Bonjour et bienvenue sur le premier chapitre de l'histoire d'une petite absynthe vivant sa vie tranquille au cœur d'Eldarya, et dont la seule préoccupation n'était au départ que d'attirer l'attention de l'elfe le plus casse couille de la garde . Bien mal lui en prit.

J'espère que vous aimerez Lilyn, héroïne pas très sûre d'elle et sans rien d'exceptionnel comme bien des gens. J'ai tendance à détester facilement les OCs alors je ne peux que comprendre que ce soit aussi le cas de celle-ci pour vous. En contrepartie, je me montre particulièrement attentive à la rendre attachante. Cette petite est loin d'être parfaite et appelée à faire beaucoup d'erreurs.

Ezarel (on ne va pas se mentir c'est bien pour lui que nous sommes là) sera l'elfe arrogant, prétendument et littéralement intouchable, sévère et espiègle de ses débuts dans le jeu. Je ne suis pas forcément contente de la manière dont sa relation avec la gardienne évolue alors je voudrais en écrire une qui me plairait vraiment, à moi mais aussi à toi qui lit ces lignes.

N'hésitez pas à me faire part de vos critiques, j'essaie réellement d'écrire un récit qui plairait à ses fans dont je fais très fièrement partie. Bonne lecture !


Lilyn marchait sans vraiment de but, la tête basse et le regard dans le vide.

- Une fois de plus, dit-elle à voix basse.

Elle tenait dans sa main le papier que son chef de garde l'avait chargée de donner à Eweleïn et sur lequel était inscrit le résultat de son évaluation trimestrielle. Une de ses évaluations les mieux réussies, couverte de petites cases cochées pour ses compétences acquises et devant les réponses qu' elle avait donné. Il avait même apposé sa signature raffinée au bas de la page, d'une encre bleue nuit coûtant certainement une fortune.

La jeune fille s'arrêta au milieu du couloir et froissa la feuille entre ses doigts crispés sans même s'en rendre compte. Elle la déplia pour la relire une dixième fois, les lèvres serrées. Pourtant, elle avait reçu une appréciation neutre et professionnelle, un « Bien » en écriture penchée, élégante.

- Une fois de plus, répéta t-elle un peu plus fort.

Elle se tut, effrayée à l'idée que quelqu'un ne l'entende. Mais ses pensées dérivèrent bien vite : une fois de plus, elle avait tenté de retenir l'attention de l'illustre Ezarel en essayant de rendre une évaluation parfaite. Et une fois de plus, cela n'avait servi à rien.

Elle avait espéré un petit compliment, une appréciation, une légère mimique lui signifiant qu'il était content d'elle. Au lieu de cela, il avait approuvé sa potion de soudure des os du bout des lèvres qu'elle avait étudié toute la nuit et hoché la tête avec désintérêt aux réponses détaillées qu'elle avait donné au questionnaire. Questionnaire qu'il lui avait rendu sans même lui lancer un regard à la fin de l'entretien.

La jeune fille serra les lèvres et froissa le papier encore plus. Elle qui avait été si fébrile toute la matinée, à la fois heureuse et terrifiée de passer ne serait-ce que quelques minutes seule avec lui ! Sa récompense pour plusieurs mois d'un travail irréprochable était ce papier. Papier qui ne lui apportait rien de concret mise à part une vague promesse de se voir attribuer encore de nouvelles tâches, pas beaucoup plus originales ni prestigieuses que celles qu'elle avait déjà, depuis maintenant quatre ans qu'elle était dans l'Absynthe !

La colère de Lilyn retomba aussi brusquement qu'elle était apparue pour laisser place à la lassitude qui ne la quittait pratiquement plus depuis des mois. Elle poussa un soupir à fendre l'âme et se dirigea vers le réfectoire en traînant les pieds. À cette heure-ci, elle aurait dû être la bibliothèque pour y étudier l'alchimie en vue de missions prochaines et son espoir vain de se faire remarquer d'Ezarel autrement qu'avec des mots qu'elle était incapable de prononcer. Mais à quoi bon ? Plutôt que de se creuser l'esprit pour un chef de garde ingrat -et pas si sexy que ça, finalement !- elle avait plutôt envie d'avaler une tarte entière et être seule au monde. Lilyn serra les poings, les yeux rivés vers son elfe imaginaire. Sa potion était parfaite et ses réponses justes ! Que pouvait-elle faire de plus pour retenir l'attention du grand Ezarel, comme elle s'efforçait de le faire lors de son épreuve d'admission où il avait sourit pour de vrai, rien qu'à elle ? L'avait-il oubliée si vite ?

