Reeeee-bonjour ! J'attends vos avis sur ce premier chapitre avec impatience, en espérant ne pas décevoir... X) *et si vous vous demandez, oui, je stresse à mort* (à titre d'information, la longueur des chapitres sera probablement très irrégulière)

Enjooooy ~~


RESCAPÉS : UNE REDOUTABLE EXPIATION


- Mesdames et messieurs, bienvenue aux soixante-quinzièmes Hunger Games ! Que les Jeux commencent !

Tout est... noir. Humide, froid, sinistre. Effrayant, pour certains. Il peut presque sentir la peur qui suinte de leurs pores et empeste l'air comme un nuage de pollution, masquant tout le reste. Un parfum putride et sale qui ne fait qu'empirer plus les secondes passent.

Fermant les yeux, il s'imprègne de cette atmosphère lourde de promesses. Promesses de pleurs, de sang, de tripes, de désespoirs et de cauchemars. Oui, certains sont terrifiés. Mais d'autres, comme lui, ne peuvent imaginer quoi que ce soit de plus excitant.

Il n'y a que les chiffres qui sont visibles. Fluorescents, ils flottent au-dessus de leur tête. Cinquante-six, cinquante-cinq, cinquante-quatre... Ils ont des lampes-torches au front, mais personne n'ose ouvrir la sienne. Après tout, c'est de révéler leur position. La noirceur opaque est autant une protection qu'un danger mortel.

À sa gauche, il croit entendre la respiration saccadée d'un tribut. À sa droite, c'est le silence complet. Son corps frémit et un sourire avide d'action étire ses lèvres.

Quarante-trois, quarante-deux, quarante et un...

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– Au soixante-quinzième anniversaire, afin de rappeler aux rebelles que même les plus forts d'entre eux ne sauraient l'emporter sur le Capitole, les tributs mâles et femelles de chaque district seront moissonnés parmi les vainqueurs survivants.

La voix de Snow est grave, sérieuse. Cérémonieuse. Payne écarquille les yeux, montre ses dents blanches et bien alignées dans un macabre sourire. Il entrecroise ses mains, sautille presque sur place, alors que l'écran s'éteint.

L'ancien vainqueur se répète les paroles encore et encore jusqu'à la moisson. Comme un mantra, il les chante, il les fredonne, il les chuchote. Comme dans l'extase d'un orgasme, il les souffle, les gémit et les crie.

Puis c'est enfin le jour J, la grande révélation. L'hôtesse plonge la main dans l'immense boule de verre. Il se souvient de son ancienne moisson, quand il s'est porté volontaire. Il ne peut pas, cette fois. Règle spéciale des Expiations, le volontariat est interdit.

– Moi, moi, moi, ne peut s'empêcher de supplier le jeune homme. Encore une fois. Oh, je vous en prie. Encore une fois.

S'il ne peut pas participer, il mourra de déception. À coup sûr.

– Et l'heureux élu est… Payne Witold !

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Une explosion, un flash. Des murs de granites, des crevasses, des piolets éparpillés au sol, de l'eau qui dégouline de partout en petits ruisseaux, un drôle de lézard blanchâtre qui rampe au plafond, vingt-quatre tributs placés en un cercle parfait… En quelques secondes à peine de lumière, Payne enregistre tout.

Un morceau de chair visqueux et gluant atterrit sur son épaule. À sa droite, il reconnait le grand noir du Onze, impassible malgré le sang du tribut venant de se suicider qui l'éclabousse.

Puis, c'est à nouveau la noirceur totale. L'air est encore plus lourd qu'avant. Payne sort sa langue, se lèche les lèvres avec gourmandise. Il ne peut retenir son gloussement d'excitation.

Ça y est. Enfin. Un festin pour cannibales, une célébration ultime… C'est le jeu du plus fort, du plus résistant, du plus déterminé, du plus sadique… Il est à nouveau dans les Hunger Games ~ !

Il frétille, frémit, palpite, vibre… Il a hâte. Si, si, si… si hâte !

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Il n'est pas surpris quand son nom est tiré au sort. Siruis Storm est le seul vainqueur mâle de son district. Il est content, même. Lui qui se cherchait une bonne raison de mourir, de mettre fin à ses jours après tant d'années de misères. Il n'existe de meilleures excuses que celle-ci.

Retourner dans les Jeux, survivre alors que vingt-trois autres meurent… à nouveau ? Non merci.

Il rejoint Alkyone Pekk, l'hôtesse du district huit avec qui il travaille depuis des années comme mentor. Il se tient droit, pour la première fois depuis si longtemps. Il se sent en paix. Heureux, presque. Si seulement c'était possible pour lui. Mais depuis sa victoire aux cinquante-huitièmes Jeux, rien ne va. Rien n'ira plus jamais. Tel est le sort des vainqueurs.

