Un grand merci à filament-de-lune, Sweetylove30 (content de revenir), Enjoy (merci pour ta fidélité, content que tu apprécies) et janeetteresa pour vos commentaires.

Si vous ne m'avez pas détesté avec le premier chapitre, me haïrez-vous peut-être avec le second?

Je voudrais bien vous rassurer pour la suite (n'est-ce pas filament-de-lune?) mais je ne voudrais rien gâcher... il faudra patienter en sachant que l'acharnement à quand même ses limites XD

J'essaie de rester logique... Foi de Vulcain (rien à voir avec le mentaliste...)!

Enjoy!


Il devait être 9h30 quand Madeleine Hightower passa la tête dans le bureau de Lisbon.

- Lisbon, vous pouvez venir dans mon bureau avec votre équipe… s'il vous plaît ?

Elle ne laissa pas le loisir à Lisbon de répondre. Le « s'il vous plaît » n'était que décoration, politesse de façade. Cela aussi commençait à lui peser.

Peut-être avait-elle juste besoin de vacances, partir, seule, pour faire le point.

Puerto Valarta. Le soleil, même si sa peau le supportait mal, le farniente, le…

- Il parait qu'on est convoqué chez Hightower ?

Jane avait passé ses boucles blondes par la porte entrouverte.

- Oui… on y va tous… Souffla Lisbon.

- Tout va bien ? Demanda-t-il avec une pointe d'inquiétude. Tu sembles ailleurs…

Lisbon avait commencé à prendre un carnet et un stylo au cas ou il faille prendre des notes. Elle ne regardait pas Jane.

- Non… ça va… un peu crevée… c'est tout…

Le mentaliste était entré et avait refermé la porte derrière lui. Il s'approcha d'elle et tenta de planter ses yeux dans ceux de sa compagne.

- Je te connais… ça ne va pas… Térésa… Tu peux me regarder ?

Elle essaya d'éluder la question en le débordant par la gauche. Il fit un pas de côté pour la bloquer.

- Térésa, tu as bu ?

Une bouffée de colère prit Lisbon à la gorge. Elle leva ses yeux vers Jane. Il vit bien qu'ils avaient un je-ne-sais-quoi de vitreux

- Oui, j'ai bu… un verre… Et alors ?

- Térésa… laissa-t-il filer

- Tu veux me faire la leçon, « Mister perfect » ?

- Pourquoi tu fais ça ?

Elle réprima un sanglot. Sa gorge commençait à se nouer. Etait-elle vraiment prête à le perdre ? Etait-elle vraiment sûre des mots qui voulaient s'échapper de ses lèvres ?

Elle battit en retraite.

- Pas ici, Patrick… pas maintenant… on a du boulot…

Elle força le passage jusqu'à la sortie et se dirigea vers le bureau de Hightower en sonnant le rassemblement du reste de l'équipe.

Jane resta un instant silencieux puis il se pencha sur un des tiroirs du bureau de Lisbon. Une bouteille de téquila attendait là. A moitié vide.

Hier, elle était pleine, remarqua-t-il.

.

Madeleine Hightower regarda toute l'équipe devant elle. Une certaine tension envahissait la pièce.

- Lisbon ? Je regarde votre équipe, je vous regarde vous et je me dis qu'il y a quelque chose qui ne va pas…

- Comment cela, madame ?

- Regardez par vous-même… Allez-y… fit Hightower accompagnant ses paroles d'un geste invitant Lisbon à se tourner vers ses collègues.

Lisbon savait très bien ce qu'elle allait voir. Elle connaissait le spectacle que son équipe donnait depuis quelques semaines.

Cho avait l'air exténué, Rigsby et Van Pelt, s'ils l'avaient pu, se seraient tournés le dos l'un l'autre, quant Jane, il restait comme à son habitude en retrait.

- Lisbon… Mademoiselle, messieurs… qu'est-ce qu'il se passe ? Cho ? Par exemple… J'ai entendu parler de vos frasques en pleine nuit… vous vous prenez pour un vigilante maintenant ?

Cho fit un pas en avant.

