Après le prologue, voici le premier chapitre ! J'espère qu'il vous plaira !

Bien évidemment, je ne suis pas la créatrice originale de Miraculous Ladybug, qui appartient à Thomas Astruc et Zagtoon.

Merci à Google street view pour m'avoir fourni de nombreuses infos sur les environs de la Tour Eiffel. x)

Bonne lecture !


Chapitre 1

Encore Chloé ! Marinette s'en voulait de ne pas être intervenue, même si elle n'en aurait sans doute pas eu le temps. Pour avoir un peu de répit, il aurait fallu envoyer cette peste sur une île déserte pendant quelques semaines…

Marinette se lança à la poursuite de Charlotte dans l'espoir d'empêcher son akumatisation. Rien ne laissait présager que celle-ci arriverait (après tout, des milliers de citoyens se remettaient de leurs émotions négatives tous les jours sans passer par la case « akumatisation »), mais l'adolescente avait un mauvais pressentiment, comme si l'œil du Papillon s'était encore une fois posé sur le lycée.

Personne ne la retint ni ne la suivit, heureusement d'ailleurs : elle pourrait au moins se transformer en cas de besoin sans avoir à fournir d'explication.

Elle se retrouva seule dans les couloirs, sans la moindre idée de la direction dans laquelle était partie Charlotte. Vestiaire, toilettes, salle de classe, préau ?

Tikki sortit de la poche de son short, l'air intrigué. Cachée comme elle l'était, elle n'avait probablement ni vu ni entendu l'altercation dans la salle de sport.

« Qu'est-ce qui se passe ? On dirait que tu as croisé un akuma !

- Pas encore, Tikki, mais j'ai peur que ce soit bientôt le cas si on se dépêche pas. »

Marinette prit au hasard le couloir de droite, au bout duquel la baie vitrée lui permettrait de voir le préau. Tikki s'était à nouveau cachée dans sa poche, mais observait tout ce qui se passait autour. Il n'y avait absolument personne dans les couloirs, et seul le bruit de ses pas et des battements de son cœur brisait le silence des couloirs.

« Où est-ce qu'elle a pu aller ? »

Son kwami n'eut pas le temps de répondre : elles entendirent toutes les deux une vitre se casser au bout du couloir opposé.

L'adolescente n'hésita pas une seule seconde et se précipita dans cette direction, sans prêter attention à l'alarme qui s'était déclenchée . Son cœur se serra lorsqu'elle ouvrit la porte et n'y découvrit que des cabines complètement détruites, et un sol jonché d'éclats de verre. Elle arrivait trop tard…

Marinette ne pouvait plus rien faire, c'était au tour de Ladybug de prendre le relais.

« Tikki, transforme-moi ! »

xxx

Adrien voulut se précipiter à la suite de Charlotte, mais Nino l'en empêcha.

« Mec, laisse Marinette y aller seule, elle sait comment s'y prendre. On verra comment elle va après le cours. »

Le climat dans la salle de sport était toujours aussi tendu, même si le prof de sport avait demandé à tout le monde de reprendre les parties. Personne n'y mettait vraiment le cœur, mais tout le monde voulait éviter les foudres de M. Bryant après celles de Chloé. Cette dernière ignorait tous les regards qu'on lui portait d'un air suffisant et continuait de jouer comme si tout était parfaitement normal.

« Je m'inquiète un peu, c'est tout. Je préférerais aller voir si tout va bien. »

Adrien ne pouvait dévoiler à son meilleur pote la vraie raison de son inquiétude : la situation ressemblait terriblement aux prémisses d'une akumatisation et il craignait que Marinette ne se retrouvât face à un supervilain. Comme Ladybug pouvait être n'importe où en ville et risquait d'arriver trop tard, il n'y avait que lui qui pouvait intervenir à temps.

Un bruit de verre brisé fut la diversion parfaite pour qu'il pût s'enfuir. L'alarme du lycée s'enclencha quelques secondes plus tard, mettant fin à toutes les parties. Le prof se mit à siffler (comme si les sirènes ne suffisaient pas), et tentait de rassembler ses élèves pour les faire sortir par l'issue de secours, celle qui menait au préau. Adrien s'éclipsa alors par la porte principale, et prit tout de suite la direction du bruit. Il ne voyait Marinette nulle-part, ce qui l'inquiéta. Il croisait les doigts qu'elle se fût enfuie au moment où elle avait entendu les sirènes. Rien ne confirmait encore la présence d'un akuma, mais il avait un mauvais pressentiment.