La petite faélienne fut brusquement interrompue dans son auto-apitoiement en heurtant un elfe qui n'avait rien d'imaginaire. Elle tomba sur les fesses sans la moindre grâce avec un petit cri de surprise, laissant échapper sa feuille de réponses.

- Oh, je suis vraiment désolée ! Tu n'es pas blessée ?…

Lilyn releva la tête, saluant en rougissant l'infirmière en chef qui l'avait prise sous son aile à son entrée dans la garde, Eweleïn. La jeune femme se pencha en avant et l'aida doucement à se relever avant de se saisir de son papier pour le lui rendre, penaude. La petite absynthe, un peu vacillante, s'épousseta pour se redonner une contenance en observant avec envie sa silhouette gracile, ses longues oreilles pointues et son sourire bienveillant. En plus d'être jolie, l'elfe était brillante et très gentille… mais heureusement, elle ne pouvait pas lire dans les pensées, l'Oracle soit loué.

- Comment s'est passé ton évaluation avec la terreur d'Eel ? Ezarel n'a pas été trop méchant ? demanda Eweleïn en masquant maladroitement un sourire amusé.

Lilyn réprima un soupir en essayant de lisser son papier qui lui semblait encore plus ridicule, à présent. « Pas la peine de me parler comme si j'avais huit ans » songea t-elle avec amertume.

- J'ai réussi la potion de soudure des os que vous m'aviez apprise, répondit t-elle en rendant sagement sa feuille après lui avoir rendu un visage aussi décent que possible, et je ne crois pas avoir fait beaucoup d'erreurs en répondant aux questions.

- Parfait, répondit Eweleïn en parcourant ses résultats du regard. Je suis vraiment fière de toi.

Elle sourit et retourna la feuille pour en aviser un sceau de la garde Absynthe très professionnel qui avait été tamponné dans la marge.

- Ezarel a toujours aimé se montrer pointilleux là où nos deux autres chers capitaines ne s'embarrassent de rien de plus qu'un commentaire ou un conseil entendu, fit-elle. Ykhar et Kéro vont faire des bonds quand ils verrons toute cette paperasse administrative dont il vont devoir s'occuper.

Lilyn rit nerveusement. Elle craignait toujours d'être surprise à se moquer de son chef de garde mais aujourd'hui, il l'avait bien mérité -un peu.

- En tout cas, je suis ravie d'avoir pu t'aider. N'hésite pas à me redemander quand tu auras besoin que je t'aide. Si je ne suis pas trop occupée, j'en serais ravie. Maintenant, tu devrais te reposer un peu, tu as bien mérité de ne plus voir Ezarel quelques heures !

- Oh heu… j'allais au réfectoire… répondit Lilyn, gênée.

L'infirmière lui adressa un clin d'œil.

- Je vois. Moi aussi je m'abandonne à ce style de petits plaisirs coupables. Bon appétit, alors !

- Merci…

Alors qu'Eweleïn s'éloignait, la jeune fille réprima un soupir en la suivant des yeux. En fait, elle savait bien ce qui lui manquait pour trouver grâce aux yeux de son supérieur. Mesurer un mètre soixante-quinze, avoir deux oreilles pointues et un sens de la répartie plus aiguisé que les crocs d'un blackdog. Être Eweleïn, quoi ! Mais du haut de son ridicule mètre quarante et avec sa timidité puérile, ses chances d'un jour conquérir le cœur du chef de l'Absynthe étaient proche du zéro absolu. En plus de cela, elle ne brillait pas vraiment par son physique irrésistible : deux yeux bleus comme on pouvait en voir des centaines, des cheveux blonds cendrés et une peau trop claire qui rougissait pour toute sa palette d'émotion.

- Oh, bienvenue Lilyn ! l'accueillit Karuto dans le réfectoire en lui ébouriffant les cheveux par dessus le comptoir. Comme d'habitude ?

L'intéressée essaya de relativiser en avisant l'énorme part de tarte que le cuisinier lui tendait comme à chaque fois qu'elle mettait un orteil à la cantine, sans vraiment de succès. Tant qu'à faire, elle aurait préféré ressembler à autre chose qu'à une enfant et être traitée en femme ! Même Karenn avait passé l'âge des petits cadeaux du cuisinier en chef et se faisait désormais proprement rembarrer chaque fois qu'elle lui réclamait quelque chose.

Lilyn accepta timidement l'assiette et rejoignit une table vide en maudissant sa nature introvertie. Depuis toujours, elle était presque incapable de tenir une conversation normalement, même avec des gens qu'elle côtoyait depuis plusieurs années. Dans les lieux publics, c'était pire et le réfectoire bondé était une véritable épreuve. Elle fila s'installer à une table vide, un peu à l'écart des autres et s'enfonça dans sa chaise, ses pieds effleurant à peine le sol avant d'entamer le gâteau à grosses bouchées. Comme d'habitude, les fruits juteux de la Terre calmèrent sa mauvaise humeur au bout de quelques minutes.

