De l'Autre Côté (The Other Side)
Chapitre 1, Le Old Haunt

Quelques heures plus tôt…
Vendredi 24 juin 2011

Elle était stressée, son cœur battait la chamade et elle n'arrivait pas à se calmer. En temps normal, ou même pour son travail elle arrivait à gérer son stresse, mais là, c'était différent. Ce soir, elle avait rendez-vous, et pas n'importe quel rendez-vous…

Ils en avaient vécu des épreuves ensembles. Il lui avait sauvé la vie un nombre incalculable de fois, il avait toujours été là pour elle, à la soutenir, la rassurer. Sa présence elle seule lui suffisait pour se sentir en sécurité même si elle ne l'aurait jamais avoué. Tout ce qu'ils avaient traversé avait servi leur rapprochement comme quelque chose qui était écrit à l'avance mais qui avait mit du temps à se mettre en place.

Elle n'avait jamais été aussi heureuse que ce jour, ce soir là.

L'enquête qui les avait préoccupés n'avait pas été comme les autres. Ils avaient été à deux doigts de se perdre dans cette fusillade les opposant à un suspect armé et désespéré. Quand elle avait vu Castle s'écrouler, elle pensait que c'était trop tard, qu'il était mort, qu'elle l'avait perdu pour toujours. Elle avait baissé sa garde quelques secondes, quelques secondes de trop pour qu'elle s'aperçoive que le suspect avait changé de place. Mais ces yeux étaient rivés sur le corps de Castle, elle ne voyait et ne pensait plus qu'à lui. Les coups de feu qui en suivirent l'avaient extirpé de ses pensées. Heureusement Ryan et Esposito étaient toujours là quand il le fallait. Ils avaient tué le suspect avant qu'il ne la prenne pour cible.

Elle avait mit du temps à admettre qu'elle tenait à Castle plus qu'elle ne le montrait où ne voulait le faire croire. Elle se protégeait derrière les blagues qu'elle lui faisait, comme si elle cherchait à mettre de la distance. La distance nécessaire pour se protéger.

Bien sûr qu'elle le considérait comme un collègue, et voir l'un de ses collègues s'écrouler suite à une fusillade vous affecte, mais pas comme ça, pas comme elle l'a été, pas avec Castle. Elle s'était enfin rendu compte qu'il était plus qu'un collègue et ami à ses yeux.

Il s'en était fallu de peu. Certains diront qu'il s'agissait tout simplement de la fois de trop, celle qui pousse un homme à embrasser une femme sans penser réellement aux conséquences que cela pouvaient entrainer.

La première fois qu'ils avouaient enfin les sentiments qu'ils avaient l'un pour l'autre.
Le premier baiser, le premier vrai baiser échangé devant son appartement. Ce soir là, après cette fusillade, il l'avait raccompagné. Il avait bien vu que quelque chose avait changé dans le regard de sa muse. A tort il pensait qu'en la raccompagnant elle allait le lui dire. Mais non. Elle l'avait juste remercié. Il avait alors tourné des talons, pensant que jamais il n'oserait faire le premier pas… Mais avant qu'elle ne ferme la porte, il s'était retourné, l'avait appelé, s'était rapproché d'elle jusqu'à la mettre au pied du mur. Coller ses lèvres contre les siennes et attendre les foudres de cette femme qu'il aimait.

La surprise fut de taille quand elle avait répondu à ce baiser.

Elle pouvait encore imaginer gouter les lèvres de cet homme. Sentir ses mains caresser lentement ses cheveux. L'entendre susurrer à son oreille des mots qu'elle n'aurait jamais oser dire elle même…

Dire qu'il y a un mois de cela, sa rupture avec Josh n'avait pas été facile, les mots qu'il lui avait dit étaient la vérité. Cette vérité qu'elle ne voulait pas regarder en face de peur de souffrir. Encore un homme qui la quittait, l'abandonnait.

Pourtant, malgré le départ de Josh elle n'arrivait pas à faire le premier pas vers l'homme vers qui sont cœur battait.

