Chapitre 2
Mrs McGonagall est une femme exemplaire, qui sert exceptionnellement cette école par sa bienveillance, son niveau de Métamorphose et son professionnalisme, cependant, McGonagall n'est pas très drôle. Je l'ai bien souvent remarqué, mais lorsque des feux d'artifice ont explosé pour sonner la fin de l'heure de cours et qu'elle a puni toute la classe parce que le coupable de tout ceci ne se dénonçait pas, j'ai trouvé qu'elle n'était vraiment, vraiment pas drôle.
Alors que nous passions le pas de notre salle commune, nous nous tournions vers ceux qui se faisaient appeler les « Maraudeurs » et qui, pour une fois, ne faisaient pas les fiers. Il faut dire que faire profiter de toute la classe de trois mois de colle, ce n'était pas leur plus grand coup.
« Ce n'était pas nous, » Commença Lupin pour se défendre.
Je haussais des sourcils circonspects et lui les épaules, accrochant mon regard.
Je vis plusieurs personnes rageuses ouvrir la bouche, mais être aussitôt interrompues par un sifflet. La Préfète-En-Chef. En une minute montre en main, bien que nous n'ayons pas de montres, elle fit partir toute la petite foule en colère qui était prête à se munir de fourches pour aller brûler de la sorcière. Elle mit les mains sur ses hanches et toisa les quatre garçons d'un œil féroce.
« Alors comme ça, ce n'était pas vous ? » Elle fit, sarcastique.
« Bien sûr que non ! Tu nous connais, Lily, on ne voudrait pas manquer de respect au professeur McGonagall ! » Avança Potter, comme si cela était l'évidence même.
Je ne pus retenir un rire jaune et me raclai la gorge lorsque les regards se tournèrent vers moi. J'eus le soutien indéfectible de Lily qui arborait un léger sourire, amusée par ma réaction, elle tenta de le refreiner en se retournant vers les fauteurs de trouble. Eux aussi étaient sûrement d'humour à la rigolade mais tentaient de faire bonne figure face à leur camarade. Lily avait peut-être l'air chétive, mais elle était loin de l'être, elle pouvait en faire baver à n'importe lequel de ses adversaires.
« Allez, Evans, tu n'as aucune preuve que c'était nous… Il y a pleins d'autres élèves qui peuvent se procurer des feux d'artifices. »
« Et puis ce n'est pas dans notre intérêt de faire ça, » Ajouta Black, qui s'était déridé. « Avec James, on a déjà la moitié de l'année de prise par nos multiples punitions qui datent des années passées. Au risque de te choquer, je tiens à conserver un semblant de liberté quelques mercredis avant la fin de ma scolarité. »
Lily leva les yeux au ciel face à sa déclaration et tourna les talons, je la dévisageais, me demandant ce qui pouvait bien lui passer par la tête. Elle revint quelques secondes plus tard et me tira par le bras, remarquant que je ne la suivais pas, puis repartit aussi vite qu'elle était venue, plantant les quatre idiots là.
« Eh bien, c'était un entretien intéressant, » Fit Lily en se laissant tomber sur le canapé, m'entraînant dans sa chute puisqu'elle ne m'avait pas lâché depuis que nous avions quitté nos chers camarades.
« C'est l'Histoire de la Magie qui détraque tes notions de choses qui sont intéressantes ou non ? »
« Mes notions ne sont pas détraquées, c'est toi qui es détraquée, » Elle se renfrogna et balança ses jambes par-dessus moi, s'étendant sur le canapé alors que je me contentais des quelques centimètres qu'elle me laissait, enfin, si me ceinturait avec ses jambes signifiait me laisser de la place.
Je soupirais et commençais m'installer plus confortablement sur le sofa, j'étais fatiguée, j'aurais aimé dormir, mais le bruit que faisait le reste de la salle commune m'en empêchait, ce qui n'étais pas forcément une mauvaise chose, puisque s'endormir au milieu d'une armée de Gryffondors était une très mauvaise idée, je parle par expérience personnelle.
« Tu te rends compte que c'est notre dernière année ici ? »
Je tournais mon regard vers Lily qui faisait des petites tresses dans ses cheveux, dans la concentration, ses yeux verts brillaient deux fois plus qu'à l'habitude, elle louchait un peu et focalisa son attention sur moi après avoir parlé.
« Il va falloir s'attendre à beaucoup de feux d'artifices dans ce cas. »
Elle sourit et recommença ses tresses, me jetant un coup d'œil de temps à autre, peut-être voulait-elle voir jusqu'où elle pouvait aller, puisque quelques minutes plus tard, elle se mit à se servir de mon épaule comme d'un repose pieds.
« Euh, Lily, je pense que tu as oublié tes bonnes manières. »
Je dégageais sa jambe et commençais à lui envoyer des bouts de coutures qui se détachaient du canapé.