- Non, madame… il s'avère que, ayant des insomnies, je me trouve parfois au mauvais endroit, au mauvais moment. En ma qualité de représentant de l'ord…

Hightower leva la main.

- Je connais le tremblement, Cho… épargnez-moi la langue de bois… moi, je dis que vous avez besoin d'un bon coup de pied au cul…

- Sauf votre respect madame… commença l'agent.

- « Sauf mon respect », agent Cho, arrêtez ces foutaises… vous avez besoin d'aide… ce n'est pas seulement une éventualité… C'est un ordre… Si vous souhaitez continuer dans cette équipe…

A la surprise générale, Cho ne laissa pas finir Hightower. Il sortit son insigne et son arme qu'il déposa sur le bureau.

- Il faut croire que je n'y tiens pas, alors… Considérez cela comme ma démission…

Et il sortit en silence. Personne ne dit quoi que se soit. Ils s'attendaient tous à cela depuis longtemps. Personne ne bougea.

Hightower resta silencieuse puis elle prit tout ce qu'avait laissé Cho puis le glissa dans un de ses tiroirs. Elle leva ses yeux sur Lisbon et le reste de l'équipe.

- Il a quand même besoin d'aide… D'autres clients à la démission ?

Rigsby et Van Pelt firent un pas en avant. Ils furent surpris par l'élan commun de la démarche. Lisbon secoua légèrement la tête. S'en était fini de son équipe. Ils n'avaient même pas eu besoin de « l'affaire de trop ».

Rigsby fit un signe de la tête à Van Pelt lui signalant qu'elle pouvait parler la première.

- Madame, dit-elle, je demande ma mutation. Vous n'êtes pas sans savoir que l'agent Rigsby et moi-même avons entretenus une relation intime et…

Hightower semblait aimer couper la parole aux gens. Histoire de montrer qui était le chef.

- Ca va, ça va… j'ai compris… Agent Rigsby ? Même chose, j'imagine ?

- Oui, madame…

Lisbon eut un pincement au cœur. Elle savait pourtant qu'ils se dirigeaient tous vers cette issue. Etrangement, il n'y avait rien de libérateur à ce que le groupe se délite. Comme ces relations amoureuses dans lesquelles on ne supporte plus une personne mais sans qui, n'empêche, on ne peut pas vivre non plus. Elle n'avait pas le courage de parler. Une fatigue immense lui était tombée sur les épaules. Jane, lui, ne disait rien.

Hightower hocha la tête.

- Bien… Je vais y réfléchir… Vous pouvez disposer…

Elle fit signe aux deux jeunes agents de la laisser. Ils sortirent à leur tour. Elle regarda Jane qui s'était assis sur le canapé en face de son bureau.

- Et vous ?

Il haussa les épaules.

- Bah… moi, je reste… Je me plais ici…

Hightower reclassa un dossier ou deux et prit un stylo avec lequel elle joua quelques secondes, cherchant ses mots.

- Vous savez que le Gouverneur a changé le mois dernier, n'est-ce pas ? La nouvelle équipe veut donner un coup de balai dans l'administration. Le CBI est aussi dans le collimateur…

Lisbon réagit tout à coup, lasse.

- Vous voulez dire que l'accord avec Jane est caduc ?

Le mentaliste se redressa légèrement.

Ce qui avait commencé comme un engagement forcé (1) s'était transformé en un emploi à temps plein et il y avait découvert un plaisir insoupçonné. Le CBI était devenu une sorte de seconde famille. Il y avait découvert un endroit où ses capacités servaient réellement la collectivité. C'est ce que Lisbon avait fini par lui inculquer.

Lisbon, le nouvel amour de sa vie. Ils traversaient une phase difficile de leur relation. Après les premiers mois idylliques, ils devaient maintenant passer à la phase d'ajustement, celle qui passait par les concessions faites à l'autre. L'un comme l'autre étaient des personnes plutôt… quel terme utiliser ? « entières », et le mot « concession » n'était pas vraiment dans leur vocabulaire. Puis Rita était morte. Il se devait d'être présent pour Cho. Pour lui éviter de craquer comme lui avait jadis craqué. Un autre rôle difficile à conjuguer avec une relation toute fraîche. Il savait que Lisbon doutait d'elle, d'eux et surtout de lui.