Comment faire le premier pas quand l'homme pour qui vous éprouvez des sentiments est un homme que vous admirez ? Depuis longtemps, à travers ses écrits, elle l'admire. Le respecte… Au départ il n'était qu'un pot-de-colle qu'elle avait hâte de voir disparaitre. Ensuite il était devenu un collègue très utile dans sa chasse contre les criminels. Puis un ami… un partenaire, comme elle, qui était prêt à donner sa vie pour la protéger. Elle avait pu le constater à plusieurs reprises, que ce soit contre Dunn, dans cet entrepôt… Dans le container frigorifique ou devant cette bombe… Il a toujours été là depuis le début et sans le savoir, sans même soupçonner son existence. Ses livres l'avaient aidé à remonter la pente, à tenir bon, ne pas sombrer après le meurtre de sa mère.

Elle était toujours devant son armoire, à chercher ce qu'elle allait bien pouvoir se mettre pour cette soirée. Elle voulait être parfaite pour lui, pour elle. Pour eux.

Elle regarda furtivement l'heure et commença légèrement à accélérer le mouvement pour être prête puisqu'il ne devrait plus tarder maintenant…

Ses yeux continuèrent un balai incessant entre les différentes tenues qui s'offraient à elle.

« Il a dit quelque chose de simple… quelque chose de simple… Simple comment ? » répéta-t-elle sans cesse dans sa tête. Elle commença à se frotter la tête pour faire germer une illumination, comme si elle pourrait avoir le pouvoir d'ordonner à la tenue parfaite de se mettre à vibrer pour l'aider dans son choix. « Simple… simple… simple… » Elle posa ses deux mains sur son visage pour cacher ses yeux. « Simple… » Quelques secondes après elle les rouvrit et jeta son dévolu sur une tenue qu'elle jugeait 'simple' : un jean Lewis bleu marine, un débardeur et une veste légère. « S'il a osé me dire simple et qu'il se pointe en costard… je fais un malheur. » Dit-elle avec un sourire tout menaçant son armoire de son index à défaut de menacer son écrivain.

Elle disparu ensuite rapidement dans la salle de bain…

- - -

Il descendit de la limousine qu'il avait expressément loué pour l'occasion. Il le savait, il lui avait dit qu'il viendrait en taxi, que ce serait simple, mais il ne pouvait pas être simple avec cette femme et se contenter d'un taxi. C'était plus fort que lui, et toute façon qui irait cracher sur une limousine ? Qui irait choisir un taxi s'il avait le choix avec une limousine personnelle ?

C'était officiel ce soir, il l'avait invité à diner dans un lieu qu'il avait gardé secret en espérant que cela lui plairait. Il devait surtout lui montrer quelque chose.

Dans sa tête c'était clair, il lui avait dit simple, donc un jean noir, chemise blanche et veste noir. Il espérait qu'elle n'avait pas prévu de s'habiller en robe de soirée, il n'aurait pas eu l'air fin avec sa tenue décontractée.

Il leva les yeux sur l'immeuble qu'il avait devant lui.

Il n'aurait jamais cru que ça irait aussi vite depuis que Josh n'était plus dans les parages. De toute façon, il n'aurait jamais imaginé avoir assez de courage pour se lancer et lui demander officiellement de sortir avec lui.
'Sortir avec lui', ça paraissait tellement cliché mais c'était la vérité. Il ne savait pas vraiment ce qui lui avait prit ce soir là pour le lui demander alors que ce n'était pas la première fois qu'il en avait l'occasion. Peut-être que cette frayeur lors de cette enquête avait finit par lui forcer la main. Béni soit les gilets par balle avait-il pensé sur le moment… Et surtout, béni soit Beckett de lui avoir ordonné d'en enfiler un en sortant de la voiture.

Il avait bien vu les regards qu'elle lui lançait, si au départ ils n'étaient là dans le seul but de le faire craquer, de le tester, comme un jeu entre eux. Il avait rapidement lu entre les lignes. Oui mais voilà, à cette époque il ne pouvait pas encore se lancer : soit il était avec quelqu'un, soit c'était elle… Ou l'excuse qu'on se cherche dans ce genre de situation : ce n'est pas le bon moment. « Ça ne sera jamais le bon moment coco, si tu ne lances pas. » lui avait crié sa conscience, ce soir là…

Il prit une grande inspiration et entra dans l'immeuble.

Qui aurait pu penser qu'un homme comme lui soit aussi timide et peu confiant avec les femmes… 'Les femmes', il s'en fichait, il n'en rêvait et n'en voulait qu'une : Kate Beckett.