Il se retrouva alors devant les toilettes des filles. Malgré l'urgence de la situation, il n'osait pas ouvrir la porte.

« Tu vas faire quoi, maintenant ? »

Plagg était sorti de sa poche et l'observait avec intérêt. Adrien était trop timide pour pousser cette porte, mais heureusement, son alter ego était moins scrupuleux.

« Plagg, transforme-moi ! »

xxx

Ladybug examina les toilettes détruites d'un rapide coup d'œil, même s'il était évident que la version akumatisée de Charlotte s'était enfuie par la fenêtre. Il ne restait plus qu'à essayer de l'attraper avant qu'elle ne pût causer trop de dégâts.

Marinette regrettait de ne pas avoir passé plus de temps avec l'Américaine, dont elle aurait peut-être pu prévenir l'akumatisation. Au lieu de cela, elle avait plutôt gardé ses distances de peur de la déranger. Quelle excellente idée ! Elle avait envie de se gifler pour cette erreur à ce moment-là.

Après un long soupir, Ladybug grimpa sur le bord de la fenêtre et essaya de repérer son adversaire. La tâche s'avéra plus difficile que prévu : impossible de la repérer ou de deviner la direction dans laquelle elle était partie, et l'absence d'alerte-akuma privait Ladybug de tout indice. Seule bonne nouvelle : s'il n'y avait pas eu d'alarme, cela voulait dire qu'il n'y avait pas encore eu de victime.

Sans autre indice, l'héroïne se lança dans une course effrénée en direction de la Tour Eiffel : pour une raison inconnue, les akumas étaient particulièrement attirés par ce monument. Au moins, tant qu'ils se trouvaient là-bas, ils ne causaient qu'un minimum de dégâts, car la zone était aussi facile à évacuer qu'à surveiller. Si elle y arrivait à temps, elle pourrait surprendre Charlotte.

Ladybug s'arrêta pourtant à mi-chemin sur le toit d'une maison. Les derniers akumas avaient été plus forts et plus intelligents que les précédents, et elle ne pouvait plus se permettre de foncer tête baissée sans savoir exactement à qui elle avait à faire.

Pendant qu'elle observait les alentours à la recherche du moindre signe suspect, elle parcourut tous les scénarios possibles : les akumas s'attaquaient en général à des civils, de préférence à ceux qui leur avaient fait du tort. Pourtant, Charlotte n'était pas revenue pour s'attaquer à Chloé. Avait-elle une autre cible en tête ? Probablement pas, elle ne connaissait pas beaucoup de monde en ville. Tout portait alors à croire qu'elle s'attaquerait à des pestes comme Chloé Bourgeois. Et de ça, Paris en regorgeait…

Ladybug était coincée, elle ne pouvait rien faire tant que l'akuma ne se manifestait pas. Elle s'accroupit derrière une cheminée et sortit son yo-yo pour appeler Chat Noir.

Pas de réponse. Il n'était probablement même pas au courant de l'akumatisation… Dépitée, elle raccrocha.

Elle ne pouvait rien faire, sinon rester sur ses gardes. Hawkmoth cherchait peut-être à leur faire fouiller tout Paris avant de les attaquer au moment où ils seraient fatigués. Elle refusait de lui donner ce type de satisfaction.

Après avoir jeté un dernier coup d'œil aux alentours, elle s'installa plus confortablement contre la cheminée de briques et consulta à nouveau son yo-yo, cette fois-ci pour passer en revue toutes les webcams publiques stationnées dans les rues de Paris, à la recherche de tout signe suspect.

Rien près de l'Arc de Triomphe. Tout paraissait en ordre devant le Musée d'Orsay. Rien à signaler au Louvre. Aucune trace de danger aux Champs-Élysées.

