Disclaimer : Les personnages de Supernatural sont la propriété de Eric Kripke ; les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.

Contexte des deux séries :

Fin de la saison 3 de Teen Wolf, la meute vient à peine de réussir à vaincre le Nemeton et le retour à la réalité est encore difficile... Et si Stiles n'avait pas eu la possibilité de tourner la page ou, en tout cas, pas comme il l'aurait voulu ?

Fin de l'épisode 8 de la saison 12 de Supernatural, les Winchester se font arrêter pour tentative de meurtre sur le Président des États-Unis... Et si Castiel avait décidé de régler le problème en appelant les plus compétents en la matière, à un certain prix ?


Des flashs ressurgissaient en des instances de solitude. Une tentation démente les prolongeait et s'insufflait dans ses poumons, celle de se fondre dans le décor. Les veilleurs en charge des rondes se distrayaient ailleurs et pendant ce qui lui semblait des lunes, il n'y avait que son corps avoisinant la pierre glaciale de la pièce. Patiemment avachi par terre, il sentait ses muscles s'incorporer à elle. Ses genoux à peine repliés se déroulaient peu à peu et s'étendaient bout à bout de l'alvéole qui lui servait de logis. Il se métamorphosait en protubérance au contact du minéral, comparable à une fusion de cellules à un niveau moléculaire, jusqu'à ne plus être qu'une masse informe. La sensation hypnotique que procuraient les simulacres de l'hypothermie était meilleure que le frottement rêche des draps, le grincement du lit de camp. Il était transi, confiné dans un isolement total. D'un côté, cela avait un aspect épuré. D'un autre, ce n'était ni plus ni moins qu'une mort consciente.

Ces flashs, il détestait les chérir. Elles se tenaient en équilibre précaire dans ses mains comme des centaines de perles cristallines. Il en était effrayé, il s'efforçait en vain de se les sortir de la tête et, inéluctablement, elles glissaient entre ses doigts maigres, chutaient, s'écrasaient. Alors seulement, il se mettait à pleuvoir.

Frêle et prostré, il était esclave de l'inertie. Le traitement administré était cruel, constant, vide de sens. L'austérité et l'étroitesse du lieu, l'éclairage miséreux, le silence omniprésent, l'absence de visite ; tout avait été analysé, décortiqué sous des angles barbares, dans l'unique intention de l'opprimer. S'ils avaient au final atteint leur but, Stiles n'arrivait pas à se prononcer avec objectivité. Il n'avait qu'une certitude, il était ressorti différent de ce dépôt de chair humaine.

La première fois qu'il avait vu le Soleil, lorsque sa baby-sitter attitrée avait soudainement projeté de le foutre hors de l'édifice carcéral à la place d'une petite séance en binôme de torture psychologique, un pan d'ombres s'était tourné dans sa direction. Trois hommes et pas un sourire, tous postés autour d'une vieille voiture basse de plafond. Aujourd'hui, il l'appelait « Baby » et connaissait son pedigree du joint des pneus au revêtement des rétroviseurs ; c'était une Chevy Impala de 1967 à quatre portes au coffre très suspect et rempli d'armes. À l'époque, il s'était seulement dit qu'elle n'aurait jamais autant de gueule que sa belle Roscoe disparue et que le gars accoudé à la fenêtre du conducteur devait avoir un grain pour le fixer à ce point en biais. Stiles n'était pas un alien, pas vraiment, mais à travers les yeux de cet étranger, il aurait pu croire qu'une corne avait poussé à la cime de son crâne. Interné, il n'était que poussière. Dehors, il était une menace.

La vision éblouie, il avait reniflé, enfouissant ses mains dans les poches de sa jaquette, et cela n'avait pas du tout eu l'air de plaire à son chauffeur qui dégaina un flingue par magie. Il avait d'emblée ciblé la cervelle de la demi-portion, prêt à la crever au moindre geste. Il avait fallu les hurlements répétés d'une gardienne au teaser et d'un de ses coéquipiers, un type immense, pour arriver à le calmer. Cinq exorbitantes minutes. Dean avait en effet eu beaucoup de mal à l'accepter dans sa vie.