Il frissonna et toqua plusieurs fois à la porte…

Il entendit un « j'arrive » lointain accompagné par des bruits de pas se rapprochant de la porte.

Quand elle l'ouvrit c'était comme s'il la voyait pour la première fois. Ce qui n'était pas totalement faux, après tout c'était la première fois qu'il la voyait comme étant sa petite amie mais là…

- « Wow… tu es… »
- « C'est trop simple ? Pas assez chic ? … C'est ? » Demanda-t-elle inquiète face à la bouche ouverte de l'homme qui se tenait sur le pas de sa porte.
- « Non ! C'est… Parfait… Tu es… magnifique. Tu es… toi. »

Il tendit timidement le bouquet de fleur spécialement acheté pour l'occasion. Elle le prit tout en affichant un sourire charmée et des yeux d'amoureuse qu'elle aurait aimé faire disparaitre au fin fond de son âme mais elle n'arrivait pas à se contrôler. Elle n'y arrivait plus, et de toute façon, le voulait-elle vraiment se contrôler et cacher ce qu'elle ressentait pour lui ?

- « T'es pas mal non plus… » Dit-elle comme pour détourner l'attention de l'écrivain qui laissait son regard parcourir sa silhouette.
- « Tu es prête ? »
- « Euh oui, faut juste que… » Elle se retourna rapidement, se saisit à la hâte d'un vase et y mit les fleurs. Au passage elle attrapa son petit sac à main puis elle sortit à son tour sur le pallier dans l'idée de fermer à clé la porte.

Une fois dans le couloir, la proximité de l'écrivain qui n'avait pas vraiment reculé pour lui laisser la place adéquat pour fermer la porte lui procura un frisson qui parcouru toute sa colonne. Il était si proche qu'elle sentit son souffle caresser sensuellement son cou.

Le bruit de la fermeture l'extirpa de ses pensées puis elle se retourna pour se retrouver face à Castle. Il sourit, bien conscient que maintenant, c'était lui qui avait un certain pouvoir sur elle. Le contrôle qu'elle chérissait tant et qu'elle laissait, enfin, filer entre ses doigts. Il passa son bras derrière son cou et tout deux, collés l'un à l'autre, sortirent de l'immeuble.

Elle fut surprise de voir une limousine et non un taxi l'attendre.

- « Une limousine ? »
- « Oui je sais, on avait dit un taxi… Mais je voulais faire de cette soirée quelque chose de spéciale... Alors oui, j'ai loué une limousine. »

Elle sourit voyant qu'il tentait de se justifier.

- « En réalité, j'avais aussi pensé à un hélico mais les places de parking sont bien trop petite alors je me suis rabattu sur la limousine. »
- « Ce n'était pas nécessaire, tu sais… »
- « Je le sais mais j'y tenais. »

Elle fit un mouvement de la tête pour lui montrer qu'elle était charmée par cette idée. En parfait gentleman il lui ouvrit la porte.

- « Tu ne m'as toujours pas dit où nous allons. »
- « Je veux garder la surprise. » Il vit la mine désespérée de sa partenaire. « T'en fais pas, tu vas adorer ! »

Elle espérait qu'il n'avait pas choisi l'un de ces restaurants chics qui rien que l'ambiance met mal à l'aise. Ambiance qu'elle aimait oui de temps en temps, mais pour cette soirée elle voulait, elle priait pour quelque chose de simple et d'intime.

- - -

Après quelques bonnes minutes de route, le véhicule s'arrêta enfin.

- « Nous y voila. » Prévint Castle avec un large sourire.

En sortant de la limousine les yeux de la belle se posèrent instinctivement sur l'enseigne de l'endroit qu'il avait choisit pour leur premier rendez-vous : « The Old Haunt ».