Il l'a compris, l'a accepté. Mais refuse de le subir plus longtemps.

Il se souvient la mort de sa partenaire de district. Elle le protégeait. Lui, minable gamin de seize ans qui ne comprenait rien au monde, qui ne méritait certainement pas de vivre à sa place.

Il se demande encore comment il a gagné, la première fois. Elle était là, à ses pieds, mourante. Le carrière s'est tourné vers lui, un sourire satisfait aux lèvres, déjà convaincu de sa victoire.

Sauf que c'est Siruis qui a gagné. Qui a été acclamé par le Capitole. Par Panem. Par son district. Par sa famille.

Quand il descendra de sa plaque, quand il se fera exploser, quand ses membres se répandront dans la corne en la tachant d'une macabre couleur écarlate… Il sait que personne n'applaudira, cette fois. Que personne ne l'acclamera. Mais ce n'est pas grave.

Car il ne sera plus là.

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Vingt-huit, vingt-sept, vingt-six…

Le vieillard penche la tête, se balance sur ses pieds avec un petit sifflotement. Son cerveau lui lance des signaux de panique, les uns après les autres. « Danger, danger ! » lui crie-t-il désespérément. Mais c'est peine perdue. Cela fait bien longtemps qu'Arzen ne comprend plus ce qui l'entoure, n'arrive plus à écouter son cerveau afin de réagir de façon appropriée.

Il trouve bien qu'il y a un silence un peu lourd, certes, mais rien d'alarmant. Et c'est vrai que la noirceur opaque est embêtante, mais… c'est aussi plutôt amusant. Il promène une main devant ses yeux et glousse quand strictement rien ne semble bouger.

Son regard croise les chiffres lumineux au plafond. Un frisson le parcourt de la tête aux pieds, comme une longue vague qui le traverse en amenant terreur et souvenirs enfouis. Qui le traumatise à la vitesse de l'éclair.

L'explosion le fait sursauter, et d'un coup il se recroqueville sur sa plaque, les mains sur les oreilles. Ses doigts touchent la fabrique d'un bandeau autour de son crâne, il rouvre les yeux, aperçoit son entourage dans l'éclairage des brèves flammes.

Les Jeux. Il est dans les Jeux. Les Jeux, les Jeux, les… Jeux ?

Sa respiration s'accélère, son pantalon s'humidifie d'un coup, il tremble de tout son corps.

Oh. Oh.

Encore. Encore une fois. L'arène. La corne. La puanteur du sang et de la pisse. L'expression horrifiée, effrayée, presque caricaturales des adversaires juste avant leur mort.

Non, non, non… C'est encore sa tête qui lui joue des tours. On ne cesse de lui répéter qu'il perd la tête, après tout. Elle doit être perdue en ce moment même. Loin, loin de lui. Inatteignable. Mais quelqu'un aura la gentillesse de la trouver, de la lui redonner. Et alors tout ira bien.

Tout cela est faux. Irréel. Impossible.

N'est-ce pas ?

D'une main tremblante, il appuie sur l'interrupteur. Et sa lampe frontale s'allume.

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– Mr Hammer, vous m'écoutez ?

– Je veux bien regardez la télévision, oui.

Le styliste soupire, le front plissé, et force un sourire patient sur ses lèvres. Arzen Hammer va mourir au bain de sang, il n'en doute aucunement. Pauvre bonhomme, se retrouver dans les Hunger Games à quatre-vingt six ans. Il se demande si expliquer les règles vaut même la peine. Mais qui sait, peut-être cela lui sauvera-t-il la vie. Qui est-il pour juger ?

– Le fonctionnement de l'arène est un peu différent cette année, commence-t-il à expliquer d'un ton sérieux. Il existe cinq niveaux afin de se rendre à la surface – ce qui veut probablement dire que l'arène est entièrement souterraine. Pour accéder à un niveau, il faut un certain nombre de morts.

Arzen se met à chantonner distraitement, et Floran se passe une main sur le visage, désespéré. C'est peine perdue. Il fait cela pour rien. Sa mentor raconte qu'il était un homme très cultivé, plein de sagesse et de bonnes paroles, avant. Cette époque est incontestablement révolue.

Il soupire à nouveau, puis reprends la parole d'une voix morne.

