Bonjour à tous ! :)
Me revoilà plus vite que prévu, encouragée par vos follows et vos mots doux.
Le 3ème chapitre est déjà entamé. Ce qui me prend le plus de temps c'est la relecture/correction et je suis d'ailleurs à la recherche d'un(e) correcteur(ice) si quelqu'un est intéressé !
Merci à tous, et bonne lecture !
CHAPITRE 2 : SEPTEMBRE (2)
Le week-end qui venait de s'écouler était une parfaite illustration de la facilité avec laquelle les êtres humains étaient capables d'oublier complètement un sujet pour se concentrer sur un autre. Alors que toute la semaine le sujet Cédric Diggory, Harry Potter et tout ce qui s'ensuivait avait été sur toutes les lèvres, le seul mot prononcé du week-end avait été Quidditch. Toutes les maisons profitaient du premier week-end de l'année afin de faire passer les essais nécessaires à la composition de l'équipe.
Du côté des Serpentards, le changement s'était effectué avec de nouveaux batteurs : Goyle et Crabbe, les deux gorilles qui suivaient Drago Malefoy comme son ombre, avaient été recrutés. Nerys n'était pas une experte en Quidditch mais ce choix la laissait dubitative : si ces deux joueurs n'allaient certainement pas manquer de force, elle espéraient qu'ils témoigneraient de plus de rapidité et d'habilité dans les airs que sur terre, sinon bonjour la défaite ! L'équipe de Serpentard était la seule de Poudlard à être entièrement masculine - et c'était le cas quasiment chaque année. Comme la maison était principalement formée de descendants de grands familles (comprendre : de sang-pur), il était de tradition de penser que les filles ne jouaient pas au Quidditch, ne devaient pas jouer au Quidditch. Il arrivait parfois que certaines se lancent dans l'aventure mais elles étaient peu souvent sélectionnées. Nerys se désolait parfois de ce sexisme évident sans oser le formuler à voix haute. Après tout si elle-même avait rêvé jouer au Quidditch (et c'était loin d'être le cas), elle savait très bien qu'elle n'aurait jamais eu la force de se présenter aux essais. Nerys était bien des choses, mais certainement pas très courageuse.
- Non j'y crois pas ! Lança Briséis planquée derrière son journal.
Briséis était abonnée à la Gazette du Sorcier depuis la première année et passait chaque matin, au petit-déjeuner, à lire sans se soucier de ce qui se passait autour d'elle. Nerys et Gale en profitaient pour se raconter les dernières potins ou se faire quelques confidences.
- Regardez-ça !
Une fois n'est pas coutume, elle posa son journal sur la table et tourna vers eux afin qu'ils lisent : "Ombrage nommée Grande Inquisitrice à Poudlard". Briséis semblait particulièrement agacée. Elle ne leur laissa pas le temps de lire l'article et enchaîna :
- Cette vieille gargouille est nommée à un titre honorifique qui lui donne le droit d'inspecter les professeurs et les révoquer si nécessaire. L'article prétend que Fudge ne fait plus confiance à Dumbledore en ce qui concerne l'école.
Gale tiqua.
- Ce n'est pas étonnant, vu qu'il y a eu un mort sous sa direction. Et on dit Monsieur le Ministre, Briséis.
- Pour parler de ce vieux crouton ? Ah, certainement pas !
Briséis était la seule qui n'acceptait pas les remarques de Gale et objectait quasi-systématiquement. Nerys savait (leurs familles étaient très proches) que, l'année passée, le père de Briséis avait failli être viré du Ministère pour une histoire de fraude. L'affaire s'était tassée quelques semaines plus tard sans faire de bruit; la réputation devait toujours être intacte dans leur milieu. Crimson et sa fille étaient les seuls à être au courant et la loyauté légendaire de vieux amis avait permis de garder le secret intact. Si l'affaire s'était ébruitée dans le petit cercle fermé des Sang-Pur, la famille de Briséis aurait dégringolée en bas de l'échelle sociale. Sans se faire exclure totalement du cercle, il aurait fallut des années d'efforts pour retrouver les bonnes grâces.
Comme à chaque fois que Briséis ripostait, Gale pris la mouche et resta silencieux le reste du petit-déjeuner. Nerys prenait habituellement son parti mais sa curiosité était trop piquée pour qu'elle le suive dans son mutisme. Elle se pencha vers Briséis.
- Sale affaire. Je ne savais pas que le Ministère avait prévu de mettre son nez à ce point-là dans les affaires de Poudlard. Ce doit être récent si personne n'en a entendu parler.
- Mettre son nez dedans oui, mais donner autant de pouvoir à cette bonne femme... !
Briséis semblait particulièrement survoltée pour une raison que Nerys ne parvenait pas à comprendre. Son teint de porcelaine avait pris des couleurs rosâtres évidentes, que Nerys avait rarement vu. Elle en perdait toutes ses manières et sa belle élocution. Même ses cheveux, d'ordinaire si joliment ondulés, semblaient avoir été contrariés et s'agitaient dans tous les sens dans une masse informe.