- « Sérieusement, ici ? » Ses mots sonnèrent comme un jugement, elle se reprit rapidement. « Rick, on est vendredi soir, ça va être l'affluence. » Dit-elle déçue, voyant déjà l'ambiance 'intime' se volatiliser.
- « Kate, l'avantage d'être le propriétaire c'est que je peux fermer mon bar quand je veux. Les clients resteront jusqu'à 22h00 ce soir. Brian finira à la même heure. On aura donc le Old Haunt pour nous. »
- « Brian… Brian Elliott ? Tu l'as gardé après avoir racheté le bar ? »
- « Ben ouais. Pas de raisons que je le vire et en embauche un autre, il fait très bien son boulot puis il est sympa. »
- « Voler dans la caisse, ce n'est pas une bonne raison ? »
- « La vie nous pousse tous à faire des choses qu'on n'est pas forcément fier… Et puis je lui ai parlé, je lui ai bien fait comprendre que s'il continuait à se servir dans la caisse, je devrais l'abattre froidement et faire disparaitre son corps. » Dit-il en haussant les épaules comme si cela était normal.
- « Je serais obligée de t'arrêter dans ce cas. » Répondit-elle tout en lui donnant une petite tape sur l'épaule.
- « Tant que c'est toi qui me passe les menottes, je ne suis pas contre… »
- « T'as fini, oui ? »

Il leva légèrement les mains en l'air comme signe de sa reddition puis ils entrèrent finalement dans le Old Haunt se mêlant à la clientèle. Ils saluèrent le barman puis ils entrèrent dans ce qui était autrefois le bureau de feu Donald Hayes. Beckett eu l'agréable surprise de voir une table dressée d'une nappe blanche, des couverts préparés prêt à accueillir un dîner pour deux, une bouteille de vin, des bougies, une ambiance légère rendue grâce à la luminosité des quelques appliques disposés astucieusement sur les murs de la pièce.

- « Rick ! C'est… »
- « Exagéré… Démodé… Trop cliché ? »
- « Non, c'est… »
- « Ringard… » Dit-il déçu.

Elle lui lança un regard noir qui n'eut pas vraiment l'effet escompté.

- « Kate, tu sais que ton regard noir à perdu toute sa puissance maintenant. Mais c'est trognon de te voir le faire malgré tout. »

Il l'a prit par la taille et l'attira vers lui jusqu'à sentir la chaleur de son corps sur le sien. Il glissa ensuite ses mains derrière son dos qu'il caressa doucement. Elle ne se laissa pas prier non plus pour faire de même dans son dos. Il approcha ensuite de son oreille et lui chuchota :

- « Après le dîner, je te montrerai quelque chose… »
- « Quoi donc ? » Demanda-t-elle intriguée.
- « Tu verras. »

Il déposa quelques baisers dans son cou avant de se redresser pour la regarder droit dans les yeux et approcher lentement de ses lèvres.

- « Tu… es… magnifique… Kate. » Marmonna-t-il alors qu'il l'embrassait après chaque mot.

Ils échangèrent ensuite un long baiser avant de prendre place à table. Ils pouvaient encore entendre le léger brouhaha venant du bar, mais rien de déplaisant pour profiter de l'instant présent.

- - -

On approchait des 22h00 quand Brian se décida à demander poliment aux quelques clients qui restaient de bien vouloir quitter les lieux. Certains ronchonnèrent, d'autres comprenaient, après tout, ils avaient été prévenu il y a quelques jours que ça fermerait exceptionnellement ce soir là et à cette heure-ci.

Une fois le dernier client partit, un habitué qui avait été le seul à ne pas comprendre et à se faire désirer pour quitter les lieux, Brian descendit dans le bureau. Ils surprit Castle et Beckett sur le canapé, blottit l'un contre l'autre en train de discuter. Castle avait passé son bras autour de Kate.

- « Monsieur Castle. Les derniers clients sont partis. J'y vais aussi. »
- « Merci Brian. »

Ils le regardèrent remonter par l'échelle et disparaitre. Pour éviter qu'ils soient dans le noir le plus complet, Brian avait laissé allumer une petite lumière au dessus du comptoir.

- « T'avais raison, il est sympa. » Ajouta Beckett.
- « Tu vois. Quand je te le dis. »
- « Au fait. S'il volait dans la caisse c'est parce qu'il avait des problèmes d'argent… »
- « Oui Kate et je l'ai augmenté pour régler ce problème. »
- « Le bar n'est plus en déficit ? »
- « Et non ! J'ai une nouvelle clientèle, la police, les amis du maire, mes amis, les anciens habitués sont restés fidèles… On organise des soirées, comme des anniversaires… Non, franchement ça va. Je n'ai pas à me plaindre. On fait même de beaux bénéfices. »
- « Oh. Tu vas pouvoir t'arrêter d'écrire alors ? »
- « Non, je ne les garde pas. Soit je les place, soit j'en donne à des œuvres de charités, soit je les distribue au personnel à la fin de l'année donc bon. »
- « Le Old Haunt, te rapporte autant que ça ? »

