentiment destructeur. Elle voulait se défaire de cette nécessité autrefois absolue. Mais chaque cellule de son corps semblait se rebeller. La jeune femme contenait encore les tremblements de ses bras. Mais à tout moment, ses jambes pouvaient flancher, sa volonté fléchir. Elle cédait si promptement à la facilité. Il s'agissait simplement d'avancer. Sa main à présent moite s'agrippa à son bras gauche. Hinata plaça un pied après l'autre. Chaque pas l'éloignait de sa chambre, de la tentation de s'y réfugier. Elle ne s'y cacherait pas, aujourd'hui du moins.
Hinata portait un bouquet. Shikamaru avait suggéré de l'acheter à la boutique Yamanaka. Sur recommandation d'Hanabi, elle tenait les fleurs la tête en bas. D'après sa cadette, cette technique devait permettre de garder les pétales intacts. Hinata et Shikamaru se gardèrent d'émettre la moindre objection. Pour sa part, Nara ne s'y connaissait pas du tout. Quant à la jeune femme, elle évitait délibérément toute remarque pouvant provoquer le courroux d'Hanabi. Hinata croyait voir Shikamaru les quitter d'un instant à l'autre, au détour d'une rue. Ce pour s'en retourner vaquer à des occupations qui devaient l'accaparer. Pourtant, Shikamaru avait manifesté son désir de les accompagner au cimetière. Il souhaitait lui-même y saluer une vieille connaissance, Asuma-Sensei. Il pensait qu'Ino se joindrait volontiers à eux. C'était à cette fin, qu'il avait proposé de se rendre au magasin que tenait sa famille. Mais seule sa mère s'y trouvait.
Le trio allait bon train. Les rues défilaient sous leurs yeux. Hanabi marchait ou plus exactement courait devant eux. Insatisfaite de l'allure que tenaient les deux "vieillards". Un soleil de plomb rasait le sol. Hinata gardait sa main sur son front pour se protéger de la lumière aveuglante. Bientôt, ils rattrapèrent l'adolescente qui s'était réfugiée à l'ombre d'un arbre.
-Otosan ! s'exclama-t-elle soudain.
D'instinct Hinata releva la tête, comme frappée par ce simple mot. Elle le chercha du regard. Elle distingua tout d'abord le vert de son gilet. Hiashi leur tournait le dos. Accompagné de deux ressortissants du clan Hyûga, il évoluait au sein de l'artère principale du village. Une distance d'une quarantaine de mètres les séparait, de sorte qu'il ne pouvait les entendre.
-Il se rend au bureau du Hokage, observa Hanabi.
-En tout cas, ça m'en a tout l'air. Qu'est-ce qu'il compte y faire ?
Hanabi fronça les sourcils, son visage se crispa. Dans un premier temps, elle reprit la marche sans chercher à lui répondre. Finalement, elle marqua un arrêt.
-Je croyais que c'était toi qui devais reprendre la succession du clan Nara. Tu ne serais donc pas au courant… Tu parles d'un bon chef de famille ! Mon père a été invité à se rendre au bureau du Hokage afin d'y recevoir une convocation. Tous les autres chefs de clan doivent en faire de même.
-C'est l'ancien de mon clan qui tient les rênes pour le moment. Ça ne me dit toujours pas pourquoi ou plus exactement dans quel but !
-Je suppose que ça te donne plus de latitude. En somme, tu te permets de t'amuser pendant que d'autres accomplissent les tâches qui te reviennent, dit-elle, amère. Pour te répondre, une réunion s'apprête à avoir lieu. Ce que tu saurais si tu prenais la peine de t'investir au moins un minimum !
-Ça ne dépend pas de ma seule volonté. Ce sont les membres de mon clan qui ont fait ce choix. On m'estime encore trop jeune. Quant à cette réunion, je ne vois vraiment pas son utilité !
-Qu'est-ce que j'en sais moi ! Je ne suis pas dans la tête de ce dictateur ! Il veut surement s'assurer qu'on ne fomente pas un soulèvement clanique ! Ou que sais-je !
-Évite de tenir ce genre de propos, surtout en public. Tu veux !