A sa droite, Nerys sentait que Gale était tendu et fut soulagée de voir que les élèves commençaient à se lever pour aller en cours. Profitant de cette diversion, elle se leva et attrapa son sac.
- On y va ? Lança t-elle à Gale.
Ils avaient cours de métamorphose et Briséis n'avait pas choisit cette matière. Le contenu de son programme d'études pour les deux dernières années était complètement tordu, sans aucune cohérence, basé uniquement sur les matières dans lesquelles elle était la plus douée et qui lui plaisait : astronomie, étude des runes, potions, défense contre les forces du mal, divination et histoire de la magie. Il était évident que Briséis n'allait rien faire de son diplôme. Les femmes de leur monde ne devenaient ni grande chercheuse, ni politicienne, ni même vendeuse : elles tâchaient de s'occuper de la bonne tenue de la maison, d'élever les enfants dans les valeurs traditionnelles et d'aider leurs maris à évoluer davantage professionnellement et socialement si c'était possible. Quand elles étaient petites, Nerys et Briséis s'étaient confiés leurs rêves respectifs de devenir médicomage et historienne chercheuse. Mais dans le monde assez archaïque qu'était le leur, ces rêves n'avaient aucune chance de devenir réalité.
Adrian les rejoignit à la sortie de la Grande Salle. Les cours de métamorphose étaient encore considérablement remplis et le professeur McGonagall avait décidé de faire deux groupes : les Serpentards faisaient équipe avec les Serdaigles. Quand ils arrivèrent dans la salle, Nerys remarqua tout de suite l'air pincé du Professeur McGonagall. Et elle était certaine que ce n'était pas sans rapport avec la nomination d'Ombrage en tant que Grande Inquisitrice.
- Installez vous ! Nous allons reprendre là où nous en étions la semaine passée.
Une élève de Serdaigle distribua sur les tables la minuscule aiguille qu'ils devaient transformer en lapin. La métamorphose d'un objet inanimé vers un être doté de vie était la plus délicate qu'il soit. Le professeur McGonagall leur avait assuré qu'il leur faudrait plusieurs semaines pour arriver à un résultat.
Le tableau de nouveau rempli des règles et consignes élémentaires (la métamorphose doit se faire en une fois et non pas par phases etc.) les élèves purent se lancer dans de nouveaux essais. Le professeur passait entre les rangs pour donner des indications à chacun.
- Miss Avery, un peu de concentration s'il vous plait. Je sais que vous pouvez faire mieux. Monsieur Selwyn, attention, votre aiguille possède déjà des pattes, vous devez les supprimer pour reprendre du début.
Le professeur McGonagall était sévère mais Nerys aimait l'égalité dont elle faisait preuve envers ses élèves. Contrairement au professeur Rogue qui privilégiait sans aucune honte ses élèves (encore une chose inavouable mais Nerys ne l'aimait pas beaucoup), le professeur McGonagall traitait les Serpentards de la même façon que les Gryffondors. Gale lui, ne ratait pas une occasion de critiquer McGonagall.
- Ca serait plus facile si elle n'était pas constamment sur notre dos...
Nerys ne répondit rien à sa remarque de mauvaise foi.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La matinée du lundi se terminait par un cours de sortilèges. Malgré la population encore assez conséquente, le professeur Flitwick avait décidé de laisser les septièmes années en un groupe unique. Ils étaient près d'une trentaine. Pour le bon déroulement du cours, le professeur avait insisté la semaine passée pour qu'ils forment des groupes de travail de trois personnes. Afin de ne laisser personne sur la touche, Nerys et Briséis avaient décidé de faire équipe avec Evey Rowle, tandis que Gale et Adrian s'étaient rapprochés de Dylan Rowle : ils étaient cousins, en septième année à Serpentard, et s'entendaient assez bien avec le quatuor. Nerys trouvait Evey un peu barbante : faire davantage la conversation ne l'aurait pas tué !
En entrant dans la salle Nerys remarqua immédiatement la tête de gargouille d'Ombrage assise dans un coin, un sourire arrogant sur les lèvres. Elle salua quelques élèves avec un enthousiasme hypocrite, que certains lui rendirent par pure politesse. Qu'importe la maison, les élèves avaient au moins tous une chose en commun : Dolores Ombrage ne leur inspirait que du dégoût. Sa tenue flamboyante et ses manières en faisait une cible idéale pour les moqueries.
- Bonjour à tous ! Comme vous le voyez, aujourd'hui nous avons une invitée (Flitwick désigna Ombrage). Pour ce cours-ci, nous allons continuer à travailler la trajectoire des objets.
Ils étudiaient actuellement le sortilège Moveo, un sortilège qui permettait de faire une suivre une trajectoire bien précise dans les airs à un objet. Si le sortilège était simple à lancer, manier la direction était nettement plus compliqué. Ils utilisaient des coussins pour s'entraîner et il n'était pas rare que certains s'écrasent dans le visage d'un élève - ce qui pouvait, à la réflexion, être une démonstration du très bon maniement du sortilège.
