Avec un peu de retard et après une dure semaine voila la suite..

Merci aux personnes qui me suivent et à mes reviewveuses ( si ca se dit...) Ca fait toujours plaisir un petit mot surtout quand il vient de supers auteurs comme ça.

Fin de l'épisode précédent : Sherlock fini inconscient juste après avoir appris que ce n'est pas un plan de son frère mais que celui-ci exécute des ordres qu'il aurait reçus... Bonne lecture..

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Sherlock ouvrit les yeux un instant plus tard. Il se trouvait à présent dans un très très long couloir de béton gris mal éclairé. Quelques néons grésillaient au plafond. Il avança, se demandant qui l'avait amené ici et pourquoi.

De larges doubles portes vertes foncées espacées régulièrement ne lui donnaient aucun indice de l'endroit où il pouvait être. Il tenta d'en pousser une puis deux : toutes fermées. Il continua tout droit - comme si il avait eu le choix - et remarqua de la lumière au loin qui venait d'une porte ouverte. Il accéléra le pas, se mit à couvert et lança un regard à travers la pièce.

Mystère résolu, enfin presque. Il savait au moins que ce bâtiment faisait partie d'une caserne ou d'une base militaire. Une formation d'un nombre incalculable d'hommes, plutôt jeunes, droits, le menton relevé, aucune expression sur le visage. Uniforme parfaitement identique mais sans aucun signe de grade apparent. Des bleus. Sûrement en train d'attendre leur passage en revue.

Perdu dans son analyse, il s'appuya un peu trop sur le battant de la porte qui grinça sous son poids. Il s'arrêta de respirer attendant des représailles, une seconde, puis deux.. Trois ? Rien.

Il passa un peu plus la tête dans l'ouverture. Il était réellement visible pour la troupe mais personne ne semblait lui prêter attention. Personne ne voulait lui prêter attention. Est-ce qu'ils respiraient au moins ?

Il était maintenant debout dans l'entrée face à la première rangée et toujours personne ne fit attention à lui. Il ne su dire pourquoi mais il trouva cela limite vexant.

Il s'approcha des militaires et se prit au jeu. Si on ne voulait pas le regarder il allait les forcer à le faire. Il croisa ses mains dans le dos et avança fièrement, inspectant chaque détail comme l'aurait fait leur supérieur. Aucun ne clignait des yeux. Il aurait presque été impressionné.

Puis un soldat, un peu plus petit que les autres retint son attention. Il avait le même air impassible mais quelque chose d'infime le détachait des autres. Un petit blond, chétif, mais l'air terriblement volontaire. Quelques pas au milieu des rangs et il se positionna devant lui. Il avait beau le regarder droit dans les yeux, l'autre ne lui rendait pas son regard. Soit.

Puis il remarqua cette trace sur l'avant de l'épaule, comme un rond de suie, une marque de brûlure. Sans savoir pourquoi il se senti obligé de la faire disparaître. Sûrement pour qu'il ne subisse aucune sanction de la part de son chef. Quand il frotta assez vivement, l'autre ne bougea pas d'un pouce mais il pouvait lire une certaine détresse au fond de ses yeux, sa mâchoire se crisper. Il frotta de plus belle comme si il avait le sentiment que la vie de ce jeune homme en dépendait réellement et finit par voir la tache peu à peu se transformer en simple reste de poussière qu'il épousseta du revers de la main. Il se sentait rassuré, il avait réussi à le protéger. Il réajusta l'uniforme maltraité mais propre, posa ses mains sur les épaules du soldat et lui sourit sincèrement. Le jeune blond, étonné du geste dévia son regard et croisa celui de Sherlock. Il lui sourit tendrement en retour pour le remercier même si il semblait un tant soit peu triste.

Le devoir accompli Sherlock lui passa la main sur le bras en signe d'encouragement à être toujours aussi fort et déterminé. Il pouvait continuer son inspection.

Quelques rangs plus loin il fronça les sourcils d'incompréhension, se retenant de rire. Il accouru presque vers l'homme si familier.

- Mycroft ?!

L'homme ne broncha pas, juste un "Chhhhut" du bout des lèvres.

Sherlock baissa les épaules et la tête comme un enfant qui souhaite se cacher, toujours amusé de voir son frère "déguisé" de la sorte, raide, regardant droit devant lui. Il chuchota en ricanant à moitié, incrédule.

- Mycroft, qu'est-ce que tu fais ici ?

- Vas t'en. Je vais avoir des problèmes.