Elle se mit à observer machinalement les autres absynthes entrer dans la cantine. La plupart sortaient de leur évaluation mais ils semblaient rares à l'avoir réussi. Beaucoup étaient abattus et deux filles avaient l'air au bord des larmes, sûrement réprimandées avec le mordant caractéristique de leur chef de garde. Au moins, elle pouvait se consoler en se disant qu'elle avait échappé à cela, mais ce n'est pas comme si elle s'était attendue à faire moins.

Dans l'Absynthe, ses confrères comme ses supérieurs semblait la considérer comme douée, du moins plus que les gardiens de son âge et elle s'efforçait qu'ils ne changent pas d'avis. Lilyn ignorait totalement comment exister différemment aux yeux des autres qu'à travers son travail. Elle étudiait beaucoup et lisait énormément pour toujours être irréprochable. Sans compter que les livres ne la forçait pas à tenir la conversation.

Elle possédait aujourd'hui plus de connaissances que beaucoup de ses aînés mais malgré ses efforts, il en demeurait toujours un qui était loin d'être impressionné par ses performances : Ezarel lui même. S'il n'était pas rare que des gardiens plus âgés viennent lui demander de l'aide pour réciter une formule oubliée ou manipuler des outils trop précis, Lilyn n'était rien de plus qu'une sorte de mascotte auprès des membres de sa garde. Un familier très utile avec deux bras et deux jambes.

Prise d'une colère soudaine, Lilyn frappa de toutes ses forces la table et poussa un petit cri de douleur. Quelques gardiens à proximité lui jetèrent un coup d'œil curieux. La jeune fille s'écrasa dans sa chaise et fit mine de s'intéresser de très près à sa nourriture jusqu'à ce qu'on se détourne d'elle. Il fallait très sérieusement qu'elle fasse cesser ses innombrables monologues intérieurs. Elle passait le plus clair de son temps à réfléchir et finissait toujours par en arriver aux pires conclusions.

- Ah tu es là ! S'exclama une voix tout près de son oreille, la faisant sursauter. Tu as encore eu une part gratuite ?! Karuto m'a dit ce matin qu'il n'y en avait plus, le menteur !

Karenn se laissa tomber sur une chaise en face d'elle, serrant entre ses mains couvertes de crasse une assiette remplie de viande noyée dans une sauce qui débordait jusqu'aux bords. La petite vampire dégageait une odeur désagréable et seul ses yeux verts vifs étaient visibles sous l'épaisse couche de boue qui masquait les traits de son visage. Elle lui adressa un sourire éclatant, dévoilant ses canines pointues. Sa bonne humeur réconforta Lilyn immédiatement.

- Il n'a, heu… peut-être pas digéré ta petite plaisanterie de la dernière fois, avança t-elle avec un léger sourire.

- Je ne pouvais pas savoir qu'il avait si peur des cheads ! En plus, je n'ai rien gâché du tout.

Lilyn observa silencieusement son amie se mettre à manger avec appétit tout en lui racontant sa journée avec force détails, tout en laissant sur le sel et le poivre de disgracieuses traces de saleté.

- Notre évaluation a été moins propre que la vôtre, s'amusa Karenn sans chercher à limiter les dégâts. Nevra a été très créatif ! Il faudra que tu me rappelle de me venger !

La jeune fille hocha la tête. La plupart des conversations qu'elle entretenait avec la sœur du chef de l'Ombre se passaient ainsi : Karenn parlait et elle écoutait. L'adolescente était une incorrigible bavarde sur ses sujets de prédiction : les ragots. Lilyn plaçait de temps en temps une petite phrase pour la relancer quand le flot de paroles se tarissait et c'était repartit pour des heures sur des centaines de rumeurs sur tout et tout le monde. Au moins, elle était au courant de tout… notamment du statut marital d'un elfe en particulier ! Hem.

- Si tu veux mon avis, affirma la jeune vampire en jetant un regard dubitatif aux ombres qui entraient à leur tour, pour la plupart encore plus sales qu'elle, mon frère voulait assister à un combat de boue entre filles, ce pervers.

- Ah ? Je ne sais pas si c'est, heu… surprenant ou prévisible, répondit Lilyn en riant nerveusement.

Nevra était réputé pour son goût pour la gente féminine, mais ce n'était pas son genre d'user d'un stratagème malhonnête pour pouvoir se rincer l'œil. Karenn haussa les épaules, décelant la question dans le regard de son amie.