Nerys se rapprocha de Briséis et Evey pour travailler. Contrairement à ce qu'elle avait imaginé, Ombrage resta très discrète. Elle fit le tour de la classe en prenant des notes, posa quelques questions à certains élèves mais sa présence se faisait presque oublier. Elle se rapprocha finalement du groupe formé par les trois filles.
- Est-ce que le cours de sortilèges vous plait ? Le professeur Flitwick vous fait-il toujours travailler la théorie avant la mise en pratique ?
Briséis avait le visage fermé. Nerys savait qu'elle se retenait d'être désagréable avec Ombrage et préférait ne pas parler du tout. Et Evey avait toujours été timide. Elle décida donc de répondre :
- Oui le cours est très bien. On prend toujours quelques temps pour la théorie avant d'apprendre à pratiquer un nouveau sortilège. Le professeur nous explique le sortilège, les éventuels dangers, et les mouvements qu'il faudra faire. Mais la pratique a une place plus importante bien sûr.
Ombrage nota sur son bloc-notes. Elle semblait ravie.
- Merci, Miss Avery c'est ça ? Je connais votre père au Ministère, un homme charmant.
Nerys acquiesça sans savoir trop quoi répondre. Ombrage pensait manifestement qu'elle avait une alliée dans les rangs des élèves, ce qui n'était pas tout à fait le cas, mais il valait mieux l'avoir de son côté. Ombrage passa ensuite au groupe suivant.
- Un homme charmant... Il ne doit pas penser la même chose d'elle, pesta Briséis.
Elle gardait une certaine rancune envers tous les représentants du Ministère, sauf les amis de la famille bien sûr. Et Ombrage lui inspirait manifestement un agacement particulier.
- Il ne m'a jamais parlé d'elle.
A la vérité, Crimson Avery confiait peu de choses à sa fille sur son travail et ses relations (professionnelles ou personnelles). Nerys connaissait ses amis les plus proches puisqu'ils évoluaient tous dans le même cercle mais ça s'arrêtait là. Pourtant nul doute que son travail au Ministère l'amenait à côtoyer beaucoup de monde - il était le représentant du monde magique britannique dans les commissions internationales et voyageait beaucoup à ce titre. D'un point de vue personnel il devait également avoir quelques flirts à son actif : un homme veuf si jeune ne vit pas le reste de sa vie enfermé dans la solitude. Surtout lorsque son voyage l'amène à fréquenter des femmes du monde entier.
- Et te gâcher la surprise de rencontrer cette femme charmante ? Voyons... Lui répondit Briséis, ouvertement moqueuse.
Si Gale l'avait entendu, il l'aurait une nouvelle fois réprimandé pour son manque de tenue, mais Nerys ne pu s'empêcher, elle, de rire à la remarque de son amie.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nerys ramassa ses épais cheveux bruns dans un chignon qui n'avait sûrement rien de présentable. Elle ne se serait jamais permise ce genre de geste dans sa vie quotidienne hors des murs du château mais Poudlard conférait une certaine immunité contre le monde extérieur et les attentes de son entourage. Il n'y avait qu'en présence de Gale qu'elle tâchait de coller le mieux possible à l'image qu'elle devait renvoyer - sinon il ne manquait pas une occasion de lui faire remarquer ses faux-pas - mais il n'avait pas poursuivi son cursus en soins en créatures magiques. Ici, personne ne la jugerait.
Elle se pencha pour ramasser les branches déposées par le professeur Gobe-Planche.
- Les Demiguises suivent un régime très strict. Je vais vous montrer de quelle façon il faut les nourrir... Et c'est cinq fois par jour !
Fred, à sa droite, ricana.
- Même mon petit frère ne mange pas autant.
Il faisait allusion à Ron Weasley sans doute. Sans connaître parfaitement son arbre généalogique, il lui semblait qu'aucun autre Weasley n'existait après la petite Ginerva. Ne connaissant pas personnellement Ron Weasley pour comprendre la blague, Nerys resta de marbre. Fred Weasley lui inspirait un agacement certain et elle n'était pas prête de se dérider en sa présence.
- Allez-y, vous pouvez donner les branches.
Les groupes s'occupaient de leur Demiguise respective, et Nerys était donc contrainte de passer le cours collée à Weasley. Calloway et Callaghan qui s'étaient montrés aussi mécontents qu'elle au précédent cours semblaient s'être fait une raison. Ils travaillaient aux côtés de leur binôme respectif, mais la proximité de leurs cages permettaient que le quatuor interagisse ensemble ce qui devait calmer leur énervement. Afin de les aider à les reconnaître - toutes les créatures et toutes les cages semblaient être exactement les mêmes - le professeur Gobe-Planche leur avait attribué un petit nom à chacun qui figurait sur une pancarte. Les héros des Contes de Beedle le Barde furent mis à l'honneur : George Weasley et Wendy Calloway s'occupaient de Ignotus, Evan Callaghan et Olivia Jones avaient en charge Antioch et Fred Weasley et Nerys furent désignés pour Cadmus.
