Bonne lecture !
Chapitre 2 : Non, il ne t'a jamais aimée.
La jeune femme fit quelques pas dans le sable brûlant, souriant au bruit des vagues méditerranéennes qui s'échouaient sur la plage dans son dos. Ses lunettes de soleil l'empêchaient de devoir froncer les yeux face à cette luminosité aveuglante. Bonjour, Ilerrante en fin-juin à dix heures et demi du matin, pensa-t-elle joyeusement.
Elle vit sa grand-mère, Claire Delacour, installée tranquillement dans l'un des hamacs flottant dans les airs, devant son immense maison, faisant s'agiter magiquement son tricot. Il était difficile de deviner que la femme allongée avec grâce et dont la chevelure, certes blanche comme la neige, brillante sous le Soleil, allait fêter ses quatre-vingt-deux ans, à la toute fin de cet été-ci.
La plage était déserte. Ilerrante était assez grande pour que chacun de ses trois cents et quelques habitants soient tranquilles, chez eux. Ilerrante était une île ensorcelée qui voguait au hasard, évitant les navires et invisible aux yeux des moldus, sur la mer Méditerranée. Elle n'était habitée que par des sorciers français. On disait souvent que c'était un peu la Pré-au-Lard de Beauxbatons car c'était ici que les étudiants venaient passer certains de leurs week-ends… le centre de l'île était pleins de boutiques, de pubs et autres divertissements.
Dominique embrassa la joue de sa grand-mère avant de s'assoir dans un autre hamac.
-Alors, ma chérie, l'as-tu bien émasculé, ce petit enculé ? lui demanda-t-elle en français.
Claire ne savait pas parler une autre langue que le français, et certainement pas l'anglais. Elle pourrait bien sûr prendre une potion ou se jeter un sort de sorte à pouvoir parler anglais mais elle était trop fière de sa langue natale pour s'abaisser à ce genre de recours. Ainsi, c'était le côté britannique de sa famille qui parlait français. Ce qui n'était un véritable souci pour personne. Ses trois petites enfants étaient bilingues et sa fille Fleur avait acheté une bague à son mari Bill pour qu'il puisse parler français dés que le besoin s'en faisait ressentir. C'est-à-dire, à chaque visite qu'ils rendaient à belle-maman.
Dominique éclata de rire. Elle adorait sa grand-mère maternelle – tout autant, cela dit, que la mère de son père, Molly I, mais elle était bien plus collante et nettement moins drôle, selon elle. Tout d'abord, c'était d'elle que Dominique, Victoire et leur mère tenaient leurs gênes vélanes, bien que Claire ne le soit pas elle-même. Ensuite, Dominique était folle de cette immense et magnifique maison qui avait recueilli ses plus beaux souvenirs d'enfance et lui avait garanti des vacances toujours plus inoubliables. Pour finir, les deux femmes s'entendaient sur pratiquement tous les sujets.
-Pas d'inquiétude à avoir, assura la jeune femme. Pour lui, le pire reste à venir.
Le sourire dessiné sur le beau visage de sa petite-fille sembla convaincre la vieille femme de la véracité de ces paroles et elle hocha du menton.
-Notre Victoire n'a pas encore quitté son lit… la pauvre enfant…
-Tu n'es pas allée la lever ?
-Je préfère que tu le fasses, je n'ai jamais été très bonne pour consoler ou m'occuper de quelqu'un, en général.
Dominique ne l'était pas beaucoup plus, à l'exception faite de quelques personnes. Dont, en particulier, Victoire et Louis.
-C'est pour ça que je t'ai appelée quand elle est arrivée, en larmes, chez moi, poursuivit-elle, comme si elle avait lu les pensées de sa petite-fille.
-Il t'a quand même fallu deux jours, lui reprocha celle-ci.
-Je te le répète, petite insolente, s'agaça Claire, ta sœur me suppliait de ne rien te dire.
-C'est pour ça qu'elle n'est pas venue me voir, moi, soupira Dominique, elle savait très bien que je lui ferai m'avouer ce qui s'était passé.
-Je n'arrive pas à croire qu'elle refuse que ça se sache… je serais à sa place, je m'arrangerais pour que ces deux-là soient renier de la famille !
-Tu dois rien dire, Mamie ! Si Vic ne veut pas que ça se sache alors personne le saura, d'accord ?
-Je ne comprendrais jamais cette gamine…
-Le tout c'est qu'on l'aime et qu'on reste avec elle.
Claire leva les yeux au ciel. Son crédo n'avait jamais été « amour, famille et solidarité ». Cependant, Dominique savait que sa grand-mère devait se retenir de toutes ses forces pour ne pas aller enfoncer son tricot dans le derrière de Ted pour avoir fait du mal à l'une de ses petites filles.
-Aller jusqu'à faire croire à toute la famille qu'elle avait une mission en Transylvanie plutôt que…, commença-t-elle à s'emporter.