- Il a dû intervenir une fois ou deux et il s'est retrouvé aussi englué que les autres gardiens assez vite, je crois que ça a pas mal plu à la plupart des filles et quelques garçons. C'est gagnant-gagnant, expliqua la jeune vampire, la bouche pleine.

- Mais… toutes n'ont pas envie qu'il s'intéresse à elles, non ? demanda Lilyn en baissant la tête.

- Le système de l'Ombre est différent de l'Absynthe. Le rapport avec notre chef n'est pas le même, en général les gens en rient et Nevra s'entend bien avec presque tout le monde, expliqua Karenn. Si quelqu'un est mal à l'aise, il ne dépasse jamais ses limites.

Lilyn hocha la tête et adressa un sourire à l'ombrette. Elle ne pouvait pas s'empêcher de faire la parallèle avec son propre chef de garde. Ezarel était en conflit avec les trois quarts de l'Absynthe et bousculait constamment ses faerys. Il était un meneur respecté, mais les éclats de voix étaient fréquents.

- Et toi, parle moi de ton évaluation ! Comment s'est passé le face à face dans l'antre de la bête ? demanda Karenn. Ezarel est toujours aussi imbuvable.

Lilyn se mordit la lèvre. Elle n'avait pas besoin de se voir confirmer plus que cela ses déductions.

- Comme d'habitude… marmonna t-elle, le regard fuyant.

Elle reçu une claque dans le bras et failli lâcher son gâteau.

- Ne fais pas cette tête ! T'es encore en vie et crois moi, c'est déjà beaucoup ! Si ça avait été moi, il y aurait eu au moins un mort !

- Et ça aurait été toi ou Ezarel ?

Karenn éclata de rire, fit mine de boxer l'air quelques secondes avant de redevenir sérieuse.

- On a beau dire, ce satané elfe ne met vraiment pas de gants avec ses subordonnés. Je ne sais pas comment tu fais pour travailler avec lui tous les jours.

L'intéressée haussa timidement les épaules.

- Même s'il n'est pas très aimable, il sait ce qu'il fait, murmura-t-elle. Quand les recrues ont vraiment besoin d'aide, il est fiable. Et parfois, quand il est de bonne humeur, il est plus…eh bien…d-doux ? Même si c'est rare…

Elle s'interrompit en remarquant Karenn froncer les sourcils avec étonnement.

- Ce qui est rare, c'est de te voir parler autant, s'exclama t-elle en souriant.

L'absynthe devint écarlate mais Karenn ne sembla pas s'en rendre compte et renchérit sur son propre chef de garde.

- Mon frère se débrouille bien malgré ses défauts, plus que je l'aurais cru quand il a été nommé ! Il a l'air insouciant comme ça, mais il prend son rôle très au sérieux. Je suis vraiment très fière de lui. Après, c'est aussi parce qu'ils le méritaient que les trois chefs de garde ont été choisi, c'est normal qu'ils soient à la hauteur. Mais avoue que cela serait plus viable s'ils avaient un caractère plus facile, non ?

Lilyn haussa les épaules. Cette conversation commençait à lui déplaire, elle ne tenait pas à s'étendre plus longtemps sur son opinion à propos d'Ezarel. Heureusement pour elle, l'entrée remarquée d'un autre chef parvint à distraire Karenn suffisamment longtemps pour qu'elle oublie le sujet.

Couvert de boue de la tête aux pieds et l'œil un peu trop brillant pour être honnête, un jeune vampire jetait un regard circulaire à la salle en essuyant ostensiblement ses bottes sur le tapis à l'entrée du réfectoire. Il les repéra soudain et se dirigea vers elles en dévoilant un sourire hérissé de crocs, avant de s'installer à leur table sans la moindre gêne et se mettre à piocher dans leurs assiettes respectives sans même les saluer.

- Nevra ! s'offusqua Karenn et éloignant son repas des mains baladeuses de son frère. Vas-te chercher quelque chose, tu sais à quel point j'ai dû argumenter pour obtenir ce plat ?! Et puis tu es couvert de boue, c'est dégoûtant !

Son frère avala tout rond le morceau de viande qu'il lui avait chipé et lui adressa un clin d'œil.

- Navré, mais je meurs de faim. Je viens d'avoir un après-match mouvementé, vois-tu.

Karenn leva les yeux au ciel et tira son assiette jusqu'à elle en le infligeant une claque sur les doigts.

- Beuuuuurk, je ne veux rien savoir et raison de plus ! Vas voir tes groupies, espèce de profiteur.

Le vampire se mit à rire avant de se tourner vers Lilyn qui les observait avec un petit sourire amusé, sans oser se mêler à la conversation.