La jeune femme se pencha en avant, l'air concentré, tachant de repérer la créature dans la cage qui semblait vide (en vérité la créature s'était rendu invisible quand ils s'étaient approchés de la cage et la position de révélation utilisée par Gobe-Planche avait perdu son effet depuis longtemps). Et puis soudain, les branches lui furent arrachées des mains, et la créature réapparut, semblant avide de manger ce qu'on venait de lui donner
Nerys se tourna vers Fred qui la fixait déjà depuis un petit moment, l'air concentré. Qu'es-ce qu'il lui voulait ? Se moquer de sa coiffure débraillée ? Saboter sa tentative d'approche de la créature ? La mettre mal à l'aise ? Elle ne comptait pas se laisser faire !
- Tu veux ma photo ?
- Avec plaisir, répondit-il avec insolence.
Elle leva les yeux au ciel devant son grand sourire. Que Fred Weasley pouvait être agaçant ! Ignorant sa provocation, elle se concentra de nouveau sur la créature. Mais le regard de Fred lui pesait, elle se sentait observée - à juste titre. L'observation la mettait mal à l'aise et c'est d'un ton plus agressif qu'elle lui lança :
- C'est quoi ton problème Weasley ?
Elle ne voulait pas aller à la confrontation et aux éclats de voix dès le premier cours, mais Weasley semblait tout faire pour la mettre en rogne. Il aurait été plus simple qu'il se taise, l'assiste en silence et qu'ils se contentent de se parler ou de se regarder quand cela était absolument nécessaire. Mais Fred Weasley n'était pas un type qui savait se faire discret. Avec tout son orgueil il lui répliqua :
- Mais le même que le tien Avery : devoir faire équipe ensemble !
Elle resta figée par tant d'honnêteté, et ne trouva rien de plus à redire de tout le cours.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Briséis et Adrian étaient déjà installés à la Grande Salle quand Gale et Nerys arrivèrent. Ils discutaient de manière animée, avec de grands gestes et beaucoup de concentration. Nerys n'entendait pas exactement ce qu'ils disaient mais elle savait qu'ils aimaient débattre tous les deux de grands sujets : politiques, économiques, sociaux etc. Là où Gale aurait rétorqué que ces affaires-là n'étaient pas pour les femmes, Adrian se complaisait volontiers dans ce jeu avec n'importe quel interlocuteur. Nerys avait déjà interrompu plusieurs de leurs débats enflammés mais Briséis savait toujours détourner le sujet à l'approche de Gale.
- Non la bieurraubeurre du Tonneau Plein est bien meilleure que celle des Trois Balais !
Nerys n'était pas dupe mais Gale se laissait avoir à chaque fois. Comme tous les hommes de leur milieu, il pensait que ces sujets-là n'intéressaient pas les femmes... Et plus encore Briséis, qu'il prenait pour une fille superficielle (il ne l'avait jamais dit clairement mais Nerys l'avait compris à demi-mots).
- Je suis épuisée, lança Nerys en se glissant sur le banc.
La journée du mardi était la moins chargée de son emploi du temps (simplement potions le matin, et cours de soins aux créatures magiques l'après-midi) mais elle se sentait exténuée. Elle était bien tentée de s'avachir sur la table, la tête entre les mains, mais à la place elle garda le dos bien droit et la tête haute. Elle ne leur avait pas encore parlé de sa collaboration forcée pour le cours de soins aux créatures magiques, mais c'était le moment idéal pour se faire plaindre en guise de réconfort.
- Gobe-Planche m'oblige à faire équipe avec Fred Weasley, le calvaire... Tout le trimestre...
Les réactions de ses amis furent telles qu'elle aurait pu les prévoir. Briséis ricana, Adrian lui posa une main compatissante sur l'épaule et le regard de Gale se fit plus dur.
- Oh allez, tu peux bien gérer un Weasley.
Adrian tentait de se montrer encourageant. Nerys le gratifia d'un sourire.
- Adrian a raison, tu n'auras aucun mal à t'imposer face à un traitre-à-son-sang. Enfin, tant qu'il ne te prend pas pour cible... Ricana Briséis.
Elle n'ajouta rien mais tous furent conscient qu'elle faisait référence au fait que les jumeaux pouvaient être de sacrés farceurs... Et Gale en avait fait les frais ! Souvent Nerys se disait que leurs cibles n'étaient pas tout à fait choisit au hasard - Briséis, Adrian et elle avaient échappé à la plupart de leurs méfaits. Gale avait été victime plusieurs fois de leurs farces (pas toujours prouvé, mais le doute n'était pas permis) notamment en cinquième année lorsqu'il s'était réveillé avec des oreilles de lapin à la place des siennes. Madame Pomfresh lui avait donné une potion pour annuler l'effet, mais les oreilles avaient mis une journée entière pour retourner à leurs taille et forme initiale et Gale avait été la cible de nombreuses moqueries ce jour-là. Ce n'était peut-être pas entièrement immérité : Gale ne ratait jamais une occasion de tacler la famille Weasley en public.
- Méfie-toi quand même, Weasley est plus futé qu'il n'y parait.
