Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Voici le deuxième chapitre, Enjoy !
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« Tu es où ? »
« Je suis chez Denny avec Castiel, » dit Dean à Sam au téléphone, appuyé contre une plante verte. « Il s'avère que c'est un peu genre…Gandhi, ce type. Enfin, si Gandhi avait eu un enfant avec Keanu Reeves. »
« Dean. Est-ce que t'es bourrée ? »
« C'est fort possible, » admet Dean. « Mais je suis pratiquement sûr que j'ai la gueule de bois et que tout est juste plus ou moins surréel pour le moment. Devine pourquoi il voulait me voir, Sam. »
« Pourquoi ? »
« Il voulait me pardonner. Il a entendu parler de ma démission et il a décidé qu'il voulait me pardonner. »
« …Wow. »
« Ouais, "wow". Enfin bref, on a cramé sa baraque, payé des prostitués – »
« QUOI ?! »
« – et là on est chez Denny pour le petit déjeuner. Je dois admettre que je suis curieux de voir ce que nous réserve la suite. »
« DEAN ! »
« J'dois y aller, Sammy ! A plus ! »
« DEAN ! T'AS PAS INTERÊT DE – »
Dean raccroche.
[...]
Assis à sa table, Dean mange en face de Castiel, regardant l'homme picorer ses œufs brouillés. Les rayons de fin de matinée pointent leurs faisceaux dorés à travers les stores du restaurant et illuminent la poussière errant dans les airs, paisible et sans but. La table sent le plastique chaud et le café, mais ce n'est pas une odeur désagréable. Le claquement des plats et le sifflement de l'eau en fond sonore résonnent depuis la cuisine, mais le reste du restaurant est désert et silencieux.
Castiel prend finalement la parole. « Tu sais…ce n'était pas aussi déplaisant que ça aurait pu l'être. »
« La nuit dernière ? » demande Dean, alors qu'il attrape ses pancakes et s'empare d'un morceau avec sa fourchette. « Je vais devoir te croire sur parole, étant donné que je me souviens de rien après minuit… »
« Je parlais de la prison, » corrige calmement Castiel.
Dean se fige au milieu de sa bouchée. Son estomac se resserre.
« J'étais en isolation, » continue Castiel. « J'ai été chanceux sur ce point là. »
« Ouais, t'avais pas vraiment bonne réputation, » dit Dean en mâchant sa bouchée, le goût du beurre s'accrochant à son palais pour y fondre. « T'as eu de la chance de pas te faire tuer par les autres détenus. »
Castiel pose sa fourchette. « J'étais battu par les gardiens. Souvent. »
Les mastications de Dean flétrissent.
« Parfois ils…riaient. »
Seigneur.
Une serveuse toute guillerette s'arrête à leur table, un sourire plaqué au visage. « Est-ce que vous souhaitez autre chose les garçons ? »
« Juste l'addition, » dit Dean. Il s'essuie avec sa serviette.
Castiel sort un morceau de papier de la poche de sa veste. C'est une jolie veste, remarque Dean, ajustée, en velours sombre, et pour la première fois, il la reconnaît comme étant la veste que Castiel portait au palais de justice le jour où sa condamnation a été annulée.
« J'ai écrit ma liste, » lui dit Castiel. « Pendant que tu te douchais. » Il commence à la déplier sur la table.
« Hé, » dit Dean, en s'emparant de la liste. « Attends. Avant qu'on n'aille plus loin. »
Castiel le regarde placidement.
« Est-ce que t'as déjà pensé à – à parler à quelqu'un ? » bredouille Dean. « Un professionnel ? »
« Un thérapeute, tu veux dire. » Les yeux de Castiel le transpercent, refusant de vaciller. « Un psychiatre. »
« Parmi les diverses options. Mais ouais. »
Castiel hausse les épaules et soulève sa tasse. « C'est déjà le cas. J'ai subi une psychothérapie intensive au préalable. » Il prend une gorgée de son café. « Pour quelle raison crois-tu que je ne t'ai pas encore frappé ? »
« Je pensais que c'était à cause de mon charme débordant, » lance Dean malicieusement. « D'autant que tu ne voudrais pas abîmer ce joli visage. »
Castiel le regarde dans les yeux. « Je t'assure que tu possèdes une parfaite tête à claque, Dean. Il faut énormément de maîtrise de soi pour y résister. »
Dean sort sa carte de crédit. « Mon offre tient toujours, tu sais. Si tu veux qu'on aille sur le parking pour me rendre la monnaie… »
Un sourire s'étire sur les lèvres de Castiel.
« Quoi ? » Demande Dean.
Il ne dit rien. Il ne fait que déplier sa liste et l'aplatir sur la table.
« Qu'est-ce qui vient ensuite ? » demande Dean.
[...]
Ils se baladent le long de l'avenue ensoleillée en dégustant leur glace.