« Arrête Marlene, tu me déconcentres ! » Elle me fusilla du regard et finit sa tresse.
« Tu te fais belle pour le Club de Slug ? »
Elle soupira et se redressa, six petites tresses parsemaient sa chevelure de feu, elle s'approcha de moi, et commença à me parler sur le ton de la confidence.
« Tu as raison, Marlene, je me fais belle pour la réunion qui aurai lieu dans un mois pour séduire Slughorn et des O à tous mes futurs devoirs. »
Je me rapprochais un peu plus et plissais les yeux.
« J'avais donc vu clair dans ton jeu. »
Elle me donna un coup de nez et se rallongea, recommençant ses tresses, cette fille était un numéro à elle toute seule. J'avais de la chance de l'avoir rencontré.
« Lily, tu te vois où dans un an ? »
Elle stoppa son mouvement et me lança un regard perplexe, elle ne s'attendait pas à ma question et semblait lutter avec elle-même pour trouver la réponse adéquate. Lily Evans ne sachant pas répondre à une question, une première.
« Je ne sais pas, » Admit-elle finalement. « Je ne sais même pas où je me vois dans une semaine. Et toi ? »
Je fronçais les sourcils et commençais également à jouer dans mes cheveux bouclés. Si même elle ne savait pas, alors comment pourrais-je savoir ?
« Je pourrais peut-être continuer mes études pour être Auror, ou travailler au Ministère… McGonagall dit que je suis spécialement talentueuse pour une sorcière de mon âge. »
« Ca va les chevilles ? »
« Hey ! Ce n'est pas moi qui le dis ! Plains-toi à ta directrice de maison si tu n'es pas contente. »
Lily roula des yeux et agita un doigt sévère vers moi.
« Si tu te reposes sur tes lauriers, tu n'auras jamais un Optimal en Défense Contre les Forces du Mal pour tes ASPICs. »
Je ris, incrédule, je ne me reposais pas sur mes lauriers, je me faisais mousser auprès d'une des meilleures élèves de ma promotion, parce que j'étais l'une des chouchoutes de McGonagall.
Elle me disait que j'avais beaucoup de potentiel pour devenir Auror, mais que c'était une profession de plus en plus risquée par les temps qui couraient. Il valait mieux que je me trouve un petit bureau tranquille. Mais elle disait aussi qu'il nous fallait des personnes courageuses pour protéger les populations sorcières et moldues, à cause des temps qui couraient.
Je me retins de dire à Lily qu'elle disait aussi que j'étais courageuse, j'étais assez fière de moi, McGonagall n'avait pas le compliment facile, mais elle savait quoi dire et quand le dire. Elle avait un petit faible pour la rigueur et la témérité et voyait un potentiel dans chacun de ses élèves. Bien qu'elle ne voyait un peu plus dans ses préférés.
« Oh, Marlene, l'avenir est tellement compliqué. »
J'acquiesçais avec une moue inquiète, portant machinalement mes mains à mes cheveux pour y former une tresse, ce qui fit légèrement rire la rousse à côté de moi, elle se redressa une nouvelle fois et balança ses jambes en dehors du canapé, s'installant de par ce fait à côté de moi.
« C'est notre dernière année, » Répéta-t-elle. « Il faut faire quelque chose de fou pour fêter ça. »
« Feux d'artifices. »
« Plus fou que ça ! » Elle se tourna vers moi. « Je ne sais pas, tomber amoureuse ? »
Venait-elle vraiment de dire que tomber amoureuse était plus fou que balancer des pétards dans Poudlard ? Parce que nous n'avions pas vraiment le même sens des priorités.
« Tu es train de me dire que tu n'es jamais tombée amoureuse ? » Je remarquai, presque amusée par la situation.
« Parce que c'est ton cas, peut-être ? »
« Touché. »
« J'ai envie de plaire et de danser sous le ciel étoilé, » Elle fit, rêveuse.
« Nettement moins intéressant que des feux d'artifice… »
Elle me frappa l'épaule avec une mine renfrognée.
« Tu ne veux pas prendre ça au sérieux, » Elle grommela, et je me surpris à me demander quand elle allait partir bouder dans son coin. « L'amour c'est quelque chose de fou, j'ai envie d'en profiter avant que… » Elle déglutit et prit une pause pour réfléchir aux mots qu'elle allait employer. « Avant qu'on ne soit relâchés dans la nature. La nature est dangereuse, Marlene. »
« D'accord, tombe amoureuse si tu veux, mais ne me fais pas croire que tu ne peux pas aller danser sous les étoiles sans ça. »
Elle me frappa l'épaule à nouveau et je poussais un cri indigné, alarmant les trois personnes dispersées autour de nous. Je crus que Lily allait lever les mains en l'air et les rassurer en disant que tout allait bien et que j'étais seulement douillette, mais elle n'en fit rien, se contentant de continuer à me fixer.