Trop obnubilée par sa recherche, Ladybug ne remarqua pas l'ombre qui se profilait au-dessus d'elle…

Deux mains l'attrapèrent alors violemment par les épaules. Ladybug en lâcha presque son yo-yo, mais se ressaisit vite. Elle fit une roulade en avant, se retourna, prête à riposter, et se retrouva nez-à-nez avec un Chat Noir qui l'observait d'un air satisfait, fier de son coup. Ses yeux verts brillaient de malice et empêchèrent Ladybug de se mettre véritablement en colère contre lui. Elle était bien trop soulagée de l'avoir à ses côtés dans cette situation incertaine.

« Chat, c'est pas le moment, se contenta-t-elle de marmonner en lui donnant une légère pichenette sur l'épaule.

- Oui, moi aussi je suis content de te voir, Buginette, répliqua-t-il en lui prenant la main pour y déposer un baiser. Je me suis dit que t'avais besoin de moi. Tu as vu passer un akuma ? »

Elle lui résuma brièvement la situation, en modifiant toutefois quelques détails qui auraient pu en dire trop sur sa véritable identité : quelqu'un l'avait appelée pour dire qu'une fille dans son lycée avait disparu, et qu'il y avait de fortes chances qu'il s'agisse d'une akumatisation. À la fin de son récit, Chat parut pourtant plus perturbé que d'ordinaire.

« Cette fille qui t'a appelée, tu la connais ? demanda-t-il timidement.

- Non, enfin, pas vraiment. Peut-être, oui, mais j'ai pas reconnu sa voix. En tout cas, elle m'a dit qu'elle avait suivi cette fille, mais qu'elle avait disparu, » bégaya Ladybug d'une voix qu'elle voulait assurée.

La question l'avait prise au dépourvu : son partenaire la connaissait depuis trois ans déjà, avait-il appris à reconnaître ses mensonges ? Elle n'aimait pas lui mentir, mais c'était un mal nécessaire s'ils voulaient tous les deux garder leur anonymat.

Chat parut soulagé et ne posa pas d'autres questions à ce sujet. Il s'accroupit là où s'était trouvée Ladybug quelque instants plus tôt et tapota les tuiles à côté de lui, l'incitant à faire de même. Elle ressortit alors son yo-yo, vint s'asseoir à côté de son partenaire et tous les deux reprirent l'observation des webcams.

Ils passèrent en revue les mêmes endroits que Ladybug précédemment, mais cette fois-ci, quelque chose avait changé : des flashes blancs interrompaient parfois les transmissions au Champ de Mars. Après chaque flash, ils voyaient des passants paniqués prendre la fuite par les différents chemins du parc. Le son n'était pas retranscrit, mais il ne faisait aucune doute qu'ils appelaient à l'aide.

Les jambes de Ladybug la démangeaient, elle ne pouvait rester là à regarder des vidéos sans intervenir. Mais ils devaient d'abord localiser leur adversaire, pour pouvoir l'arrêter efficacement. Chat semblait avoir perçu son mal-être, et posa une main rassurante sur son épaule.

Charlotte n'apparaissait sur aucune des captures, mais elle devait forcément se trouver dans les parages. Les akumas n'étaient pas connus pour leurs goûts vestimentaires discrets, on les repérait toujours facilement. À croire que le Papillon était passionné de mode…

« Là ! J'ai vu quelqu'un de bizarre ! »

Chat Noir avait repéré quelque chose. Il glissa une de ses griffes sur l'écran pour revenir quelques secondes en arrière. Les deux virent alors une personne déambuler sans but près du théâtre, alors que tous les autres avaient fui depuis longtemps. La qualité de l'image et la taille de l'écran ne permettaient pas de voir si elle était blessée, mais son comportement de zombie suffisait à dire que quelque chose clochait.

« Encore un cas de Zombizou ? suggéra Ladybug.

- Je pense pas, elle a pas l'air agressive. On dirait qu'elle est juste…perdue. Il y en a peut-être d'autres dans le parc, tu peux vérifier ? »

Elle s'exécuta. Et Chat Noir avait raison ! En y regardant de plus près, d'autres silhouettes déambulaient sur les sentiers du Champ de Mars, ou étaient assises au pied des arbres sans bouger, complètement indifférents au vent de panique qui avait traversé ces lieux. Les deux héros en comptèrent sept, même s'il pouvait y en avoir plus. Malheureusement, ils manquaient de caméras, et le seul moyen de le savoir était de vérifier par eux-mêmes…

Chat était parvenu à la même conclusion en même temps. Il se leva, et s'étira longuement.