« Tu sais, » dit Dean, « Tu n'avais pas à m'amener avec toi pour ça. »
Castiel plonge sa cuillère dans son sorbet à l'orange. « Je voulais de la compagnie. »
« Ouais, mais…je suis, genre, la chose qui se rapproche le plus de ton pire ennemi. » Dean aspire bruyamment le bord de son cône rempli de glace au chocolat. « Ou plutôt, je le serai, si tu n'étais pas le Martin Luther King des condamnés à tort. »
« Finis ta glace, » dit Castiel. « On a beaucoup de route à faire. »
[...]
Dean saisit fermement le bouquet de fleur dans l'emballage en plastique entre ses mains moites. Le dernier.
Castiel consulte sa carte. « Je crois que c'est…plus bas sur la colline… »
Ils descendent le versant verdoyant de la colline, l'herbe épaisse parfaitement taillée et immaculée. C'est la plus jolie pelouse d'Hanneville. Les plaques de bronzes et de marbres s'étirent sur des rangées minutieusement classées, scintillant au soleil. Ils arrivent finalement à celle qu'ils recherchent, et Dean se met à penser – c'est bizarre de voir à quel point elle ressemble à toutes les autres. On pense qu'elle sera plus petite, ou qu'elle se différenciera d'une certaine manière, mais la seule chose qui distingue cette pierre tombale de toutes les autres, c'est la brièveté de la date qui y est gravée : 2 avril 2007 – 7 juillet 2010.
« Kenny Whidbey, » dit Castiel, la voix et le visage graves. « La dernière victime. »
Dean pose délicatement les fleurs sur sa tombe, les lèvres et les doigts engourdis.
Castiel baisse la tête, et demeure silencieux devant la stèle.
Après un silence d'une durée indéterminée, ils font demi tour sans un mot, reprenant la direction par laquelle ils sont arrivés au cimetière. Ce n'est qu'en approchant un banc sous un érable que Dean remarque la posture voûtée de Castiel, et alors qu'ils s'assoient, Castiel s'affale contre le dossier en bois et ferme les yeux.
« Ça va ? » demande Dean.
« Non, » murmure Castiel.
Dean hésite, puis pose sa main sur l'épaule de Castiel. « Je peux faire quelque chose ? »
Castiel détourne le visage de la main de Dean, mais ne s'en dégage pas.
Jenny. Olivia. Jake.
Elizabeth. Ben. Jesse… et Kenny.
Dean se pince fortement les lèvres et plisse les yeux face au soleil.
« Combien d'autres penses-tu qu'il y ait ? » demande Castiel. « Combien d'autres n'ont jamais été retrouvé ? »
« Je sais pas, » répond Dean. Il les voit toujours – les gencives béantes et mutilées, les orifices rouges sombres là où auraient dû se trouver les yeux, les os morcelés et déchiquetés, ainsi que la peau blafarde et bleutée. « J'y pense souvent. On a fouillé le lac, mais…c'est impossible à savoir. »
Le visage de Castiel est amer. « Mon propre frère. »
Le soleil brillant dans le ciel semble plus glacial à présent, et le jour un peu plus sombre.
« Où est-ce qu'on va maintenant ? » demande Dean.
Castiel se lève, et la main de Dean glisse de son épaule. « Quelque part où je préférerai ne pas me rendre. »
[...]
Castiel n'aime pas les murs gris. Il n'aime pas ce bâtiment, et il n'aime pas les employés. Mais par-dessus tout, il n'aime pas être enfermé.
Malheureusement, c'était la condition de sa visite.
Lucas s'avachit sur sa chaise de l'autre côté de la table en aluminium, léthargique et insouciant. La combinaison orange et les chaînes pendent autour de lui comme l'authentique prolongement de lui-même. Il dévisage Castiel avec une totale indifférence, ses yeux plantés sur lui à la manière d'un chat fixant un objet en mouvement. Son visage est vide et dénué d'émotion.
Cet homme n'est pas son frère. Cet homme est un étranger.
« Je suis passé sur leurs tombes, » dit Castiel. « Les enfants que tu as assassinés. Je suis allé leur rendre hommage. »
Le sourcil droit de Lucas se soulève. « Donnnc, » dit-il lentement. « Tu l'avoues. »
Castiel fronce les sourcils. « Avouer quoi ? »
Lucas se penche en avant, les chaînes cliquetant dans le mouvement. « Ta culpabilité. »
« De quoi tu parles ? » exige Castiel.
Les yeux de Lucas se focalisent sur ceux de Castiel, sa voix basse et tranchante. « Je sais exactement pourquoi tu es allé sur la tombe de Kenny, Cas, et ça n'a rien à voir avec un hommage. »
Castiel serre les poings et ses ongles s'enfoncent dans ses paumes moites. « Comment oses-tu – »
« Oh, je t'en prie, » ricane Lucas. « Epargne-moi le numéro de vierge effarouchée. Je te connais. Et toi et moi, on sait tous les deux que tu n'es pas le saint pour lequel ils te font passer. »
La bouche de Castiel s'assèche, et il se retrouve à court de mots.
« Tu as été sur la tombe de Kenny, » continue Lucas, tranchant comme un rasoir, « Parce qu'il y a deux ans lorsque tu as appris la nouvelle, lorsque tu as appris la nouvelle dans ce trou pourri qu'ils avaient identifiés un nouveau macchabée, la première chose que tu as ressenti…c'était du soulagement. »
Le nez et la gorge de Castiel le brûlent, et il avale péniblement la boule dans sa gorge.