Il fit un grand sourire en la regardant tendrement avant de répondre :

- « Ben disons que je n'ai pas à me plaindre surtout pour un bar qui sombrait quand je l'ai acheté. Avoir des contacts ça aide probablement… On est vraiment obligé de parler business ce soir ? »
- « Et c'est toi qui dit ça ? »
- « Exactement. Quand ça m'arrange. »

Elle sourit à son tour et s'installa plus confortablement à ses côtés. Sa tête était posée sur le torse de l'écrivain, lui posa la sienne sur celle de Kate. Ils se contentaient de profiter de l'instant présent, l'un contre l'autre.

- - -

L'homme déambulait dans la rue, il n'était pas seulement énervé mais il se sentait d'une certaine façon trahi. Le Old Haunt était comme sa maison, son autre chez lui. Lieu dans lequel il pouvait en l'espace de quelques verres oublier sa misérable vie d'alcoolique ponctuée par le chômage et une femme qui passait son temps à lui en vouloir de dépenser le peu d'argent dans l'alcool. Le barman avait osé le foutre à la porte plus tôt que prévu, il pensait qu'avec son statut d'habitué il aurait eu un traitement de faveur… Mais rien. C'est ainsi que ses pas le menèrent irrémédiablement vers le Old Haunt. Il regarda un instant l'enseigne de ce bar, qu'il aimait, briller dans la nuit puis il descendit les marches et s'avança vers la porte…

- - -

L'écrivain et sa muse était toujours sur le canapé à parler de tout et de rien. C'est ce moment que choisit Castle pour se lever du canapé. Kate ronchonna en le maudissant pour ne plus avoir son torse comme oreiller.

- « Il est temps que je te montre ce fameux truc. » Dit-il fièrement en ayant une once d'excitation perceptible dans sa voix.

Il n'eut pas le temps d'ajouter quoique ce soit, qu'ils entendirent du bruit qui provenait du bar. En partant Brian n'avait probablement pas refermé la trappe qui conduisait à la cachette où les deux tourtereaux s'étaient réfugiés. Castle soupira pensant attribuer ce bruit à quelqu'un qui prenait la porte du bar comme un punching-ball.

- « Tu attends quelqu'un ? » Demanda intriguée Kate.
- « Non. Mais c'est surement l'habité dont Brian m'avait parlé. »
- « L'habitué ? »
- « Ouais un type qui se sent chez lui au Old Haunt, il vient tous les soirs depuis quelques mois. Brian a parfois du mal à fermer à cause de lui car il aime s'éterniser. » Ils échangèrent un regard tendre. « Je reviens. »
- « Attends. Je viens avec toi. »
- « Pas la peine, je vais lui dire que c'est 'encore' fermé. Il partira rapidement. »

Ils échangèrent un baiser, un sourire puis il laissa Kate dans ce bureau qu'il avait appelé 'le refuge'. Il gravit l'échelle et réapparu dans le bar pratiquement plongé dans le noir, n'ayant que pour seule lumière les quelques appliques allumés. En voyant ces petites lumières Castle comprit que c'était certainement ça qui avait attiré la personne qui tambourinait à la porte. Pensant que c'était de sa faute, il s'injuria intérieurement d'avoir oublié d'éteindre.

En s'approchant de la porte d'entrée, il vit un homme, le visage collé sur la vitre. Il pouvait voir sa respiration créer de la buer sur la vitre. L'écrivain ouvrit la porte en affichant un immense sourire :

- « Salut l'ami ! J'ai vu de la lumière alors je me suis : va faire un tour dans ton bar préféré ! »
- « Le bar est fermé. Pour la lumière, j'ai juste oublié de l'éteindre. »
- « Ah ok. Mais puisque vous êtes là... Je peux quand même entrer et boire un verre ? »
- « Non monsieur. Le bar est fermé exceptionnellement ce soir, je suis désolé. »

L'homme essaya tout de même de passer, en réponse Castle posa sa main sur le torse de l'homme pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas à entrer.

- « Monsieur. Le bar est fermé ce soir. »

Il leva les bras.