« Il faut qu'on y aille, on peut plus se permettre d'attendre. On verra sur place. »

Ladybug leva les yeux vers lui. Elle savait qu'il avait raison, mais la situation ne lui plaisait pas pour autant : ils pouvaient tout aussi bien se retrouver désarmés face à une sorcière volante ou qu'à un hypnotiseuse maudite. Elle se jura de protéger Chat Noir coûte que coûte face à cette ennemie inconnue : lors des dernières attaques, il avait failli être gravement blessé à plusieurs reprises après avoir foncé dans le tas sans réfléchir.

Elle se leva à son tour.

« Tu as raison, on doit y aller. Mais attends ! Ajouta-t-elle quand il se retournait pour partir.

- Oui, ma Lady ?

- Pas de risques inutiles, d'accord ? »

Il lui répondit par un simple sourire rassurant, qui provoquait toujours un pincement dans le cœur de Ladybug. Elle s'était tant attachée à lui après trois ans de partenariat. Peut-être trop…

Il déploya son bâton, elle lança son yo-yo, et les deux se lancèrent dans le vide, à la rescousse de Paris.

Ils atteignirent le Champ de Mars en une minute et trente deux secondes. Des voitures de police avaient déjà encerclé tout le périmètre, des policiers bloquaient les entrées du parc et l'espace autour de la Tour Eiffel, des ambulanciers s'occupaient des personnes qui avaient fui, et des curieux s'étaient attroupés autour des barrières de sécurité.

Les deux héros atterrirent aussi près que possible de la zone sécurisée, et se frayèrent un chemin dans la foule de passants, qui s'écartaient de leur chemin dès qu'ils les reconnaissaient. Ladybug entendit tout de suite le changement d'ambiance dû à leur arrivée : les murmures inquiets et paniqués se transformèrent en « Ils sont là, tout va rentrer dans l'ordre ! » enthousiastes. Elle croisa le regard de quelques personnes, sourit à d'autres, fit des signes de main. Derrière elle, Chat échangeait même quelques jeux de mots avec des Parisiens. Elle ne doutait pas qu'il lançait aussi des clins d'œil enjôleurs à ses groupies, dont elle entendait les soupirs. Leur notoriété s'était considérablement accrue au cours des derniers mois.

Trop obnubilée par la foule, Ladybug ne faisait plus attention à où elle allait… jusqu'à ce qu'elle se cognât contre quelque chose de mou. Elle leva les yeux vers l'obstacle qui lui avait si sournoisement barré la route, et se retrouva nez-à-nez avec Roger Raincomprix. Il ne lui fit heureusement aucune remarque, et se contenta de leur faire un compte-rendu de la situation : depuis sa propre akumatisation, il se montrait beaucoup moins hostile envers eux.

« J'aime pas dire ça, mais je vais devoir vous laisser faire. Personne sait vraiment ce qui se passe là-dedans, y'a eu des flashes lumineux pas nets, ça a touché des gens, mais on en sait pas plus. Nous, on surveille tout dehors, pour que vous puissiez faire votre boulot dedans.

- En gros, on agit à l'intérieur et ça se voit à l'extérieur ? »

Chat avait le chic pour trouver des blagues en toute circonstance. Ladybug leva les yeux au ciel, l'agent Raincomprix ne broncha pas. Il s'écarta pour les laisser passer.

Seul un ruban de signalisation les séparait de la zone inconnue à présent. La Tour Eiffel se dressait à quelques mètres de là, plus menaçante que jamais. Le parc d'ordinaire fastueux et animé avait pris des allures de forêt hantée. Rien n'y bougeait, mis à part les feuilles agitées par une légère brise. Ladybug se retourna pour vérifier que Chat la suivait toujours, et après une longue inspiration, s'aventura sous la cime des arbres.

C'était comme si la température avait chuté, et Marinette frissonna sous son masque. De froid, de peur, des deux ? Elle n'aurait su le dire. Juste à côté d'elle, Chat s'était rapproché, au point que leurs mains s'effleuraient parfois. Avait-il peur lui aussi ?