-Je m'en fiche pas mal ! Jusqu'à preuve du contraire, c'est un dictateur ! Un Hokage est nommé par le conseil du village en présence du seigneur du Pays du Feu. Il ne s'autoproclame pas ! Tu peux peut-être encore te tenir éloigné des affaires de ton clan. Moi je n'ai pas ce luxe ! Si tu veux savoir à quoi t'en tenir, tu n'as qu'à t'y rendre ! D'ailleurs, Hinata pourrait également y aller si elle le voulait. Après tout, à l'origine c'était elle l'héritière présumée du clan Hyûga.
Incapable de soutenir plus longtemps leurs regards, Hanabi se détourna d'eux.
-Je pars devant, chuchota-t-elle avant de se dérober à cet échange désagréable.
-Ta petite sœur en a lourd sur le cœur…
Hinata était demeurée silencieuse. À présent, elle regardait sa petite sœur s'éloigner, cette quasi inconnue. Car en définitive, que savait-elle d'Hanabi ? Enfant, elle avait tenté de répondre aux attentes d'un père exigeant sans pour autant y parvenir. Elle avait souffert de cette situation, du mépris de ses aînés, de la dureté de ses entraînements, de son quotidien. Elle maudissait sa faiblesse, se sentait inférieure. Tout ce qu'elle entreprenait, ratait invariablement. Là où elle échouait, ce petit génie de cinq ans sa cadette réussissait avec brio. Elle pleurait souvent et se sentait perdue. Jusqu'à ce qu'elle le rencontre. Devenue genin puis membre de l'équipe 8, elle s'était peu à peu éloignée des affaires de sa famille. Hiashi en avait décidé ainsi, Hanabi deviendrait la nouvelle héritière.
-Je ne sais pas si ta sœur est folle ou si au contraire elle fait montre de bien plus de courage que la plupart d'entre nous. Du reste, quelle importance que je me rende ou non à cette réunion ? Il y a deux ans, ceux qui ont refusé de prêter allégeance à Sasuke, ont perdu le droit de porter l'insigne du village. Il m'arrive de me dire que même si l'un d'entre nous avait manifesté la volonté de le soutenir, il aurait refusé. Car tous ceux qui étaient proches de Naruto, lui sont hostiles. Il aurait tort d'agir autrement. Je crois que c'est précisément pour cela que l'on m'a provisoirement évincé de la succession de mon clan.
-Tu es bien pessimiste.
-Je dirais rationnel.
Hinata contemplait les quelques nuages épars. Autrefois, Neji en parlait si souvent. Son cousin aimait à comparer les hommes à des nuages. D'après lui, ils volaient au gré du vent et n'étaient régis par aucune loi. Tant de chemins s'offraient à eux, comme autant de possibilités. Un nuage contournait les obstacles et atteignait toujours son objectif. À cette image, l'homme déterminé et guidé par un but ne s'en détournerait jamais. L'entrave majeure résidait dans la haine. La haine animait les hommes. La vengeance les prenait au corps et les rongeait jusqu'à l'âme. Sasuke Uchiha n'était jamais que le produit d'une époque dévastée par le ressentiment et la domination clanique. Cela l'excusait-il pour autant ? Hinata s'interrogeait sur ses motivations. Au nom de quoi agissait-il ? Hinata aimait Naruto. Lui l'en avait privé pour toujours. Chaque jour cette indomptable colère dominait son cœur. Elle ne pouvait s'en départir et cela l'effrayait.
-Le pire, c'est que si Naruto se trouvait ici aujourd'hui, il chercherait encore à le raisonner par tous les moyens… Déclara Shikamaru, répondant sans le savoir à la propre réflexion d'Hinata. Nara l'avait rejointe, il s'était rendu sur les tombes de son père et d'Asuma. Pourquoi, pour un ami qui n'a même pas pris la peine de lui donner une sépulture.
-Comment ?
Shikamaru lui adressa un regard désolé.
-Alors, tu ne savais pas… Je suppose qu'il souhaitait éviter que sa tombe ne devienne un lieu de pèlerinage. Si un tel lieu existait, il tiendrait une haute valeur symbolique. Aux yeux de Sasuke, Naruto incarnait la vision d'un monde auquel il n'adhérait pas. Un monde qu'il voulait voir disparaître.
Après un dernier instant de recueillement, ils empruntèrent ensemble l'allée centrale. Chacun observait le plus grand silence. Hinata ne voyait pas ce qu'elle pouvait ajouter. Les mots lui faisaient défaut. Paradoxalement, elle savait qu'il était parfois préférable de se taire, plutôt que de parler pour ne rien dire.