- Bonjour Lilyn, ton évaluation s'est bien passée ? lui demanda t-il. Ezarel n'a pas été trop méchant ?

La jeune fille se rembrunit. Il était la troisième personne à lui poser la même question en vingt minutes, alors qu'elle était venue se réfugier à la cantine pour oublier ce moment désagréable. Elle parvint à garder une contenance malgré la tentation de courir dans sa chambre sur-le-champ. Le vampire avait beau se situer parmi les gens avec qui elle s'entendait le mieux, il ne la connaissait personnellement que parce qu'elle était amie avec sa sœur et restait un chef de garde très intimidant.

- Je m'en suis bien sortie, dit-elle en détournant le regard.

Nevra sourit et désigna le bout de son oreille pointue.

- Bravo mais n'hésite pas à crier cet exploit sur tous les toits, sans mon ouïe génialement vampirique, je n'aurais rien entendu. Tu devrais parler plus fort.

Lilyn rougit et baissa la tête, avant de se saisir de sa part de tarte et l'enfourner profondément dans sa bouche. Elle avait de plus en plus envie d'être ailleurs, loin des questions, des regards et des moments humiliants. Pour couronner le tout, une voix qu'elle aurait reconnue même avec la plus mauvaise ouïe du monde l'acheva net.

- Nevra, aurais-tu vu Alajéa ? J'ai à lui parler.

L'intéressé releva la tête, par dessus l'épaule de Lilyn qui s'était raidie et avait avalé de travers le dernier fruit. Elle s'étrangla et Karenn fonça à sa rescousse pour lui taper dans le dos avec énergie.

- Désolé Ez, je ne l'ai pas vu depuis hier. Pourquoi ?

- Comme d'habitude. Son évaluation à été catastrophique, mais elle avait l'air plus déprimée que les autres fois où elle s'est lamentablement ramassée.

Lilyn pouvait presque deviner comme il avait levé les yeux au ciel en ponctuant sa phrase d'un petit soupir affligé. Elle reprit son souffle avec difficulté mais n'osa pas se retourner vers lui, les joues marbrées de rouge et les yeux larmoyants. La simple présence de l'elfe dans son dos faisaient hérisser tous les cheveux de sa nuque et elle se sentait plus ridicule et idiote que jamais. Karenn, ayant vu qu'elle s'était momentanément calmée, intervint sur un ton de défi.

- Laisse tomber Ezarel, tu es une plaie en relations sociales. Alajéa est mon amie, c'est moi qui vais la voir. Tout plutôt que tu aggraves la situation avec ton légendaire savoir-vivre.

L'elfe haussa un sourcil avec un sourire en coin.

- J'aime ta perspicacité. Ça tombe bien, j'avais autre chose à faire que de courir après une subordonnée qui s'étonne de ne pas réussir une potion après avoir passé toutes ses leçons à dormir et dessiner sur la table. Figurez-vous que je pars pour une longue mission qui commence dès demain.

- Oh, comme le QG va nous sembler vide et ennuyeux sans toi ! répliqua aussitôt la petite vampire avec un sourire venimeux.

Lilyn, abasourdie par la nouvelle, sursauta en sentant soudainement une main se poser sur sa tête. Le visage d'Ezarel apparu à quelques centimètres du sien et il l'examina de haut en bas, dubitatif.

- Je savais que la plupart de mes subalternes n'étaient pas des lumières, mais je dois avouer que j'en découvre de belles tous les jours. Dis-moi Lilyn, tu te rappelle comment manger, au moins ? Tu sais, mastiquer, avaler, respirer.

L'intéressée devint plus rouge, si compté que cela soit encore possible.

- Oui… bredouilla t-elle, incapable de soutenir le regard vert de son chef de garde.

Nevra, silencieux jusqu'alors, intervint avec un regard sévère.

- Sois un peu gentil, Ez. Passer ta mauvaise humeur sur les autres ne rendra pas ta journée plus agréable.

- Je plaisante, enfin ! siffla l'elfe en se redressant, vexé. N'y a t-il personne dans cette garde qui possède un tant soit peu d'humour ?

Karenn le foudroya du regard alors qu'il faisait demi-tour sans saluer personne et s'éloignait en secouant la tête.

- Ez est d'une humeur particulièrement courtoise aujourd'hui, fit remarquer Nevra en claquant de la langue d'un air désapprobateur. C'est probablement à cause de cette fichue mission d'enquête que Miiko lui a refilé sur la pandémie dans l'est. Elle essaie d'être discrète sur le sujet alors je suppose qu'elle a du choisir parmi les personnes au courant et… Ezarel l'était. Ça lui passera et il nous reviendra encore plus insupportable qu'avant. Tu disais Lilyn, ton évaluation ?