« Je ne vais pas aller danser toute seule, ce serait ridicule. »
« Je peux venir danser avec toi si tu veux. »
Je lus dans ses yeux que ma proposition était aussi ridicule que celle d'aller toute seule et sans que je ne comprenne vraiment pourquoi, cette idée me fit un pincement au cœur.
« Fais des choses folles pour fêter ta dernière année, Lily Evans, » Je me contentai de dire, finalement et elle sourit.
Elle recommença à se faire des tresses alors que je trouvais dans le feu qui brûlait en face de nous quelque chose de toute à fait fascinant à regarder, ainsi qu'une activité assez distrayante pour être considérée.
Je me baladais dans les couloirs, en quête d'un quelconque divertissement en ce dimanche après-midi. Les élèves avaient choisi le peu de chaleur que nous pouvions encore trouver dehors. Je m'arrêtais à une fenêtre pour regarder mes adorables comparses badiner dans les Jardins de Poudlard.
En bas j'apercevais quelques Serpentards, Rosier et sa nouvelle copine, la blondinette, discutaient avec animation à Avery et un Serdaigle que je ne reconnaissais pas, plus loin des Troisième Année fêtaient la sortie prochaine à Pré-Au-Lard, il faut dire que la première sortie à Pré-Au-Lard pouvait être assez amusante.
Les rayons du soleil m'atteignaient et réchauffaient mon petit cœur de glace, je cherchais dans mon sac ma pince pour accrocher mes cheveux et me heurtai au vide intersidéral d'un sac rempli de livres et de crayons, mais d'aucune pince à cheveux. Avec une moue je me questionnais sur où diable j'avais bien pu le perdre.
Je soupirais, il fallait que je perde l'habitude de paumer mes pinces à cheveux, c'était la troisième cette année. C'était peut-être Malia qui me l'avait volé parce qu'elle les trouvait incroyablement jolies, ou parce qu'elle aimait simplement mes affaires, comme ma jupe. Il n'empêche que cela me dérangeait, puisque celle-ci appartenait à ma mère et qu'elle me l'a donné lorsque je suis entrée à Poudlard.
Je continuais alors mon chemin et descendais aux Jardins, l'envie subite de redécouvrir l'herbe, la serre de Chourave et les enfants qui courent. Même si les enfants qui couraient existaient aussi à l'intérieur. Surtout à l'intérieur, n'en déplaisent aux Préfets. Eux aussi avaient été jeunes un jour, alors ils devaient bien comprendre pourquoi un pot de fleurs était tombé à tour, ou cette armure, ou pourquoi on avait dessiné sur la Grosse Dame, ce qui a conduit à ce qu'on ait à dormir dehors pendant toute une nuit. Ce sont des choses qui arrivent.
Quoi qu'il en soit, je descendais vers là où le soleil reflète le Lac Noir et la rosée du matin, en quête d'un peu d'amusement, car clairement, rester seule toute la journée allait s'avérer déplaisant, et je n'étais pas d'humeur à aller travailler ou explorer une énième fois la salle sur demande. Mon chemin fut semé d'embuches, en particulier à cause de ces stupides escaliers qui n'en font qu'à leur tête. Merci à Rowena Serdaigle qui a fait perdurer sa mémoire dans ces choses qui nous font arriver en retard en cours chaque matin et aussi pour nous permettre d'utiliser cette excuse quand nous arrivons en retard en cours.
Ma vision d'ensemble en bas était nettement moins bonne, mais je devais avouer que l'ambiance qui régnait était plus agréable et les visages plus accueillants que les petites taches de couleurs que je voyais plus tôt.
Dans un élan de je ne sais quoi, je m'assis près du Lac, persuadée que si Malia me voyait là, elle se moquerait certainement de moi, mais irait également cherchait une serviette, une pince pour les cheveux et finirait par s'asseoir à mes côtes.
Ma relation à Malia était assez unique, nous nous adorions, cela n'avait aucun doute, mais j'avais l'impression que nous nous comprenions sans avoir à prononcer de mots et que, sans vraiment nous être concertées plus tôt, nous nous considérions comme des sœurs. Être fille unique pesait parfois, et la petite tête blonde que j'étais avec sûrement vu autre chose qu'une voleuse d'affaires qui sait tout sur tout, qui se moque allégrement du monde et reste toute la journée dans sa chambre. Oui, j'avais sûrement vu plus que ça, même si c'était ce qu'on remarquait le plus chez elle, elle était de très agréable compagnie, peut-être même autant que Lily, mais notre amitié était différente, Malia était ma sœur et Lily… c'était Lily.
Ah, Lily Evans, la fille qui n'aimait pas les feux d'artifice.