Connaissant Gale, cette remarque aurait presque pu être un compliment, mais Nerys savait le dégoût qu'il portait aux traitres-à-leur-sang : encore pire que celui que les sang-de-bourbe lui inspirait. Les Weasley étaient l'incarnation de tout ce qu'il détestait. Lors de leur première année il avait souvent fait des remarques déplacées et moqueries insultantes à l'égard des jumeaux en public, à voix bien audible pour le plus grand nombre, mais il s'était calmé au bout de quelques mois (Nerys lui soufflant qu'aller au conflit ne servait à rien et que c'était indigne d'eux, et les jumeaux montrant qu'ils ne comptaient pas se laisser faire). Dylan Rowle avait ensuite pris le relais avec sa petite bande d'amis (la quasi-totalité des Serpentards de leur année restants).
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Briséis était installée en face d'elle, la tête penchée sur quatre livres différents. La technique de travail de son amie l'avait toujours laissé perplexe tant elle semblait s'éparpiller sans jamais réussir à se concentrer (en vérité ça marchait plutôt bien, vu les notes obtenues). Elles avaient pris l'habitude depuis leur première année de venir travailler à la bibliothèque, en tête-à-tête, quand le travail scolaire l'exigeait (et cette septième année promettait beaucoup de rendez-vous à la bibliothèque !). Adrian préférait travailler avec ses camarades de Serdaigle, et Gale était un solitaire de la salle commune pour ce qui concernait les devoirs. Il se joignait parfois à elles mais c'était plutôt rare. En règle générale, les filles étaient seules. Souvent elles ne faisaient que travailler, mais elles se laissaient parfois aller à des conversations - voire mêmes des confidences.
- Amadeus m'a dit qu'il n'avait toujours pas eu de tes nouvelles.
Nerys releva la tête, gênée. Elle n'avait toujours pas terminé sa missive pour son petit-ami et se doutait que ce silence de plus d'une semaine commençait à devenir étrange. Pourtant Amadeus restait dans ses pensées et Nerys s'imaginait déjà leur avenir commun : lui travaillant au Ministère, et elle tenant la maison et organisant les grandes réceptions qui permettraient à son époux de développer ses relations pour évoluer professionnellement. Ce n'était pas le futur qu'elle aurait choisit entre tous, mais c'était celui qui lui était destiné depuis la naissance : elle avait accepté son destin depuis longtemps. Elle espérait simplement que Amadeus serait un mari compréhensif et aimant (il lui faisait bonne impression à ce niveau, c'est en partie ce qui l'avait séduite) et lui permettrait de continuer à entretenir ses vieilles amitiés - avec Gale notamment (certains maris trouvaient inconvenant que leur épouse fréquente un homme en tête à tête).
- Je n'ai pas encore réussit à terminer mon courrier. J'ai peur de l'assommer avec des banalités sur Poudlard.
Briséis eut un genre de rictus.
- Tu devrais t'y habiter. Il m'a demandé si tu avais changé d'avis sur votre relation.
Nerys se sentit honteuse de l'avoir délaissé au point qu'il s'interroge sur leur avenir et questionne sa jeune soeur. Elle savait qu'une femme devait être dévouée à son époux, mais en pratique cela semblait plus compliqué à mettre en oeuvre.
- Bien sûr que non ! J'étais sûre avant de m'engager avec lui sinon je ne l'aurais pas fait.
Dans leur milieu, se mettre en couple publiquement était l'équivalent de fiançailles. Amadeus et elle étaient destinés à se marier. Leurs parents n'auraient jamais permis qu'ils se séparent. Cette relation n'était pas le fruit d'une passion soudaine mais le résultat d'une réflexion profonde. Amadeus et elle se connaissaient depuis la naissance; il était âgé d'un an de plus; sa petite sœur était l'une de ses plus proches amis. Avec les années, Nerys avait remarqué la douceur et la compréhension qu'il était capable de montrer et avait finit par penser que ces qualités seraient parfaites pour un époux. Amadeus, lui, semblait avoir toujours envisagé Nerys comme sa future épouse sans jamais la brusquer. Quand elle avait été prête, elle l'avait fait comprendre et ils avaient finit par se rapprocher. Ils étaient même devenus physiquement intimes au cours de l'été qui s'était écoulé.
- Hmmm, marmonna Briséis sans expliciter davantage sa pensée.