Ils ne croisèrent d'abord rien de suspect. Mis à part l'absence de civils, tout paraissait normal. Les arbres leur offraient un peu de protection, mais une fois sur l'avenue centrale, ils avanceraient à découvert. Ladybug espérait repérer Charlotte avant d'en arriver là.

Soudain, Chat tendit son bras devant elle, en lui faisait signe de se taire. Elle suivit son regard, et aperçut alors une silhouette assise par terre, à quelques mètres devant eux. Il s'agissait d'une adolescente, un tout petit peu plus jeune qu'eux, vêtue d'un uniforme de collège privé bleu marine. Ses bras étaient crispés autour de ses genoux, entre lesquels elle avait caché son visage. Tout son corps se balançait d'avant en arrière.

Victime ou piège ? Ladybug et Chat Noir échangèrent un regard intrigué. Ce dernier déploya son bâton, et fit un signe de tête à sa partenaire. Leur complicité leur permettait de se passer de mots.

Pendant que Chat Noir restait en garde, prêt à intervenir au moindre signe d'agressivité, la super-héroïne s'accroupit et avança prudemment vers la jeune fille, comme si elle avait affaire à un animal blessé. Lorsqu'elle ne fut plus qu'à un mètre d'elle, elle s'arrêta.

« Hé, tout va bien, on est là, » murmura-t-elle de la voix la plus douce possible, pour ne pas l'effrayer.

La fille leva la tête vers elle. Sa frange blonde dissimulait une grande partie de son visage, mais ses yeux rouges et ses larmes noires de mascara étaient frappants. Elle ne lui répondit pas.

Ladybug avança encore de quelques centimètres.

« Personne te fera du mal, on va te faire sortir d'ici. »

À nouveau, aucune réponse, juste de grands yeux rouges larmoyants et une expression perdue.

Ce type de réaction était aussi étrange que suspect. D'ordinaire, la simple vision des deux super-héros suffisait à calmer les victimes des akumas, parfois même à leur redonner un semblant de sourire. Mais là, rien. Elle ne paraissait même pas les reconnaître. Ladybug tenta une autre stratégie pour la faire parler.

« Comment tu t'appelles ? »

L'adolescente la regarda longuement, comme si elle réfléchissait, avant d'écarquiller les yeux.

« Je… je sais pas. Je me souviens plus. Je... je sais plus rien. »

Ladybug se figea. Voilà ce qui avait affecté toutes les personnes qu'ils avaient vu déambuler dans le parc : une amnésie puissante qui les transformait en pantins complètement désorientés.

Elle se retourna vers Chat, qui montait toujours la garde. Elle voulait lui dire de rester prudent et de ne surtout pas se faire toucher, sous peine d'oublier même son prénom. Elle n'en eut pas le temps, car une série d'éclairs vint les aveugler tous les trois. Ladybug dut se cacher les yeux tout en essayant de revenir vers Chat Noir à tâtons.

Malgré les crépitements incessants des flashes, elle put entendre Charlotte rire autour d'eux.

« Well, well, well, look who we've got here… Nice to meet you, you can call me Amnesia. »

Elle était impossible à localiser, Ladybug avait l'impression qu'elle leur tournait autour, tel un prédateur prêt à bondir sur sa proie. Ses flashes ne semblaient avoir aucun effet sur la mémoire, mais elle avait sûrement d'autres moyens d'y parvenir, comme des lasers, des champs de force ou simplement le toucher de ses mains.

Le cœur de Ladybug faillit s'arrêter quand quelque chose lui attrapa le bras et la tira en avant. Elle reconnut cependant vite Chat Noir, qui avait réussi à la retrouver à l'aveugle. Il l'entraîna à sa suite sans avoir l'air de se soucier de la direction. Peu importe où ils allaient, ils devaient se mettre à l'abri le temps de trouver un moyen de riposter.

« I just need your Miraculouses, nothing else. If you give them to me straight away, I'll let you keep your memories. Come on ! »

Ils avaient réussi à la distancer, temporairement, et les crépitements avaient cessé. Ladybug osa enfin ouvrir les yeux, et jeta un regard furtif derrière eux. Elle ne vit personne sur le chemin, mis à part la collégienne, roulée en boule par terre.