La voix de Hightower le ramena à la réalité.

- Caduc ? Non… enfin, pas encore. Il ne faut pas douter que le nouveau Gouverneur cherchera à se démarquer de son prédécesseur, et Jane est un symbole assez fort…

- Mais, madame… qu'on aime ou pas ses méthodes, c'est grâce à lui que nous avons élucidé un grand nombre d'affaires…

- Je sais, je sais, agent Lisbon… - Elle se tourna alors plus particulièrement vers Jane -. Patrick, nous avons souvent eu des conflits mais je sais reconnaître la droiture et le talent quand je les vois et je peux vous dire que vous êtes un très bon élément, d'un apport incommensurable pour le CBI, et que je regrette que vous ne soyez pas un policier. On ne devrait pas à vous virer… C'est ce que je dirais si on me le demande…

Jane sourit, moins à cause des flatteries de Hightower, bien qu'il sente une vraie honnêteté dans le ton de sa super-supérieure, mais plutôt par l'ironie de ses paroles.

- Madeleine, vous savez très bien que si j'étais policier, je ne pourrais pas être aussi performant… C'est parce que je n'ai pas à suivre toutes vos règles que je suis utile… Alors ? Quand est-ce que je finis ?

Hightower regarda un calendrier qui se trouvait épinglé au mur.

- Il n'y a rien d'officiel… mais selon mes estimations… pfff… Ca devrait être rapide… on devrait être fixés d'ici quelques jours, peut-être moins. Mais je ne vous cache pas que je suis pessimiste… Si vous voulez mon avis… Commencez à faire vos cartons…

Jane s'était levé. Il donna un petit coup de coude à Lisbon en souriant.

- Tu vois Térésa… je t'avais bien dit que ce n'était pas nécessaire que j'aie un bureau à moi…

Lisbon était assommée.

En moins de cinq minutes, toutes ces années de travail collectif, de « grand-huit » émotionnel s'écroulaient. Elle aurait du rester au lit ce matin.

Elle fut tirée par la manche vers la sortie. Elle et Jane s'apprêtaient à passer la porte lorsque Hightower ajouta.

- Je suis désolée que cela doive finir comme ça Lisbon… Votre équipe était sensationnelle… Mais ne lâchez pas la barre, vous avez encore du travail… peut-être une ou deux enquêtes encore… Et faites-moi une faveur…

Lisbon répondit comme dans un rêve. Elle se voyait de l'extérieur, un peu comme en spectatrice de sa perte.

- Je… oui ?

- Essayez de ramener Cho à la raison… Il n'y a rien de bon pour lui, là dehors… nous, nous pouvons l'aider…

- Oui, madame…

- Lisbon ? Je suis profondément désolée que cela prenne cette voie… Nous tâcherons de vous trouver une nouvelle équipe digne de celle-ci…

Lisbon la regarda et sourit légèrement. Sa voix était un simple filet.

- Je ne crois pas que cela sera possible, madame…

Elle sortit accompagnée de Jane.

Lorsqu'ils furent dans le couloir, Jane la surprit en la prenant bras-dessus, bras-dessous. Eux qui, bien que cela ne soit un secret pour personne, étaient restés discrets sur leur relation.

- Ce n'est finalement pas si grave que ça…

Elle était fatiguée. Elle détestait maintenant quand Jane jouait les optimistes forcenés.

- Et qu'est-ce qu'il te faut ? L'équipe vient juste d'exploser en vol… Et le pire ? Tu veux savoir quoi ?

- C'est qu'on est tous censés travailler ensemble pendant encore quelques jours ?

Elle retira son bras d'un geste brusque.

- Tu m'énerve Patrick !

Et elle le laissa planté là, au milieu du couloir, avant de s'enfermer à clé dans son bureau.

Elle fila directement vers le tiroir où se trouvait sa bouteille de téquila, elle prit une gorgée au goulot, sans prendre la peine de remplir le verre.

Elle regarda le tremblement de ses mains disparaître petit à petit, jusqu'à retrouver une main ferme et stable.

Il était 10h00 du matin.


(1) Cf. If I can make it there