La jeune fille ne l'entendit même pas. Assise dans le fond de sa chaise, elle se sentait misérable. Était-elle condamnée à tout faire de travers ? À ne jamais posséder une once de répartie ? De considération de la part des autres ?

Parfois, elle se disait même que ses amis n'en étaient pas vraiment. Karenn était si enjouée au quotidien qu'elles n'étaient pratiquement jamais sur la même longueur d'onde. La petite vampire finirait bien un jour par la trouver ennuyeuse. Quant à Nevra, il était membre de l'Étincelante et sans doute l'un des personnages les plus importants après Miiko et peut-être Leiftan, son bras droit. Il lui parlait parce qu'elle était souvent en compagnie de sa sœur, mais elle n'était qu'une absynthe parmi d'autres. Dans le fond, ils ne vivaient pas dans le même monde.

- Je suis désolée, je dois partir, bredouilla la petite faélienne en se levant, les lèvres tremblantes. Je… J'ai du travail.

Sans rien ajouter, elle quitta le réfectoire aussi vite que le lui permettaient ses petites jambes, se retenant de courir. Elle eut pendant quelques instants l'impression que Nevra voulait l'appeler, mais il fut soudainement accaparé par trois filles peu habillées. Karenn en revanche, se leva d'un bond et la poursuivit jusque dans la salle des portes.

- Attends ! l'appela-t-elle en la saisissant par l'épaule.

Malgré son appartenance aux ombres discrètes et furtives, la jeune fille avait de la poigne et un regard sérieux qu'elle adoptait rarement. Lilyn s'arrêta au pied des marches, les yeux rivés sur ses pieds. Malgré leur différence d'âge, elle l'appréciait beaucoup et ne voulait pas se disputer avec elle car les autres membres du QG la traitaient souvent comme une enfant. Karenn était jeune et l'entraînait souvent dans des aventures d'adolescentes qu'elle ne comprenait pas toujours, mais la traitait comme une égale. Et mieux, comme une amie.

- C'est Ezarel qui t'a mise dans cet état ? demanda t-elle de but en blanc. Tu ne devrais pas t'en faire pour lui, ce n'est qu'un imbécile ! Tu veux que nous allions voir Alajéa ensemble ? Vous pourrez dire tous le mal que vous voudrez de lui, ça vous fera le plus grand bien !

Lilyn lui adressa un sourire sans joie, touchée.

- M-merci… mais ça ira. Je vais bien, j'ai juste besoin de décompresser en lisant un peu.

Karenn abdiqua et la lâcha, pas dupe pour deux manaas.

- Très bien, je te laisse à tes vieux livres ennuyeux, dit-elle. Mais tu nous rejoindras au moins pour le repas de ce soir !

La petite faery hocha la tête et remit en marche aussi sec. En réalité, elle risquait fort d'oublier après son énorme part de tarte. Elle n'avait pas l'habitude de manger avec trop de monde et encore moins de consommer autant de sucre. Pour une petite demi-heure, cela commençait à faire beaucoup.

- À plus tard ! lui cria Karenn en s'éloignant.

Lilyn lui adressa un signe de la main et entra dans la bibliothèque en frappant timidement à la porte. Kero et Ykhar lui adressèrent un sourire chaleureux. Ils se côtoyaient très souvent en raison des jours entiers que la jeune fille passait enfermée dans la bibliothèque et l'avait souvent aidée à apprendre par cœur des pages et des pages de formules, de recettes et de propriétés. Elles les appréciaient beaucoup mais comme les autres, il lui parlaient avec ce ton qu'on use pour les enfants et les nouvelles recrues. Lilyn discutait à l'occasion avec eux mais n'avait jamais cherché à nouer plus de liens.

Ils échangèrent quelques mots et elle se dirigea vers le fond de la pièce à sa table habituelle, près d'une fenêtre. Elle donnait sur les jardins et de là, elle pouvait observer à loisir les entraînements rigoureux des obsidiens, les sorties des jeunes familiers, l'entretien des plantes de sa garde et, à l'occasion, les déambulations de son chef de garde dans les allées. Elle passait parfois l'après-midi à attendre de pouvoir l'observer, un sourire rêveur aux lèvres et le cœur serré.

Ce jour-là, le QG d'Eel était presque désert et le resterait probablement longtemps à ses yeux après le départ de l'elfe. La jeune fille soupira en jetant un coup d'œil machinal à l'entraînement obsidien. Les épreuves de Valkyon devaient être terminées. Elle sourit à cette idée en cherchant le livre qu'elle avait commencé la veille. Elle aurait été incapable de tenir plus d'une journée dans l'obsidienne et en admirait les membres, même si elle les croisait beaucoup moins que ceux de sa propre garde.