Elle n'avait jamais fait le moindre commentaire sur la relation entre son frère et sa meilleure amie. Nerys et Briséis ne parlaient jamais de garçons ou de leur - futures - vies amoureuses. Le sujet était tabou. Les relations prenant une dimension sérieuse et éternelle dans leur milieu, mieux valait limiter les ragots et rester discrets avant d'être sûr de s'engager. Ca n'empêchait pas les rapprochements, mais les principaux intéressés préféraient garder le secret là-dessus. Nerys de demandait parfois si Briséis n'avait pas déjà flirté avec Dylan Rowle lors de leurs toutes jeunes années, mais elle savait qu'elle n'aurait jamais la confirmation de ses soupçons. Elle-même n'avait entretenu aucune relation à part Amadeus. Lors d'un voyage dans sa famille maternelle au Mexique avant sa cinquième année, elle s'était liée avec un de ses cousins éloignés mais la perspective de se marier avec quelqu'un de sa famille (même si c'était courant dans le milieu !) l'avait refroidie. Elle se demanda un instant si Amadeus avait connu d'autres femmes. La question resterait sans réponse...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le vendredi matin avait désormais une autre saveur. Alors qu'il aurait dû être placé sous le signe du bonheur avec le week-end qui se profilait, Nerys l'appréhendait maintenant comme le jour "Fred Weasley" (sans toutefois mettre un mot précis que ce que cela signifiait, mais l'émotion était plutôt négative). Le professeur Gobe-Planche avait en effet précisé que les cours du mardi de Soins aux Créatures Magiques seraient réservés à la découverte de créatures diverses - ils n'allaient pas fixer les Demiguises tout un trimestre ! - et que ceux du vendredi leur permettrait de faire le point sur leurs avancées, sur l'adaptation du menu et de l'élevage. En bref, deux heures entières où Nerys Avery allait devoir côtoyer Fred Weasley sans lui arracher la tête.
Bien qu'elle était toujours aussi médiocre dans cette matière et s'attirait des regards mi-moqueurs mi-compatissants, le cours de botanique fila à une vitesse folle. Il faut dire aussi que son lierre vivace avait tenté de l'étrangler et que pour se remettre de ses émotions, Nerys avait été autorisé par le professeur Chourave à s'asseoir dans un coin pendant près d'une demi-heure. Elle gardait une trace dans le cou et de la terre dans les cheveux en souvenir de sa lutte pour sa survie. Autant dire que le cours de Soins aux créatures magiques ne s'augurait pas sous le meilleur jour avec un tel prologue !
Nerys fut bien tentée de mettre fin aux jours du lierre violent avec un coup de scalpel bien placé, mais Chourave semblait avoir anticipé les choses puisque lorsqu'elle se représenta à sa place, tous ses outils avaient disparu. Elle dû faire un croquis de la plante (qui semblait groggy, sûrement ensorcelée pour se tenir à carreau) comme ses camarades, ayant raté la partie amusante qu'était la manipulation et le traitement de la plante. A côté d'elle, Lee Jordan ricanait - pour ne pas changer.
- Tu verrais ta tête Avery, tu n'as jamais été aussi drôle.
Elle se tourna vers lui, agitant sa plume dans un geste menaçant.
- Fais gaffe à toi Jordan, je ne suis pas un lierre mais j'ai deux mains pour étrangler !
Et il ricana encore. Nerys ne s'en formalisa pas, puisqu'elle en avait l'habitude depuis des années. Par un cruel destin, Lee Jordan se retrouvait systématiquement à côté d'elle au moins une matière par an. Il avait eu tout le loisir d'admirer son talent en potions et en sortilèges, et de se moquer de ses problèmes en botanique et astronomie. Face à tant de moqueries, certains de ses camarades auraient sans doute véritablement tenté de l'étrangler mais Nerys avait appris à se tenir depuis son enfance. Crimson lui avait appris toutes les manières qu'une enfant bien élevée devait avoir et plus largement lui avait enseigné à quel point il était important qu'elle soit irréprochable en toutes circonstances. Nerys se laissait donc peu porter par l'émotion. Sans être une reine de glace (qui pouvait rester continuellement impassible ? Sérieusement ?) elle savait contenir sa colère - qui était même devenue une bonne copine. Etrangler Lee Jordan dans sa tête était largement suffisant, nul besoin de l'appliquer en vrai.
- Nerys penche-toi, fit une douce voix qu'elle avait peu l'habitude d'entendre.
Constance Arrens qui n'était pourtant pas une de ses amies se tenait devant elle baguette en main. Son allure devait faire peine à voir puisque même sa camarade de maison se dévouait pour lui donner un coup de main. Nerys se pencha, et elle sentit un léger souffle d'air chaud lui caresser les cheveux, retirant l'excédent de terre et de feuilles qui n'avaient rien à faire dans un cuir chevelu. Au bout de deux minutes l'opération fut terminée.
- Merci.
- De rien, je sais que c'est important pour toi.
La remarque n'avait rien de piquant ou provoquant mais Nerys s'en sentit légèrement vexée. Elle ne se considérait pas comme une princesse incapable de se salir et n'aimait pas qu'on la traite ainsi. C'était tout le paradoxe de cette idée de se sentir supérieure, mais de cette envie de pouvoir faire comme tout le monde sans pression. Constance retourna à ses affaires sans un mot de plus et Nerys se mit à ranger les siennes avant de prendre la direction du parc une fois son sac bouclé.
Les jumeaux Weasley avaient déjà pris quelques pas d'avance et semblaient en grande conversation - ils avaient toujours eu un air louche, mais c'était pire depuis la rentrée. Nerys espérait bien pouvoir profiter de l'air pur avant de se lancer dans un combat mental pour les deux prochaines heures mais c'était sans compter sur Fred Weasley et sa capacité à se montrant agaçant en n'importe quelles circonstances. Il se retourna à moitié vers elle, avec un large sourire découvrant toutes ses dents, agitant le bras comme si ils étaient des amis de longue date prêts à se retrouver. Ils n'avaient pourtant pas terminé le dernier cours en bons termes et s'étaient murés dans un silence après quelques phrases échangées. Nerys fut tenté de partir en courant dans l'autre sens et d'aller se porter pâle à l'infirmerie.
