Merci : A carlane pour sa review !

Chapitre 2 : Murmure

« Bonjour, Jacob Black. »

Mon sang ne fit qu'un tour. Voir son faciès, ici, dans le monde réel me semblait presque relever de l'hallucination. Ses deux prunelles dorées ne cherchaient pas à me scruter mais plutôt à trouver l'approbation qu'elles cherchaient. Je savais qu'à cet instant il se refusait à lire en moi. Je dardai sur lui un regard impatient. Je voulais qu'il accouche maintenant, histoire d'en finir. Je connaissais déjà le contenu de ses propos, je me moquais de la forme. Alors pourquoi hésiter ? Il m'avait déjà tout pris.

« Je voudrais discuter avec toi, si tu le permets. Cela ne prendra pas longtemps. »

Je savais qu'il était l'heure pour n'importe quel étudiant d'être en cours. Mais les Cullen n'étaient pas n'importe qui. Le beau temps les empêchait d'aller suivre les classes. C'est la raison pour laquelle elle n'était pas avec lui. Le vent avait en effet chassé les derniers nuages alors que je revenais de la Push, et s'ils persistaient, le soleil avait fait une timide apparition. Il perça un instant la voûte des arbres, me montrant le vampire sous son vrai jour : un être froid et plus dur encore que la pierre. Mes instincts se braquèrent immédiatement, mais je savais au fond de moi que je ne voulais pas me dévoiler devant lui. En réalité, j'avais trop peur que mon cauchemar ne devienne réalité : j'avais peur d'avoir perdu le moyen de recouvrer ma véritable forme.

Au début, j'en eu presque mal à la gorge. Je n'avais pas prononcé un mot depuis maintenant trop longtemps. Ma voix me parut fausse, rauque et mal assurée. Seul un mince son, un murmure traversa la barrière de mes lèvres :

- Quoi ?

- Je suis navré de t'importuner ainsi, mais je devais de parler. De Bella.

Entendre à nouveau son nom m'arracha un faible gémissement, mais je suis certain qu'il le perçut – mon cœur semble s'arracher à ma poitrine -. Les buveurs de sang étaient tellement doués pour déceler ce qui faisait mal chez chaque individu. Il me scruta un instant, peut être pour savoir si j'allais m'enfuir à cette annonce, mais je tins bon. Je me contentais d'observer avec grand intérêt une araignée qui grimpait sur une branche morte. Il y eut un silence. Il me parut interminable. J'attendais.

« Elle ignore que je suis ici, en vérité. Je ne pense pas qu'elle aurait souhaité que je te rencontre. Mais il m'est apparut bon de le faire tout de même. Tu sais que Bella souhaite devenir l'une des nôtres. Je sais que, comme moi, tu juges que c'est une mauvaise chose. Je viens te demander de l'aide. J'ai besoin de tu reviennes auprès d'elle.

Comprends-moi bien : je ne fais pas cela par plaisir, ni par perversion. Je le fais uniquement pour elle. Avec toi, elle a appris à aimer les plaisirs simples d'une vie normale. Tu es son seul contact réel avec le monde…humain. A mes côtés, elle juge la vie de ma famille idyllique et je crois qu'elle refuse de se rendre compte de tous les mauvais côtés que peut posséder une telle existence. Et même maintenant que tu as…changé...tu restes bien plus humain que n'importe lequel d'entre nous. Je voudrais que tu lui montres, Jacob Black, à quel point être en vie est magnifique, et à quel point, sans le savoir, elle tient à sa propre vie. A quel point mourir à 18 ans serait une erreur.

Que penses-tu de ma proposition ? »

Je marquais un long temps d'arrêt. Je n'en croyais pas mes oreilles, pourtant bien plus sensibles qu'autrefois. Un vampire, un Cullen, me demandait, à moi de lui faire une faveur ? Le monde extérieur avait-il tellement changé en si peu de temps ? Je serrai les poings à m'en faire blanchir les jointures. Malgré tout le mal que je m'étais donné à effacer ce sentiment, je l'aimais. Pas d'imprégnation, pas un truc de loup. La seule chose qui me rappelait que j'étais encore en partie humain. Et cette chose, si précieuse, il me demandait d'y renoncer. Je levai péniblement les yeux au ciel, mais le soleil avait de nouveau disparu derrière la ramure des arbres. Ils papillonnèrent un instant, alors que le trou que j'avais à la place du cœur me rappelait sa joyeuse présence. Mais la sangsue se permit de rajouter :

- Si tu ne le fais pas par égoïsme, fais-le pour elle. Je sais que tu t'opposes à ce qu'elle disparaisse. C'est la seule façon de lui faire renoncer à ça.