Les guerriers travaillaient surtout à la forge, s'entraînaient à l'extérieur et effectuaient des missions hors du QG. Les absynthes à l'inverse, partageaient comme elle leur temps entre l'étude, l'alchimie et les jardins, ce qui faisait qu'elle était très souvent en contact avec son supérieur : son absence serait un réel changement. Seuls les absynthes les plus méritants étaient envoyés loin de la garde pour prodiguer des soins, participer à des missions incluant une protection ou trouver des ingrédients rares, par exemple. Elle même n'était jamais allée plus loin que quelques lieux autour de la garde au cours de sa vie et ne connaissait le monde qu'au travers de ses livres.

- Lilyn ?

L'absynthe tressaillit. Absorbée par ses pensées, elle avait à peine avancé dans son livre et en avait presque oublié où elle était. Pendant qu'elle lisait, le jour avait baissé et les pierres lumineuses de la pièce s'étaient mises à briller, diffusant dans la pièce leur douce lumière irisée. La jeune fille referma son livre, l'esprit encore plein de mots et avisa Ykhar qui se tenait près de la table où elle s'était installée, l'air d'attendre quelque chose. Les rayonnages étaient pratiquement déserts, seul Kéro un peu plus loin, semblait encore plongé dans le travail avec le sérieux qui lui était caractéristique.

- Il est déjà l'heure de s'en aller ? demanda Lilyn.

- Oh ! Eh bien les autres sont partis mais rien ne t'empêche de rester encore un peu, répondit la brownie avec un sourire hésitant. En fait, je voulais te demander un service. Après tout, tu as ton propre exemplaire des clés de la bibliothèque depuis longtemps maintenant et tu nous demande depuis presque aussi longtemps d'accéder à la salle des archives, alors…

Lilyn la dévisagea quelques secondes, stupéfaite et ravie. Ykhar s'agita, gênée.

- Heu, enfin ! Ce n'est pas exactement ce que je voulais dire, disons que je… peux t'autoriser l'accès pour un temps limité par exemple, même si Miiko risque de ne pas apprécier, je… bref ! Je voulais surtout te demander ton aide pour attraper un livre que je n'arrive pas à atteindre.

Le sourire de la petite faélienne s'effaça. Elle accusa le coup quelque secondes et se mit debout, face à la lapine qui devait faire deux bonnes têtes de plus qu'elle.

- Tu crois vraiment que je vais t'être utile ? demanda t-elle sans conviction.

- Et bien en fait, bafouilla Ykhar de plus en plus mal à l'aise, c'est pour ça qu'il faut que ça soit à toi que je demande ! Le livre en question est au fond d'une espèce de… Enfin, tu vas comprendre.

Elle lui fit signe de la suivre et se dirigea vers la réserve de sa démarche empressée. Lilyn posa un regard de regret sur son livre abandonné et lui emboîta le pas, curieuse.

La porte pour accéder à la salle des archives était relativement basse, au point qu'Ykhar du plaquer ses propres oreilles sur sa tête pour passer. Lilyn s'était attendue à un réduit qui le serait également, du moins comparé à la grande pièce où étaient rangés le reste des livres ainsi que les tables de travail. Elle découvrit à la place un espace qui, s'il était relativement étroit, possédait un plafond beaucoup plus haut et dont l'organisation était bien plus relative que dans le reste de la bibliothèque.

Des étagères croulant sous les livres poussiéreux maladroitement étiquetées avaient été repoussées contre les murs, presque inaccessibles. Des murs de données, de notes et de missions confidentielles s'entassaient devant, appuyés maladroitement les uns contre les autres en équilibre précaire. Pour éviter de boucher l'accès aux étagères, on y avait aménagé plusieurs petits passages qui semblaient tout près d'être enseveli au moindre faux mouvement. Au centre de ce fouillis se trouvait un registre posé sur une table ainsi que plusieurs crayons terriblement usés. La pièce était éclairée d'une multitude de pierres lumineuses disposées dans des alcôves aménagées dans les piles de livres et posés en hauteur sur les étagères, près du plafond. L'ensemble donnait à la pièce une allure de cache au trésor.

- Impressionnant, hein ? commenta Ykhar, rose de plaisir devant l'expression incrédule de Lilyn. Je ne peux pas montrer cette pièce à beaucoup de membres de la garde, mais ils ont tous la même expression en découvrant tout ça.

- C'est que, ce sont beaucoup de possibilités auquel on a pas accès, murmura l'intéressée en regardant autour d'elle en essayant de déchiffrer un maximum de titres.