-Je sais, Mamie, je sais, d'accord ?
Après avoir découvert les lettres de Ted et Lucy, il y avait de cela trois jours, Victoire avait directement transplané ici, ravagée. Elle ne s'était pas senti le courage de revenir et d'affronter Ted, et toute la famille, en faisant comme si rien ne s'était passé donc elle s'était donnée quelques jours. Elle voulait encore pardonner à Ted. Etant médicomage à Sainte-Mangouste, elle avait ensuite contacté l'institut pour demander un congé. Cela faisait déjà plusieurs années qu'elle n'avait pas pris de vacances, ils lui avaient donc donné les trois prochains mois. Elle avait envoyé un courrier à tous ses amis et à sa famille, dans lequel elle leur faisait croire qu'elle avait été envoyée en mission par l'hôpital en Transylvanie, une maladie rare qui faisait tourner les têtes à 360 degrés, quelques dizaines de fois par jours… Mensonge qui avait été gobé par tous, même par Ted lui-même. C'est certainement la raison pour laquelle Lucy n'avait pas hésité à aller ouvrir à Dominique. Victoire partie à l'autre bout de la planète, elle s'était sentie pousser des ailes.
Mais, après deux jours à échouer de consoler une Victoire en pleurs, sa grand-mère avait appelée sa seconde petite fille à la rescousse et Dominique avait découvert la vérité. A sa plus grande satisfaction, elle avait enfin réussi à lui faire ouvrir les yeux sur sa relation avec Ted. Depuis toute petite, Victoire vouait quasiment un culte à celui-ci, et depuis ses douze ans, elle en était folle amoureuse. Néanmoins, après plusieurs heures, Victoire s'était rendue à l'évidence que, comme l'exposait sa cadette, ça ne menait à rien, qu'elle serait toujours celle qui ferait les efforts et souffrirait, toujours celle qui aimait plus que l'autre, toujours celle qui saignait et pardonnait… et finalement, elle avait tendu les clés à Dominique qui s'était faite une joie de les porter à son ancien potentiel beau-frère.
¬-Allez, va la tirer du lit, il y en a assez de cette loque…, bougonna Claire. Pour un homme, je vous jure…
Dominique sourit, amusée, et se leva. Elle pénétra dans la maison par la grande ouverture sans porte qui servait d'entrée. Celle-ci ne se fermait que par un rideau de perles nacrées et ensorcelées qui s'écartaient lorsqu'un membre de la famille ou un invité voulait entrer et s'entortillaient fermement les unes aux autres quand un étranger tentait de s'introduire à l'intérieur. Elle s'avança alors dans un gigantesque salon avec un petit bassin en son centre, à l'eau à la température idéale et de laquelle des carpes de toutes les couleurs, aux écailles brillantes, faisaient des bonds gracieux de temps en temps. Elle le traversa et monta à l'étage par le large escalier. Elle fit quelques pas dans le couloir et ouvrit la deuxième porte à gauche.
Elle s'avança dans la pièce qui se trouvait être une chambre dans les tons crèmes et brun. Les nombreux meubles étaient en acajou, le sol était du parquet et la grande baie, fermée par les mêmes perles ensorcelées, donnait sur un balcon qui faisait le tour de la maison, relié à chacune des nombreuses autres chambres de l'étage. En tout, la maison comptait vingt-quatre chambres, distribuées entre deux étages entiers. La villa était un ancien hôtel qui avait fermé ses portes quand Henri, l'époux de Claire, était mort. Cette dernière avait été alors assez riche et l'était encore pour ne plus travailler, tout en gardant la maison.
Cette chambre-ci était celle que Dominique partageait avec sa sœur, depuis vingt ans, maintenant. Ses yeux tombèrent aussitôt sur l'immense lit à baldaquin en fer forgé dans lequel elle avait passé tellement de nuit blanches à ne faire que parler, rire et se goinfrer de friandises avec Victoire et dans lequel celle-ci fixait à présent sans ciller les courbes élégantes du fer sombre.
-Salut, Vic.
Elle tourna ses yeux gris, presque argentés, gonflés par les heures à pleurer sur la nouvelle venue et se força à sourire. Dominique s'avança vers le lit et se glissa sous les couvertures. La maison était isolée magiquement de la chaleur étouffante qui règne à l'extérieur, sinon aucune des deux femmes n'aurait supporté ces couvertures.
Dominique avait toujours pensé que le problème de Victoire était qu'elle avait deux qualités qui, unies, ne pouvaient que mener à sa perte ; l'immense beauté, l'ensorcelante beauté des vélanes qui vous faisait la proie de la jalousie et de l'envie, de ce besoin qu'avaient les gens de vous approcher et de s'approprier de vous, de profiter de votre aura ; la gentillesse et la bonté à l'état pure, cette générosité et naïveté extraordinaires qui rendaient impossible de deviner les mauvaises intentions des autres qui étaient pourtant omniprésentes.