Sam, celui qui avait pris sa défense en même temps que la femme de service, s'était montré plus avenant. Il avait osé s'approcher jusqu'à la responsable du gosse, une neuropsychiatre notoire qui répondait au charmant prénom de « Lola », et avait fait l'erreur de lui tendre la main. Bien évidemment, elle s'était montrée indifférente et avait encore bousculé d'une poigne éloquente l'adolescent. En des mois d'entretien, elle n'avait rien su faire de plus inventif que cela, le brutaliser. Projeté sur le front, il avait failli se ramasser aux pieds du cadet des Winchester, bien qu'à ce stade, il n'avait aucune idée de qui pouvaient être ces gens. Honnêtement, il s'attendait à être fusillé ou pire, être jeté dans une cellule neuve.

Ce fut le cas. Après un week-end de voyage sur une banquette effroyablement inconfortable, l'aîné des frères s'était empressé de l'enfermer dans un abri antiatomique. Les événements entre sa sortie et son arrivée s'étaient évaporés, à l'exception de son dos ankylosé, sûrement parce que l'un de ses récents bourreaux avait trafiqué la bouteille d'eau laissée à sa disposition. Drogué ou pas, il n'aurait de toute manière pas tenté de mémoriser le chemin ou de s'enfuir. Il avait déjà assez donné infructueusement ces dernières semaines, il ne supporterait pas un châtiment de plus. En guise de couronnement, ses fesses avaient rencontré une chaise en bois et il avait repris conscience. Puis, ce trône de fortune ne l'avait plus quitté durant une heure environ. La sensation de faim dans le creux de son ventre avait estimé la durée de son attente à ses dépens, même si étonnamment, il avait perçu une sorte d'aigreur à l'estomac. Elle s'apparentait à un relent d'indigestion dont il ne se souvenait pas avoir eu. Pour meubler ses réflexions encore vaporeuses, il avait compté le nombre de briques autour de lui, cela ne l'avait pas changé de d'habitude. Nouvel endroit, même martyr. La Chasseresse et son caractère explosif furent échangés contre un ménage de têtes brûlées.

Depuis le début, il y avait eu trois hommes. C'était indéniable. Il le savait, car un automne, Sam lui en avait fait la réflexion en rigolant, alors qu'ils discutaient de leur premier contact plutôt excentrique. Dès le moment où l'ancien prisonnier avait souligné que sa rencontre avec Castiel avait été normale, contrairement à celle avec les Winchester, le chasseur n'avait pas pu s'empêcher de pouffer.

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'agita aussitôt l'oiselet à côté de lui.

Sam arborait un sourire tellement large qu'on aurait pu y installer une banane au milieu. Il attrapa sa bière et but une gorgée, se gardant de répondre à la question pour faire languir son public. D'un coup d'œil, il remarqua la mine vexée de Stiles et s'en amusa davantage. Décontracté, il se laissa aller contre le dossier de son siège et souleva le petit doigt au bout du goulot. Celui-ci pointa vers les traits impatients du gringalet. Après un roulement de pupilles, il déclara :

— Il était là, tu as passé tout le trajet affalé sur lui.

Un sentiment monta le long de la colonne du concerné, sans qu'il n'arrivât à l'identifier. Cela n'avait néanmoins rien à voir avec de la surprise.

— C'est un mauvais coussin, se surprit-il à rétorquer du tac au tac.

— Hein ? Quoi ? s'interloqua l'adulte en haussant un sourcil.

Ce dernier avait suspendu ses mimiques, une lueur curieuse dans le regard. Stiles détourna la tête et se racla la gorge imperceptiblement. Il bredouilla une excuse sur la vaisselle qui stagnait dans l'évier et devait être nettoyée, puis fila. Quelques jours plus tard, l'ange faisait la métaphore de trop à l'intention du blanc-bec et de son inestimable étui en orme. Face à cette complicité palpable, le propriétaire du minuscule objet ne put le nier ; il était amoureux.

En cette date tardive, il confessait combien il s'était trompé. Le bunker n'était pas une cage épiée par des persécuteurs, mais sa maison. Et ses habitants, sa famille. Le passé n'avait plus ni appellation, ni entité.