- Oh, oui je sais et c'est dommage… Mais la plupart contiennent des informations dangereuses. On ne peut vraiment pas les laisser en libre service. Et puis, il faut le dire, c'est quand même très mal rangé, expliqua Ykhar en se dirigeant vers le registre. La pièce est petite alors on ne sait plus où mettre les livres au bout d'un moment. En fait, nous prenons des dispositions pour trier son contenu, mais elles sont assez récentes et la plupart des ouvrages ne sont pas référencés. Kéro et moi n'avons pas vraiment le temps de nous y mettre et on ne peut pas prendre le risque que certaines informations tombent entre de mauvaises mains par hasard !

- Je comprends.

La brownie fit pivoter les pages du registre d'un geste vif avant de retrouver ses notes. Elle leva les yeux aussitôt et s'avança en cherchant des yeux quelque chose qui semblait rangé prêt du plafond.

- Bon, trêve de bavardages ! C'est par ici, suis-moi.

Lilyn arracha à regret son regard des livres entassés et suivit Ykhar jusqu'à un recoin de la pièce où les ouvrages formaient un véritable monticule instable, bouchant la lumière de la fenêtre. La brownie désigna du doigt un coin d'ombre de l'autre côté de la pile. Lilyn, trop petite, ne pouvait pas voir ce qu'elle pointait mais devina que c'était ce qu'elle était supposée atteindre.

- Tu vois, il y a un petit passage entre cette étagère et la pile d'archives, ici, expliqua Ykhar. Les documents n'y sont même plus triés. Nous les avons rassemblés à l'époque de la perte de Yonuki, quand le grand cristal à été brisé. Je suis trop grande pour passer mais toi, tu devrais t'en sortir si tu rampe. Je sais, c'est étroit, mais tu es la seule à pouvoir le faire.

Lilyn s'agenouilla près du mur pour observer au travers du passage en question. Même pour elle, c'était presque inaccessible et pas très rassurant. L'endroit était sombre et dégageait une odeur de renfermé qui prenait à la gorge. Mais surtout, le tunnel entre les livres passait juste sous l'espèce de montagne littéraire. Si le tas s'écroulait sur elle, elle serait tout simplement écrasée.

- Tu penses y arriver ? demanda Ykhar.

- Je… je peux essayer, répondit Lilyn d'une voix lasse, avant de s'accroupir près du tas pour le regarder plus en détail.

La journée continuait de la conforter dans ce qu'elle ne se cessait de se dire : elle n'était considérée que comme une gamine, une mascotte ou une bonne poire. Et le pire, c'est qu'elle était bien incapable de ne serait-ce qu'essayer d'y changer quoi que ce soit.

- Ne fais pas cette tête, tenta de la réconforter Ykhar, sur le ton de la plaisanterie. La réserve regorge de trésors ! Peut-être qu'une fois que tu m'auras rendu ce service, tu te trouveras quelque chose d'intéressant ? Qui pourrait même changer ta vie !

Lilyn n'en cru pas un traître mot.


Merci aux deux gardien(en)s m'ayant laissé des reviews et aux trois follows que j'ai déjà reçu, j'en suis ravie :)

Pour te répondre Alexei Vesselo, tu mets le doigt immédiatement sur ce qui m'inquiète en particulier ^^ Je sais que je suis très pointilleuse avec les personnages des autres et qu'écrire un personnage timide est difficile, vraiment... Il faut que je créer un équilibre pour garder Lilyn réservée sans la rendre trop pleurnicharde et renfermée. Certains personnages sont insupportables à manquer des occasions en or parce qu'ils n'osent pas l'ouvrir et on a juste envie de leur dire "mais bouge-toi, idiote !". J'espère que ça n'arrivera pas mais je compte sur vous pour m'en faire part si ça arrive... Merci, j'espère que mon écriture se maintiendra à ton goût ! En espérant te revoir pour la suite :)

Quant à Guest dont j'ignore l'identité, si tu trouves ce chapitre trop court, c'est tout bêtement parce que j'avais la tête dans le fromage et que j'ai bêtement oublié de préciser qu'il s'agissait d'un prologue et pas d'un réel commencement x) Je pense que la longueur de cette suite te conviendra plus (d'ailleurs à force d'extrapoler, il est devenu beaucoup plus long que prévu). Ça fait réellement plaisir tous tes compliments sur mon style d'écriture :') Pour poster, je me relis des dizaines de fois et toujours quand j'en arrive au moment de mettre le chapitre en ligne, j'en suis arrivée à un point où c'est limite si tout me parait NUL. À bientôt et merci pour ton commentaire !


Voilà pour ce premier chapitre. J'ai tendance à être lente au démarrage mais en contrepartie, l'histoire sera longue. Du moins, elle est bien partie pour l'être !