- Egoïsme ? Qui est égoïste ici ? Celui qui a retapé la vieille carcasse de la copine, ou celui qui l'a lâchement abandonnée pour ensuite venir se traîner à ses pieds et lui réclamer pardon ?!

- Je sais que tu me hais. Que tu voudrais que je m'efface à ton profit. Mais je te l'ai dit, je le répète : je resterai auprès d'elle jusqu'à ce qu'elle me renvoie.

- Tu ne sais rien du tout, Cullen. Tu ne sais rien d'elle, ni de moi. Et je refuse. Tu n'as qu'à te démerder de cette situation tout seul. Après tout, c'est de ta faute si elle a cette idée en tête. Et ne t'immisce pas dans mes pensées !

- Je tenais juste à savoir si tu pensais ce que tu disais. Je suis désolé de la peine que tu as pu ressentir, mais pense seulement un instant à ce que tu perdras le jour où elle renoncera à la vie.

La rage s'était emparée de moi. Ma voix était encore hésitante, mais chacun de mes mots avaient plané dans l'air comme une menace de mort. Mais à qui étaient-ils destinés ? A ce vampire, à moi-même ou bien – j'arrêtai de respirer – à elle ? Etais-je trop borné, comme autrefois, pour voir à quel point elle avait besoin de redescendre sur terre ? Allais-je encore la faire souffrir ? Allais-je briser le serment que je lui avais fait, alors que j'étais encore humain ?

- Nous aimons Bella d'une façon très personnelle, mais cela ne change rien au fond, au fait que nous partageons pour elle une même affection. Nous ne serons probablement jamais amis, mais je voudrais l'avoir été, afin qu'ensemble nous puissions la rendre heureuse. Cela me blesse de l'admettre, mais tu as une place, trop grande peut-être, dans son cœur. Tes mots la toucheront. C'est du moins ce que je veux croire.

- Tu mens. Elle ne peut se transformer sans l'aide de l'un d'entre vous. Il suffit de le lui refuser. Elle restera près de toi, elle ne te le reprochera même pas !

La forêt tournait autour de moi. J'ai cru que, finalement, j'allais flancher, perdre une nouvelle fois face à lui et à ses discours ridicules sur l'amitié. Je n'arrivais pas à croire que celui qui m'avait tout pris était capable de me proposer quelque chose d'aussi malsain.

Mais je ne pouvais laisser arriver une chose pareille. Je ne pouvais la laisser partir sans l'avoir vue, sans avoir tenté une dernière fois de la garder près, tout près de moi. Les larmes me montèrent aux yeux, je les essuyais rageusement d'un revers de coude. Comme il devait me trouver pitoyable.

Incapable de me décider, je lui tournai le dos et commençai à revenir sur mes pas. La réserve, mes frères, il me les fallait, maintenant, ou j'allais m'effondrer. Je me moquais désormais qu'il lise dans mes pensées. Comme il n'ajoutait rien, je tournai lentement la tête tout en poursuivant ma route.

Il avait disparu.

Je mis un temps certain pour revenir. Les membres du clan s'activaient, il était probablement déjà tard. Je m'arrêtai un temps afin d'observer la vie. Chez moi. Etais-ce vraiment ce que je désirais ? Quel était mon vœu ? Tout semblait si paisible, hors du temps, ici. La sagesse, les traditions qui je méprisais tant étaient le pilier de cet équilibre. Sans elles, nous aurions été fondus dans la masse, nous aurions perdu notre essence. Mon essence. Je savais quelle était ma place ici, mais plus à l'extérieur. Quel était mon rôle ?

Je me pris douloureusement la tête entre mes mains, laissant jaillir à flot mes larmes trop longtemps retenues. Si seulement, si seulement il n'était pas venu. Le visage, l'unique visage au monde que j'aurais voulu oublier, son visage, ses yeux noisettes, sa peau diaphane, ses longs cheveux châtains voletant légèrement…

Non. Je n'étais pas prêt à la retrouver. Je devrais déjà me retrouver moi-même.