Son coup d'œil fut trop long. Elle ne vit pas la fissure dans le sol devant elle, et trébucha. Son partenaire la rattrapa in extremis avant qu'elle ne heurtât le sol, mais il dut s'arrêter dans sa course. Elle remarqua qu'il n'avait toujours pas ouvert les yeux.

« Chat ! Tes yeux…

- Rien de grave, j'ai juste les pupilles un peu sensible… Problème de chat, c'est normal. »

Il se frotta les yeux en essayant de sourire, mais ne put camoufler un rictus de douleur. Ladybug vint tout près de lui et examina son visage. Il n'avait pas d'autres blessures, mais des larmes que même le masque ne pouvait camoufler se formaient aux coins de ses yeux.

« Viens, on va te mettre à l'abri. Tu peux pas te battre comme ça ! »

Il protesta, mais elle l'écoutait à peine. Elle cherchait un endroit où cacher Chat Noir le temps de neutraliser Amnesia. Sortir du Champ de Mars prendrait trop de temps, et risquerait de mettre en danger d'autres civils. Les parties boisées du parc n'étaient pas assez denses pour y dissimuler quelqu'un. Le garder auprès d'elle tout en se battant était impensable.

Son regard se posa sur la Tour Eiffel, où un ascenseur glissait lentement vers le sol.

Elle n'hésita pas une seconde de plus. À son tour, elle attrapa son partenaire par le bras et l'entraîna à sa suite en direction de la tour, en ignorant toujours ses protestations. Si elle se dépêchait, elle arriverait avant qu'Amnesia ne les attrapât, et pourrait envoyer Chat Noir au sommet de la tour, le temps qu'il récupérât et qu'elle s'occupât d'Amnesia.

Ils couraient sur l'avenue centrale. Plus que deux-cents mètres avant d'y arriver. Ils venaient d'entrer dans l'ombre de la tour. Cent cinquante. Le pied sud n'était plus très loin, elle distinguait clairement les tourniquets et les caisses à l'entrée. Cent. L'ascenseur était arrivé au rez-de-chaussée, et des touristes fuyaient dans la direction opposée. Cinquante. Elle parvenait à lire les panneaux informatifs placardés sur les caisses.

Vingt. Ladybug marqua une pause, le temps de charger Chat Noir sur son dos, car le guider rapidement à travers les barrières de sécurité et les tourniquets relevait de l'impossible. Elle jeta encore un coup d'œil derrière eux. Ni Amnesia ni ses flashes ne les suivaient.

« Chat, tu vas rester là-haut jusqu'à ce que tu y voies de nouveau quelque chose, ok ? Je m'occupe du reste. »

La super-héroïne n'attendit pas sa réponse. Elle lança son yo-yo, qui s'enroula autour d'une barre en fonte juste sous le premier étage de la tour. Elle vérifia en deux tiraillements qu'il était bien fixé, réajusta Chat sur son dos, et se hissa à quelques mètres du sol, juste de quoi passer les grillages de sécurité. Les deux atterrirent lestement entre les quatre pieds.

Ladybug se retourna encore une fois, et jubila quand elle vit qu'Amnesia ne les avait pas suivis.

« You could have waited for me… You Frenchies are so rude, I swear... »

Le sang de Ladybug ne fit qu'un tour. Elle se retourna dans la direction d'où elle avait entendu la voix.

Elle vit alors une silhouette grisâtre assise au pied du pilier sud, qui les observait d'un air amusé. Sa tenue contrastait beaucoup avec celles des autres akumas, d'ordinaire toujours bling-bling et tape-à-l'œil : Charlotte, ou plutôt Amnesia, ne portait qu'une robe asymétrique gris pâle, qui donnait à sa peau claire un teint encore plus diaphane. Seuls ses bottes et ses cheveux, presque noirs, permettaient de la distinguer d'un fantôme.

Ladybug sentit Chat se raidir sur son dos. Il voulut se libérer pour faire face à leur adversaire, mais elle l'en empêcha. Une partie de son esprit cédait à la panique, mais tous ses autres neurones se démenaient pour trouver un plan B, qui n'impliquait pas d'ascenseur. Elle ramena son yo-yo vers elle, prête à s'en servir comme bouclier.