- Laisse tomber Fred, Avery n'est pas une marrante c'est bien connu.
George Weasley était le plus discret des jumeaux mais savait se montrer le plus antipathique des deux. Ses remarques ironiques ne la faisait pas rire du tout. Mais les jumeaux Weasley partageait tout, y compris le plus douteux des humours : le sourire de Fred s'élargit encore davantage - dans les limites du physiquement possible - et il donna à son frère un coup de coude complice. Nerys était clairement le dindon de la farce. Visiblement cette collaboration scolaire allait lui coûter très cher en remarques et moqueries.
- Calmez-vous les Weasley, c'est pas un champ de foire.
Même à la foire magique, les gens s'agitaient moins. Relevant la tête d'un air digne, le nez pointant vers le ciel, elle passa devant eux sans un regard supplémentaire : la représentation parfaite du sentiment de supériorité. Là où Nerys avait appris à être toujours présentable, les jumeaux ne se souciaient que de s'amuser, quitte à paraître ridicules. Mais Nerys ne savait pas très bien si elle méprisait ce manque de tenue, ou enviait cette liberté totale.
Elle regretta son attitude quelques minutes plus tard, lorsque Fred Weasley et elle se retrouvèrent autour de la cage de leur créature. Contrairement à son comportement habituel, qui était agaçant mais auquel elle pouvait au moins se préparer, Fred Weasley pointait le nez en l'air comme elle l'avait fait quelques minutes auparavant, l'ignorant totalement. Il la mimait sans aucun sourire. Le fait qu'il soit silencieux était une bonne chose mais elle redoutait le moment où il se montrerait de nouveau agité. Fred Weasley était imprévisible, et l'éducation de Nerys ne lui avait pas appris à y faire face (dans leur monde tout était codifié et suivait des règles strictes; personne n'y dérogeait). Lui jetant des regards suspicieux, elle écouta Gobe-Planche leur expliquer l'hygiène que devait tenir une Demiguise.
- Les cages doivent être nettoyées au moins une fois par semaine ! Les Demiguises parviennent à nettoyer leurs cages en partie toutes seules. Vous devez vérifier que l'hygiène soit respectée ! Une Demiguise aux poils sales, et donc visibles, dépérit ! Pour qu'elle fasse sa toilette, l'environnement doit être propre.
Gobe-Planche pris Cadmus en exemple de démonstration pour les étapes à suivre pour le nettoyage (tant mieux ! Elle n'aurait pas à se salir les mains) : après avoir temporairement immobilisé la Demiguise dans un coin à l'aide d'un coup de baguette, il fallait jeter un sortilège de ramassage, un sortilège d'humidité lavante, et un séchage qui prenait quelques minutes. La dernière étape consistait à tenter de peigner la fourrure de la créature : une étape impossible puisqu'elle devenait invisible mais la persévérance était de mise d'après Gobe-Planche : c'était l'une des manières d'apprivoiser la créature.
- Weasley, Avery !
Gobe-Planche s'étant servi de leur Demiguise comme exemple, et les autres devant s'affairer à répéter ses gestes (l'immobilisation semblait bien difficile), elle confia à Fred et Nerys la tâche de trier et répartir les aliments servant à nourrir les Demiguises. Devant eux, un tas de légumes et autres verdures s'étalait en vrac. Un vrai travail d'Elfes de Maison ! Peu habituée à se salir les mains de la sorte, Nerys grogna.
- On est pas des Elfes.
- Sachez Miss Avery que les Elfes de maison sont des créatures très intelligentes et minutieuses. Il n'y a aucune honte à s'en inspirer à l'occasion.
La remarque claqua un peu sèchement au point où la jeune femme se demanda si cela ne trahissait pas un peu de dédain de la part du professeur. Il n'était pourtant pas dans ses habitudes de faire du favoritisme. Gobe-Planche envolée, il ne restait plus qu'à se mettre à la tâche. De mauvaise foi - mais si bien éduquée à faire ce qu'on lui demandait - Nerys s'assit au sol pour commencer à trier. Les épluchures de légumes se collaient à sa peau, toute humides et irrégulières, et lui donnèrent presque la nausée. Fred Weasley resta debout.
- C'est ici que ça se passe Weasley.
- J'ai l'impression que tu t'en sors bien.
Tous les regards étant occupés ailleurs, elle se hasarda à se montrer mal élevée en lui lançant une épluchure à la figure. C'était sans compte sur son adresse sportive (elle avait oublié qu'il était joueur de Quidditch) : il l'évita sans effort. Mais l'agression le fit changer d'avis et de comportement. Il s'installa à côté d'elle avec de nouveau son sourire idiot sur le visage. Nerys n'avait jamais côtoyé quelqu'un qui souriait autant, c'était presque trop - mais pas étonnant d'un des jumeaux Weasley pour qui tout était une fête.