- Mais qu'est-ce que tu raconte ?

- Chut !

- Allez, arrête tes bêtises, viens avec moi.

L'homme le dévisagea et ne chuchotait plus.

- Mais je ne suis pas là pour toi.

Le visage de Sherlock se décomposa. Son grand frère l'abandonnerait ?

- C'est pas vrai, tu es toujours là pour moi.

- Non pas cette fois, je ne fais qu'exécuter les ordres.

Son sang se glaça. Il tremblait et cela se ressentait dans sa voix même si il voulait rester souriant.

- Mais non... C'est pas vrai.. C'est pas toi ça.. C'est toi qui les donnes les ordres.

- Non Sherlock.. Plus maintenant..

Et l'homme reprit son apparence silencieuse de statue de cire. Impassible. Sherlock recula fébrilement, bousculant un ou deux soldats sur son passage. Il avait l'impression d'être un éléphant dans un magasin de porcelaine, tournant la tête dans tous les sens à s'en donner le tournis. La sortie, il voulait cette sortie. Besoin d'air. Vite.

Arrivé à bout de souffle à la porte, il se tint, avachi, au montant de la porte. Il se retourna une dernière fois avant de se sauver, voulant lancer un dernier appel à son frère qu'il ne retrouvait plus dans cette foule trop bizarrement homogène. Il ne croisa que le regard du petit blond qui se détachait très distinctement du reste du groupe insipide.

Ils restèrent figés à se regarder puis le soldat fit un léger hochement de tête, les lèvres pincées et basses. Il était déçu. Et sans savoir pourquoi, Sherlock en était très affecté. Il devait lui montrer, se battre comme lui pour ce qu'il croyait bon.

Il fit demi tour et chercha son frère qu'il agrippa à la manche de son uniforme et le traîna derrière lui. Il ne pouvait pas le laisser là réduit à un simple homme parmi tant d'autres.

Il était maintenant prêt à sortir, plus léger d'avoir accompli ce qui lui paraissait juste. Un dernier regard au petit soldat qui le salua du geste militaire, heureux. Sur ses lèvres il pu lire "je suis fier de toi" et cela lui redonna un courage d'une intensité qu'il n'aurait jamais soupçonné. Il lui sourit une dernière fois en remerciement et les deux passèrent la grande porte.

Une forte lumière l'aveugla et une fois ses pupilles s'étant adaptées il observa autour de lui. Il vérifia d'abord que son frère le suivait toujours mais celui-ci ne portait plus son uniforme, un simple pantalon beige et un gilet en laine sur une petite chemise à carreaux. Hideux. Derrière lui, la maison de son enfance et en face, un champs à perte de vue de coquelicots qui dansaient au grès du vent d'un rouge si dense qu'ils donnaient l'impression d'être face à une mer de sang.

Une présence à sa droite lui fit tourner la tête.

- Barberousse !

Il s'accroupit et serra le chien contre lui. L'animal remuait la queue joyeusement et reçu de nombreuses caresses.

- Mon chien ! Tu m'as tellement manqué !

Mais les retrouvailles furent de courtes durées. Le chien s'éloigna un peu dans le champs et regarda vers son maître l'incitant à le suivre puis se mit à courir.

- Barberousse ! Mycroft, vient il faut aller le chercher.

Son frère ne bougea pas.

- Tu sais très bien qu'on a pas le droit.

- Mais il faut retrouver mon chien.

Les larmes commençaient à brûler les yeux de Sherlock tant il avait du mal à les retenir. Il avança de quelques pas

- Allez viens avec moi. Ne me laisse pas y aller seul.

- Sherlock, Barberousse est mort. Ne le suis pas. Maman t'as interdit d'aller là bas.. Et moi je ne fais qu'exécuter les ordres.

Il se mit vraiment à pleurer comme un enfant tellement il souffrait. Le soleil l'empêchait de voir correctement devant lui.

- Non! c'est pas vrai ! Tu mens !

Il se mit à courir, courir.. Encore et encore.. Son chien, son meilleur ami..

Derrière lui son frère hurlait de moins en moins distinctement

- Reviens Sherlock.. reviens...

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- Sherlock ? Allez reviens parmi nous.. Bon dieu.. Sherlock !

Une grande respiration lui déchira les poumon et il écarquilla les yeux. L'adrénaline coulait à grands flots dans ses veines. Son corps lourd le faisait horriblement souffrir.