– Les premiers et deuxièmes niveaux requièrent huit morts chacun, le troisième en demande quatre et le quatrième, trois. Le tout dernier survivant peut alors rejoindre le cinquième niveau, qui est à l'air libre, et ainsi embarquer à bord de l'hovercraft. À chaque fois qu'un niveau sera atteint, des passages s'ouvriront pour monter plus haut. Plus vous monterez de niveau, plus les conditions de l'environnement s'amélioreront.

Le jeune styliste sourit tristement et s'empare de la main ridée d'Arzen – témoignage d'une vie longuement vécue – pour un adieu sans paroles.

Le vieillard s'est endormi.

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Quinze, quatorze, treize…

Une lueur à sa droite, trois plaques plus loin. Elle reconnait Arzen, leur doyen, le plus vieux des vainqueurs, le sage qui les a tous aidé d'une façon ou d'une autre suite à leurs Jeux. Il vient d'allumer sa lampe-torche.

Immédiatement, d'autres font de même. Ceux qui cherchent la bagarre, ceux qui veulent être reconnus par leurs alliés, ceux qui ont l'intention de se battre, ceux qui se savent assez forts, assez entraînés. Ceux qui se sentent prêts au bain de sang qui s'annonce.

Payne, bien sûr, le carrière du district Deux. Il est directement en face d'elle, à l'autre bout de la grotte. Puis son allié Lucky, qui a un sourire goguenard en observant ses adversaires. Wren Keene aussi, à deux plaques de Lucky. Sa lumière éclaire la pauvre jeune fille du Douze à sa gauche, qui semble terrorisée.

Progressivement, la grotte s'illumine de milles feux alors que les lampes torches sont secouées de gauche à droite, de haut en bas.

Anamye n'allume pas la sienne.

À quarante-huit ans, avec une santé défaillante et une inaptitude à toutes formes de combats, elle a peu d'espoirs. Autant ne pas être une proie facile, un gibier à ciel ouvert. Car c'est ce qu'elle est, n'est-ce pas ?

Elle tente de se faire aussi petite que possible, les mains tremblantes et la respiration accélérée. Le décompte est presque au bout. Elle ignore comment agir. Elle ignore comment penser. Elle a perdu le contrôle.

Tout ce dont elle a conscience sont les larmes de ses fils – ses triplés –, alors qu'ils lui ont dit adieu.

Au moins, ils sont saufs. Hors de danger, maintenant qu'ils ont dix-huit ans.

Anamye peut mourir en paix. Car soyons réalistes. Elle sait très bien qu'elle n'a aucune chance de gagner. Pas contre Payne au sourire sadique, ou Lucky avec sa chance légendaire, ou Lateefah avec son sang froid redoutable, ou Krasny avec son imposante carrure…

Oh, faîtes qu'elle ne souffre pas trop. Faîtes que ce soit rapide. Faîtes que ses fils puissent être fiers qu'elle ait été leur mère. Faîtes que…

La lame lui traverse le torse d'un bout à l'autre, brutalement, et elle bascule vers l'arrière avec une expression de surprise grotesque.

Trois, deux, un…

Zéro ?

Trop tard.

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Ils échangent un sourire triste, crispé, déjà nostalgique. Mari et femme, père et mère… Les deux réalisent que ceci est leur dernier contact, leur dernière conversation, leur dernier baiser, leur dernier… tout.

La réalisation les frappe en même temps alors que leur regard se croise. Elle sur l'estrade, lui perdu dans la marée humaine qui constitue le district Huit. Leurs enfants, leurs trois fils chéris, vont être orphelins.

Si tôt. Trop tôt.

Alors qu'elle va mourir dans l'arène, dans la violence et l'horreur, lui va expirer dans son lit, dans la souffrance de son cancer qui l'affaiblit de jour en jour.

C'est inéluctable et pourtant inacceptable. C'est l'injustice à son plus fort.

Alors ils se sourient, car c'est tout ce qu'ils possèdent, maintenant. Les regrets, les rêves, les espoirs… Tout cela est perdu. Tout cela, c'est leurs enfants qui devront l'assumer. Qui devront grandir seuls, abandonnés à cause de la cruauté du Capitole, mais surtout celle… de la vie.

Anamye ferme les yeux, prend une profonde inspiration.

Pour eux, elle se battra. Et pour eux, elle mourra.

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Ils ne sont que des marionnettes. De pauvres créatures sans aucun pouvoir, sans aucun droit, sans aucune chance. Regardez-les se débattre pour vivre, pour survivre. Ne sont-ils pas pitoyables ?

Le Haut-Juge ricane du haut de son piédestal. Il est le roi, le maître, le dieu de cette arène. Et grâce à ses pantins, ce spectacle sera magistral. Inoubliable. Redoutable.

Êtes-vous prêts ~ ? Prêts au massacre.