- Tu aurais pu demander poliment.
Elle lui jeta un regard noir.
- La racaille ne mérite pas la politesse.
Son sourire se fana, ses yeux roulèrent de façon agacée. C'était son si facile de le calmer ? Belle astuce !
- La racaille, c'est-à-dire tout ceux qui n'ont pas le sang aussi pur que le tien, c'est ça ?
Le sujet ne faisait pas grand débat dans la vie de Nerys : elle était entourée de ses amis qui venaient du même cercle qu'elle, et ne s'était jamais véritablement liée avec quelqu'un d'autre. Bien sûr elle évitait la difficulté en refusant de passer trop de temps en compagnie de quelqu'un qui n'était pas digne - Gale n'aurait de toutes façons jamais permis ça - et la difficulté ne s'était donc jamais posée. Nerys ne s'était jamais demandé si aux yeux des autres élèves elle apparaissait comme une vraie puriste - vu ses fréquentations triées sur le volet - ou au contraire pour une laxiste - elle n'était jamais dans la provocation et les insultes sanguines, sauf cas extrêmes. Fred Weasley semblait presque surpris, pourtant elle se souvenait l'avoir traité de traitre-à-son-sang à quelques reprises lorsqu'il faisait trop le malin en compagnie de son frère.
- C'est ça.
Elle n'aurait jamais pensé que le sujet pouvait être si sensible pour Fred Weasley mais l'attaque sembla faire mouche : il ne lui décrocha pas un mot de plus de tout le cours. Que le silence pouvait être agréable !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
C'était sa première ronde de préfète depuis la rentrée. Les préfets de septième année avaient été déchargés d'une partie de leurs devoirs afin de pouvoir se consacrer à la plus importante de leurs années scolaires. Il n'était donc plus question de faire des rondes quotidiennes et d'avoir l'œil averti en toute situation. Son obligation avait été réduite au minimum et sa seule ronde hebdomadaire était celle du samedi soir, pendant une heure - ce n'était pas la plus longue, mais l'une des plus intenses puisque le samedi soir était le jour privilégié des rôdeurs nocturnes. C'était au moins une consolation de ne pas avoir été sélectionnée en tant que préfète-en-chef : elle avait plus de temps à consacrer à ses études et à ses amis.
Si les rondes étaient effectuées par paires en cinquième année - Nerys avait du faire équipe avec son homologue masculin de Serpentard - les préfets étaient ensuite autorisés à travailler seuls, afin de mieux se répartir. Elle était donc habituée à arpenter seule les couloirs de Poudlard. Et elle avait pris ses petites habitudes. Les couloirs utilisés principalement pour se rendre en salles de cours étaient toujours vides. C'est du côté les moins fréquentés en journée qu'elle avait le plus de chance de tomber sur des réfractaires au règlement. Ses pas la menèrent de couloir en couloir sans croiser le chemin de quiconque - mis à part Nick-Quasi-Sans-Tête qui la salua poliment et demanda comment s'étaient passées ses vacances. Du côté des bureaux des professeurs, une lueur l'attira. Le bureau d'Ombrage était encore allumé. Nerys fut tentée de faire demi-tour afin d'éviter un tête à tête avec la gargouille, mais trop tard !
Ombrage se montra dans l'encadrement de la porte, d'abord les sourcils froncés, puis se fendit ensuite de son habituel sourire hypocrite en la reconnaissant. Elle avait une liasse de parchemins à la main qu'elle se hâta de fourrer dans sa poche.
- Miss Avery ! J'entendais des pas dans le couloir, et je me demandais qui pouvait bien trainer par ici .
En se rapprochant Nerys montra le badge de préfète sur sa poitrine pour toute explication. Son rôle de préfète lui permettait d'avoir quelques avantages, notamment pouvoir se balader dans les couloirs à toute heure sans risquer la retenue.
- Je sais que vous êtes préfète, j'ai demandé à ce qu'on me communique la liste. C'est toujours mieux de savoir sur quels élèves sérieux on peut compter.
- Oui bien sûr.
Ombrage minaudait et Nerys ne savait pas bien quelle réponse de plus elle pouvait apporter. Elle n'était pas d'humeur à faire la conversation. Mais la gargouille rose sembla prendre ces quelques mots comme de l'encouragement. Elle se pencha vers elle et murmura :
- Je peux compter sur vous, n'est-ce pas ?
Elle semblait dans la confidence, prête à se faire une alliée. Son sourire se voulait sûrement encourageant et complice mais ce n'était pas du tout ce qu'il inspirait à Nerys : du dégoût plutôt ! Mais parce que c'était la seule solution possible au problème, Nerys acquiesça. Ombrage sembla satisfaite et se recula.
- Bien. Je vous souhaite une bonne soirée alors.
Et elle referma la porte de son bureau derrière elle, laissant une Nerys septique. Elle avait la désagréable impression de s'être engagée dans quelque chose, sans savoir de quoi il retournait. Ombrage était une femme dont il fallait se méfier.