Trop jolie et trop gentille pour son propre bien. Dominique était persuadée que sa sœur devait avoir un problème, un truc qui n'était pas passé à la naissance. Une vélane n'était pas censée être comme ça, une vélane était censée être comme Dominique ou comme leur mère. Forte et redoutable, féroce et invulnérable, arrogante et fière.
C'était vrai que, malgré les coups bas et les trahisons, Victoire n'avait jamais perdu la foi en ses congénères. Même maintenant qu'elle eut vingt-quatre ans, elle continuait de voir le bien partout, de sourire à celle qui lui avait fait les pires coups quelques mois plus tôt ou d'offrir son aide dés qu'elle le pouvait. Elle ne connaissait pas le ressentiment, la rancœur ou la haine. Ca lui arrivait bien sûr d'être déçue, agacée ou en colère mais il lui suffisait d'excuses pour donner une autre chance, que ce soit la deuxième ou la mille-et-unième.
C'était pour ça que, malgré ses trois ans de moins, Dominique avait toujours été la « grande » sœur, celle qui veillait sur Victoire et qui s'assurait que personne ne profite d'elle. Quand elle se laissait avoir en beauté ou marcher sur les pieds, c'était Dominique qui rappliquait, baguette sortie. A Poudlard, elle était celle qui surveillait qu'aucun garçon louche ne s'intéresse de trop près à Victoire, ce qui interloquait tout le monde. Leurs parents étaient eux-mêmes très rassurés que Dominique soit là pour leur aînée, ne s'inquiétant pas pour leur plus jeune fille qu'ils savaient parfaitement en mesure de s'occuper d'elle-même. En outre, ça avait toujours beaucoup amusé la famille que, des deux filles Wealsey-Delacour, ce soit Dominique qui joue le rôle de la grande sœur surprotectrice et c'était aussi quelque chose dont celle-ci avait toujours tiré une grande fierté.
Ce qui expliquait pourquoi Ted Lupin ne pouvait être autre chose que le pire ennemi de Dominique. D'une façon ou d'une autre, une fois après l'autre, il avait trouvé le moyen de faire souffrir sa grande sœur. Que ce soit en refusant ses avances qu'en en abusant ou en la trompant. Mais, cette fois-ci, il avait fait l'abus de trop en rajoutant infidèle à la liste de ses défauts, surtout avec Lucy Weasley. Dominique savait que Victoire pouvait pardonner beaucoup mais pas plusieurs semaines d'infidélité avec un membre de sa propre famille. « Elle qui est si famille… », pensa-t-elle.
Victoire vint se lover dans les bras de sa cadette qui les lui ouvrit et elle posa sa joue contre son épaule. Les cheveux roux et blonds se mêlèrent sur l'oreiller.
-Je lui ai donné les clés.
-Comment… comment il… comment ça s'est passé ?
Dominique observa un moment de silence. Qu'aimerait-elle entendre ? Qu'il avait crié, qu'il s'était excusé encore et encore, qu'il avait promis de ne jamais recommencer et que cela avait été une immense erreur, une ridicule et stupide, stupide erreur ? Qu'il avait essayé de la retenir pour la forcer à lui avouer où sa sœur était et la convaincre de ne pas tout finir, comme ça, de lui donner une nouvelle chance parce qu'il ne pouvait pas même songer à vivre sans elle ? Qu'il avait pleuré ?
Mais Dominique n'avait jamais pu mentir, être hypocrite, encore moins avec Victoire. En plus, elle n'en avait aucune envie. Plus Victoire aurait le cœur brisé, moins de chance il y aurait pour qu'elle retourne avec Ted.
-Lucy m'a ouvert et il était encore au lit…
Cependant, Dominique regretta presque sa franchise quand elle vit ses lèvres se tordre mais les yeux de la blonde la suppliaient de continuer, de battre le fer tant qu'il était encore chaud.
-Nu.
Victoire ferma les yeux brutalement mais elle les ouvrit aussitôt après. Des visions particulièrement indésirables s'étaient construites dés qu'elle avait eu les yeux clos. Des visions qui la pourchassaient depuis trois jours, entêtantes et insupportables.
-Et il n'a rien dit en particulier, à part essayer de me provoquer.
-Il m'a jamais aimée…, murmura-t-elle, les larmes recommençant à couler silencieusement. Il m'a jamais aimée… pas vrai, Dom ?
Dominique la regarda et la haine qu'elle éprouvait pour Ted s'agita dans son cœur, lui criant de transplaner dans la seconde et d'aller le tuer d'un avada kedavra. Mais elle savait qu'elle pouvait lui faire bien pire. Et elle allait lui faire bien pire. Elle allait tout simplement lui prendre Victoire pour de bon. Et ça lui donnait la force de faire ce qu'elle n'avait jamais pu…
-Non, Vic, chérie, je suis désolée mais… il ne t'a jamais aimée.
Mentir à sa sœur.