Son regard ne lâchait pas Amnesia, qui s'approchait d'eux d'un pas lent en jonglant avec une sphère lumineuse qu'elle venait de créer.

« Come on ! Wouldn't you like to forget everything ? All your duties, your responsibilities, your awkward memories and start again ? »

À peine avait-elle terminé sa phrase qu'elle lança violemment la sphère dans leur direction. Ladybug se baissa juste à temps pour l'éviter. La boule passa à quelques centimètres au-dessus de leurs têtes, et s'écrasa sur le sol, provoquant un nouveau flash. Amnesia en préparait une autre dans ses mains, plus grande que la précédente. Ladybug tentait désespérément de trouver un moyen de riposter, mais elle ne pouvait pas vraiment l'attaquer avec son yo-yo tout en gardant son partenaire sur le dos. Elle ne pouvait pas non plus raisonner avec elle : le Papillon ne laissait jamais ses pantins négocier, et elle ne maîtrisait pas suffisamment la langue de Shakespeare pour la convaincre.

Elle avait néanmoins deviné où se cachait l'akuma : un carnet était accroché à la ceinture d'Amnesia. Carnet qui ressemblait étrangement à celui que ses camarades de classe lui avaient offert.

Ses réflexions furent interrompues par Chat, qui avait réussi se libérer. Les yeux toujours fermés, il se plaça à ses côtés. À présent plus libre de ses mouvements, elle fit tournoyer son yo-yo qui se transforma alors en bouclier.

Son coéquipier tenta une approche plus diplomate.

« Hey, Amnesia, you don't have to do this. Don't listen to Hawkmoth, he doesn't want to help you, he's just manipulating you to get what he wants ! »

Son anglais était parfait, mais elle lui rit au nez et lança une deuxième sphère dans leur direction. Celle-ci s'écrasa contre le champ de force qui les protégeait. Ladybug sentit une vibration au bout de ses doigts, et soudain, son yo-yo se désintégra. Pantoise, elle fixait ses mains désormais vides.

« What's up, Ladybug ? Forgot your toy ? » ricana Amnesia façonnant une troisième sphère avec ses mains, comme elle l'aurait fait avec une boule de neige. Elle prenait son temps, probablement consciente de l'avantage qu'elle avait.

Ses moqueries commençaient à lui taper sur le système. Elle avait envie d'en découdre avec elle tout de suite, mais la situation était critique : sans yo-yo, pas de Lucky Charm ni de désakumatisation. Elle devait absolument se retransformer pour le récupérer.

« Ladybug, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Chat d'une voix inquiète. Il avait déployé son bâton, mais ne pouvait pas vraiment l'utiliser tant qu'il ne voyait pas ce qu'il se passait.

« On peut pas se battre comme ça, c'est du suicide : t'as plus tes yeux, j'ai plus de yo-yo. On doit partir, et vite ! Cours aussi vite que tu peux, je te guide. »

Elle l'attrapa violemment par le bras et l'entraîna à sa suite dans une fuite effrénée. Leur meilleure chance de s'en sortir était de se cacher quelque part en ville, sans pour autant mettre en danger des civils si Amnesia les poursuivait. Quelque part au bord de la Seine, peut-être ?

Les deux héros fonçaient en zigzags vers le pied nord de la Tour Eiffel. Il n'y avait aucun endroit pour se mettre à couvert dans les environs.

« Why are you running away ? There's no escape ! »

Derrière eux, la voix d'Amnesia se rapprochait dangereusement. Ladybug se retourna juste à temps pour voir une autre sphère arriver droit vers eux. Leur parcours était devenu trop prévisible.

« Chat, attention ! »

Elle se jeta sur lui avec une force qui les envoya valdinguer à quelques mètres. La boule lumineuse passa juste au-dessus de leurs têtes et s'écrasa contre le pied de la Tour Eiffel derrière eux.

Le sol se mit à vibrer, l'air à vrombir. Ladybug leva les yeux vers le pilier, qui brillait d'une lumière blanche. La sphère ne s'était pas brisée cette fois-ci, mais tremblait tout en doublant de volume à chaque seconde. Sa lumière devint aveuglante.

Comme au ralenti, l'héroïne vit la boule exploser violemment. Elle ferma les yeux alors que la vague lumineuse balayait tout sur son passage...