« Et là tu es venu ici, pour m'épiloguer et te sentir mieux. » Lucas glousse. « Tu es pathétique, Cassie. Tu me fais pitié. »
« La ferme, » gronde Castiel. « La ferme, espèce d'enfoiré. »
Lucas secoue la tête et fait claquer sa langue. « Ma parole. Où as-tu appris un tel langage ? » Il sourit alors lentement pour lui-même, sombrement et grandement amusé.
« Tu es un monstre, » insiste Castiel d'une voix rauque. « Tu ne mérites pas de vivre. »
Lucas hausse les épaules. « Monstre est un terme tellement subjectif. »
Castiel serre la mâchoire. « Tu as tué des enfants et tu leur as arraché les yeux et les dents. »
Lucas le dévisage froidement. « Tu as prié pour qu'ils se fassent tuer. »
Castiel sent son souffle se couper comme s'il venait de recevoir un coup de poing dans l'estomac.
« Je sais que tu l'as fait. Probablement plus d'une fois. » Sa voix est tellement calme à présent, si confiante. « Tu as prié pour qu'un autre enfant se fasse tuer afin de te disculper. » Il penche la tête et mâchouille sa lèvre. « J'imagine que tu ne l'as pas mentionné lorsqu'Anderson Cooper t'a interviewé. »
Castiel se lève et fait signe au gardien à travers la baie vitrée.
« Peut-être que tu le réserves pour ta biographie, » suggère Lucas.
Le garde déverrouille la porte pour Castiel tout en gardant un œil attentif sur Lucas.
Les yeux de Lucas se rétrécissent. « Ou peut-être que tu es tout simplement un lâche. »
Les portes se referment derrière Castiel et il passe la sécurité mécaniquement, traversant le hall d'entrée et remarquant à peine Dean lui emboîtant le pas.
« Est-ce que tu as pu dire ce que tu voulais ? » Demande Dean.
Castiel secoue la tête et sort jusqu'à la voiture sans un mot.
[...]
Dean se gare devant l'immeuble de Castiel, un immeuble aux briques brunes avec une terrasse sur le toit. « Alors c'est tout ? »
Castiel acquiesce.
« Je vais pas te mentir, je pensais que ta liste serait plus longue, » avoue Dean. « Je pensais que ce serait l'affaire de tout un long métrage. »
« Merci pour ton aide, » dit Castiel. « J'espère que tu ressortiras de cette expérience avec la conscience tranquille. »
Dean réfléchit et se mord les lèvres. « Ouais, ça devrait aller, sauf pour ce qui est des prostitués. »
Castiel émet un petit rire.
Pour une raison qui lui échappe, Dean n'arrive pas à le quitter des yeux. Absolument tout chez cet homme le laisse perplexe, et il a envie de dire…une part de lui veut lui demander de le revoir. Pour lui demander s'il aime le flag football. Pour lui donner son adresse. Pour devenir amis.
Ce n'est pas quelque chose qu'il peut demander. Ce n'est pas quelque chose qu'il devrait demander à quelqu'un à qui il a causé autant de tort qu'il en a causé à Castiel.
« Enfin bref, si jamais tu as besoin de quoi que ce soit…appelle-moi, » lui propose Dean. « Et merci pour, euh, pour tout le…le truc du pardon, même si je pense toujours que…je, euh, le mérite pas vraiment. »
« Je t'en prie, » dit Castiel.
« Bon, eh bien, j'imagine que…c'était sympa, » achève Dean.
Castiel acquiesce.
Puis il sort de la voiture et se dirige vers son appartement, et Dean le regarde partir en se demandant ce qu'il deviendra à présent. Le point final de cet étrange périple est bien surprenant, et curieusement décevant.
Dean sait que leurs chemins ne se recroiseront pas – et il a raison. Suite à ça, il n'entend plus parler de Castiel.
Jusque trois mois plus tard.
[...]
« Dean, t'es en train d'en faire du charbon, » affirme Sam. « Laisse-moi au moins m'occuper des steaks. »
Dean claque sa langue d'un ton menaçant. « Mon barbecue, mes règles ! »
« Est-ce que vous allez bientôt arrêter bande d'idiots ? » rouspète Bobby. « J'ai pas encore bu assez de bière pour supporter vos chamailleries. »
Dean ouvre la bouche pour rétorquer de façon insolente lorsque l'intro de Smoke On The Water commence à retentir dans sa poche. Il sort son téléphone et vérifie le numéro – inconnu. Dean fronce les sourcils et décroche. « Allô ? »
« Shérrriff, » La voix est grave et pâteuse, une voix que Dean ne reconnaît pas. « Shérif Winnchester ? »
Et là, c'est le déclic.
Dean empoigne le téléphone. « Est-ce que – Castiel ? Est-ce que c'est toi ? »
Sam marque un temps d'arrêt.
Puis la voix à l'autre bout du fil déclare :
« Shériffff, j'ai…j'ai fait quelque chose de mal… »
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A suivre...