Il ne vit que face à lui le plafond du chalet et John assis à côté de lui, par terre sur les fesses, essoufflé, une seringue vide entre les mains. L'air terrifié.

- Putain Sherlock...

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Quand Sherlock s'était effondré, John s'apprêtait à faire son entrée et annoncer au détective sa présence. Il avait aussitôt accouru en le voyant s'écrouler mollement sur le tapis de l'entrée. Mycroft et lui s'accroupirent pendant qu'un des hommes en uniforme fut chargé d'apporter une partie du matériel médical en urgence.

Un sac fut posé à coté du médecin mais celui-ci était trop occupé à maintenir la tête de Sherlock dont le corps était secoué de convulsions.

L'attitude de Mycroft contrastait avec l'agitation de John. Agenouillé à coté de son frère, il se tenait droit, stoïque, presque résigné à imaginer que c'était là ses derniers instants. Lui savait que cette fois il avait été trop loin, que c'était peut-être déjà trop tard et que l'amener ici n'avait servi à rien. Juste son poing fermé si fort sur cette feuille de papier qui semblait lui être importante trahissait son inquiétude.

- Mycroft ! Vous voulez bien ?..

John s'agaçait de ne recevoir aucune aide et désigna de la tête le sac pour l'inciter à bouger.

Mycroft déballa les affaires jusqu'à avoir le défibrillateur dans les mains. Il parla calmement pendant que le médecin se débâtait avec le corps désarticulé de Sherlock.

- Vous croyez qu'on en aura besoin ?

- Je préfère pas y penser ! Mais si vous voulez bien vous activer !

John ne se rendait même pas compte qu'il hurlait. Les minutes semblaient s'écouler comme des heures jusqu'à ce que Sherlock se calme enfin. Il pu enfin écouter son cœur quand Mycroft lui tendit son stéthoscope. Le silence avait gagné toute la pièce jusqu'à ce que John reprenne la parole, affolé.

- On est en train de le perdre ! Sherlock !

- Il... Il..

- Non il respire encore, mais son pouls est de plus en plus faible. Sherlock ! Reste avec nous ! Allez !

Il prit alors une décision à double tranchant. Ou il le sauvait, ou il le tuerait.

- Mycroft ! La boite rouge !

L'aîné s'exécuta et le regarda sortir de l 'étui une des trois seringues prêtes à l'emploi. John s'arrêta juste avant de piquer son bras, c'était le pire dilemme auquel il fut confronté depuis longtemps. Une chance sur deux que ça marche. Il prit une grande inspiration, enfonça l'aiguille et déversa lentement le liquide.

- Sherlock ? Allez reviens parmi nous.. Bon dieu.. Sherlock !

A ces mots, le détective reprit sa respiration comme si il venait de sortir de l'eau puis ouvrit les yeux en grand vers John qui, soulagé de le voir vivant et conscient, s'était laissé tombé assis par terre.

- Putain Sherlock...

- John...

L'interpellé se rapprocha pour mieux se trouver dans son champs de vision alors que Mycroft, le teint livide, se reculait, bien plus affecté d'avoir vu son petit frère presque mourir qu'il ne voudrait jamais l'admettre.

- Chut, calme-toi, tu es en sécurité.

La voix rassurante de John lui permit de fermer les yeux. S'accrocher à cette voix pour essayer d'oublier l'horrible souffrance, oublier tout.

Même oublier quand les hommes de mains de Mycroft le transportèrent jusqu'à la chambre médicalisée, oublier que John et son frère avaient eu une discussion plutôt houleuse à son sujet.

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- Il faut que vous voyez ça.

Mycroft tendit la feuille qu'il gardait en main depuis le début. John fronça les sourcils en y voyant le contenu. Il avait peur de comprendre.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Ce qu'il a pris.

- Ce dernier mois ? C'est pas possible !

Sa question avait été évidement ironique car la colère de John commençait à monter. Y avait-il que lui qui était normal ?

Mycroft restait silencieux.

- Mais comment en est-il arrivé là ?

- Vous vous en doutiez puisqu'on est ici.

Il monta le ton et le pointa du doigt.

- Non je ne me doutais pas à ce point ! Et depuis quand il vous donne ces infos ?

- A chaque fois. Il est obligé, c'est un deal entre nous.

Il se mit alors à hurler.

- Vous êtes tout les deux des grands malades ! Allez-vous en !

- Je repasserais demain pour voir si tout va bien. Faites-moi une liste si vous avez besoin de quelque chose.

- Dehors ! Tout le monde dehors !