- « Ok, j'ai compris. » Il recula de quelques pas, libérant ainsi la porte. « Pour qui vous vous prenez de fermer le bar comme ça, hein ? »
- « Vous êtes soul, rentrez chez-vous, monsieur. »
- « Ne me dites, surtout pas, ce que je dois faire ! »

L'homme se rapprocha rapidement de Castle et lui agrippa le col violemment…

- - -

Kate explorait en détail le bureau. Une chose retenue toute son attention : Une statuette en bronze de Nikki Heat comme sur la couverture de Heat Wave. Elle se surprit à sourire en la voyant surtout que la première fois quand elle avait vu cette couverture, elle n'avait pas vraiment été enchantée. Étrangement la statue se situait à côté de l'endroit où il y avait le passage secret qu'elle et Castle avaient découvert lors d'une enquête sur le chemin de la prohibition. Elle s'apprêta à toucher la statue, certainement pour assouvir sa curiosité et voir si elle pouvait être déplacée pour ouvrir le passage quand elle entendit un coup de feu.

Instinctivement, elle se rua sur son sac à main à la recherche de son arme. Manque de chance, elle ne l'avait pas prise avec elle. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Elle sortait avec Castle, elle n'allait pas avoir besoin de son glock…

Pour seul objet à sa défense, et malgré le scénario dramatique qui se construisait dans sa tête, elle se saisit d'un coupe-papier trouvé sur le bureau puis elle se dirigea vers l'échelle en priant intérieurement qu'elle avait confondu le bruit d'un coup de feu avec autre chose comme une bouteille qui se brise sur le sol… Elle se sentit stupide de penser à autre chose qu'un coup de feu, elle était flic, elle savait quel genre de bruit c'était. Pourtant, elle ne voulait pas y croire…

Elle posa ses deux mains sur les barreaux de l'échelle et commença à monter. Elle arriva à son tour dans le bar, toutes les lumières étaient éteintes, hormis celle qui éclairait timidement la porte d'entrée. Porte qui était entre-ouverte, elle s'en approcha sans faire de bruit, à la recherche de Castle. Au détour du comptoir elle cru voir des pieds dépasser, elle s'en approcha en serrant de toute ses forces le coupe-papier c'est alors qu'elle sentit une vive douleur dans le dos, puis derrière le cou. Encore une autre douleur, cette fois-ci sur la tête. Elle se retrouva au sol, la vue flouté et la douleur qui accaparait toute son attention.
Elle sentit ses mains lâcher lentement le coupe-papier puis l'abandonner avant de concentrer son attention sur sa tête qui lui faisait un mal de chien. Elle rampa vers le corps qu'elle avait aperçu. Elle vit Castle, le dos appuyé sur le bas du comptoir, il se tenait l'abdomen, le visage cerné par une douleur aussi vive. Il la regardait droit dans les yeux. Il lui disait quelque chose, que pouvait-il lui dire ? Elle n'arrivait pas à discerner ces mots.
Quelque secondes lui fallut pour les comprendre. Elle aurait préférée ne jamais les entendre. Il répétait sans cesse : « Kate, non. Ne fait pas ça… Kate… Je t'en prie… Non… » Pourquoi est-ce qu'il lui disait ça ?

Elle allait perdre connaissance, et elle le savait. Elle sentit quelque chose de froid dans sa main droite, c'était un pistolet… un glock… Pourtant elle n'avait pas son arme avec elle… Elle dirigea ensuite le canon vers Castle…

Pourquoi faisait-elle ça ? Et ce mal de tête était affreux… « Kate… Je t'en prie, ne fait pas ça... Kate… » Il l'a suppliait encore de ne pas presser la détente.

Elle n'avait pas envie de le faire, alors pourquoi elle s'apprêtait à commettre l'irréparable ?

Elle se battait contre elle-même pour éviter à son index d'appuyer sur la gâchette. Elle commença à baisser son arme, elle pensait avoir gagné mais alors qu'elle allait lâcher prise, sa main remonta bien décidée à ne pas l'écouter. Elle sentit son doigt effleurer le métal froid et courbé de la gâchette…

Une lumière aveuglante suivit d'un bruit…

Elle vit le regard accusateur de Rick la fixer, la dévisager comme s'il lui demandait une nouvelle fois ; Pourquoi ?

Puis…

Le trou noir…